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Vo^u^t,
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Tous les exemplairei non tref>étui de la signature de V Auteur^
seront saisis.
« Qmoonqiie a iMSucoup me
« Peut aToir beaucoup retenu. »
Là FoNTiniB.
« Gnriosity is a permanent and certain
« Gharacteristic of a vigerous intellect. »
JOHNSOir.
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G)
YOYAGE
ET
A PORTO-ALEGRE ,
El, zaB MISSZOV8 vnawLVOVAr
ZT AA VaOTIHOX i>x azo-OHAjn>B>a>o-sitt.
(de 1830 A 1834.)
SaiTi de
CONSIDÉRATIONS
Sur Tétat dn Oommeroe Français à reactérieur, et prinopalement
an Brésil et an Rio-de-la-Plata.
(Z)édté au GomuMXCfi (kt ^yomfte.
PAR ARSÈlfB ISABELLE.
HAVRE.
mpanoERiB de j. moulent, place de la gombbie.
1835.
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.<"
n^
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31 i9le06mir9
COMPOSANT LE «.'OlUMI-RCE DU HAVRE.
ctinteut,
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INTRODUCTION.
J'ai toujours eu un penchant irrésistible pour
les Yoyages, aussi j'en ai dévoré un grand nom-
bre, à commencer par les Gulli^rs traifels jus-
qu'au Voyage pittoresque autour du Monde.
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Ces lectures ne pouvaient manquer de faire
naître en moi le désir de voyager : notez en
outre que je suis curieux à l'excès !,,..
Je faisais ces aveux naïfs à Fun de nos sa-
vaus les plus spirituels qui a fait une étude
approfondie de la phrœnologie et de la pliy-
siognomonie , ces sciences si célèbres des Gall ,
des Lavater et des Porta. — Il me répondit
en souriant : « Je n'avais pas besoin de cette
confidence pour connaître vos penchans et la
prédominance de votre esprit ; lors-même que
vous voudriez dissimuler, vous avez trois bosses
au front qui vous trahii*aient. » — Je partis ,
bien involontairement d'un éclat de rire; mais
le savant phrœnologiste , sans se déconcerter,
reprit avec plus de sérieux. — « Ce n'est point
une plaisanterie! Vous avez, d'abord, la bosse
de IjBi mémoire des faits, de la curiosité et de
l'aptitude à vous instruire; puis celles de la
mémoire des lieux, de l'amour des voyages
et du changement. Ce sont des proéminences
qui indiquent , à ne pas s'y méprendi'e, le siège
et la prédominance des différentes facultés et
aptitudes de votre esprit. J'ajouterai qu'elles
vous tyranisent, qu'elles exercent une influence
in^ésistible sur votre volonté et qu'il était écrit
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— s —
là , dans les replis de votre cerveau , et non
dans le Ciel , que vous voyageriez. » — Vous
croyez donc au système du docteur Gall?....
— Certes j'y crois ! et comment n'y croirais-
je pas ? puisque les aveux que vous venez de
me Élire viennent confirmei* l'opinion quç je
m'étais formée de vous ?... Allez, vous êtes une
colonne vivante ajoutée au monument de la
gloire de Gall * ! »
Donc je suis né curieux et cette curiosité m'a
porté à voyager. Comme on paraissait me
Élire un crime de cette prédominance de mon
esprit, je voulus en avoir la conscience nette ;
je me mis k rechercher quelle avait été To-
pinion des philosophes et des moralistes sur ce
point : j'avoue que je lus peu flatte de cette
pensée de Pascal : (( La curiosité nest que vanité.
Le plus souvent on ne veut savoir que pour
en parler. » — C'est je crois une sentence qui
manque de justesse , une définition trop abso-
lue ; elle est en désaccord avec la raison et la
tendance de l'esprit humain; et, d'ailleurs, ne
doit-on pas distinguer les penchans qui viennent
de la nature, de ceux qui viennent de l'opinion ?
» Vo^pz la noie A.
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— 6 —
Pascal, ou a feint de l'ignorer, ce qui serait une
perfidie » ou ne le savait pas, ce qui serait par-
donnable. Rousseau vint rétablir le cahne d%DS
mon âme , en donnant un but plus noble à la
passion qui me dominait; au livre m d'Emile je
trouvai ce baume consolateur :
(c II est une ardeur de savoir qui n'est fondée
que sur le désir d'être estimé savant; mais il en
est une autre qui naù d'une curiosité naturelle
pour tout ce qui peut l'intéresser de près ou de
loin. Le désir inné du Uen-être, l'impossibi-
lité de contenter pleinement ce désir, lui font
rechercher sans cesse de nouveaux moyens d'y
contribuer. Tel est le premier principe de la
curiosité; principe naturel au coeur humain,
mais dont le développement ne se ^t qu'en
pi'oportion de nos passions et de nos lumières. »
Le philosophe de Genève a peut-être inspiré
sou digne ami Bemardin-de-Saint-Pierre , lors-
que celui-ci a dit dans ses Dialogues philosophi-
ques :
<c La vérité, qui agrandit et fortifie Tâme,
excite en nous cette curiosité naturelle qui nous
porte à tout connaître , à tout entreprendre et
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ii tout oser ; elle est un besoin pour le cœur
humain. »
Mais certes il ne doit pas avoir exercé d'in
fluence sur l'esprit du docteur Johnson , exceUent
moraliste; or, voici ce qu'on lit dans Rambler :
n Guriosity is oneof the permanent and certain
« characteristics of a vigorous intellect. Every
« advance into knowledge opens new prospects
« and produces new incitments to further pro-
cc gress. »
» La curiosité est un des signes certains et
permanens d'une vigoureuse intelligence. Cha-
que pas que l'on fait dans les connaissances
ouvre de nouvelles vues et produit de nouveaux
encoiiragemens à de plus grands progrès. »
Verf ivell ! m'écriai-Je, ceci soulage diablement
ma conscience ! Voilà des autorités assez respec-
tables pour moi et irrécusables pour d'autres ;
cela me suffit. Allons il faut voyager, voir par
moi-même , voir beaucoup ;
Quiconque a beaucoup vu
Peut avoir beaucoup retenu.
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— 8 —
SI ma curiosité ne se satisiait pas, mon âme,
du moins, se fortifiera par l'adversité.
Convaincu de plus en plus de Futilité des voya-
ges, persuadé avec J.-J. Rousseau et avec M. le
comte de Laborde qu'ils sont un très-puissant
moyen de perfectionner notre éducation, de dé-
velopper notre intelligence , je me suis dit ,
comme Usbeck des Lettres Persanes : « Nous
sommes nés dans mi pays florissant , mais nous
n'avons pas cru que ses bornes fiissent celles
de nos connaissances et que la lumière orientale
dût seule nous éclairer. »
Je choisis alors pour satisfaire mon ardente
curiosité , l'ancienne vice-royauté de Buénos-
Ayres , d'où se sont formées, depuis Témancipa-
tion, la confédération du Rio-de-la-Plata , qui
compte plus de républiques que la vice-royauté
ne comptait de provinces; la Banda-Oriental
ou république de l'Uruguay , appelée aussi Cisr
Platina par les Brésiliens, qui en avaient fait
une province de leur empire ; la république de
Bolivia, formée des provinces du Haut-Pérou,
et enfin le Paraguay, formant un état tout
particulier, soumis au pouvoir ^iclatorial d'un
chef bizarre.
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— 9 —
Le lustre que jetaient au loin les aimes trîom^
phantes de ces intrépides républicains pendant
les guerres de leur indépendance, et surtout
la sagesse tantj prônée^ de leurs législateurs ,
joints au désir que j'ayais de tirer parti de quel-
ques ÊûUes connaissances en histoire naturelle,
me faisaient souhaiter de ^! connaître ces vastes
contrées, déjà parcoiuaies,^il est vrai, mais a
des époques reculées. Il s'agissait d'explorer les
745,000 miUes carrés de superficie compris en-
tre les Andes du Chili, Bolivia, le grand pays
du Chaco, le Paraguay , le Brésil et TOcéan-At-
lantique, jusqu'au détroit de Magellan.
Quand je me disposai à partir, vers la fin de
i8S9, le gouvernement de Buenos- Ayres ve-
nait de fiore la paix avec celui du Brésil. Les
armées victorieuses de la république argen-
tine étaient rentrées dans leur patrie, et les
différens corps distribués dans les provinces res-
pectives. On espérait que , libres d'ennemis à
l'extérieur, tous ces peuples allaient enfin travail-
ler activement et d'un commun accord à leur
constitution politique, jusqu'alors éludée par dif-
férens motifs. Une nouvelle révolution avait
éclaté , il est vrai , à Buénos-Ayres même , à la
fin de 1828; mais le chef militaire qui l'avait di-
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— 10 —
rigée ayant été Yaincu par les milices de la cank-
pagne, tout paraissait devoir rentrer dans Tordre.
Je fis nies préparatiÊ sans aucune crainte.
Mon itinéraire était tracé ainsi : je deyai^ d'a-
bord débarquer à Buénos-Ayres, puis me rendre
de suite, par terre, à M^idoza, au pied de la
Cordillera des Andes, où j'avais un ami dévoué '.
Mon intention étant de visiter toutes les provin-
ces du Rio-de-la Plata , je voulais commencer par
le versant oriental des Andes^ qui comprend cel-
les de Mendoza ou de Cuyo, de San- Juan, la
Rioja, Salta, Jujui et Catamarca; m'arréter au
Tucuman .' , lequel mérite un examen plus long^
par la variété de ses productions naturelles,
puis, redescendre par Santiago-del-Estero , Cor-
dova et Santa-Fé ; de là remo^te^ le majestueux
Parana, principal affluent de la Plata, jusqu'aux
frontières du dietarorat du Paraguay, en visitant
l'Entre-Rios et Corrientes; traverser cette der-
nière province, ainsi que les anciennes Missions
( Anatole de Ch y, jeune homme dont la bravoure héi-oïque eC
son enthousiasme pour la bonne cause, (devenus trop célèbres dansées
provinces), excitèrent Tanimosité du féroce et farouclie Quiruga. C'est
un terrible exemple pour les étrangers qui seraient tentés de rimiter
dans un pays qui n'est pas le leur.
s Pi-ononcez Toncoumann.
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— n —
pour me rendre à la Banda Oriental, que je de-
vais parcourir jusqu'à Mantévideo. De cette capi-
tale \e pensais me rendre par mer à la càte de
Patagonie, et, de ce point intéressant, revenir k
Baénas*Ayres par l'intérieur de sa province.
' Cet itinéraire formait, comme on le voit, un
plan d'exjdoration assez vaste, hérissé de plu$
d'une difficulté, sans compter les danger^, lea
privations, les &tigues extrêmes qui, suivant le$
romantiques, font tout le charme d'un voyage;
je croyais avoir tout calculé, tout prévu (j'étais
à Fàge où Ton ne doute de rien), et puis j'espé*
rais décider mon brave ami de Ch y à m'ac-
compagner.
Voulant Êdre une collection complète des pro-
ductions naturelles de toutes les contrées que je
parcourrais, je m'étais pourvu d'armes excellentes,
de munitions, d'instrumens nécessaires, tant à la
chasse qu'à la préparation des animaux, de dro-
gues pour leur conservation, d'étoupe pour les
bourrer , de papier et d'une coquette ' pour sé-
cher les plantes, etc., etc. ; jusqu'à des yeux d'é-
mail, afin de reproduire avec plus d'exactitude
1 Presse A herbier, intentée par M. Coquet.
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— 12 —
la couleur des yeux des animaux. J'avais, pour
m'aider, emmené à mes firais un jeune 'prépara-
teur assez babile « , qui s était engagé par contrat
à m'accon^agner partout, moyennant un double
de mes collections. Devant aussi fiiire des obser-
vations météorologiques et déterminer la hauteur
de quelques points importans sous le double rap-
port géographique et géologique , j'emportais un
baromètre, un thermomètre, un hygromètre,
une boussole à méridien et une montre à secon-
des. J'étais aussi pourvu des meilleurs ouvrages
d'histoire naturelle et d'autres livres non moins
utiles à consulter.
Jusque-là tout était pour le mieux; je pouvais
me bercer de l'espoir assez flatteur d'enrichir le
domaine des sciences naturelles, sinon d'obser-
vations bien importantes (à cause de mes trop
faibles connaissances), du moins de collections
préparées et conservées avec un soin tout parti-
culier.
Ce voyage aventureux se faisant à mes frais,
je dus emporter les fonds dont je supposais avoir
besoin pendant une absence de quatre à cinq ans;
t Eugène Gamblin , dit S^irnson , fiU d'un préparateur bien connu
au Havre.
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— 13 —
mais au lieu de convertir ces fonds en onces d'or,
(quadruples, doublons), ou en piastres (gourdes,
doUars), je commis la &ute grave de faire une
pacotille de marchandises, assez convenables à
la vérité, pour l'intérieur des Provinces-Unies,
mais détestables pour Buénos-Ayres*
Or, il arriva que , quand je débarquai à Buenos*
Ayres, en mars 1830, la guerre civile venait d'é-
clater de nouveau, et l'anarchie la plus complète
étant sur le point de régner dans les provinces-
Unies, toute communication devenait impossible.
Force me fiit de chercher à vendre cette mal-
heureuse pacotille qui ne convenait nullement à
Buénos-Ayres. D n'y avait rien à gagner à atten-
dre , me disait-on. — J'eus la bonhommie de le
croh'e. — Je vendis. Quand je vins à compter
avec mon hâte , après avoir payé fret , droits
dédouane, commissions, magasinage, etc., etc.,
je me trouvai avoir un déficit de cinquante pour
cent! — Que £iire? impossibilité absolue de
rejoindi^e mon ami, quoiqu'il me pressât de
prendre la poste; impossibilité de parcourir même
la seule province de Buénos-Ayres , tant la
campagne était insurgée Devais-je revenir
en France sans connaître même la ville où
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— n ~
je me trmiyais , sans avoir appris l'idiome de
ses habitais , après être venu perdre la moitié
de mon patrimoine? J avoue que cela me
parut trop bête! Je ne pus m'y résoudre. Jai-
mai mieux chercher à former un établissement
industriel , susceptible de me récupérer en quel-
ques années des pertes que je venais d'éprouver,
ce qui me permettrait encore , la tranquillité
survenant dans la république, de donner suite
à mon premier projet.
J'avais eu la précaution , bonne ou mauvaise ,
de me munir à mon départ de France , d'une
nouvelle méthode chimique poiu» fondre les suife
en branche et les rendre propres à la confec-
tion d'une chandelle supérieure à celle qui se
oblique communémesct , en ce qu'elle est plus
blanche, qu'elle a plus de consistance, ne
porte point d'odeur et ne &it aucime fiunée
en 'brûlant. Mais c'était surtout de la tonte des
sui& et de leur épuration que j'attendais le meil-
leur résultat , espérant déterminer le commerce
à tourner ses vues vers cette branche assez
importante d'exportation.
Un grand obstacle se présentait : les acides
suUurique et nitrique , disant la base du tra-
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yail^ manquaient totalement sur place ; il ftUait
les &ire Tenir d'Europe ; cela demandait du
tenips et des capitaux plu^ oonsidërables que
ceux qui étaieiit alors à ma disposition. Je pro-
posai à un jeune homme Allemand , M. J. P....
de Lubedk. , yenu par la voie de France y en
même temps que moi , et avec lequel je m'étais
lié assez intimement , de former une associa-
tion pour l'exploitation d'un établissement tel
que j'en avais conçu le plan. Il entra dans n&es
Yues, approuva mes projets et se chargea im-
médiatemeiit defiûre Tenir d'Angleterre une cer-
taine quantité d'acides; j'écrivis aussi en France
dans le même but.
Ayant à redouter la concurrence dans un
genre d'industrie qui demandait de fortes avan-
ces de fonds , je me hasardai à solliciter du gou-
Tcmement de Buenos- Ayres un privilège de cinq
ans pour avoir introduit , le premier^ dans la ré^
pùMique Argentine, une méthode de fonte ca-
pable de fournir de nouveaux débouchés au pay s^
en ofifrant aux spéculateurs, ainsi qu'à l'exporta-
tion, des sui& infiniment supérieurs à ceiïx mani-
pulés jusqu'alors; avantage trop peu senti par le
ministre de l'intérieur, qui ne répondit pas à ma
pétition , bien qu'elle fût suffisamment forte en
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— 16 —
raisons et qu elle eiit été appuyée par l'un des
citoyens les plus considérables. D est vrai que ma
demande était en opposition avec les principes
du gouvernement républicain ; mais les principes
ne peuvent-ils pas être n&odi(iés quand il s'agit
d'un intérêt général, d'une innovation utile au
pays?
Sans attendre cette réponse, nous nous occu-
pâmes de chercher un local. (Première Êiute.) Lie
hasard fit qu'un &bricant français, voulant s'en
aller, offrit de nous vendre le sien , placé au cen-
tre de la ville : bien que fort peu convenable pour
une grande usine, la position du local prévalut
à nos yeux ; nous traitâmes de la &brique de mon
compatriote dans r état où elle se trouvait, c'est-à-
dire en très-mauvais état. (Deuxième &ute.)
Ces détails paraîtront au moins inutiles au plus
grand nombre de mes lecteurs, je le conçois assez;
cependant je dois les donner, ils ont leur portée.
Du reste , qu'on se rassure, je n'entrerai pas dans
le détail minutieux des difficultés sans nombre
que j'eus à vaincre en exerçant une industrie
toute nouvelle pour moi, dans un pays dont
j'ignorais encore et l'idiome et les habitudes. Qu'il
sufiise de savoir que je travaillais autant que les
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nègres que j'employais, que je m'imposai de dures
privations y et tout cela pour ne pas réussir. Bien
des causes y contribuèrent sans doute, et l'énu-
mëration de ces causes dont Fétat déplorable de
Buénos-Ayres à l'époque où j'y étais ( indépen-
damment de mon inexpérience), est une des
plus puissantes, suffirait pour former un yolume
qui ne serait peut-être pas sans intérêt, du moins
pour les personnes qui voudraient tenter de sem-
blables, ou tout autre entreprise dans les ancien-
nes colonies espagnoles.
Bref, je conservai pendant trois ans mon
établissement, que je montai sur un trop grand
pied (troisième et plus grande £àute , commune
aux étrangers nouvellement débarqués); il ne
cessa pas de marcher avec activité. Je &briquaisà
la fois, en grande quantité ' , du savon, de la chan-
delle moulée , de la chandelle plongée, dite i^ela
delpcpys, et je fondais du suif pour l'exportation.
Je changeai deux fois d'associés durant le cours
de cette période industrielle; ce furent hélas! et
bien involontairement, autant de compagnons
d'infortune. Enfin , comme la lampe qui manque
d'huile s'éteint nécessairement, de même ma fa-
• Pendant Vliiver de '1832 je fabriquais et vendais journellement
douze quintaux d ' ctiandelle.
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— 18 —
brique cessa de marcher quand les capitaux et
les sui& manquèrent. Nous liquidâmes et je son-
geai à retourner dans ma patrie où il s'était opéré,
en quatre ans , autant de révolutions dans ma
famille que dans le gouvernement.
Il m'en coûtait beaucoup d'abandonner mes
projets de voyage, mais il devenait désormais
impossible d'y donner suite : mes moyens pécu-
niaires ne me le permettaient plus; mon brave
ami de Ch y avait été victime des guerres civiles
de rintériem' ; tout s'y opposait. Pom'tant je pou-
vais tirer quelqu' avantage de ma fâcheuse posi-
tion puisque je m'étais trouvé en rapport, en
contact direct avec toutes les classes de la société ;
principalement avec ce qu on appelle la hcisse
classe^ qui est la plus nombreuse partout, celle
qui fournit au caractère national les nuances les
plus tranchantes. Tavais aussi appris la belle
langue castillane ; je m'étais familiarisé avec le
caractère rusé, ombrageux et défiant de l'habi-
tant ; le préparateur amené à mes frais se trou-
vait encore là, et mon goût pour l'histoire
naturelle, étude si douce, qui console si bien des
peines du coeur et de l'âme, n'avait fiât qu'aug-
menter à la vue d'une foule d'objets nouveaux
et d'organisations bizarres : il me vintTidée d'em-
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— 19 —
ployer mes faibles ressources à parcourir un
point de ces contrées beaucoup plus resserré que
le premier, mais non moins intéressant puisqu'il
m'a fourni l'occasion d'établir une sotte de paral-
lèle entre le caractère brésilien , celui des Orien-
talistes * et des Argentins , en même temps qu'il
m'a mis k même de faire mieux connaître quel-
ques-unes des productions naturelles de ces pa-
rages.
Occupé depuis mon retour à mettre en ordre
mes nombreuses notes , j'ai toujoin^ eu en vue
d'en foire profiter mes compatriotes et principa-
lement le Commerce du Havre, qui par son heu
reuse position et son extension , parait avoir un
intérêt plus direct à bien connaître des lieux des-
tinés peut-être à augmenter beaucoup sa prospé-
rité. Les préjugés que bien des personnes conser-
vent encore k l'égard des livres qui s'impriment
en province y l'espèce de dédain avec lequel on
les regarde, m'ont fait hésiter quelque temps
pour la publication du mien ; mais des considé-
rations d'un ordre plus élevé ont prévalu k mes
yeux; mon intérêt privé a cédé au désir d'en-
courager une presse qui fait honneur au Havre.
1 Oïl sait déjà quo ce nom est applitiiit' aiiv habilaiis de la Baiida-
Orinilal, ou répuhliqiir de ITniîriia> .
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— 20 —
Ce petit ouvrage , on le reconnaîtra tout de
suite, n est point une œuvre littéraire digne de
fixer l'attention des savans, ni même des amateurs
du merveilleux ; c'est un exposé simple et naïf,
de ce qu'un simple voyageur a vu et observé
avec toute la simplicité qui le caractérise. Ce qu'il
a vu lui a suggéré quelques réflexions philoso-
phiques, sentimentales, politiques et morales, qui
naissent naturellement de Tétatde choses observé :
ce sont ces observations et ces réflexions, que
j'offi*e aujourd'hui à l'indulgence et non à la cri-
tique de mes concitoyens.
Le désappointement, les pertes énormes éprou-
vées par beaucoup d'étrangers, de français par-
ticulièrement, qui s'étaient ou auxquels on avait
exagéré l'importance de ces pays m'ont frappé
vivement; trompé moi même à cet égard aussi
halourdement que d'autres, j'ai résolu de &ire
un sacrifice d'amour-propre en publiant les ren-
sçignemens que j avais acquis à mis costUlas.
Cinq années passées dans les anciennes co-
lonies espagnoles et portugaises m'ont suffi-
samment mis à même de juger de l'infério-
rité du commerce fi*ançais , comparativement à
celui des autres nations maritimes : c'est là qu'il
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— 2f —
fiiut se dépouiller malgré soi de toute yanité, de
toute prévention nationale, de tout préjugé vul-
gaire et convenir de ce qui est palpable.
Affecté désagréablement par ce qui m'a frappé
dans le cours de mon voyage^ je dis franchement
ce que f en pense au risque de blesser un peu la
susceptibilité nationale ; mais, fort de ma cons-
cience et du désir d'être utile , si je suis blâmé ,
si' je suis critiqué avec trop d'amertume, il me
restera la douce conscdation de pouvoir dire avec
Voltaire : a Mon amour pour ma patrie ne ma
jamais fermé lesyeux sur le mérite des étrangers,
au contraire, plus je suis bon citoyen plus je cher-
che à enrichir mon pays des trésors qui ne sont
pas nés dans son sein. » Ou bien encore avec l'in-
flexible Raynal : « Puisse ma main se dessécher ,
s'il arrivait que, par une prédilection qui
n'est que trop commune je m'en imposasse à
moi-même et aux autres, sur les fôutes de ma
naiîoB. »
11 Êiut convenir d'une triste vérité ; c'est que
le géve du commerce est un de ces trésors, dont
parle Voltaire , qui n'est pas encore naturalisé
chez nous et, certes, on ne doit s'en prendre
qu'aux &utes auxquelles Raynal fait allusion.
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^'M
Je iw suis attaché à faire counaitre Fétat ac-
tuel des lieux que j'ai visités. J'ai dû cependant
jeter un coup*d'ûeil rapide sur leur origine , sur
l'état de leur prospérité à l'époque de la domina-
tion espagnole et portugaise ; mais, les détails des
vicissitudes, des guerres de la conquête , de l'é-
tablissement des premières colonies se trouvant
développés longuement dans les nombreux ou-
vrages publiés sur le Brésil et le Paraguay, no-
tamment dans CharhiKHx, Souihey j Félix de
Axara , Funes , Raynal , Mawe , Andrews ,
Headj etc. je me suis contenté d'emprunter à
ces auteurs quelques dates, quelques détails his-
toriques indispensables , et le bel ouvrage de
M. Alcide d'Orbigny m'a fourni les noms scien-
tifiques de quelques productions naturelles.
Dans tout ce qu'on a publié sur le Brésil, je
n'ai rien vu qui fut susceptible d'attirer l'atten-
tion des Européens, et surtout des Français, sur
l'importance de la province de Rio-Grande-do-
Sul , ou de Sao-Pet'ro. M. Auguste Saint-Hilaire,
savant et très- judicieux voyageui', en a donné une
esquisse, mais il ne s'est pas assez étendu et ne
pouvait guère s'étendre sur l'intérêt commercial
qu'offrent de nouvelles villes, de Qouveaux ports,
qui, fondés depuis peu d'années, ont déjà pris et
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— 23 —
prennent journellement un accroissement «pîde ;
conséquence toute naturelle de Tafiluence des
étrangers, des Brésiliens même des autres provin-
ces de l'empire , qui viennent en foule partici-
per aux douceursdW climat salubre et tempéré ,
joints aux charmes et à l'aisance de la vie agricole.
Ainsi, cette graiide province, colonisée la der-
nière , méprisée en quelque sorte par les Portu-
gais , avides d'or et de pierreries, souvent dispu-
tée par lesEspagnols du Paraguay, qui la connais-
saient mieux; ravagée tour-à-tour, et même à la
fois, par les armées portugaises et patriotes, les
hordes sauvages des Charruas et des Bougres,
cette belle et riche province, dis-je, marche enfin,
malgré tantd entraves, vers un état de prospérité
bien supérieur à celui des autres provinces du
Brésil^ état qui ne doit éprouver de rivalité que
dans la Banda4)riental, sa voisine.
Si un savant naturahste prussien , moins heu-
reux que les La Gondamine , les Humboldt , les
d'Orbigny ; si le docteur Frédéric Sillow n'était
pas mort récemment , comme Mungo-Park , La
Peyrouse et tant d'autres célèbres, mais infortunés
explorateurs, victime de son ardent amour pour
les sciences naturelles, je n'aurais pas eu à m oc-
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— 24 —
cuper-de la description que )e donne de la par-'
tie la plus australe du Brésil , car je sais positive-
ment que ce savant profond s'occupait d'un
ouvrage très étendu sur ces contrées. U en avait
dressé une carte géographique et topographique y
dont on m'a montré une copie , laquelle eût été
d'autant plus utile qu'il n'en existe pas une seule
véritablement exacte. Félix de Azara même,
Fun des voyageurs méritant le plus de con-
fiance par un grand talent d observation et
son exactitude scupuleuse dans la description de
ce qu'il a pu observer , s'en est trop rapporté ,
pour la partie de cette fipontière Espagnole , aux
travaux des ingénieurs sous ses ordres.
Jlndiquerai les erreurs que tous les géo-
graphes ont reproduites d'après une priemîère
carte mal dressée. J'observe néanmoins que ,
n étant ni ingénieur , ni géographe , je n'ai pu
signaler que les fautes sautant aux yeux de
tout voyageur de bon sens qui veut se donner la
peine d analyser ce qu'il voit. J'étais muni dune
boussole dont j avais fait déterminer la déclinai-
son à Buenos- Ayres, et ensuite à Porto-Alègre*;
< Déclin : à fiuénos-Ayres, 12- 30 ' N.-E. — A Porto-Alègre, 8* N.:£.
— A rembouchure de Rio-Grande, 8* 30' N.-E. — A Montevideo»
14- 40 N.-E.
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— .25 —
les latitudes et longitudes des lieux princi-
paux j indiquées dans le texte de mon voyage
ainsi que sur la carte dressée d'après les no-
tes de mon journal , ont été relerées au bureau
topogaphique de Buénos-Ayres , pour tous les
points de Tintérieur ; car pour ceux des côtes de
rOcéan et de la Plata, j'ai adopté de préférence
celles que les officiers de la gabare \ Emulation^
ont déterminées lors de leur intéressante explo-
ration en 1831. Voilà tout ce que je peux dire
en ma &veur. Je sens très-bien que cette can-
deur n'augmentera pas la confiance qu'on pour-
rait avoir en mes rectifications , aussi je me hâte
de former le vœu sincère que les gouvememens
brésilien et oriental daignent charger un ingénieur
habile de la mission intéressante de donner aux
nations éclairées une carte exacte, bien détaillée
de leurs territoires limitrophes. J'aurai toujours
gagné quelque chose si j'ai pu attirer leur atten-
tion sur ce point.
Quoique dans im cadre étroit, je tâche de
donner la description physique et politique des
lieux visités par moi.
Je fiûs ressortir, autant que mes trop faibles
lumières me le permettent, les avantages que
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— 26 —
notre industrie manu&ctu|ière pourrait retirer
d'un système commercial bien entendu, conve-
nablement approprié aux goûts et aux besoins de
ces peuples pasteurs, agriculteurs, artisans et
fainéans.
Je ne me suis pas beaucoup étendu sur Tbis-
toire de ces contrées parce qu'il est facile, et d'ail-
leurs intéressant de consulter les auteurs déjà
cités *.
J'ai Youlu conserver la forme d'un journal à la
parllie de mon voyage qui comprend l'exploration
de l'Uruguay et de l'intérieur delà province de
Rio^Graude ; en voici la raison : je visitais un
pays presque désert, oùles moyens de transport et
d'existence sont conséquemment fort difficiles,
où des inconvéniens sans nombre se présentent
à chaque pas; j'ai cru devoir les décrire , non
pour le plaisir de parler de moi, mais parce que^
suivant M. de Humboldt, « il est des détails de la
vie commune qu'il peut être utile de consigner
1 On doit encore consulter, pour le Rio de la Plata , lea EsquUsê»
hùf toriques cl Hatisiiques de Buénos-Âyres , pvih^ées par M. Yaraigne
en 1S26. — Pour le Brésil, les Mémoires de Duguay-Trouin, le f^oyaye
de La Gondamine, ceux de MM. Auguste Saint-Hilatre, Martius et
Spix rt du prince de Neuwied.
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— 27 —
4ans un itinéraire ; * ■ }h servent à régler la quu-
duite de ceux qiû paroourent le^ mêmes contrées
après i^QUS. y>
a Un voyageur, a dit M, de Gh^teai^hriand, est
une espèce d'historien ; son devoir est de r^oou-
ter iîdèlenieut ce qu'il s^ vu ou ce qu'il a euteudu
dire ; il \ie doit rien inventer , mais aiissi il ne
doit rien omettre * . Et quand au vieux proverbe :
(c ^ beau mefUir ifui i^ierU de hin^ y> devenu ridi-
cule à force de vétusté, M. Alcide d'Orbigny, en
&it justice par cette réllexion très-sensée :
« Les voyageurs se trompent toujoiu*s, sans
doute, ou peuvent toujours se tromper, car
ils sont hommes...., mais les voyageurs ne men-
tent plus..,. Et commept oseraient«-ils mentir, en
présence d'un public en général aussi déliant
qu'éclairé, dune critique toujours éveillée , d'une
presse toujours prêteàrévéler leurs impostures'!'»
Je ne pourrai guère compléter les descriptions
physiques saus employer quelques mots techni-
ques; ne vous efl^yeâi pas trop, je nen em-
ploierai pasp]|us que je n'eu sais. Songez que nous
i UituWaire de Paria à Jérusalem.
» Aie. d'Oi'b. f^oyotfe fiatus V Améiiifue Mâridionafe.
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— 28 —
serons dans un laboratoire ^ la nature ! que là
tout est nature , rien que nature... Les hommes
même sont naturels. La civilisation est pour euxun
travestissement dont ils font parade , mais dont
ils se dëpotiiUent volontiers eafamSle. Tout sera
neuf autour de nous : point de monumens an-
tiques à exhumer du sol; point de souvenirs
glorieux attachés à cette terre presque vierge....
que dis-je ! ne pouvons nous pas exhumer un
fossile ? alors ! que de méditations ! que de poésie !
demandez plutôt à M. de Balzac, qui fait un si
bel éloge de l'immortel Cuvier , tout en lappelant
le poète par excellence de notre époque.
Mais pourquoi appréhenderait-on les mots
scientifiques ; ne peut-on pas les rendre intelligi-
bles ? ne sont ils pas une langue universelle ? les
sciences naturelles ont &it tant de progrès en
Europe et surtout en France, où elles sont deve-
nues si générales, si populaires, qu on doit lire avec
plus d'intérêt les récits qui tendent à éclaircir des
points obscurs , des mystères qui ont émerveillé
trop long-temps le commun des hommes. Et puis
l'étude de la nature est une étude si douce , qui
nous conduit si &cîlement de la vue de ses ou-
vrages au sentiment de la Divinité! Grâces soient
rendues à Anstote, à Pline , à Buffon , à Cuvier !
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— . 29 —
Placés comme des flaml>eauic allumés sur la route
qu*ont suivies les sciences naturelles , pour eu
montrer les progrès, ces grands naturalistes ont
ouvert une nouvelle ère à la philosophie en for-
çant les peuples à interroger les fidts classés
par eux.
Grâces soient aussi rendues à Bemardin-de-
St-Pierre, le charmant auteur des Études de la
Nature , le peintre habile de ses sublimes har-
monies! En dépoiiiHant la science de ses aspéri-
tés , il sait nous montrer la nature Jtelle qu'elle
semble avoir été £dte pour le bonheur du genre
humain ; il est, lui , le vrai poète de la nature.
Assez heureux pour posséder quelques con-
naissances générales en histoire naturelle, on a vu
que )*avais résolu d'en tirer parti dans le voyage
que j'entreprenais. Aidé ensuite des conseils et des
lumières de plusieurs savans, j'ai pu donner une
idée des productions naturelles de ces pays. Mais
à mes yeux , le principal avantage des &ibles
connaissances qui m'ont autorisé à prendre,
pendant mon voyage , le titre (sans doute usurpé)
de natundistej a été de me mettre en relation
avec des personnes instruites, des autorités même
qui ont pu me fournir des renseignemens exacts.
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— 50 —
Je divise ce voyage en trois parties. La pre-
mière traite du Rio de la Plata , de M ontëTideo
et de Buénos-Ayi'es ; la seconde partie contient
Texploration de l'Uruguay et de l'intérieur de
la province de Rio-Grande jusqu'à Porto-Alègre ;
la troisième partie traite de Porto-Alègre, de ses
environs et de la province en général, et finale-
ment, donne une idée aussi enacte que possible
de Tétat du commerce français tant au Brésil
qu'au Rio de la Plata.
Mes observations peuvent être considérées
comme une sorte d'appendice à celles de MM. Au-
guste Saint-Hilaire, dans l'intérieur du Brésil, et
Alcide d'Orbigny dans YEntre-Rios et Corrien-
tes , provinces enclavées par le Parana et l'Uru-
guay-
La gratitude dont je suis animé envers les per-
sonnes qui ont bien voulu m' être utiles dans le
cours de mon voyage, m'impose la loi bien douce
de leur donner, à mon retour dans mes foyers,
un témoignage public de ma profonde reconnais-
sance : j'ose donc citer, au risque de blesser leur
modestie et d'encourir leur blâme , les noms de
ces hommes estimables qui resteront gravés dans
ma mémoire.
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— 31 —
M. AiméBonpland, le botaniste justement cé-
lèbre , le collaborateur de M. de Humboldt. Ua
bien voulu m'accorder l'hospitalité , avec cette
bonté toute paternelle qui le caractérise, au mi-
lieu des déserts où son amour potu* les sciences
naturelles le tenait encore exilé du monde sa-
vant.
M. Faustino Lezica, négociant de Buénos-Ay-
res j citoyen des plus distingués par son mérite ,
ses connaissances , sa modération , et l'amabilité
de ses manières toutes françaises.
M. FabricioMossotti, astronome et professeur
de Physique expérimentale à Buénos-Ayres, sa-
vant trop modeste et désintéressé.
M. José Arenales, lieutenant-colonel d'artille-
rie, ingénieur, chargé du bureau topographi(]ue
à Buenos- Ayres , auteur de plusieurs ouvrages.
M. Cadnoio Ferraris, chargé de la conservation
du Muséum d'histoire naturelle deBuénos-Ayres;
c'est un de ces vrais philantropes qui ne perdent
jamais l'occasion d'être utiles à l'humanité.
M. Casimir Gauchard , négociant français à
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— 32 —
Buenos- Ayres , ancien élève de l'Ecole Polytech-
nique.
M. Antoine Thedy, négociant au Salto de l'U-
ruguay. Quoique Suisse de nation , il accueille
indistinctement tous les Français malheureux que
leur triste sort amène dans ces lieux reculés. Le
plus bel et plus juste éloge que je puisse faire de
M. Thedy , est de dire qu'il a acquis au Salto ,
par son humanité , le titre bien honorable de
Père des Français.
M. Joseph Ingrès , fi^ère du célèbre peintre
de ce nom, négociant français à San-Borja , aux
Missions ; c'est un de ces Français comme il en
existe trop peu en Amérique. Si tous ceux qui
se destinent à commercer dans les pays étran-
gers ayaient sa rectitude , ses connaissances et son
inÊitigable activité , nos manufactures en senti-
raient bientôt l'heureuse influence.
Le colonel José da Sylva , commandant mili-
taire de la frontière des Missions d'Uruguay ;
Brésilien excessivement bon et humain, ac-
cueillant de la meilleure grâce du monde tous
les étrangers , mais particulièrement les Fran-
çais.
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— 53 —
M. le docteur Jean-Daniel Hillebrand, méde-
cin alleniand à la colonie de Sâo-Lëopoldo , près
Porto- Alègre ; homme aimable et obligeant , réu-
nissant des connaissances variées et un goût près-
cpie passionné pour l'histoire naturelle.
M. Modesto Franco, négociant brésilien à
Porto- Alègre , patriote distingué , à même, par
sa fortune , de faire beaucoup de bien aux mal-
heureux.
Enfin mon honorable ami le comte de Zani-
beccary, philantrope bolonais, défenseur en tous
lieux de la cause commune, mais infortuné
comme la cause elle-même ' .
Havre, le 1^' Jirillel 1835.
« Ce jeune homme, plein de connaissances vraiment utiles, est le fils
du célèbre aéronaute de ce nom , sénateur liolonais , contemporain
des Pilaire du Rosier, des Mongolfier, des Broschi , et mort , comme
les premiers, rictime de son amour pour la belle science des aérostats.
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yrmtère Partie.
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CHAPITRE I«.
9épmgtéamm9wc. ^ Travenés. ~ Arrivé* mi Bw d* U VUU..
Tout le monde ^ en France, ne partage pas
r(^[Mmon de Montesquieu , de Rousseau et du
comte de Laborde sur l'utilité des voyages ; je
me rappeHe qu'au moment où \% fis mes visites
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— . 38 —
pour prendre congé , un principal de collège ,
homme docte et tcès-préponderanty me demanda
d'un air... qui laissait percer tout le sentiment de
sa supériorité ce si les limites delà France étaient
trop étroites pour un voyageur ! ! ! » Je ne sais
pas trop ce que je balbutiai dans le moment , car
on me déconcerte Ëicilement, surtout avec de
semblables questions ; mais il me parut à la ré-
flexion, que la sollicitude toute apostolique dont
paraissait animé le cher principal, lui fidsait
craindre pour moi la contagion des principes
américains. Cependant ces principes , cette cause
apiéricaine ne sont que le résultat des idées éla-
borées en Europe ; ce sont nos théories mises en
pratique; on ne peut donc que gagner à examiner
de près ces gouyememens modèles; car s'ils sont
bons, pourquoi ne pas les imiter?... s'ils sont
mauvais , évitons les Êiutes dans lesquelles leurs
législateurs sont tombés. Il me semble que là où
le droit naturel , le droit public et le droit des
gens sont le plus respectés, ce doit être le meil-
leur gouvernement. On nous a long-temps vanté
celui de l'Angleterre ; on croyait les Anglais li-
bres parcequ'ils ne se plaignaient pas aussi hau-
tement que nous, ils sont pourtant loin de jouir
de la somme de liberté dont nous jouissons
dès-à-présent en France ! La belle pensée de Fim-
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— 39 —
mortel Canning. « Liberté cwile et t^eligieuse des
deux mondes » n est pas réalisée ' .
Le 31 décembre 1829, à deux heures après-
midi, le brick français VHermime^ capitaine Soret,
ayant 13 hommes d'équipage et 24 passagers^ mit
à la voUe du Havre-de-Grâce pour Buenos- Ayres,
par une fort belle brise de vent de N. N. E. Le
temps ne laissait rien à désirer, et le thermo-
mètre de Réaumur marquait 10 degrés au-des-
sous de zéro. Tétais du nombre des passagers.
Nous fîmes d'abord route au nord-ouest , le
navire gouvernant bien , et tout le monde en
bonne santé.
Cest une chose vraiment fort étrange que les
sensations^ d'un individu qui se hasarde à fran-
chir , pour la première fois , la vaste étendue
des mers : que de réflexions à Êiire sur un avenir
devenu si incertain par la mobilité d'un élément
indomptable , instrument passif des vents capri-
cieux!... Combien de regrets naissent, assiègent
et oppressent le cœur au moment du départ pour
un voyage si lointain^ si périlleux! Un beau pays
abandonné , des parens des amis qu'il faut se ré-
i Voyez l**! noie fi.
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— 40 —
soudre à quitter peut-être pour toujours... De
douces habitudes y de plus douces liaisons qu'il
faut perdre ! et puis cette vie , si calme jusqu'a-
lors j qui s'écoulait sans perplexités , sans fati-
gues j Ta devenir désormais une vie aventureuse,
pleine d'incidents imprévus qui la rendront sou-
vent pénible et quelquefois très-orageuse ! Adieu
donc, belle patrie! cités florissantes, cantons fer-
tiles , peuples laborieux ! Adieu antique Neustrie ,
province &vorisée de la nature et des arts , sol
privilégié ! Toi qui as fourni jadis des rois à l'An-
gleterre , toi qui fais naître tant de souvenirs hé-
roïques et touchans, patrie des Corneille, des
Fontenelle, des Duquesne, des Bemardin-de-
Saint-Pierre , des Boïeldieu, des Delavigne et de
tant d'autres célébrités !
Adieu chaste Seine\ fille de Bacchus, nymphe
de Gérés. Toi dont les flots d'émeraude se plai-
sent à baigner les lieux que j'afiTectionnais, comme
toi , avant ta métamorphose.
Et vous , tendre Héva , compagne fidèle et
trop infortunée de la nymphe de Gères , adieu !
Salut au tombeau que les sensibles Néréides vous
élevèrent en récompense de votre dévouement !
continuez , mânes dHéva , continuez à guider les
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— 41 —
marins jusqu'à leur entrée dans ce Neutre aimé
d'Amphitrite, tandis que moi, chétif mortel,
après aToir erré sur la terre comme un météore
igné j'irai peut être m'ablmer dans quelque coin
du monde.
Cest ainsi que , les regards attachés sur la terre
natale, disparaissant sous le voile vaporeux de
rhorizon, je me livrais mentalement à des regrets
intempestif. Dans un moment de profonde mé-
lancolie j'avais été accablé du poids de mes ré-
flexions : fatale curiosité ! me disais-je , pourquoi
me forces-tu à m' éloigner du sol de la patrie , à
rompre les liens qui m'y attachent ? H(3as! mes
pressentimens n'étaient que trop réels.... après
une absence de cinq ans je n'ai retrouvé que des
tombeaux là où les illusions du jeime âge avaient
fasciné mes yeux et rempli mon cœur de joies
pures et innocentes! !
Cependant^ retrempant mon courage abattu
dans l'espoir d'un meilleur avenir, animé sur-
tout par l'espérance de trouver dans l'étude de
la natm^e de douces distractions , je fis un effort
sur moi-même et me hâtai d'éloigner des appré-
hensions qui ne pouvaient que me rendre mal-
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— 42 —
heureux. La sérénité de 1 atmosphère, la tran-
quillité de lamer et l'apparence d'une navigation
heureuse achevèrent de rendre le calme à mon»
ame.
Je fiisassez &vorisé pour être peu incommodé
du mal-^-merj dès le lendemain j étais emma-
riné. Il n'en a pas été de même de tous mes
compagnons de voyage : plusieurs payèrent
long-temps un tribut onéreux aux habitans de
Tonde.
Je ne sais pas si les médecins ont bien défini la
cause du mal de mer. Ce mal , peu dangereux
d'ailleurs , anéantit totalement les &cultés physi-
ques et morales, et cela se concevrait assez si le rai-
sonnement du vulgaire n'était pas &ux; car, si le
cœur était la partie affectée , ses fonctions de-
vraient se £dre avec moins de vigueur , de là ré-
sulteraient cet abattement, cetafiaissement, ce dé-
goût qu'on éprouve. Nepourraiton pas penser que
le balancement imprimé au navire par le roulis ou
le tangage en produit un semblable sur les intes-
tins et par suite aux poumons, lequel dérangeant
momentanément le système circulatoire , produi-
rait les vomissemens ? ce qui m'autorise à le penser
c'est qu'il arrive presque toujours que le mal
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— 43 —
cesse complètement dès qu'on a mis le pied à
terre.
Quoiqu'il en soit des causes du mal de mer, les
effets en sont certainement redoutables , et ce
qui est le plus ÊLchenx , c'est que les capitaines
sont ordinairenent très peu en mesure d'apporter
du soulagement aux malades. Âppellerais-je un
soulagement le mauvais thé &it à la hâte, sucré
avec de la cassonnade et distribué par les mousses
dans des vases encore mouillés de l'eau salée dans
laquelle ils ont été rincés ? une telle boisson n'est
guère £ûte pour soulager le cœur, aussi je me
gardai bien d'en fiûre usage, malgré tout le besoin
que j'avais de pitendre quelque cordial.
Précisément pareeqae les .médecins ne se sont
pas occupés du mal de mer, on ne connait pas
de remède capable d'y apporter un prompt sou-
lagement : les acides, les fruits, juteux et les
astringens sont ce qu'il y a de meilleur à em-
ployer jusqu'à présent , mais tous les estomacs ne
les supportent pas , et puis , je le répète , quand
on est assiégé par le mal on se trouve dans un
état d'anéantissement tel, qu'on n'a plus d'idées,
on ne pense pas à ce qui pourrait soulager , on
ne demande rien. Les officiers du navire qui sa-
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_. 44 —
Tent par expérience dans quel état se trouve le
malade, état qui ne présente souvent pas d'in-
quiétude, les officiers, dis-je, qui ont peu Tha-
bitude du monde et de ces petites prévenances,
de ces petits soins , de ces petites attentions qui
en rendent le commerce si agréable , s'inquiètent
peu du pauvre malade. Cependant si ce malade
est un passager de considératioTky c'est'-à-dire qui
ait bon nombre de colis dans la caUe» pour Fac-
quit de sa conscience le capitaine lui demandera
l'état de sa santé et luî enverra une tasse du fa-
meux thé en questiou. Je parle ici généralement,
-car il est beaucoup d'exceptions ; le traitement
des passagers s'est bien amélioré depuis que les
capitaines ne se considèrent plus comme ma&res
après Dieu à bord de leur navire, et je me hâte de
dire que je n'ai eu qu'à me louer, ainsi que mes
compagnons de voyage, desofficiersdel'As/Tnmie.
YsÀ dit que nous étions vingt-quatre passa-
gars; dans ce nombre il y avait des femmes et
des enÊms , ce qui (soit dit sans blesser personne),
n'est pas le plus agréable dans un pareil voyage ;
enfin il &ut vouldir ce qu'on ne peut empêcher,
dit le proverbe , et c'est surtout à la mer qu'on
a occasion d'apprécier la valeur de ce vieil adage.
Ce nombre de passagers se divisait en deux classes
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— 4» —
ceux de la chambre et ceax de Ventre-poni : nouâ
étions treize à la chambre, en y comprenant trois
jeunes enÊms et deux femmes que la politesse
nous forçait à qualifier du nom de dames.
Notre embarquement avait été très^précipité ,
ce qui fit qu'au moment du départ on s'embarqua
pêle-mêle , chacun s'occupant à ranger ses ba-
gages et s'inquiétant peu de ses compagnons de
TOyage ; du moins c'est ce qui m'arriya ; d'ailleurs
les premiers symptômes du mal de mer m'aver-
tissant de prendre mes précautions , je fis mon
lit ( cai* à bord d'un navire, aussi bien qu'à terre,
comme on fait son lit, on se couche), et, me cou-
couchai jusqu'au dîner, qui fut court et auquel
peu de personnes assistèrent. Ce ne fut donc que le
lendemain du départ que Ton commença à s'ob-
serrer et à fidre des remarques sur la masse hé-
térogène de nos individus. Je fus agréablement
surpris de me trouver en très-bonne compagnie
d'hommes et de voir que, devant sympathiser
ensemble , je pouvais me promettre une traversée
des plus agréables. En effet nous n'eûmes dans
le cours de ce voyage aucun motif de nous
plaindre les uns des autres ; la plus grande har-
monie a régné parmi nous ; bien que notre so-
ciété se composât de trois Espagnols-Américains,
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— 46 ^
deux Hambourgeois, un Prussien et deux Fran-
çais, sans ccHupter le capitaine et son second. A
la yéritë ces Messieurs ayant Toyagé beaucoup ,
connaissaient assez le monde pour en avoir une
juste appréciation ; ils savaient aussi par expé-
rience , que le bon ordre est nécessaire à bord
d'un bâtiment.
La vie d'un passager est bien monotone, il
faut en convenir , surtout pour celui qui , insen^
sible au spectacle imposant que lui o£Ere la na-
ture, toujours prodigue en tableaux merveilleux,
u a Tesprit préoccupé que de sesprojets ultérieurs.
Il na plus qu'une idée fixe, celle d'arriver
promptement à sa destination; aussi l'ennui, ce
ver rongeur, produit de Toisiveté, s attaquant
sans rdâche à cet être désœuvré, il devient
bientôt à charge à lui-même et aux autres pas-
sagers. Nous n'eûmes pas heureusement ce désa-
grément à supporter, au contraire, le voyage fut
une vraie partie de plaisir. Chaque soir nous nous
réunissions à quatre pour faire un whist ; nous
n'y avons pas manqué , je crois six fois. Souvent
avant de conunencer la partie, et principalement
lorsque l'obscurité était grande , nous prenions
plaisir à admirer le bel effet de lumière de cette
innombrable quantité d'animalcules phosphores-
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— 47 —
cens qui pullulent à la sur&ce de la mer et que
le sillage du navire fidsait étinceler de mille ma-
nières autour d^ nous.
C'est entre les tropiques que nous avons joui
du plus beau spectade de ce genre; aux iles du
Cap-Verd l'Océan paraissait en feu. Les vagues
légères, soulevées par ime brise du vent alizé
s'entrechoquaient et faisaient naître subitement
un fiûsceau de gerbes lumineuses qui ^ se répan-
dant aussitàt sur la masse mobile et noirâtre^ for-
maient comme une nappe blanche émaiUée de
rubis et de diamans étincelans. Les voiles en
étaient éclairées. Je ne me lassais pas d'admirer,
tant la mobilité de l'élément liquide produisait
d'effets surprenans.^ Lliorizon semblait une ville
immense dans une illumination complète : on
eût dit que les divinités des eaux , habitant cette
cité merveilleuse, se plaisaient à célébrer notre
passage, en nous donnant un spectacle inconnu
aux habitans des continens. Je fiis tenté de croire,
du moins, que ces divinités urbaines nous étaient
favorables , puisque notre navigation a couram-
ment été heureuse.
D'autres fois nous nous livrions à des exercices
gynmastiques, à des tours d'adresse que le second
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— 48 —
capitaine se plaisait à nous montrer el à varier
pour nous fiiire passer le temps avec moins d'en-
nui. Mais bientôt notre attention se trouvait dé-
tournée par un beau coucher de soleil, par une
disposition de nuages > qui offi*ent une si grande
carrière à Timagination que, quelquefois, par
une illusion d'optique des plus extraordinaires
nous nous figurions être en vue de terre, voir
des habitations, des montagnes , des vallées, des
forêts, des troupeaux sur la pente des collines et
des habitans dont les formes gigantesques nous
rabaissaient jusqu'à la dimension des UlUpiUiens.
Quel spectacle digne des profondes méditations
du poète et du philosophe , que la vue de ces
vapeurs condensées, soulevées mystérieusement,
transportées par magie au centre des continens
pour alimenter les sources des fleuves et des ri-
vières, qui après avoir arrosé, embelli et fécondé
les contrées ou ils coulent, retournent lentement
au grand réservoir , pour être vaporisés de nou-
veau ! N'est-ce pas là le vrai phénix , qui renaît
continuenement? Quel mécanisme ingénieux!
des vapeurs s'élèvent , le soleil luit, et le monde
est vivifié! l'aridité reparaît et la terre pullule
d'habitans , de myriades d'êtres , qui ne se com-
prennent pas!! Grand Dieu! je m'humilie, je
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— 49 —
me cadie dans cette poussière dont je suis sorti ^
car je ne comprends que mon néant !
Mais Toici bien d'autres récréations! voyez
cette troupe de cétacés, défilant comme im régi-
ment de cayalerie, caracolant à tribord et à bâ-
bord pendant une heure ; ce sont les souffleurs;
et ce joli poisson qu'on aperçoit à une grande
profondeur , dont les couleurs sont si vives , si
brillantes? cest la dorade', et ces espèces de
grands papiUons marins qui volent en essaim et
si étoulxifanent qu'ils tombent à bord ? ce sont
des poissons volons ; les infortunés sont dans des
transes continuelles, car ils ont des ennemis dans
lair et dans Teau ; cette bande qui s'élance est «
chassée par des bônitesy poisson vorace qui ne
leur fait pas de quartier, et voici la noireyrc^o/e
à longue envergure qui fond sur eux pour tâcher
de s'en saisir. Mais voyez , voyez vite ce poisson
gigantesque, qui s'avance majestueusement près
de notre gouvernail. — Quel est-il ? Cest le
requin, le tigre de la mer, la terreur des marins;
ces deux petits poissons annelés de noir , de bleu
et de rouge, qui l'accompagnent, le suivent, le
précèdent , le carressent , sont ses pilotes.
Dans cette foxde d'objets qui captivaient notre
4
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— 50 —
attention^ il est inutile de dire que si la vif^
signalait un navire ou la tertCi^ la sensation n'en
était que plus vive ; notre attention , concentrée
alors dans le tuyau d'une l(Aigu6-vue , était ^p
tiyée au point de nous tenir plusieurs heures
en observation. On eût cru, en vérité, que, de^
venus habitans de l'Océan , nous aviops perdu
le souvenir des autres honunes , tant notre
curiosité se trouvait excitée à la vue d^un navire
&isant voile vers nous. Pour moi , dans mon en*
thousiasme , dans mon admiration passive des
œuvres du créateur, oubliant l'ii^justice, l'é-
goïsme, l'ambition de ces mêmes hc»iunes,.)e ne
pensai plus qu'à la perfection de cetfce image de
.la Divinité, possédant en même temps que les
vices, des vertiu qui îcfoX sa noblesse ^ du cou-
rage qui &it sa force, un es{«itsublime ^pûcom"
mande le respect !... et je m'inclinai inv(dantai*
rement , moins pour rendre hommage à la cràà-
ture, que pour témoigner mon admiration ^t
ma profonde soumission au souvex^Mn aiiteur
de tant d'attributs qm nous élèvent afu-dessus
de la brute. . . • • • .
Puis mon front se rembrunissait en se cour-
bant; je restais rêveur. . . . c'est que j'entrais
mentalement en fiu^ur contre moi-même, con-
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— SI —
tise Tetpàce tout eittièce!«-^Mais Q*ê0t-oe pas beau-
oaap ^argOitïL dto$et nous âfre Vmageàe la Di-
^ioké l\ 11m BÎTÛiîtë a-trelle m^ forme que
kl faîUesse de notre hnagmation pipsse compren-
<ire ? .... Si mne peignée d'humains de ia race
bhmehe ou cmicmûfue est assez audacieuse pour
se OToire dotée si fiwonMement ; à Fimage de
cpû-anront été créées les races africaines^ mon-
golicfaes, hypevboréennes , américaines et au-
tres; à qui ressembleront les nègres de Ij^uinée j
le Hottentot et le Caire de l'Afrique Australe, le
Samoyède et le Kamtschadale de la. Sibérie;
rCsquiHoau^ le;tiapon des régions boréides, le Ca-
raïbe de FOrénoqpie, le Botoeudo du Brésil , le
Pata^on des teciaes Magdlaniques, et cette foule
d'aulres naûoosjgnœreeociâtantesy aussi différen-
tes'par leuisjdbpicmomies que par leurs moeurs
et JeitfjbqiiBge?... Vans ies récusez donc pour
le pairta^ coumm ? Vous ne les regardez pas
eemiae vos frères?. ... Pourtstntils n'ont qi/un
mené fera; eeat kméme Dieu qui. les a créés ; le
nsegqztiBOtts ? *N eteît-oe pas assez de Y aristocratie
de, la peau ajouiée . à tant d'firistocraties, sans y
jâiadre enoeve c^e du cràné* ?i...
I Dm crânes très-comprimés, k mâchoires saillantes , ont élé trou-
vés récenmient dans les tombeaux du Hant-Péroit. Ce sont , on le
péiise, iSs restes de peuples antérieurs à la cWitisation des Incas et
auxquels on attribue ces monumens gigantesques, qui ont tant de
rapports avec ceux de la Vieille-Egypte et de TAsie centrale.
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— 5S -^
Mais cette bdle téte> cette délicatesse de tnuts,
cette blancheur de peau, ce tact si exqivs^ cette
haute intelligence qui semUe tous rapprocher
de celle des sphkts^ tout cda est TouTrage de
réducat iony de la cmUsation\ de cette éducation
qui commence au scMrdr du sein de TOtre mère
et finit au tombeau; c'est l'éducation de toute la
vie y d'une longue suite de sièdes qui vous a
fiuts ce que vous êtes, et, si vous en doutez,
tentez-en l'expérience , mais préparez-TOus à rou*
gir du résultat :
Enleyez un en&qit qui vient de naître, con-
fiez-le au sauvage le plus dégradé dans l'écheDe
des races humaines; laissez-le subir les impres-
sions du climat, du sol, de la nourriture, de tout
ce qui l'entoure; puis interrogez-le, quand tous
croirez que sa raison a pu se développer Il
n'aura nulle idée de cette divinité * dont vous
vous croyez l'image; il n'enviera aucune des
jouissances dont vous êtes si avides ; fl né com-
prendra pas vos besoins. Si vous le transplan-
tez dans vos cités populeuses , le bruit Tétour*
dira ; vous l'entendrez soupirer après la terre
I Je n'ignore pas que pins tard, vîTint en sodèté, il lenlira la aé-
cetnté d'adorer an étr^ s^ipréme , mais cet être sera en rapport avec
ie dérekippement de sa raison.
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— 5S —
saunage qui Faura nourri, après la compagiie de
Mm enfiince et de ses jeux, il: mourra d'ennui au
miHett de tos fttes somptueuses.
Ihrolongez: rexpérience : si la constitution de to-
tre Européen derenu sauTage, a permis à ses fa-
cubés phfsiques de se dérelopper sousTinfluenoe
àe&j€tculté8 moraUsy sa physionomie changera
Inentôt , ses traits perdront de leur délicatesse ,
sa peau s'épaissira , ses cheveux deyiendront ru-
des, son tact s'émoussera, son crAne se modifiera,
et après deux ou trois générations, tous cher-
cherez Tainement des traces de l'homme civilisé ,
possédant une ame &ite à l'image de Dieu. . • .
Miracle, miracle ! — Je fus brusquement dis-
trait de mes réflexions philosophiques, par les
exclamations de l'équipage et des passagers. On
venait de prendre un requin , et , à la grande
surprise des spectateurs, on avait trouvé un Twre
ùn/nwÊtf dans ses intestins! comment ne pas
cKMre après cela que Jonas passa trois jours et
trois nuits dans le ventre d'une baleine ?• . . . Mais
ce qui vint augmenter beaucoup letonnement
des passagers , c'est qu'après avoir fendu le corps
de ce requin depuis la tète jusqu'à la queue;
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— S4 —
après kû ayoir eiileTé les inljestins, ne lui avoir
laissé absoluœ^ait qijie la chair et les os, et l'a-
voir jeté ainsi mutilé à la wneCj il se remit à iiar
ger ayec autant de force et de calme que si on
ne lui eût ùll qu'mie petite égralignure ! Q«tfant
au livre^rouré dam son TCdEitm, on $iÊk bietilât
que le second l'avait laissé twiber ^udjqtes
heures auparavant. Avouez ce^peaàaÊiX^ qit'il f.
avait lieu à fiûre «n bel et bon inlradle! Un peii
d'astQce de la part éùt second V beàilcaii^ de
crédulité et surtout de fw de notre pavi, uft
peu deoomplaisaiiee àé la part ^essavàns, le vcàr
raclé pouvait êCï-e constaté vrai. ~- Yingl-qv^^e
passagers, douée hbmtoes d'équipage, «Us^ent
été les témoins oculaires; et, au besoin, moi ,
écorcheur d'oiseaux , j'eusse été le naturaliste y
\e physicien qui e(H atttesté, constaté la {iossîbiUté
du £ut.
Voici Une distractîiiHa d'un autre genre i le
hofHéne de la Ligne ! Chrétien ou no«L> il fiuijt
que vous vous soumettiez de bonne grâce au japig
imposant du Père ta Lifftei empereur des deux
zones torddes^ et pa^ner gaknenfc le tnlmt
qu'il lui pkdt d'ûnpoaer depuis que Vasoo de
Gama et Ghriatapbe Golomb se sont avisés dre
passer par ses états aquatiques.
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— 5« —
C'élatt le 30 jaarier ; quelques passagers de
Fentre-piml a^ent entendu dire a«x matelots
que nous ëtiens à la Ligne ; leur ouriosité, éton-
namment irritée par cette nouyelle, les tenait dans
une grande agitation; pour les calmer on )ugea
pradantde hâte apporter le télescope et de leur
mOHHybrer la i^gne* Ce jour-là même, au moment
ob le soleil disparaissait de notre horizon nauti-
que, le tonnerre et les éclairs, représentés par
un pistolet d'arçon, accompagnés d'une grêle de
pois qui tomba sur le gaillard d'arnèoe , umon-
çèrent aux pro&nes, saisis de crainte et d'épou-
Tante , FarriTée d'un messager du souverain do-
minateur de^ mers ûèdes. En effet, nous ne tar-
dâmes pas à voir arriver, monté sur un mam-
mifère quadrupède , qui n'a pas encore trouvé
jdace dans la classification zoologîque de Guvier ,
vûi ange, sous les traits d'un postillon ; il remit à
Hotre capitaine (qui le prit au sérieux) le mes-
Mge (suivant :
Zônps-Torrides. — Grapde Ligne.
(Le âO Minaoné
1830 Mailloches.
a Moi, grand empereur de tous les royaumes
« des deux 2iOnes Torrides, vous ùâs savoir que
« votre navire, n'ayant pas encore passé dans mes
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— 56 —
« états, ainsi que plusieurs de yos passagers, je
« TOUS somme de vous disposer à la cérémonie du
« saint-baptême, qui aura lieu demain.
<K Je TOUS &is savoir en outre , que si quel-
ce ques-uns de vos passagers se refiisaient de pa-
c< raltre à mon ordre , deTant ma toute-puissance ,
(c ils subiraient la peine due k ceux qui se réTcd-
a tent contre moi. »
c< Je TOUS salue, ainsi que tos officiers, passa-
« gers et passagères. »
Ckeeolier de VEUàmqwre,
9wt &A uom.
Après aToir lu, à haute et intelligible Toix, cet
ordre émané de la toute-puissance des régions
aqueuses, le capitaine assura le messager de sa
soumission entière, et, après aToir sondé les dis-
positions des proÊines , il dit que tous attendraient
dans le plus grand recueillement l'instant où il
plairait au grand monarque de se manifester à
leurs yeux. L'ambassadeur remonta sur son cour-
sier et disparut soudain.
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-- 57 —
Le lendemain, dès Taurore, ce fiit un mouve-
ment général à bord, les aUutions, les purifica-
tions mirent les adeptes en état de reccToir là
cour aquatique ; vers iO heures elle arriva. Nous
étions par 0. 31 de latitude sud et je ne sais plus
combien de longitude occidentale ; la mer était
calme , le temps couvert et brumeux; le cortège
s'avança de l'avant sur l'arrière, par le côté de
tribord, dans Tordre suivant : d'abord un gen-
darme ( c'est indispensable pour le bon ordre;
c'est de tous les temps et de tous les lieux ) ;
ensuite Neptune, armé de son trident, puis le
sacerdoce , et enfin le Père la Ligne et son épouse ,
qui étaient fort simplement vêtus et avaient ma
foi l'air de braves gens pour un roi et une reine
aussi puissans. Le -pontife avair Faûr plus fier
qu'eux et pourtant le "Pèn la ligne pouvait
anéantir le -pontée d'une chiquenaude !
Neptune prit le timon et gouverna le bâti-
ment pendant la cérémonie; le Père la Ligne
avait sans doute trouvé cela prudent.
Après avoir donné sa bénédiction à tout ce qui
se trouvait sur son passage, le pontife s'avança
vers un autel dressé sur le gaiOard d'avant. Une
piscine, d'une grandeur -extraordinaire était
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— w ~
plamt» tenu auprès; iMMiMtf^debob^ était entre
les maàas du poirtîfiB et im adepte taœàtt le jitA
diBstiné à wcevoîr fe&offitMidtau Le Père )a Lîpie
«I sffa.époMe étaioalî «isb près de rmlel«
)2Q.9f«i4linB«L wnesna le» Nédpbyta» im àl w
dAti#> mvtmm «tj^târiewB : On les fil asseoir
a*-€bmift de la piâorne, et anwit de lew fiùire
biiwerift/istfiérkii OB kudtfiipnmoiie^
(9^ Je juré deme jamais attenter à la Tie lû à
L'hotei^urd'iWi. marin, de ne jamais co<ToîtQr sa
femme vimm* bien» »
Puis <m fit lever le bras au néophyte , ou lui
yees» «^ peii d^eam dana la mancbe, il baisa la
pakw^i il .fit ion ofifrande^ et iljiit initial
Mais si le pontife n'a pas été satisfidt de Tof-
fiomdei \am signal* suffit pi«r plbnger le noavjean
oonvértit dans la pisciiie, où 3 se débat à son
aise, tandis que. les honnêtes g^ondarmea lui rer-
sent des seaux d'eau sur la tète. Et quand un
néppb)rte moina ftirvent ovl [dus réoaleitrant re-
fiise^ sa pettta« offigande,> il &ut qu'il s'attende à
passerpttrde rudes preuves ! Je vous aasune que
oeUes qpslom Sùsak subir mi Egypte aosi initiations
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d'iw d ê^ÙBiM d'étMttl rfea» em oonqparnioof
le sful mojBea A^dkudr la rigwiar «l IriaifeittÔH
Uté des prdues du tmpiqfvie^ c'wt depajjev^ ào
boine gv|iGd «t d0 kfifor fiôèe laéiM^
bien humble.
lion^pw tout le mande fct inîtàéf ipJil s'y»
eUfc phi» de pcoAiiKkt&.ffbaamt cm
ftti idctt^ due cottfiBMQii ^ us^Kwaime^ «ne !»>«
cIuGittkte éjpottVftHtiJllw; eliaoutt iftaqpom dtei
seauy d'une jatte , d'un pot, de cequi tomba
soiwhlliliii)h«t/piikaiifi)àméiiiete0<^ rém-
fifiëd d'eiRt à désslMii, oit i^pèrgca joMpf à éj^ui^
sèment d'eau et de fatco^ B VLy aWt pfais d'aftf*
torité à boi^d , le capitaine était aspergé par le
mousse, le père la Ligne par les gendarmes,
Neptune par le pontife, enfin c'était un vrai
chaos!... Cette mauvaise charge digne de l'ère
de scepticisme qui nous régit me coûta vingt
mille sangsues qui moururent des suites de l'as-
persion.
Depuis ce camayal torridien , jusqu'aux ap-
proches de terre, il ne se passa rien de remar-
quable. On prit plusieurs requins; je m'amusai à
disséquer la tête et la colonne vertébrale d'un
assez grand ; je disséquai aussi des poissons volans
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_ 00 ~
qui tombèrent à ixMrd; mais, chose surprenante ^
nous ne Times pas un seol damier » oiseau pal-
mipède du genre /lelFvl^ qui est ordinairement:
trè^oommun au-djelà du tropique du C!a[«come . .
Enfin, le 37 fiémer, à huit heures du soir^
nous trouvant par S4<> 81 > sud, on s'aperçut que
la mer, devenue houleuse^ était changée. Qn^
sonda, et l'on trouva 50 brasses, fond de sable
noir; nous étions à environ 40 lieues de terre.
A une heure de nuit on sonda de nouveau,
et Ton trouva. 38 liasses, fond de roche; noufr
étions dans les eaux de la Plata!
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CHJiPlTRi; u.
&e Aîo d« U »ato.
GombfieA d^nadmdus èe tontes «aftiûi» se soM
laissé fireadre à ce nom poMpMK de I&nèp^ é^ar^
g&nt! GOiBbieii, allécha par l^i se S6nl -figuré
sottement qu'A ne s'agissait que de sel^aisser peur
y ramasser Fargent tout monnayé'! On raconte
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— 64 —
plaisamment, à ce propos, (p*un étranger au
moment de débarquer sur ces rires, ayant, par
hasard, aperçu à ses pieds une once d'or (qua-
druple ) , il la repoussa du pied avec humeur en
disant qu'U aurait du temps de reste pour en ra-
masser. Le pauvre diable a sué sang et eau de-
puis pour en gagner la yaleur.
Ce nom mensonger de la Plata fut donné au
fleuTC que nous visitons par suite d*une méprise ,
car on n'a jamais trouvé une parcelle d argent
ou d'or dans cette rivière ni sesafBuens, et, Ton
dirait que les premiers conquérans , pour se con-
soler de leur désaj^intement, ont voulu trom-
per, à leur tour> les aventuriers qui marche-
raient sur leurs traces.
Géographie. — La Serra dos vertentes qui
forme, sous divers noms locaux, la chaîne occi-
dentale du système brésilien, d'une part, les
Sierras de Cochabamba et de Sania-Crux, qui
sont un prolongement de la cordilière orientale
du système péruvien, d'autre part, forment le
véritable dinK>Hia aquarum de FAmériquedusud ,
en séparant l'immense bassin du Maranhon ou
Amazone, de celui de la Ploia^ les deux phis
grands fleuves connus.
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— 65 —
Ainsi là Plata n'a d'autre rivale sur le globe que
l'Amazone qui la surpasse , quant à la masse des
eaux et à la longueur du cours ^ mais non en lar-
geur. Ces deux fleuves ont le même berceau ;
tous deux sont les dignes fils des gigantesques
Cordiliéres des Andes et des hautes montagnes du
Brésil ; tous deux sont le réceptacle de ces innom-
brables riyià*es coulant en divers sens/ entre le
Pérou, Bolivia et le Brésil. «
La rivière^ Parana, qui, à ST^ de latitude,
s enrichit des eaux du Paragucty et reçoit une
infinité de rivières et de ruisseaux, pendant sa
longue course , et l' Uruguay , qui dans une même
latitude descend de l'orient , en augmentant de
même la masse de ses eaux , forment une mer.
yeLlleuse ramification de canaux navigables , se
réunissant en un seul tronc sous le nom de
Bio de la PhUa. Dès que cette grande masse
d'eau s'est réunie, elle s'étend majestueusement
jusqu'à la mer , et elle a plutôt l'apparence
d'un golfe profond que d'un fleuve, puisque,
entre les caps Santa-Maria et San- Antonio, sa
4 Je fais abstraction des grandes rivières qui descendent au Nord
du Bas-Pérou, de la Colombie et des Guyanes , comme appartenant À
d'autres systèmes de montagnes qui n'ont rien de commun avec la
Plata.
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— 66 —
largeur est de quarante lieues marines, tandis que
son poittt le plus étroit, à soiicante-dix lieues de
l'embouchure , presque en face de Buénos-Ayres ,
est encore de dix lieues! Ces caps de Santa-Maria
et de San-Antonio sont les bornes nord et sud
que les géographes donnent au Rio de la Plata,
parce que jusque-là on ne sent point Finfluence
de la marée et qu'on ne remarque aucun des
autres caractères qui appartiennent à la mer ; mais
les pilotes-pratiques donnent pour limites au fleuve
les. pointes de Santa-Lucia et de las Piedras, un
peiB eox ayant de Montevideo , parcequ'après ces
deux points les eaux cessent d'être potables et
que c'est ausâ là que commencent les dangers.
Hydrographie. — L'étendue qui donne au Rio
delà Plata une si grande magnificence est con~
trebalancé par son peu de profondeur , ce qui
cause de fréquens embarras aux bàtimens qui
tentent de le remonter sans pilotes. Il n'y a
que deux canaux susceptibles de recevoir les
navires tirant plus de huit pieds d^eau, l'un
(pd suit la côte du nord, l'autre celle du sud.
Outre que le gouvernement de Buénos-Ayres a
fait rédiger un itinéraire qui est distribué aux ca-
pitaines y il s'est formé dans ces dernières années
une société de pilotes lamaneurs à Buénos-Ayres
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— 67 —
et h Montévifdëo , dans le but de suffire à tous les
besoùrs depvîsles caps Santa-Maria et San-Antonio
jwq[a'en rade de Buénos«x\yres , y compris les
poixits intermédiaires.
Quant aux précautions à prendre pour les
abords de la Plata et même pour la nayi^tion
tout entière du fleuve, on doit beaucoup de
remerclmens aux officiers de la gabare ï Émula-
tion y qui ont exploré ces côtes avec un soin tout
particulier pendant les années 1831 et183â et en
ont dressé d'excellentes cartes. *
Histoire. — Christophe-Colomb, génie obscur,
plus avancé que son siècle dans la connaissance
de l'astronomie et de la navigation , avait décou-
vert le nouveau monde * ; Femand-Cortez avait
oonquis le Mexique ; Pizarro n'avait pas encore
rendît le nom espagnol odieux et exécrable aux
Américains, par les cruautés inouies exercées par
lui, an nom de l'Évangile, pendant la conquête
du Pérou; Alvarez Cabrai, capitaine portugais,
finrorisé par un heureux hasard , avait découvert '
1 Voyez , pour les observiitions nautiques , la note C , «i la fin de
ce volume.
1 En abordant , pendant la nuit du li octobre 1492 , à Tune des lies
Lucayes , nommée puXuï San'S€Uv€ulor.
3 L'an 1500. Il se rendait aux Indes Orientales , par le cap de Bonne-
Espérance. La tempête et les courans le portèrent sur la côte du Brésil.
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— B8 -^
le Bréi^il, la plus belle contrée d'Amérique; lors-
que Jean-DiazdeSolis, pilote QastiUan, découvrit
Fan 1515, un fleuve immense, nommé Parana-
guazu * par les Aborigènes. Après s'être assuré
que ce n'était pas un golfe, il changea ce nom
guarany en y substituant le sien , et l'appela
Rio de SoUs. '
Ce malheureux navigateur étatit descendu à
terre, près de l'endroit où fut fondé Maldonado,
sur la rive gaucbe du fleuve , les indomptables
Charruasj peuples chasseurs et jaloux de leur
indépendance , 1 attirèrent le plus qu'ils purent
dans l'intérieur et le massacrèrent, lui et sesgem,
d'une manière horrible.
Le frère de Solis, resté à bord du bâtiment
avec le reste de l'équipage, fiit tellement effi^yé
et découragé qu'il s'en retourna en Espagne sans
vouloir pénétrer plus avant. Il se passa onze an-
nées avant que Votx osât tenter de nouvelles dé-
couvertes sur ce point de l'Amérique. Le hasard
y ramena encore les Espagnols en 1526.
1 Voyez la note D , pour Pétymologie de ce nom.
9 11 j était déjà Yena en 1508 , mais il n'èfait pas sur que ce fût un
fleure.
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— 69 —
Le Ténitien Sébastien Cabot ^ , qui , en 1496,
ayait fiiit la découyerte de Terre-Neuve pour
FÂngleterre^ la voyant tropoccupée de ses affîdres
domestiques pour songer à former des étabUsse^-
mens dans le Nouveau-Monde, porta ses talens
en Castille, où sa réputation le fit choisir pour
une expédition brillante. La Victoire, ce vaisseau
&meux pour avoir Eut , le premier , le tour du
inonde y et le seul de l'escadre de Mageikm qui
fût revenu en Europe , avait rapporté des Indes-
Orientales beaucoup d'épiceries. L'avantage qu'on
retira de leur vente, fit décider un nouvel arme-
ment j qui fat confié aux soins de Cabot. En sui-
vant la route qui avait été tenue dans le premier
voyage, ce navigateur arriva à l'île Sainte-Cathe-
rine, d'où il se rendit au petit port des Patos ,
sur la côte du Brésil , par les 27<> de latitude
australe. Là il fiit joint par Diego Garcia^ le-
quel était sorti de la Corogne , expédié aussi par
la cour d'Espagne pour faire des découvertes.
li y trouva deux autres espagnols déserteurs
de la petite armée qu'avait commandée Sohs.
Dans les environs il y ayait encore quinze autres
1 Les Espagnols en ont fait Coboto et Gaboto. Ce n'est {las le seu)
eoiemple de raltératioa des noms de navigateurs ou d'explorateurs.
Cristophe Colomb est appelé par les Espagnols Cristoval Colon. Je
crois néanmoins que pour ce dernier , c'est nous qui l'avons altéré.
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— 70 —
es{)agnols déserteurs derarmée da capitaine don
Rodrigue d' Acuna, destinée pour les Indes Orieor
taies. Tous ces déserteurs informèiient Cabot qu'il
y^vait de grandes richesses d'or et d'argent dans
le Bio deSohsj c'est pour cela qu'il se déterminaàa'y
introduire; mais il éprouya tant de résistance d«
la part de ses compagnons , qu'il fiit oUigé d'à*
bandonner dans ]'ile Sainte-Gathenne les: prâL>-
cipaux opposans. Il partit enfin, après ayoir fidt
construire une galiote ; il entra dans la Plata et
vint j/eter l'ancre vis-à-vis de l'endroit où fut, de-
puis, fondé Buénos-Ayres; c était a l'iaa»houi[^hiire
d'un ruisseau qu'il appela San^LaX(Bn^ el qfêi
porte aujourd'hui le nom de SqnrJuan* Q 4u;
bien surpris de trouver dans cet endroit l'im dfis
compagnons de Solis , le seul qui eût échappé
au massacre.
Cabot laissa dans ce petit pof t les deu^f: ptys
gros navires , avec trente homipes et dou^e sol-
dats pour défendre les efifets qui] dépps^ dans
une barque entourée de palissades» Quant à \m >
U partit avec la galiote et une caravelle, dans le
but de continuer son exploration , en donnant
ordre à ceux qui restaient , de chercher im meil-
leur port dans les envirous*
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— 71 —
D suivit le coursduPoronajusqu'auS?'' 27' S0"~
de latitude , et i(9 de longitude , en s arrêtant
iréquemment pour se &ire des alliés parmi les
MbeiguM y les Caracaras y les Tùnhûs > et quel*
ques autres tribus , toutes de la nation Guarany •
Ces Indiens portaient à leurs oreilles quelques
pelil;es lanaes d'or et d'argent, que les Espagnols
édittagèrent contre d'autres bagatelles.
Après cela , Cabot s'introduisit dans la riTière
du Paraguay, pour y trouver certains Indiens
qu'on lui avait dit avoir v^^u les kmes d'or et
d'argentà ceuxde qui on les avaitacbetées. Quand
Cabot fut arrivé au confluent du Ko-Bermqo >
il fit avancer un brigantin, (qu'il avait construit
récemment) , avec trente h<»nmes. Ceux-ci roi*
contrèrent quelques Indiens Agaces ^ lesquels per*
suadèrentaux E^guds qu'effectivement ils pos^
sédaient beaucoup d'or et d'argent dans leurs
maisons, et qu'ils l'échangeraient volontiers avec
d'autres choses. Les Espagnols , au nombre de
quinze, s' étant laissé persuader , suivirent les
Agaces , et ceux-ci le» surprirent et les massa-
crèrent tous.
Cet échec, et la nouvelle que quelques navires
étaient entrés dans le Rio-de-SoUs , déterminèrent
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_ 72 —
Cabot à rebrousser chemin. U rencontra bientôt
Diego Garcia , le même qu'il ayait laissé an port
des Patos^ qui , remontant le Parana, prétendait
avoir les mêmes droits à la conquête. Ils eurent
quelques altercations ensemble , mais enfin ils
convinrent de redescendre au fort del Espiritu-
Santo , bâti par Cabot , d'y construire quelques
bâtimens légers , et de continuer la découverte.
Mais la résistance qu'opposaient les naturels du
pays ( ils avaient massacré la plupart des Espa-
gnols laissés à la rivière de San-Lazaro ) , fit
juger à Cabot que pour s établir solidement , il
fallait d^autres moyens que ceux dont il pouvait
disposer. Aussi, en 1530, il prit la route de l'Es-
pagne pour les aller solliciter , ayant grand soin
de se munir des petites lames d'or et d'argent
qu'on avait échangées avec les Guaranis , afin
ai en faire hommage à Sa Majesté.
Voilà le motif pour lequel on donna alors à ce
pays là le nom pompeux de Eio de la Plata. '
C'est ainsi qu'on a ravi à l'infortuné Solis jus-
qu'à la gloire de la découverte , en substituant à
i Voyez Reynal et d^Azara.
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— 75 —
son nom , que porta d'abord le fleuye , un autre
nom trompeur et impropre. Seulement un mis-
seau s sur les bords duquel eut lieu le massacre ,
s'appelle aujourd'hui arroyo do Salis ! !
Les bords de la Plata sont très peu éleyés. Ce
sont des terrains tertiaires qui , dans la classifi-
cation géologique, appartiennent aux périodes *
alluyienneet diluvienne, principalement la partie
Sud, ou la province de Buénos-Ayres , qui ne
présente qu'une immense plaine basse et unie ,
composée uniquement de limon , de sable et d'ar-
gile , recouvrant un tuf calcaire jusqu'aux fix)n-
tières de Patagonie.
Les terrains de la Banda-Oriental, de même
que ceux de Rio-Grande-do-Sul , paraissent être
un sol primordial , modifié par des périodes di-
verses , comme on le verra dans le cours de mes
observations.
Rien de plus triste à la vue que ces bords sa-
i Par période diluvienne , j*enlends parler des alluvions qui se sont
formées iminédiateinent et successiTement après les caUdysmes de la
période diluvienne. — Je recommande aux personnes qui n'auraient
aucunes notions de géologie^ la lecture des ÏMlres sur tes révolution»
du Globe.
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— 74 —
blonneux , dépouillés d'arbres et de verdure ^
fi afirant qu'un borisoa immense, sans aocidens
de terrain poiar reposer les regards £dâgués de
n'apercevoir que des sables et une beii>e aride ,
brûlée du soleil pendant quatre mois !
Une impression de tristesse s'empara de uhà
lorsque je vins à découvrir ces campagnes si
tristes, que je m'étais complaisamment figuré
être embdUes par tous les charmes d'une nature
riante et fertile ! J amrais voulu rétrograder aus-
sitôt , tant j étais cruellement désabusé.
Il est peu d'étrangers , de Français , dltaUens
surtout , qui , venant pour la première fois à
Buenos- Ayres, sans renseignemens certains sur
le pays , n'aient déploré la sotte fantaisie qui leur
avait fiût choisir une contrée si sauvage, préféra*
Uement à d'autres où la nature étale un luxe
merveilleux. Ce n'est que peu à peu, etl<»B-
qu'on a pénétré dans l'intérieur , qu'on se fami-
liarise avec ces champs incultes et ces déserts
sans fin, appelés Pampas.
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CHAPITRE m.
Ce fîit paidant la nuit du 28 février que nous
mouillâmes en rade de Montëyideo. Une frégate
française se trouvait à une portée de canon de
nous ; mais robsciuité était si grande qu'on ne
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— 78 —
distinguait que son fanal, dont le feu nous guida
mieux que celui du Cerro.
J'étais impatient de voir poindre le jour afin
d'analyser ce sol américain , de respirer Tair pur
d'un ciel azuré , de sentir les émanations électri-
ques de cette terre indépendante , de Toir enfin
se lever le soleil de la liberté sur ces rives hospita-
lières !
Chose étonnante ! le lendemain je n'étais plus
si empressé ; mon enthousiasme avait singulière-
ment moUi n'étais-je pas Français ? U paraît
du reste , que la végétation vigoureuse et abon-
dante des zones chaleureuses rend M orphée très-
prodigue de pavots, du moins il semblait vouloir
me combler de Ëiveurs ce joiu*-là , en les répan-
dant avec profiision autour moi. Je ne lui en sus
pas mauvais gré du tout, lorsque, montant sur le
pont pour secouer mes pavots, je me vis entouré
de mauves, de goélands, de bec- en -ciseaux,
d'hirondelles-de-meretautres palmipèdes criards,
réiuiis autour du navire en telle abondance qu'ils
nTassourdissaient par lleurs cris rauques. Ce ne
fax qu'après avoir tiré une douzaine de coups
de ftisil et abattu quelques mouettes , autour
dé)M]ttellès s'amassèrent les autres , que je pus
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— 7* —
enfin me rendre à HMi-méme et obserrer libre-
ment.
Alors je découTris sur la pointe occidentale
d^nne colline, qui s'abaisse de manière à former
une langue de terre un peu prolongée , la petite
ville de Montevideo , formant avec ses pdtés de
maisons blanches ( suivant l'expression originale
d'un célèbre voyageur ), ses fortifications en zig-
zag , ses belveders , ses deux tours de Ëuence
peinte et son môle en bois, une ellipse inclinée,
que la disposition du terrain rend parfaite.
En face de la ville, à l'ouest et tout au bord
du fleuve, le Cerro : c'est un morne de forme co-
nique légèrement affaissé sur sa base , s'élevant
à cent-cinquante mètres au-dessus du niveau de
la mer , et laissant voir à sa cime une forteresse
surmontée d'une lanterne *.
Au mUieu, entre la ville et le Cerro^ s'ouvre
une baie de fi>rme ovale s'avancant de deux
I G'«8t ce Cerro qui a fait changer le oom de San-Fêlipe , que por-
tait d'abord la Tille , en oelni de Montevideo , dont Vétjmologie est
celle-ci : Monte , mont ou montagne ; vi , j*ai vu ; deo , abréviation
de de tejos, de loin.
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~ 80 —
lieues dans les terres et au fond de laquelle se
voient au-dessus de plusieurs îlots, des dunes de
sable et quelques habitations éparses.
Rien n'indiquait que nous fussions dans uu
fleuve j bien qu'à trente lieues de son embou-
chure ; la rade entièrement ouverte n'ofiraitque
l'image de la mer, souvent très-agitëe en cet en-
droit.
Suivant la saison dans laquelle on arrive , l'as-
pect de Montevideo est gai ou triste : malheu-
reusement j'arrivai sur la fin de l'été, lorsque le
soleil , après avoir été presque perpendiculaire à
cette zone , avait brûlé la végétation et laissé un
caractère sévère et agreste à ces lieux privés d'ar-
bres et d'ombrage. Le Cerro , couvert d'un gra-
men épais avait pris une teinte grisâtre qui at-
tristait la ville; les plaines unies qu'il domine
étaient desséchées ; elles n'offi^aient aux troupeaux
amaigris, qu'on voyait épars ça et là, qu'une pâ-
ture sans substance. Les jardins seuls, ornés d'une
végétation étrangère , laissaient voir une nature
moins fanée , des teintes moins sombres; quelques
pêchers, quelques peupliers associés à Vombu in-
digène* reposaient seuls ma vue déjà fatiguée,
1 Espèce de Ficus qui caractérise ces plaines. ( D*Orb. )
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— 81 —
attristée , et regrettait le beau sol accidenté de
la riche Normandie. Quel contraste pour moi !
Au lieu de vergers bien plantés , de ces belles
fermes entourées de quintuples rangées de hê-
tres , d'ormes ou de chênes , de ces guérets
couverts de prairies artificiettes ou de moissons
dorées, je n'avais devant moi qu'une terre aride
presque sans culture et un sol uniforme. Pen-
dant l'automne , l'hiver et le commencement du
printemps 9 lorsque des pluies abondantes ont
rendu la frsdcheur et la vie à ces plaines, en for-
mant une multitude de ruisseaux qui les arrosent ,
le pays change d'aspect ; il se transforme en d'im-
menses prairies verdoyantes où les troupeaux
joyeux bondissent en broutant une herbe nour-
rissante. La terre fertilisée, prêtant complai-
samment son sein aux semences que ragrictdteur
laborieux veut y jeter , récompense au centuple '
les peines qu'il s'est données ; c'est alors qu'on voit
dans les campagnes s'étendant entre Monté-
vidéo et Maldonado de vastes champs de maïs ,
d'orge et de blé qui répandent Tabondance chez
ces peuples sobres, non-seulement dans cette lo-
calité , maïs encore à Buenos- Ayres même, qui
s'approvisionne de céréales chez « la fourmi sa
voisine. »
< L^expression n'est pas forcée.
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— sa-
li ne faut donc pas se presser de porter un
jugenuent dé&vorable sur ce pays , lorsméme
que tout parait brûlé du soleil : deux mois suf-
firont pour op^er devant tous un changement
à vue. Mais même au plus fort des chaleurs , si
vous pénétrez de quelques Ueues dans Tinténeiu*,
vous êtes agréalJement surpris , et peu4i-peu
vous vous enchantez en retiH>uvant des sites qui
vous arrachent un soupir ^ une larme d'atten-
drissemexit, un frisson de plaisir C'est que
rilhision est oc»nplète, vous avez retrouvé un site
de la terre natale !
Comme vous le voyez , cette terre est digne de
la liberté : ce n est point une terre de déception
qui vous étale d'abord tous ses charmes, toute sa
parure | pour ne vous laisser voir ensuite que nu-
dité, qu'aridité désespérante pour le cultivateur
intelligent ; loin de là , semblable à ces sentiers
semés d'aspérités dont parle l'Écriture, elle vous
fait passer par des déserts sauvages pour arriver
à YEden que vous avez rêvé.
Dans l'après-midi , je descendis à terre avec le
capitaine ; à mesure que j'approchais et que je
distinguais mieux la forme amphithéatrale de la
ville j celle des maisons et des édifices, en même
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— 83 -
temps que Faridité des campagnes me semblait
moins grande , je me croyais transporté en Syrie
ou en Palestine ; je ne reconnaissais plus l'Âmé-
rique. En effet , la forme carrée des maisons ,
terminées en terrasse ( azotea) , et n'ayant pour
la plupart cpi'un rd-de-chaussée , leur blaiy heur
éblouissante, la forme pyramidale de quelques
belveders , la bizarrerie des tours de l'église de
la Mairiz y cathédrale dont les petits dames sont
recouverts de fiaence peinte et yemissée, les for-
tifications sur les parapets desquelles s'aperce-
yaient quelques soldats Âfiicains, mêlés à des
créoles-métis, au teint oliyÂtre, tout cela prê-
tait singulièrement à l'illusion ; il ne manquait
que des cèdres aux cimes élancées, des palmiers
et des grenadiers , pour me représenter une ville
des environs du Lâban ou du Jourdain.
J'arrivai dans le port , au pied du môle en
bois , ou plutôt du débarcadère ; je jetai un coup-
d'œil sur la baie circulaire qui forme le véritable
port. On me montra quelques balises , et des
bouées placées en différens endroits pour signa-
ler les carcasses de navires qui se sont perdus , il
n'y a pas très long-temps. Il parait que le port
de Montevideo nécessite des travaux hydrauli-
ques d'autant plus urgens qu'il se comble de
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— 84 —
plus en plus par Te sable et la vase qa j déposent
les courans. Outre cela , il est exposé aux mau-
vais vents , qui , non-seulement rendent la mer
grosse , mais encore font chasser les bâtimens sur
leurs ancres , entravent leurs câbles , les font
tomber les uns sur les autres , et quelquefois
même les jettent à la côte , comme, il est arrivé à
plusieurs époques et notamment le 38 septembre
1836^ où plus de cent navires éprouvèrent de
fortes avaries , tandis que plusieurs se perdirent
dans le port même. Le fond étant de vase molle
les ancres tiennent peu , et les câbles ne tardent
pas à se pourrir. 11 £iut de bonnes chaînes en fer
et des navires doublés en cuivre pour séjourner
avec sécurité dans la rade et le port de Monté-
vidéo ; mais même avec ces précautions, il £iut
une grande vigilance , car lorsque le pampero
( vent d ouest et de sud-ouest) vient à soufQer,
il n'y a aucun abri contre lui , et Ton ne peut
même pas sortir aussi vite qu'on le voudrait. U
est à regretter qu'on n'ait pas formé un port au
confluent de la rivière de Santa-Lueia , qui se
trouve un peu à l'ouest du Cerro ; les bâtiniens
d'un tonnage ordinaire y eussent trouvé un abri
sûr contre tous les vents.
Ainsi j Montevideo est dans une petite pénin-
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— 85 —
suie, eatourëedetous côtés parle fleuve , excepté
decelui de Test, où se trouyent la citadelle et les
meilleures fortifications. Il est bien filclieuxque ,
par un article du ti^aité de paix fait avec le
Brésil, toutes ces fortifications, qui ont coûté
beaucoup, doivent être détruites. Cette stipu-
lation , &ite par l'empereur don Pedro , ne de-
vrait-elle pas être annulée par le gouvernement
actuel du Brésil, puisque les Brésiliens affirment
à qui veut Fentendre que leur* guerre n'était pas
nationale ?
Le plan de la ville est trèsrrégvdier , divisé en
cuadras ( carré de maisons ) ; les rues bien ali-
gnées , garnies de trottoirs , se trouvent coupées
à angles droits ; malheureusement elles ne sont
pas pavées , ce qui les rend aussi désagréables en
temps de pluie qu'à Tépoque de la sécheresse :
des nuagesde poussière salissant tout dans l'inté-
rieur des maisons ou ce sont des cloaques affectant
l'odorat, principalement dans le bas de la ville.
Toutes les maisons sont bâties en brique, et la
plupart sont très-basses -, comme je l'ai déjà dit ;
mais on en construit de nouvelles à plusieurs
étages , qui rivalisent avec ce que nous avons de
plus gracieux en Europe ; seulement , le toit reste
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— 86 — ^
toujours en tert*asse , parce que cette forme
donne beaucoup de fraîcheur aux maisons ; ette
ofïre encore Tayantage de laisser respirer un air
plus pur après une journée caniculaire, en per-
mettant à toute la famille de se tenir au-dessus
des exhalaisons tièdes du sol échauffé ; et de plus
c'est une forteresse où le patriotisme et le cou-
rage des femmes ont aidé souvent les citoyens à
se délivrer d un joug étranger ou de l'invasion
des barbares. Les Anglais doivent se rappeler en-
core ce que vaut une azotea pour la défense du
foyer domestique...
En sonmie , la ville de Montevideo n'est pas
désagréable^ quant à son aspect physique ; et si
Ton fait entrer en considération , comme on le
doit certainement, l'air d'aisance et les manières
tout aimaUes des faabitans , doués ^ comme les
Argentins de beaucoup d'esprit et d'un extérieur
très-avantageux, on se convaincra facilement
que son séjour peut offi*ir des charmes réels.
C'est plus qu'il n'en faut , à mon avis , pour in-
viter les négocians à se ûxer snr un point qui ,
aux avantages signalés , joint encore ceux d'utie
position des plus Êivorables au commerce; »n
climat des plus salubres et un gouverneur éclairé,
ami des étrangers , proteceur du commerce et de
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— 87 —
rinduslrie. Que demanderaît-on de pins ? Apportez
des marchandises convenables, des capitaux et
des bras industrieux, et vous veiTez que vous
n'ayez pas tenté en vain la fortune. Je yeux es-
sayer de^le prouver dans la description que je
domie au cbapifre suivant du territoire compo-
sant ia Bamda-Onental.
Peu de villes de [l'Amérique oot ^Nis souffert
que Montevideo , depuis sa fondation qui date
de i 724 ' ; son commerce et sa population s'en
sont ressentis *, mais l'administration éclairée
de M. Yasquez, rappelant celle de M. Rivadâvia
à Buenos- Ayres , à une autre époque, tend à
réparer les maux afiligeans qui ont éloigné les
étrangers et surtout les capitalistes d'un point
digne de fixer leur attention.
Montevideo est chef-lieu du département de
son nom et capitale de la République orientale de
VUruguay^ ; elle est le siège du gouvernement ,
composé des trois pouvoirs législatif, exécutif et
judiciaire.
< Voyez la Revue Politique , au chapitre V.
2 Sa populalion est éTaluée à d 5,000. Elle a été de 26,000.
s Position astr. — Longitude Occidentale de Paris , 58* 33' 25*\
Latitude , 34* 54' $*' Elle est k 30 lieues du cap Santa-Mai îa , et à 40
de Buenos- A jres.
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— 88 —
Le gouverneur porte le titre de Président.
Il y a une chambre de sénateurs et une autre
de députés ou représentons.
J'ai dit que Montevideo rappelait une ville
de Syrie ou de Palestine; il ne serait pas impos-
sible que rillusion fôt poussée, dans quelques
siècles , jusqu'à faire croire à la transmigration
de Tyr ou de Sidon dans ces lieux, oii le com-
merce doit avoir un autel , et un culte aussi fer-
vent que celui de la liberté.
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CHAPITRE IV.
de rUmfOftj.
FaTOnsée par la aatore, comme si elle Teùt
dwîsie pour s'y montrer dans UMbt sa fertilité ,
la Banda^Orieatal vCeA pas mous importante par
sa sitoatiott .giéof;rapiiM|Qe, à f emboachure de la
rivière idke la Flata.
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— 92 —
Sa position astronomique est entre les 55^ et 6 1 *
degrés de longitude occidentale du méridien de
Paris , et les 50* et 55« degrés de latitude australe.
Ses confins sont, au Tiord^ la province de Rio-
Grande-do-Sul ou de Sao Pedro , dépendant de
l'empire du Brésil* A Vest, encore laproyincede
Rio Grande et le territoire neutre , espace de ter-
rein compris entre la lagune ou le lac Mérim et
rOcéan-Âtlantique , ensuite cet Océan. Au sudj
rOcéan - Atlantique et le Rio de la Plata. A
Y ouest, l'Uruguay, qui sépare cet état des pro-
vinces d'Entre-Rios et de Corrientes, comprises
dans la confédération du Rio de la Plata.
Ses limites ont varié souvent et ont été le sujet
de longs démêlés entre les Espagnols et les Por-
tugais; eUes sont, quanta présent, fixées au rio
Cuar^ , l'un des afiluens de l'Uruguay, du côté
du nord, et au rio Yaguaron, qui se jette dans
la laguna Mérim , du côté de l'est. Renfermée
dans ces limites qui rendent le territoire de cette
république à -peu-près carré, sa superficie peut
être évaluée à 12,000 lieues (de 20 au degré).
Sa population absolue , qu'on ne connaît pas exac-
tement, a été évaluée en 1826 à 70,000 habitans,
et l'on ne peut guère la porter plus haut que ce
nombre , même à présent ; car s'il est de fait qu'elle
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— 95 —
s'est accnie dans ces dernières années par les
soins d'une sage administration , il n'est pas moins
certain qu'elle avait considérablement diminué
pendant la guerre dévastatrice du Brésil. Quant
à sa population relative^ elle ne peut jpas être éva-
luée à plus de 7 ou 8 habitans par li^ue carrée,
parce qu'il y a peudeterrein perdu dans la Banda-
Oriental.
Les fleuves et les rivières se ramifient si admi-
rablement dans cette heureuse contrée , que les
transports par eau peuvent s'opérer des points les
plus reculés jusqu'à la métropole , et ce n'est pas
un faible avantage dans un pays où les routes sont
à peine firayées, et les voitures mal construites ; où
le manque de ponts, les fi:'équens débordemens
interrompent tout-à-coup les communications
par terre. Indépendammient de l'Uruguay, deux
fois large comme la Seine, d'une navigation fa-
cile jusqu'au Salto, ce territoire, si privilégié de
la nature dans cette partie si essentielle aux pro-
grès de l'agriculture et du commerce, est arrosé
par le rio Negro, rivière de second ordre , com-
paré à l'Uruguay ; le rio Santa Ludaj le CeboUati,
le Damum, VArapey, de troisième ordre; le Yi,
le Yàguaron, YOUmar^ le Pardo, le Queguay,
le Cuarejr» etleGcêcuarembo, de quatrième ordre.
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— 94 —
A ce^ fprandes rÎTières se joignent plos de deux
trente ruûseauxi dont planeurs sont nayigaUes
pour des bateaux plats ou des pirogues. U y a
bienc[udiq[ues entrayes à la nayigaJtion des grandes
rivières, mais avec un peu d'industrie on les sur-
monterait &cilement. Par exemple, l'Uruguay ,
si connu par la masse de ses eaux, ne peut être
remonté que jusqu'à 60 lieues de son embou-
chure, à cause d'une petite cataracte ou d'un
rescif à fleur d'eau, appelé dSalto; eh bieUiilne
s'agirait que de creuser un petit canal par un des
côtés, ouvrage qui serait de la plus £u^ile exécur
tion pour le rendre narigahle, jusqu'à trois cents
lieues, pour des bateaux à vapeur d'une force ois
dinaire et même pour des bateaux à voile de 50
tonneaux* Mais avec un bateau à vapeur, remor-
queur, on conduirait des çhalans de deux cents
tonneaux et plus jus^'aux Missions, à vingt lieues
du Paraguay et à proximité des Yerbaies ! (lieu où
se récolte le maté). Un peuple industrieux aurait
déjà surmonté ces légères difficultés ; mais dès à
présent le commerce peut être très-actif sur le
Rio Negro, le Santa Lucia, le CéboUati; cette
dernière rivière , qui prend sa source dans les
mornes de la Barriga Negra^ (district de Concep-
cion-de-Minas) après avoir traversé, dans la di-
rection de l'ouest à l'est , la partie sud-est de cet
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— 95 —
ëtat va se rendre dans la lagmui Mënm, dToii
ron pent&cileaiesilcommHiiiquer avec h grande
lagtina on lac dos Patm par \em>Sao4ion%€Êlpo,
qui passe devant la nouvelle ville brénKenne de
Sac Francisco de Paola.
Le sol de la Banda-Oriental est entrecoupé de
nombreuses collines et de montagnes ou mornes
qui n'ont pas une grande élévation. La Serra do-
Mar{ionïmûX\àchairte orkntide^ système bré-
silien), qui commeiiôe an 46* degré de latitude
australe, se termine, après avoir traversé la pro-
vince de Rio Grande-do-Sul à!est à ouest ^ dans
dans le rincon de la Cruz , vers ie confluent de
YYhicujr^ et ne traverse pasla Banda-Oriental dans
toute sa longueur, comme l'indiquent les cartes
géographiques, copiées toutes les unes sur les au-
tres. Elle envoie seulement dans la Banda-Orien-
tal, ainsi que dans les hautes missions , quelques
chaînons qui se ramifient en s' abaissant de plus
en plus. Il j a bien dans Test et le sud-est , vers
la frontière du Brésil, une chaîne continue, mais
ce n'est qu'une colline élevée appelée CuchUla
Grande qui ne me paraltpas dépendre delà Serra
do-Mar. Je suis porté à croire qu'il en est de
même des collines du sud-ouest appelées Aspe-
rexas de Mahame.
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— 96 —
Je n'ai pas assez voyagé dans rintërieur de la
Banda-OrieQtal pour me prononcer d une ma-
nière certaine; aussi , craignant d'augmenter les
erreiurs déjà trop grandes, je me suis abstenu de
faire représenter les chaînes de montagnes sur ma
carte. Cependant si je puis en juger d'après ce que
j'ai observé dansTintérieur de la province de Rio
Grande, je puis raisonnablement penser qu'il n j
a aucun ra^K>rt entre le chafaion de la Barnga-
Negraetde CuchiUarGrande avec la Serra-do-Mar .
Ce qui me confirme dans mon opinion (ou mon
erreur, si Ton veut), c'est la composition gédiogi-
que desmomeset des collines dusudet del'estdela
Banda-Oriental, entièrement différente de la par-
tie de la &rra que j ai traversée. Au lieu de grès
de toute espèce que j'y ai trouvés , même sur les
points les plus élevés, on est surpris de rencontrer
ici, au niveau delà mer, des roches granitiques,
purement cristalines, ayant souffert un morcel*
lement plus ou moins violent, une décomposition
plus ou moins grande. Ces décompositions ont
produit par voie de sédimeùt et par aggloméra-
tion, des roches d'une autre nature, maisappar-
tenant toujours au sol primordial qui parait faire
la base des terrains de nouvelle f(H*mation. J'ai
retrouvé, comme on le verra parla suite, les
mêmes roches avec les mêmes caractères demor-
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— 97 —
cèlemait^ dé dëcompositioii^ et d'agrégation aux
environs de Porto- Alégre dont le sol présente une
analogie frappante avec celui de Montéridéo*
Indépendamment des chaînes de collines dont
je viens ^e parlœ, il y & encore beaucoup de
momesr isolés qui contribuent à rendre plus pitto-
resque le tableau qu'offre Taltemative ccmtinuelle
des monticules, des prés, des ruisseaiux et des ri-
vières boisées.
lie^dimat est très-tempéré sur toute la sur&ce
du territoire de la république ; l'humidité, que
doivent produireles nombreuses rivières quila sil-
lonnent, ainsi que les vents de nord et de nord-
est, passant sur des contrées marécageuses et
chaudes, est modérée par les vents de terre sud-
ouest, toujours secs, appelés communément Pam-
penM, farce qu'ils traversent les Pampcu) * , et
par le voisinage de l'Océan. Sa température est
l'une des meilleures que l'on connaisse. Le peu de
progrès que la population a fiiits dans le nouvel
état ne doit donc pas être attribué à l'insalubrité
de 1 air , aux maladies particulières au pays; mais
I On appelle ainsi les vastes plaines basses et unies qui sont au
Sud et à rOuest de Buenos- Ayres. --On trouvera plus loin rét>ino-
logie de ce mot.
7
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— 98 —
bien à des causes purement pc^tiques* Il pro'
vient éè ia fjpfteme avec Ffispagne, qui tat pl«s
cruelle sur ce territoire que sur aucun antre point
des provinces unies, de la guerre civile et de Ta*
narehie que les voisins étrangers ont pris soin
d'attiser durant la révolution contre rEs|pagne^ et
de la dominatian porfugaiae ou farësiKenne» g^
néralement détestée par les habitans, et qui a
oauié lenr émigration dans* tes autres fMPovincea.
Montevideo fut peuplé , il y a un peu plus d'un
siède, par une colonie envoyée de Buénos^Jlyres*
Le territoire envinonnant était occupé par une
ninkîtude d'Indiens barbares y conni» sons le nom
de Charruas. Il fiillut longtemps leur disputer le
terrein, mais enfin on parvint à les repousser vers
le nord , avec les Minuan^ et les Guaranis pro-
prement dits, et les derniers restes de ces tribus
barbares ont été récemment détruits ; Ae manière
que le territoire se trouve à présent libre et à
ïeàm de toute invasion d'indiens.
Les nouveaux celons trouvèrent les campagnes
couvertes de troupeaux de bœufi et de ohevainL,
qui s'étaient multipliés prodigieusement depuis
l'arrivée des premier» ccmquérans. Dès - lors»
comme les terreins furent inconnus fertiles par-
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— 99 —
tout, même dans les monlaignes y on les desiina
au pâturage, et .les bakitans se Kyrèrent «xdusî*
▼emcBt au soîi» des troupeaux. Il a eûutimié d'être
]a principale hmnche de commerce de ce pays ,
nourseulemciit par l'extractiou des cuirs de boaufi
et de ch^aux, mais enccw'e par la salaison des
yiaudes et les fontes de suif. Montevideo^ seul ,
panrint à avoir trente^troi» ëtaUissemens de sa-
kisonS dans la {4up«rt desquels on tuait cem
bêtes par ^our ^ sans que cette consommation sem-
Uit diminua le nombre des troupeaux , parce
que lat reproduction est favoriaée par une foule
de circonstances naturelles. La campagne abon-
de en pâturages, dont aucun endrcKit ne reste
imitile:; ils sont d'une bonne qualité, quoique
le besoin de sel se fesse sentir dans quelques
looaltlés, et fertilises par Tirrig^ation d'une mul-
tilude de ruisseaux et de sourees surgissant de
toulies parts. A chaque pas le voyageur est agréa*
bkment surpris par la rencontre d'eaux pures et
salubres, toujours entourées d'un bois touffu qui
en entretient la fraîcheur.
Les vasies solitudes composant le territoire
de la nouveHè r^ublique fiMcmaient partie de la
vice-royauté de Buenos- Ayres , sous le nom de
1 Saladero en espagnol y charqueada en portugais.
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— 100 —
Banda - Oriental. Après aroir été régie pendant
neuf ans par le féroce et cruel Artigas , qui atta-
qua Buenos- Ayres , envahit l'Entre-Rios^ souleva
Santa-Fé , arma les Indiens du Grand-Chaico et
désola les missions de FUruguay par des actes
inouïs de barbarie, cette contrée, autrefois si flo-
rissante, fut envahie par les Portugais et réunie
au Brésil, sous le titre de Prtmncia Cisplaima.
Séparée dé cet empire par un article du traité de
paix, conclu en 4828, entre Buénos-Ayres et le
Brésil, elle fut déclarée indépendante etprit le titre
de Bepuhlica Oriental dd Uruguay. D'après la
nouvelle organisation qu'elle vient de se donner,
tout le territoire de la république est partagé en
neu& départemens , qui prennent le nom de leurs
cheÊ-lieux respectif; ces départemais sont :
MonténdéOy qui donne cinq députés à la chambre
des représentans; Canelones , qui en donne qua-
tre ; San José^ trois ; Colonia, trois; Soriano^ trois ;
Pcysandùy trois ; Cerro-Largo^ deux ; Maldonado^
cpiatre; Entre-Bios^ , Yi et Negro, deux : plus un
sénateur chacun.
L'état possède trois villes : Montevideo , la
Colonia et Maldonado; quinze villas ou' boui>
gades, dont voici les noms :
1 Qu*il ne faut pat confondre avee la province de ce nom.
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— 101 —
Gnadalupe, San Juan-Bautista, San- José, La
Florida, ElRosario, San-Salvador , Santo«Do-
miDgo-SoriaBOj Mercedes « Paysandù, Belen (dé-
truit), Melo, Rocha, San-Carlo, Minas, et San-
Pedro.
Plus les huit villages ou hameaux suivans :
Piedras , Pando , Porongos , Real de San-Carlos,
Viyoras, £1 Carmelo, El Salto et Santa-Teresa.
En tout yingtrsix populations, indépendam-
ment des estancias ou grandes fermes du pays,
disséminées à de grandes distances les unes des
autres, et autour desquelles sont toujours grou-
pes quelques ranches ou huttes de terre couvertes
en jonc pour loger les fionilles einployées à Tex-
(doitation.
Le gouTemement entretient dans c^cune des
▼ingtr-six populations ci -dessus une école pri-
maire-élémentaire^ par la méthode de l'ensei-
gnement mutuel, et en outre , il y en a bien un
pareil nombre soutenues par des établissemens
publics ou particuliers.
Des courriers réguliers partent de la capitale
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— 102 —
pour les divers points de l'inténettr ies 9, 16/25
el 30 de chaque mois.
L'état social étant le même dans la république
de rUruguay que dans celle du rio de la Plata, fe
renvoie mes lecteurs aux descriptions que j'en
ferai à Buëno»* Aym» où les mœtu^ , les coutumes
et le caractère des difierens habitans composant
la maise hétérogène de la population seront
passés en revne. Le vide que j'aurai laisse sera
rempli dans l'exploration de TUruguay.
(c Parler dé l'industrie, des arte et du com-
merce des nouveaux habitans de rAmérkpie, dit
le savant M. Balbi, c'est parler de l'industrie^ des
arts et du oommeroe de r£uix>pe et d^ ses hahi*
tans^ qui depuis trois siècles se sont étaUis d'un
bout à Fautre du Nouveau-Monde. » ' Les Espa-
gnols, les Portugais, les Anglais, les Français, les
Italiens et les Alfemands y ont iiaportéleur indus-
trie, qu'ils ont modifiée ensuite avec plus ou
moins d avantages pour eiiX| suivant le caractère
de la nation quidominait et la proteottQuque son
gouvemenent leur accordait. Malheureusement
1 M. Baibi a observé aitteurs , avec raison , que cette épithète de
Nouveau-Monde serait mieux apptiquée à VOcéania ou Ausiralasie ,
la cinquième partie du monde.
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— 105 —
la manière iFicieuse avtc lacpidle ' on fil le com*
nierce jusqu'il la seconde moitié du XVilI^ siècle
a (MÎTérEaropeetl'AmënqpiedesiminicinsesaTau-
tages qu'elles eu auraient tiréa^ aï ea lui avait ac-
cordé la liberté dont il a joui dans la suite. Certes^
la Banda-Oriental aurait pu atteindre prompte-
ment au Ëtite de la prospérité, si TEspagne, com •
prenant mieux ses propres intérêts , n'avait pas
entravé Tesior industriel et commercial que leâ
premien edons tentèrent de hd imprimer. Les
resirictîoas de l'Espagne arrêtèrent Témigration;
sa politique étroite en âoigna toujours eevx qui
n'étaient pas espagnob, et ses querelles mlermi-
nables avec le Portugal acbevèrent de paralyser
f industne. Comme Pexploîtatioti des troupeaux
p«rat otbit ht plus grande trti^, sans donner
grand trwvtàf les àabitans s^y livrèrent au préju-
dice de Tagricnlture qu% négligèrent entière-
ment. Cependant les terres ne réchmaient que
^ hrasmdnstrieux pour tes cuitrrer, pmaqju'eUes
produisaient avec abondance, et sans culture,
toute espèce de grains, de fiiiits et de légumes;
elles auraient fourni toutes les productions d'Eu-
rope et la plupart de celte des tropiques; mais à
quoi bon trait de travail , se dirent les colons es-
pagnols? que ferons-nous de notre superlhi, puis-
que les restricticHfts du système colonial nous en
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— 104 —
prohibent rechange aveclesétrangers ?. . • Us adop-
tèrent rindustrie la plus commode pom* eux, et
ils firent bien. Ce genre d'industrie était de na-
ture a fiûre germer en eux des idées d'indépen-
dance ; elles germèrent efFectivement , elles gran-
dirent, et l'Espagne fut punie par où elle avait
péché.
. Le système de Galvez qui, en 1778^ pro-
clama sucessivement la liberté du commerlre en-
tre les treize principaux ports de l'Espagne et
l'Amiàfique ci-devant espagnole, .' donna beau-
coup d'activité au commerce de la Plata; miaisce
fiit après 1840, lorsque les ports s'ouvtûrent à
toutes les nations, lorsque les individus de toutes
croyances purent se présenter pour exercer libre-
ment leur industrie, que ce pays prospéra véri-
tablement. Sans les troubles civils et cette guerre
désastreuse avec le Brésil, la BémdorOrieniid eût
pu s'appeler à juste titre la Phénicie du Nouveau-
Monde^ de même que Buenos- Ayres en eût été la
Carthage.
La constitution définitive de la nouvelle i^u-
* Jusqiie-IÀ il n'y a? lit que les places de Sé ville et de Cadix qui
pussent expédier un nombre très limité de bàlimens d'un faible ton-
nage pour les Golonias. Le commerce de la l^lata était dans la dépen-
dance de celui des spéculateurs privilégiés du Pérou.
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Uique , Tainour de l'ordre et le besoin de tran-
quillité qui se fiât remarquer paimi la classe éclai-
rée, la cessation des troubles ciyils, la position
isolée, tout-à*&it neu/rs de ce petit état, sont
autant de garaipties morales pour les capitalistes ,
les commercans et les industriels qtti songeraient
à augmenter leur fortune ou leur bien-être au
profit d'un pays qui ne parait pas avoir adopté
pour devise VingroHiude.
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CHilPlTRE Y.
Aoww ihrmtiÀngjUfum des évéaemeiw surveaus daiis la Baad««
Onental, depus la déooliveite Jiu<itt*en 1834. >
i508. — Première découverte du fleuve de la
PlaU, par Jeia Dîas de Solîs, qui le prend pour
ua golfe.
' > Voyee , pear lés<léUiil9 de la âéeenvefle et 4e la eonqnèfté, Fanes,
Félix de Azara, f^oyayes dans V Amérique Méridionale. Eaynal ,
Histoire philosophiqHe des Deux-Indes*
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— 108 —
1515.— >Secondedécouverteparlemême. Cette
fois, mieux informé, il substitue son propre nom
à celui de ParanorGuazu^ donné à ce grand fleuTe
par les Indiens Guaranis. Solis est assassiné par
les Gharruas. ->
1526. — Sébastien Cabot ou Gaboto pénètre,
après Solis, dans le fleuve nouvellement décou-
vert. Il fonde le premier établissement espagnol
au confluent du ruisseau de San Juan^ près Tem-
boucbure deTUruguay. Quatre ans après, les In-
diens Charmas détruisent le fort qu'il avait con-
struit, chassent les Espagnols et restent maîtres
de leur pays.-
1530.*— Cabot retourne en Espagne avec quel-
ques lames d'or et d'argent achetées aux Guaranis ,
pour en fah^e hommage à son souverain, auquel
il propose de substituer, au nom trop modeste de
Rio de Solis , celui plus pompeux de Rio de lif
PUaa.
1 566 . — Les Espagnols jettent les fondemens du
premier village dans le pays habité par les intré-
pides CharruaSj sur les bords de l'Uruguay, au
confluent du rio Negro, et le nomment Sanio-
DomingO'Soriano.
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— 109 —
i679. — Les Portugais, regardant le fleure de
la Plata comme leur limite natureUe au sud, et
d'ailleurs très-envieux des dëcouyertes des Espa-
gnols, fondent la yîUe de la Colonia del Sacra-
mento, en fitce de Buenos^ Ayres , d'après les or-
dres du gouyemenr portugais de Rio-Janeiro.
1796. — Fondation de Montëyidéo. Lanécesr
site de repousser les Gharruas qui occupaient tout
le vaste territoire compris entre l'Uruguay, le rio
Negro , les montagnes de San-Ignacio, l'Océan
et la Plata, aussi bien que le besoin d'arrêter la
contrebande par laquelle les étrangers ruinaient
le commerce dé Buénos-Ayres, engagèrent les
Espagnols à y fiùre passer, en 1724, quelques
troupes qui eurent k lutter alternativement avec
les Portugais, les Charmas et même les Français
qui venaient clandestinement &ire provision de
cuirs. Deux ans après, Bruno de Zabala, gouver-
neur de Buenos- Ayres, fit passer dans la Banda
Oriental vingt fiunillesde Canariens qui permirent
de fonder la nouvelle ville de San Felipe ou Mon-
tevideo.
1731. — Bataille livrée par les Charruas et les
'Minuanes aux troupes de Buenos - Ayres et de
Montevideo sous le commandement de Zabala;
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— ««0 —
celui-ci est Taincn et foreé de demander Tinter-
ventîon du prorincial du Paraguay, lequel, par
un message de paix, parrieutà ealmer la fureur
des Indiens, et ménage entre eux et les Espagnols
un traite définitif en i7S2.
1 757 . — Le cabinet espagnol élève Montevideo
au rang de cbef-lieu de province ou de gouver-
nement.
Cette même année, les Minuanes^ tribu qui oc-
cupait l'espace compris entre le rio Negro et les
Missioiis, re{M:ennent le« armes et attaquent les
étabUssemens espagncds. C'est dans cette guerre
que le gouverneur de Buénosr-A3rres , Andowm-
gui, donna Tordre cruel, trop suivi et trop bie%
imité dans les guerres modernes ^ d'égorger tous
les Indiens au-dessus de douze ans, parce que ,
disait-il , k vérUabh baptême de ces saunages est
le baptême de sang!
1762. -^Fondation du village de San-Carhs,
près Maldonado.
1786.— -Fondation de la ville de Maldonado.
i804. 1^ Fondation de Fédifioe appelé CaMdo
(municipalitë), à Montevideo.
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— m —
1806 (19 août.)-^Uiie expédition de tolon-
Uiires orientalistes, sons les ordres dn géoéral Li-
niers, ftainçais, débarque sur les pki|;es de fiaénoa-
Ayres, et avec ce fiiible secoors les hilMtttBS de
cette ville font prisonnier le général anglais Bé-
resford et sa troupe.
— (28 octobre. ) -* Le commodore anglais
Popbam bombarde par mer Monléridéo, et il est
repoussé.
1807 (janyier.) — Les Anglais, sous les ordres
du commodore Popbam , attaquent et prennent ,
après une yiye résistance, MaldonadoetSan-Car-
los^ pendant que le général sir Samuel Acmuty ,
assiégeant Montevideo, déroute la garnison espa^
gBole dans une sortie.
. — (5 février. ) — Les troupes anglaises {nren-
nent d'assaut Montevideo, qu'ils évacuèrent et
rendirent à TEspagne au mois de juillet de la
même année , par suite de la capitulation du gé*
néral Whitelock à Buénos-Ayres.
1 806.— lie libéralisme du gouverneur Élio qui ,
le prunier, ne craignit pas de refuser Fobéissance
au vice-roi de Buénos-Ajres, fait présager les
mouvemensqm, deux ans plus tard, devaient
agiter le pays.
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. 4810 (85 mai).— «Le premier cri de liberté est
jeté par une poignée d'hommes généreux , dans
la yiUe de Buenos- Ayres y et bientôt il est répété
par tout le continent américain.*^
18H (28 février) — Les patriotes orientalistes
s^emparent du bourg de Mercedem où se répéta
le premier cri de liberté !
— (26 aTril.) — Action ga|^ée par les pa-
triotes sur les royalistes au village de San- José.
— ( i8 mai. ) — Les patriotes, commandés par
l'intrépide AriigaSj déroutent les royalistes dans
le village de Las Piedras.
4812 (20 janvier.) — Le territoire de Montevi-
deo est envahi par une armée portugaise, ^e
4,000 hommes, sous le commandement du géné-
ral don Carios Federico Lecor, envoyée comme
auxiliaire des Espagnols; mais en vertu d'un ar-
mistice, elles évacuèrent le pays au mois de mai
suivant.
— ( 51 octobre. )— Victoire dû Cerrito , rem-
portée sur 1^ royalistes par le général patriote
Rondeau . Montevideo, pris d'assaut, se réunit à
la république des Provinces-Unies du Rio de la
Plata^ comme chef-lieu de la province delà JBam/a-
Oriental.
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— 113 —
1814 (17 mai.)— -L'escadre espagnole, station-
née à Montevideo, est déroutée par celle de
Buenos- Ayres, sous les ordres de Famiral Brown,
anglais, au service des patriotes.
— ( 23 juin. ) — Les troupes de la république
Argentine, sous les ordres du général don Carlos
Alvear, occupent Montevideo.
1815 (S3 février.) — Les troupes de Buenos-
Ayres évacuent Montevideo que les Orientalistes
occupent à leur tour.
1816. — Les Portugais envahissent la Banda-
Oriental, en proie à la guerre civile , sous le pré-
texte de pacifier le pays.
i81 7 . — - L'armée portugaise au lieu de pacifier
le pays, s'empare de Montevideo, dont le cahildo
invite les habitans, ainsi que ceux de la cam-
pagne , à £dre avec les Brésiliens ou Portugais,
une paix qui fut conclue à cette condition : que
Toccupation de la proi^ince serait seulement pro-
insoire, et que rarmée portu^xise reconnaîtrait
toujours les autorités locales.
1820 (septembre.)-— Artigas, ce chef patriote
8
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— H4 —
trop célèbre par ses cruautés , est battu par son
lieutenant RamireE, et forcé de se réftigier au
Paraguay , où il est retenu priscmiiier piu* le dic-
tateur Francia.'
4831.— * Le général p<»tugais fait approvi-
siosmer Montevideo et déclare la Banda-Oriental
réunie au Brésil sous le nom de Proifindu-Cispla-
tina. *
i 895 (1 9 avril.) —* Don Juan Antonio LayaUeja ,
et avec lui trente-deux Orientalistes partent de
Buénos-Ayres et débarquent sur les plages de la
Banda-Oriental pour délivrer leur sol natal de la
domination étrangère; à leur premier cri le patrio-
tisme national s'enflamme et l'entreprise est cou*
ronnée de succès.
— (14 juin.) — Un gouvernement provisoire
de la Banda-Oriental s^établit dans la vïUa de la
Florida. Et le 90 août suivant, s'installa la pre-
' Voyez la note £ , concernant Artigas.
• Voyez , pour pins de détails sur cette occupation iiû^f ^ el la
guerre désastreuse qui s^n est suivie entre la république Argentine
et le Brésil, les intéressantes Esquisses historiques si statistiques sut
Buènos-jiyrss , traduites et augmentées par M. Varatgne.
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— us —
mière lé^slAture ou chambre des reprësentans,
qui déclara nuls à jamais et d'aucune valeur tous
les actes de reconnaissance , d'incorporation, etc.
au Portugal et au Brésil; se déclarant en outre,
elle-même , libre et indépendante de £iit et de
droit , avec un amfde pouvoir d'adopter les formes
qui lut paraîtraient convenables*
— (7 septembre.) — La même chambre des re-
présentans sanctionne avec force et valetu* de loi
(dans la villa de la Florida) que le trafic d' esclaves
demeure aboli et que tous ceux qui naîtront dans
la Banda-Oriental , seront libres , sans exception
if origine*
— (24 septembre.) — Victoire du Rincon de las
GaUincLS , remportée par le général patriote Fruc-
tuoso Rivera, sur les forces brésiliennes.
— (12 octobre. ) — Victoire del Sarandiy rem-
portée par les Orientalistes , sous les ordres du
général Lavalleja , sur les troupes brésiliennes.
— (Décembre.) — L'empereiu' du Brésil, don
Pedro I^'', déclare la guerre à la République
Argentine.
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— 416 —
—(31 décembre.) — Le ccionel patriote Olivera
attaque les troupes brésiliennes concentrées dans
le village de Santa-Teresa et remporte un avan-
tage.
1 826 . ( 5 février. ) — L'amiral Brown attaque la
Colonia del Sacrarhento j occupée par les Brési-
liens.
--- (9 fév. ) — Le colonel don Manuel Oribe
attaque le Cerro, occupé aussi par les forces
brésiliennes.
— (H avril.) — Combat de TamiralBrown avec
la frégate impériale Niteray , en vue du port de
Montevideo.
i 827 (9 février.) — Victoire navale remportée à
l'île dnJoncal (à Tembouchure de l'Uruguay) par
l'amiral Brown.
— (20 fév.) — Victoire décisive remportée par
le général don Carlos Alvear, commandant l'ar-
I Ce qu'il y a de remarquable dans ces attaques , c'est Taudace
et le courage des patriotes , qui n'hésitèrent pas à présenler le com-
bat à des forces dix fois plus considérables numériquement parfont.
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— 117 —
mëe nationale de la République argentine , sur
les forces concentrées des Brésiliens k Ituxaingo.
1828 (1«' janvier.) — ^Le phare de l'île de Flores
est aUumé. ^
—^21 avril.) — Prisedes Missions de TUruguay
sur les Brésiliens, par le général Fructuoso Ri-
vera.
— (27 août.)— On signe à Rio Janeiro les pré-
liminaires de paix entre la république Argentine
etTempire du Brésil.
— (4 octobre.) — On ratifie et on échange à Mon-
tevideo les traités préliminaires de paix entre la
République et FEmpire, d'où il résulte que la
Banda-Oriental formera un état séparé sous le
nom de Bépiiblique de VUruguay.
— (24 novembre.)— «L'assemblée constituante
du nouvel état se réunit dans la bourgade de
Son-José.
« La tour fut commencée en 18i9 , et les travaux ayant cessé
fureirt repris en 1826.
Le môle en bois du port de Montevideo Tut commencé en 1821 ,
par ordre du tribunal du consulat.
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— U8 —
•i— (1^"^ décembre.)—- Le général D. José Ron-
deau est nommé gouverneur et capitaine-général
provisoire de Tétat Oriental, et pour son substi-
tut on désigne D. Joaquim Suarez.
i838 ( 33 décembre. ) — Le général D. José
Rondeau prend possession du gouvernement de
l'état Oriental.
1829 (23 avril.)-— Les forces impériales éva-
cuent la place de Montevideo.
— (!«*' mai.) — Le gouvernement de la répu-
blique entre solennellement dans la capitale.
— (10 septembre.) — La constitution de la ré-
publique de lUruguay est sanctionnée par l'assem*
blée constituante.
1 830 (1 7 avril. ) — Le général D . José Rondeau ,
ayant donné sa démission, on nomme gouver-
neur et capitaine-général, par intérim, don Juan
Antonio Lavalleja.
— (26 mai.) — La constitution de l'état Orien-
tal de l'Uruguay est approuvée à la Coui' du Bré-
sil par les plénipotentiaires de cette puissance et
de la république Argentine.
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— 419 —
— - (18 juillet.) La constitution est solennelle-
ment jurée.
1830 (22 octobre.) — Les chambres des séna-
teurs et des représentans de l'état sont installées.
— (24 octobre.) — Le brigadier général don
Fructuoso Rivera est nommé président de la ré-
publique et Tétat Oriental est définitivement
constitué.
1832 et 1833. — L'ambition démesurée du
général don Juan Antonio Lavalleja j flattée et
excitée par quelques Brésiliens de la province de
Rio Grande, fidt craindre un moment de voir se
renouveler les horreurs de la guerre civile, mais
l'influence du président Fructuoso Rivera sur les
habitans de la campagne , ainsi que les sages
mesures du chef de police à Montevideo, déjouent
de toutes parts les tentatives de Lavalleja qui ,
dépouillé de ses biens et chassé de la République
s'est vu forcé d'abandonner ses projets ambitieu^r-
et de vivre exilé du sol à l'indépendance duquel
il a si puissamment contribué. Avec plus de pru-
dence et moins d'ambition , le général Lavalleja
se serait vu, à son tonr, le chef suprême de l'état
et ses concitoyens l'auraient vénéré comme il
méritait de l'être.
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CHAPITRE VI.
BéiMirt de Kontérîdéo. — Un Vampefo.-— Amrée em rade de
MuéatMmAjnÊ. — Atpeet extérieur de oetle ville.
La plupart de mes compagnons de voyage,
empressés de se rendre à Buenos- Ayres , aban-
donnèrent VHerminie qui devait séjourner quel-
ques jours à Montevideo, et profitèrent du départ
d'un des paquetes (paquebots) faisant la navi*
gation régulière entre cette ville etBuénos-Ayres,
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— 122 —
I pour se rendre plus promptement à leur desti-
I nation. Je ne voulus pas abandonner le bon ca-
pitaine Soret qid nous avait si bien traités pen-
dant notre heureuse traversée ; j'étais d'ailleurs
bien aise de voir avec plus d attention les scènes
étranges qui s'oflSraient à mes regards, et de pren-
dre à loisir des renseignemens sur le pays; mais
au moment où j'entrais dans voie fonda (hôtel)
Pour m'assurer d'un logement, on vint me dire
que nous partions le soir même.
Le messager officieux qui s'était chargé de
m'avertir de la résolution subite du capitaine ,
s'empressa de lier conversation avec moi, de s'in-
former de mes projets , du but de mon voyage ,
de l'espèce de marchandises que j'apportais;
questions flanquées de bien d'autres auxquelles
je répondais avec le plus de réserve qu'il m'était
possible, sans cependant manquer à la politesse.
Il s'écria : Ah ! Monsieur^ que je vous plains
d'être venu dans un pareil pays ! On assassine
tous les jours les étrangers; ils sont volés, assaillis
jusque di^&L eux; nos consuls ne sont plus res-
pectés; ils ne peuvent rien; plus de sécurité
pour nous..... Si cela doit durer encore long-
tei9s, tout commerce deviendra impossible dans
ces contrées. Monsieur , si j'ai un conseil d'ami
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— i2S —
à TOUS donner , n'allez pas plus avant ^ restez à
MontéTidéo; ici, du moins tous aTee une porte
pour échapper : il y Tient souvent des navires de
guerre, et, en cas d'émeute, comme cela arrive
à chaque instant, tous pouTCz tous y réfiigier ;
mais à Buenos- Ayres ! où Ton ne peut plus res^
ter dehors après le soleil couché ! Vous courez
les plus grands risques.
-^ Je Tais à Mendom, lui dis-}e, et couse-
quemment i} &ut de toute nécessité que je me
rende k Buénos-Ayres. — Vous allez à Mtodosa^
Monsieur! Mais tous m'effrayez à Mendosa!
Et qui donc connaissez-TOUs à Mendoza ? — Je
nommai mon ami Anatole de Ch y -^ Hélas !
Monsieur, je suis bien Ê^ché de tous affliger;
mais TOtre ami de Ch y Tient à^ètte /mUlé
par le farouche Quiroga, qui commande en des*
pote dans les proTinces de Guyo, et je puis tous
affirmer qu'il est disposé à en &ire autant à tous
les Français de l'intérieur. En acheTant ces der-
niers mots, l'officieux nouTelliste pirouetta, prit
le bras d'un Orientaliste, et me laissa liTré à mes
réflexions lesquelles, on doit bien le penser, n'é-
taient pas gaies! Qu'allais- je devenir dans un pays
semblable, où la Tie d'un homme n étaijt pas plus
considérée que celle d'une mouche ! Certaine-
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— 124 —
ment ce monsieur, ce compatriote , me disais-je à
moi-même, ne peut avoir aucun intérêt à m'ef^
frayer, àm'en imposer, et le conseil qu'il yientde
me donner ne prend sa source que dans un senti-
ment d'humanité. Mais quelle affreuse nouvelle l
mon malheureux ami victime de l'atroce polir
tique d'un chef barbare! ! Qu'aura-t-il &it pour
mériter un sort pareil! U n'est pas croyable que
l'on fusille un homme par plaisir? ces peuples
seraient pires que des Vandales, que des Tar-
tares; ce serait criant , ils s'attireraient la haine
des nations Que fiiire ? et de qui prendre
conseil ?
En cet ijistant une douzaine de Français en-
trèrent dans ]a fonda; im colonel allemand, qui
les accompagnait, me rassura un peu en m'an-
nonçant positivement que mon ami AnatcJe était
parvenu à s'évader du cachot où il était en effet
retenu pour être fusillé , et que sans doute il de-
vait, être à Santiago du Chili, à l'abri de toute
atteinte de Quiroga \ Quant au danger que
i Cet infortuné jeune homme avait donné une somme de 4,000
piastres fortes pour obtenir son évasion ! — U retomba plus tard entre
les mains <je pourrais dire entre les griffes) de son implacable en-
nemi.
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— 435 — .
semblaient courir les étrangers à Buenos* A3rres
et dans Fintëiieur, il me rassura complètement,
en le traitant de c&imérique, et me Êdsant cette
obserration très-sage que cehU (fiù ne s*x>ccuspe
que de ses propres affaires est rarement inquiété
en quelque ptxys que ce soit. Le yieux colonel
avait de rexpërience, il serrait la patrie depuis
bien des années, et il ayait été témoin de Tim-
prudence des étrangers, des Français particu-
lièrement , qui ont souventla manie de vouloir di-
riger les aut^s et de donner des conseîb plutôt
propres à attiser le feu de la discorde qu'à cal-
mer l'effervescence des passions politiques.
Je n'hésitai plus , je me rendis au môle , où
je trouvai mon préparateur , qui avait &it
une libation à Bacchus> sans doute pour conser-
ver quelque dieu tutélaire dans ce pays de sou--
images j conune il l'appelait. Nous régagnâmes
tous YHermime ; on leva l'ancre , et élpratico
( le pilote ) se chargea de nous conduire à bon
port,
Le vent nous fîit&vorable pendant une grande
partie de la nuit ; il avait soufilé du nord-est avec
force , et nous nous attendions à arriver en rade
de Buëuos-Ayres de bonne heure le lendemain ;
mais vers le matin le pUote fit serrer toutes les
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— lae —
voilés, disposer les odUes^ et tenir les ancres
prêtes à jetm*. A peine cm dispositilms étaient-
elles {HTiaes y qaele Pampero (vent de snd-ouest)
souilla tont-à^coup si violemment que le Prac-
tico «n fat déconcerté ; le navire craquait horri-
blement^ nous dérivions grand train ; le gou-
vernail n obéissait plus, ou plutôt la force de
rooragan empêchait le navire d'obéir au gouver-
nail; ilnyavak pasdetems à perdre; une ancre
fut jetée , elle ne tint pas ; une seconde , avec la
grosse chaine^ obtint un meilleur, résultat : le
navire resta fixe ^ le nez ou la guibre au-^wnt ,
qui soufilait à écorner les bcsufs.
On ne se figure pas avec quelle fiirie , quelle
impétuosité subite , appar^iH , souffle , tourbil-
lonne et se déchaîne le Pompera .* Auster et
Zéphire combinant leurs efforts dans l'antique
empire d'Eole, toutes les outres déchirées du
souverain de Lépari laissant échapper à-la-£>is
les trente<4eux aires de vent , sont à peine capa-
bles de donner une idée du Pamperq : c'est à-la-
fbis l'ouragan des Antilles et les tourbillonfi du
grand désert de Sahara. Heureusement le Pam-
pero ne se fait pas toujours sentir dans toute sa
violence, semblable au Vésuve il laisse le tems
aux habitans des bords de la Plata de réparer les
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— tlT —
qu'il leur a cauiës; mais ^ptfoid laur
séourHé , de même que celle des habituais de la
campagne de Naples^ semble ne plus redou-
ter, ou du moins oublier le fléau dévastalenr ,
c'est alors qu'il appâtait plus fiurieux que jamais :
les habitans de Buénos-Ayres et de Montëyidéo
<x)nserYent le souTenir d'ouragans terrU>les. Jen'ai
pas été témoin d'un Vaanpero - ouragan^ quoique
le vent de sud-ouest ait soufflé souvent pendant
mon séjour à Buéno&'Ayres ; mais ce que j'ai ob-
servé suffit pour me faire apprécier ses effets dé-
vastateurs. J'ai vu souvent s'élever en plein midi
un nuage opaque, semblable à un immense rideau
qui, après avoir donné une couleur livide au soleil,
grandissait, s'élargissait subitement sur l'horizon,
obscurcissait tellement l'atmosphère qu*il deve-
nait inqpossible de distinguer les objets les plus
voisins ; c'était le signal de la tourmente : chacun
s'empressait de rentrer chez soi , de fermer her-
métiquement les ouvertures de la maison , d'al-
lumer de la chandelle , et Ton attendait patiem
ment les effets du ftmip^ro. Alors le nuage
crevait , et se résolvait bientôt en tourbillons qui
ne laissaient , au lieu de pluie , qu'une poussière
blanchâtre semblable aux cendres d'un volcan.
Les terrasses , les murailles , les rues en étaient
couvertes de plusieurs pouces d'épaisseur.
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— «8 —
Pour ceux qui ont pu s'enfermer , il ne résulte
du Pampero que le désagrément de faire laver
tout le linge de la maison, car cette poussière
trouve moyen de s'introduire, malgré toutes les
précoutions , mais malheur aux personnes res-
tées dans la campagne , près d'une rivière
ou d'une lagune , il arrive presque toujours qu'en
voulant regagner leur demeure , les infortunés se
précipitent dans l'eau. J'en ai vu beaucoup
d'exemples à Buenos- Ayres même, sur la plage
où toutes les lavandières se rendent pour laver le
linge. Et si le Pampero devient ouragan, les na-
vires de la rade, chasisant bientôt sur leurs an-
cres , se précipitent les ims sur les autres et l'obs-
curité empêchant de reconnaître les manœuvres,
il devieùt impossible d'échapper au naufrage. Ce
n'est là qu'une fidble esquisse du Pampero - ou
ragan.
Celui dont nous fûmes assaillis n^avait pas ce
caractère, mais il ne laissa pas que de causer de
l'inquiétude > parce que nous nous trouvions dans
le canal que laissent entre eux les bancs Ortiz et
Indio , et si nous avions chassé sur nos ancres ,
nous eussions été portés sur le banc Chico. Heu-
reusement elles tinrent bon et le Pampero put
soufiler à son aise pendant trois jours.
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— 129 —
Nous étions précisément en fiice de la Ense^
nada de Barragan. Ce lieu est un port ou plutôt
une baie profonde, comme le nom l'indique , à
dix lieues à l'est de Buénos*Ayres, sur la rive
droite de la Plata ; c'est là que se tenaient les bà-
timens et les frégates du roi d'Espagne, avant
que Montevideo et Maldonado ne fiissent peu-
plés. Ce port est sûr, l'ancrage y est bon. U est
formé par le ruisseau.de Santiago qui vient de
l'intérieur des terres , et le traverse ; mais Tentrée
en est étroite et les frégates armées en guerre
ne peuvent mouiller qu'aux environs du canal.
Les navires qui ont quelques réparations ma-
jeures à faire ou un chargement de mulets k
prendre , se rendent à la Ensenada. On y trouve
un village formé de quelques cabanes ou ranchos,
accompagnés de trois ou quatre maisons en axo-
tea ; il y a peu de secours ou d'assistance ma-
nuelle à espérer des homme indolens qui l'habi-
tent, mais on peut être sûr d'y rencontrer l'hos-
pitalité la plus cordiale de la part des femmes.
Le Pampero ayant enfin cessé , nous nous re-
mimes en route. Le 5 mars nous arrivâmes en
grande radç de Buénos-Ayres
Dès qu'on annonça les clochers de Buénos-
9
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— 450 —
Ayres , je m'élançai sur le pont; mais j'en fus
pour ma dëpeilse de i^egards et mes efforts de
tétine ; mes ner£» opti^es se fetiguèrent en yain
à découvrir la métropole de la république Argen-
tine, je ne yis que brouillard à Thorizon* Patience !
nous la verrais bientôt; c est que, voyez-TOUs,
les marins ont une yue de lynx, qui semble de^
viner la terre, et 9s se trompent rarement. Mais
d'abord, vous , lecteur , avez-vous entendu par-
ler de Buénos^Ayres , de sa gloire , qui a rempli
le monde moderne ? Savez- vous qu'il existe un
point sur la terre appelé Buénos-Ayres? Il est pro-
bable que oui , je n'en doute même pas ; quoi-
qu'il n'y aurait pas plus de boute à vous d'igno-
rer l'existence de Buénos-Ayres" , qu'il n'y en a
pour beaucoup de Portenos * à croire que toute
la France est contenue dans Paris , ou l'Angle-
terre dans Londres; mais en supposant que
vous ne le sachiez pas ( ce dont je vous prie de
ne pas rougir ) je vais vous dire ce que c'est
que Buénos-Ayres et toute sa gloire.
Buénos-Ayres est quelque chose relativement
à l'Amérique du Sud, peu de chose relativement
I C'est le nom donné aux habilans de la ville de Buénos-Ayres, qui
a été long-temps le seul^or/ des provinces de la Plata.
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— 131 —
à toute rétendue du continent américain , et un
point pour le globe. Cependant ce point a été
lumineux y il a brillé avec éclat ; on a pu le
prendre quelque tems pour une étoile du Sud
tombée à terre, et ses habitans s'en sont énor-
gueîlfis beaucoup; puis, se figurant qu'ilsayaient
assez fidt pour étonner le monde et rendre leur'
gloire étemelle, ils se sont mis à se quereller entre
eux pour passer le tems ; eh bien , Toicî à quoi
je compare la gloire de Buénos-Ayres et des
Argentins : je la compare à un feu d'artifice
donné par les amis de la liberté et de la cirilisa-
tion , à la fin duquel on a tu écrit en lettres
brillantes le nom vénérable de Rivadavia !
Enfin voilà Buenos - Ayres déployant sa ligne
d'édifices ! Japercois ses quinze clochers , les
dômes et les tourelles de ses couvens , qui sem-
blent sortir des eaux. Les édifices grandissent ;
je vois les terrasses de ses maisons carrées ; la
ville s'étend , de droite et de gauche elle suivit
de plus en phis ; bientôt efle montre la forte-
resse ; les petites maisons del bajo , Falameda ,
les saules de la Boca , les pavillons ou les qidntas
du Retira et de la Recoleta ; la forêt de mâts des
navires de la petite rade Buénos-Ayres n'a
plus rien à montrer ; Buénos-Ayres est en place ,
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— 132 —
sur le bord de la côte ; eUe attend Tétranger qui
la fait vivre pour F insulter ou le flatter^ suivant
sa passion du moment...,.
Halte là ! nous sommes à quatre lieues de
Buénos-Ayres , en dehors de la grande rade ;
nous ne pouvons passer outre sans la permission
du Cassique. Vous croyez peut-être qu'il s agit
du chef des Indiens Pampas ? Point du tout. Le
Cassùfue fiit d'abord un navire marchand que
les Brésiliens armèrent en guerre lors des derniers
démêlés avec la République ; ceUe-ci , ou plutôt
(honneur à qui il appartient ) l'amiral Brovi^n
s'en empara , et on l'a placé là pour servir de
ponton, de presidio ; et un peu aussi pour nar-
guer les Brésiliens, qui n'ont pas l'air d'y foire
attention , mais qui n'en pensent pas moins. Or,
le Cassique est chargé de la police du port ^ mais
il ne faudrait pas courroucer le Cassique ! car
alors il serait réduit à montrer toute son impuis-
sance.... Le pauvre Cassique n'en peut mais. U
a tout au plus assez de force pour retenir les
prisonniers d'état qui y sont envoyés de tem^ à
autre pour être rongés par la vermine, léguée à
la marine de la Patrie par la marine impériale.
Deux officiers étrangers , au^ervice de la Ré-
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— 133 —
publique, vinrent à bord de VHemùme poiH-
visiter les papiers et reconnaître notre état sani-
taire. N'ayant, dieu merci , rien à nous repro-
cher, il nous fut donné licencia de passer en
petite rade-
Je me réjouissais beaucoup de la vue exté-
rieure de Buénos-Ayres ; je m'applaudissais de
ma résolution ; c'est qu efiPectivement , après
avoir touché à Montevideo ^ on doit être agréa-
blement surpris de Faspect de Buénos-Ajres.
Tout annonce ici une ville commerçante , une
métropole digne d'un meilleur sort. La posi-
tion un peu élevée de cette ville américaine ,
située en plaine , sur le bord de la côte formant
Jalaise ; tous ses édifices publics se trouvant ré-
partis sur une même ligne dans toute l'étendue
de la viUe , qui a au moins trois quarts de lieue
de long ; le fort , placé au milieu , et non loin
de lui un édifice de construction mauresque ,
qui contraste singulièrement avec les nombreux
dômes des églises et des couvens; les charrettes
sans nombre stationnées au bas de la falaise ; la
multitude de lavandières couvrant la plage ,
chamarrant de blanc la pelouse verte qui s'étend
au loin vers le nord , et parsdt se terminer par
un groupe d'arbres ; la fbrét de mâts de mille
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— 154 — .
petites embarcations entassées dans la rivière de
la Boûa y vers le sud , enfin toutes les maisons
riveraines , disséminées sur la pente et au pied
même de la côte, tout cet ensemble, animé en-
core par le mouvement de la petite rade> est bien
susceptible de faire naître Tidée d une place im-
portante , d'ime grande ville.
Néanmoins , une chose me déplut beaucoup^
ce fot la nécessité de descendre à terre dans une
charrette. Il est bien honteux pour Buenos-
Ayres , pour une place aussi importante , ^ur
le seul port de la République Argentine où les
étrangers puissent commercer avec sécurité , tant
qu'à présent, il est bien honteux, dis-^je, xpie ces
mêmes étrangers soient mis, en arrivant, en
contact direct avec ce qu'il y a d» plus grossier ,
de plus audacieuseïnent impertinent parmi le
peuple de Buénos-Ayres. U est vraiment dur
d'être exposé aux injures, aux épidiètes avilis-
santes àegringOy de axrcattumj de godo, ou de
sarrazeno , <^ue les carretïUeros ( charretier^ ac-
compagnent de mille obscénités, en les pnodi-
guant à l'étranger qui, ne sachant pas leur idiome,
fait quelques diJQSicultés avant de se soumettre à
leurs exigeantes prétentions. Quoi de plus ridi-
cule, de plus désagréable, de plus barbare que
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— 135 —
cette manière d'arriyer dans une charrette mon-
tée sur deux énormes roues , de la dimension de
celles de nos moulins à eau j qui vous cahote
horriblement pendant que le carretiUero vous
écorche les oreilles par ses chants ou ses vociféra-
tion ?. . Un môle ou une jetée obvieraient à ce dés-
agrément que tous les étrangers sentent vivement.
U y en avait un autrefois; mais une crue ex-
traordinaire du fleuve et la force des courans ,
augmentée par un vent violent, l'ont détruit com-
plètement, et au lieu de le reconstruire, chacun
est venu en emporter les pierres!...
Il&ttut bien me soumettreà parcourirun dem»-
quart de lieue de plage dans l'ignoble carretUla;
je débarquai à l'endroit qu'on appelle encore d
Muelky quoiqu'il n'y en ait plus de vestiges. Ce
mêmeendroitoùl'ondcbarque porte aussi le nom
la Aîameda^ , bien improprement puisqu'on n'y
voyait alors que YOmbù indigène. Nous revien-
drons à cette Alcaneda pour y voir le beau monde
s'y rendant chaque jour dans les soirées d'été»
1 Alameda signifie en castettano un lieu planté de àlamos ou peu-
ptien — allée de peupliers.
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CHAPITRE VU.
mvÈmw^Â,'
]>ef«ripiûm de la ville. — tei édifiées pnUief el partioulien. —-Sa
Si VOUS voulez vous former une idée exacte du
plau de Buénos-Ayres, prenez plusieurs damiers,
réunissezrles , et figurez '«vous que la ligne sépa-
rant chacune des cases elt une rue; vous aurez
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— 138 —
ainsi un certain nombre de rues, toutes égales
en longueur et en largeur, laissant entr'elles un
carré de maisons ou luie place publique : ce sera
Buenos- Ayres.
La forme de la ville estim carré, long de trois
quarts de lieue et large d'uœ dcmi-lieue, divisé
en trois cent soiicante cuadras ou carrés de mai-
sons, laissant entr'eux soixante - une c^Jles ' ou
rues toutes coupées àiingles droits. La Cuadra
présente sur chaque face une longueur de quatre
cents pieds (cent-cinquante Tares) ; seize cuadras
forment xm cuarûel ou quartier; il y a en tout
y ingt-neuf quartiers, lesquels composeront , avec
le tems, quatre cent soixante - quatre cuadras.
Toulesle^raes ^ÈOmespooAmt aux quatra points
cardinaux et sont bordées de trottoirs , garantis par
des bornes en bois, placées de distance en distance.
Comme on le voit, le compas et Féquerre ont
présidé à la répartition des proportions toutes
4 Dans tous les mots espagnols et portugais Vu se prononce ou.
Unix H tianiek 4» Vxprinent mi'MptgBol fu*ii»«eiilr8oii et sepro-
noncttatJoijoMW cgaroffl woHiBé.— A,r^p<K|ne..de JajQ6édificalion de
Buénos-Ayres, par D. Juan Garey, le 11 juin 1680 , le terrein, divisé
entée les habitans, ne contenait que cent quarante-quatre cuadras qui
nfcdlK^lluit êëlles.
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— 139 —
mathëmatiques de Buénos-Ayres. U y a dix places
publiques, dont la principale se norame Plaza
de la Victoria. Ses édifices principaux sont : el
Fuerté el CabUdo ; quatorze églises, deux hôpi-
taux; rUniversité, la Salle des Représentans , le
Tribunal de Conmierce , el CoUseo ; la Recoba ,
le Théâta^e provisoire, le VauxhaH, el Panfuey le
Cuarteî del Retira { caserne ).
Nous aHons passer en revue tous ces édifices,
et, chemin disant , nous visiterons les étâblisse-
mens publics ou particuliers.
Là première place qu'on rencontre en se diri-
geant de YAlamedt$ vers le centre de la viOe, est
la place del 28 de Mayo ( du 25 de Mai ), ainsi
nommée parce que c'est là que se réunirent les
citoyens , qui , dans ce jour à jamais célèbre de
Tannée 1810, osèrent proférer le cri sacré de li-
berté, en présence des emblèmes du despotisme.
D'un côté se trouve la forteresse et de l'autre la
Recoba, qui la sépare de la place delà Victoria.
La forteresse ou elFuerte est un assemblage de
plusieurs grands bâtimens entourés d'une épaisse
muraille, dominée par un rempart garni de ca-
nons , et protégée par un fossé qu'on traverse
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— 140 —
sur un pont-leyis. Toutes les administrations
relevant du pouvoir exécutif s'y trouvent réunies;
mais le gouverneur n'y réside pas* Cette forte-
resse, assez respectable y domine la petite rade et
le centre de la ville.
La Recoba est un édifice de construction mau-
resque , formant un arc-de-triomphe en fiice du
fort, et déployant de chaque côté une galerie
ouverte en arcades , surmontée d'une terrasse »
entourée d'une balustrade et ornée de vases vernis-
sés d'une assez grande dimension ; les galeries pa-
vées en marbre dans leur milieu, sont occupées pai*
des marchands d'étoffes et d'habillemens à l'usage
des gens de la campagne, ce qui produit un effet
assez bizarre. Â droite de la Récoba et à Tangle
de la calle de la Paz , on remarque le Colfseo ou
théâtre qui n'a pas été achevé, et dont une partie
se trouve occupée par un cafetier finançais. Nous
entrons sur la place de la Victoria : salut au Piror
men ! C'est une espèce d'obélisque ou de pyramide
quadrangulaire, d'une trentaine de pieds d'éléva-
tion, posée au centre de la place et entourée d'une
grille de fer entre-coupée de douze pilastres sur-
montés d'une boule, où chaque année les jeunes
garçons viennent , le jour anniversaire de l'in-
dépendance , chanter en chœur 1 hymne pa-
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— 141 —
triotique '. Hymne sublime! que l'on a com-
paré avec raison à notre Marseillaise. Le 25 mai
et le 9 juillet^ cette pyramide et la place tout en-
tière sont dëcoréesd'inscriptions, de symboles, de
trophées, de guirlandes, de drapeaux, en mé-
moire des heureux événemens qui ont rendu,
rindépendance à l'Amérique. Les édifices publics
et les maisons particulières sont illuminés avec
des £maux; des jeux animés, des courses de
chevaux, imitant les anciens tournois des Sarra-
sins , des feux d'artifice , des revues , des évolu-
tions de troupe de ligne et de milices à pied et à
cheval, desfan&res, des symphonies exécutées
par les musiques des différens régimens, con-
courrent pendant trois jours à augmenter l'ivresse
générale et à piquer la curiosité des nombreux
étrangers qui affluent sur cette place de la Vic-
toria autant pour jouir du coup-d'œil de la fête ,
que pour admirer les gracieuses ^or/enof placées
en amphithéâtre devant le Cabildo. La place de
la Victoria n'est pas seulement destinée à la célé-
bration des fêtes civiques, elle est parfois le
théâtre , le forum , oii l'ambition de quelques
tribuns donne au peuple assemblé le spectacle
I Composé par don Vincente Lopez , Tiin des membres les plus dis-
distingués dn pouvoir judiciaire.
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— U2 ~
d'un drame effi^yant, que des acteurs frénéti-
ques ne rendent qu'avec trop de yérité. Au
moindre signal d'éméùte , on voit se rassembler
sous le portique du cabîldo la tourbe déguenillée
des carrétiBeros , des camicéros (boucliers) , des
aguatéros (porteurs d'eau ) et des compadritos ,
qui, ne demandant que plaie et bosse , arrivent
là en foulé potu* attiser le feu. Si l'émeute prend
un caractère d'insurrection , si la révolution se
déclare , cette foule audacieuse grossit de plus
en plus jusqu'à ce que la police (si die n'est pas
complice ) ou le gouvernement &sse avancer la
troupe de ligne ou un régiment de nègres ; alors
on voit tous les séditieux en chmpa Ces sans-ùn*
lottes de la république argentine) se débander
en tous sens , cotuir précipitamment au debors
de la ville, gagner la campagne, oîi, volant tous
les chevaux qu'ils rencontrent, ils vont se réunir
aux Gauchos qui s'organisent immédiatement en
montonera ( sorte de guérillas du pays ' ) , jus-
qu'à ce cpi'un chef de parti assez influent les réu-
nisse en assez grand nombre pour mettre la ville
en état de siège. C'est alors que Buétios-Ayres est
réellement dans une critique position; car ses
« Qui consiste à harceler continuellement rennenii , sans jamais
lui livrer bataille rangée. — On appelle ce genre de combat y ver /a d9
recurso.
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— 445 —
habituas se noumssent principalcMient de TÎuide,
le psàn n'e^ rien pour eaxy et d'aiUenrs il est
beattccmp jdos cher que k ?tnnde; or, la ea«i-
pagne étant en msurrectîon, plus de -mres pour
ta YiUe, plus de denrées pour le oanancBoe ; A
fiiut céder porjiêerxa. Les GamAas * ou italiitaBS
de la campagne, sont , à l'égard die Buénofr-
Ayres, ce que sont les Tartaa[*es 4 f égvrd de la
Chine , les Bédouins à Tégard d'Aiger. Cest un
chef de Gauchos qui a triomphé dn parti de
La^aUé et ce sont les Gauchos qui domineront
toujours la ville, en s'opposant à tmile innoya-
tion utile ou pays, jusqn^à ce qu'on surre régu-
lièrement le plan de RiradaTia, lequel consistait à
favoriser assez les étrangers pour les engager à
former des colonies dans la campagne. L'exem-
ple de leur industrie , de leur moralité, les liens
de Êimille qui se seraient formés, la modification
de quelques habitudes encore sauvages, eussent
fimdu peu-à-peu les moeurs âpres des Gauchos;
ils auraient compris la civilisation européenne ;
leur caractère chevaleresque, insubordonné, eût
cédé à l'attrait d'un bien-être qu'ils n'ont pas en-
core goûté; lem' éducation politique, dévelop-
pant des idées d'un ordre plus élevé, eût &it
* Prmioiirez go&u-icho.t.
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— 144 —
naître en eux un amour de la patrie moins ar-
dent, moins dévorant, mais mieux entendu,
plus constant, plus noble; ils eussent conipris
tjue la patrie , c'est la nation tout entière , et
non pas seulement le champ où ils sont nés; que
la liberté ne consiste pas à repousser toute espèce
de frein que les législateurs prétendent mettre à
leurs passions déréglées Mais je m'aperçois
que je suis plus près des Pampas que de la place
de la Victoria.
La campagne ayant triomphé du parti de la
TÎUe, celle-ci est inondée en un instant de Gau-
chos, d'Indiens et de miliciens des &ubourgs, qui
la parcoiu*ent en tout sens, la lance, la carabine,
ou le sabre au poing en poussant des hurlemens
de sauvages glaçant d'e£&*oi l'étranger nou-
vellement débarqué. Le plus grand nombre se
rend sur la place de la Victoria , en &ce du Ca-
bildo , de même que sur celle du 25 de mai , en
face du fort ; c'est le moment du dénouement;
le drame prend alros un caractère tragique ou
burlesque , suivant que les passions des actem^s
ont été dirigées. U n'est pas en vérité de specta-
cle plus étrange que celui-là : d'un côté , vous
voyez le corps des camiceros ou ahastécadores
(bouchers) , la garde d'honneur du tribun vain-
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fjueur , avec leurs jaquettes ëcarlates , leurs pan-
talons blancs y leurs chapeaux ronds ornés de la
cocarde bleu-ciel, leurs lances et leurs petits dra-
peaux noir et rouge , of&ant aux regards Fimage
hideuse d'une tête de mort , avec cette inscrip-
tion Fedemcion o miserte! d'un autre côté , les
hordes indisciplinées d'indiens Pampas , à demi-
nus, aux cheveux épars , au teint cuivré , mon-
tant à poil des chevaux fatigués de leur course
rapide. A côté, la troupe tumultueuse de Gau-
chos , se plaisant à faire sonner les cascabeles
(grelots) dont la tête et le cou de leurs chevaux
sont ornés , et à brandiller leurs longues lances
portant un petit drapeau> ou des rubans bleus et
rouges , emblème de la Fédération , qu'ils atta-
chent à leur bonnet , à leur chapeau pointu , à
leurs bras, aux oreilles , et jusqu'à la queue de
leiu* cheval! Par ici, ce sont les milices en jaquette
bleue , en pantalon blanc et les pieds nus , por-
tant gauchement leur fusil en mauvais état. Et
au milieu de toute cette bigarrure de costumes ,
où les couleurs rouge , bleue et verte dominent
surtout, s'aperçoit le régiment des Defensores ,
composé de nègres , les seuls qui soient imifor-
mément vêtus et disciplinés , et dont la figure
vient constraster avec celle de tant de races dont
on a peine à saisir les traits primitifs. Voilà le
10
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— 146 —
coup -(l'œil qa'o£Bre la place de la Victoria dans
un jour de réyolution , et souvent même dans ma
jour de fête ; mais en ce eas« U y a moins de confu-
sion; quelques troupes réglées ^ en unilbrmej de
vieux vétérans , débris de Tarmée nationale, sont
là pour rassurer Tétranger.
Le CabUdo prête &€e à la Recoha; il occupe le
côté ouest de la place. Cest encore un édiiice
de c(»i8truction mauresque , mais plus simple y
s'étendant sur ime longueiu* de deux cent cin-
quante pieds environ. U présente deux rangées
d'arcades, lune au-dessus de l'autre; celle du
rez-de-chaussée forme im portique où l'on se
réunit pour causer d'aflaires ; celle du premier
étage est une galerie par laquelle oa communi-
que dans plusieurs salles assez vastes ; un halcon
en fer orne la devanture, et une tour carfée^
surmontée d'un petit clocher, occupe le mitieu
de l'édifice, couvert en tuiles rondes.
Le Cabildo, qui, sous l'administration espa-
gnole , servait de municipalité, a joué un grand
rôle dansles premiers temps del'indépendancede
Buenos- Ayres ; les citoyens notables ouïes plus in-
lluens s'y assemblaientsouveutpourdélibérer. La
cloche de la tour donnait le signal, le peuple ac-
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— 147 ^
courait en foule sur la place de la Victoria et, du
balcon dont je viens de parler, les orateurs le
haranguaient, soit pour Fexciter au tumulte,
soît pour calmer son efferyescence. C'est dans ce
même édifice que, le 19 mai 1810, rassemblée
générale des citoyens de la ville fiât convoquée
sous le nom de Cahildo abierto (en permanence)
et que le dernier des vice-rois, don Bcdtazar Hi-
dalgo de Cisneros y La-Torre^ fiit déposé le 25 du
même mois et remplacé par une junte de neuf per-
sonnes, toutes créoles. Alors commencèrent les
guerres de l'indépendance et la lutte intérieure ,
lutte d'ambition qui dure encore, et retarde la
constitution du pays. On nomma des chefs du
gouvernement; ils eurent le titre de directeurs ,
de présidens, de gouverneurs, mais ils ne restè-
rent pas long-tems en fonctions ; on en nomma
jusqu'à trois dans un jour ! et le Cahildo dut in-
tervenir souvent et s'emparer de l'autorité pour
étouffer les querelles des ambitieux.
A présent le Cabildo a changé de destination ;
il est le siège du pouvoir judiciaire. Cela ne veut
pas dire que la justice y règne!... Tous les tribu-
naux, la cour suprême (la Camara de Justicia)
s'y trouvent réunis. Au rez-de-chaussée sont les
notaires , les huissiers, les écrivains publics et la
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— 148 --
^rîson principale (la Carcel). Les jours d'au-
lience, la galerie , le balcon, le portique sont
continuellement encombres de gens du bas peu[4e,
de la campagne et de Fintérieur , attirés par la
curiosité.
Pendant la semaine sainte on expose sous le
portique du Cabildo un Christ dans la position d'un
quadrupède, surchargé d'une inunensecroix, avec
un cordon au cou que les dévotes Tiennent bai-
ser en déposant, bien entendu, leurméritoire
offrande. Près de là est une chaire où un laïque
prêche la Passion à sa manière, et puis au coin
d'une des inies adjacentes, la populace brûle un
énorme Judas de la manière la plus indécente j
en criant wa la Fédéracion !
C'est encore sous ce même portique du Ca-
bildo que j'ai vu, en 1852 , exécuter une sen-
tence des plus ridicules et des plus extraordi-
naires chez un peuple qui ûiit pars^de de senti-
mens républicains. Il est vrai de dire que la co-
terie jésuitique, dominant alors dans le gou-
vernement, est seule responsable devant le monde
éclairé du sacrilège commis en cette circonstance.
Ce fiit à l'occasion d'un nouvel ouvrage dont je
ne me rappelle plus le titre , un ouvrage de prin-
cipes, dans le système républicain, qu'un négo-
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— 149 —
ciant français Tenait d'introduire avec d'autres
ouvrages de nos meilleurs philosophes, tels, que
Voltaire , Diderot, Volney , Dupuis, Raynal ^
Courrier, etc. Chose incroyable! on saisit tous
les livres, on emprisonna les introducteurs et
l'on fit rendre une sentence, digne de l'inquisi-
tion, par laquelle on condamnait tous les ouvra-
ges saisis à être brûlés sur la place publique , en
face du Cabildo, tandis que le bourreau (el ver-
dugo) lirait la sentence à haute et intelligible
voix!!...
La sentence fîit exécutée en présence de ce
qu'il y avait de plus éclairé à Buénos-Ayres , et
l'on resta muet, stupéfait, sans oser à peine se
regarder, car on se croyait sous le couteau de
\sl Sainte-Inquisition,... N'était-ce pas, en effet,
im AutO'da-fé'i Que fallait-il de plus î brûler les
auteurs! Mais condamner les oeuvres d'un
homme , opprimer sa pensée , violenter sa cons-
cience, brûler ses écrits, n est-ce pas lui inter-
dire la liberté de penser ? n'est-ce pas le réduire
à la condition de la brute ? Et dès-lors que lui
importe l'existence pvu-ement animale que vous
lui imposez.
O tourbe de tyrans civils et sacrés, comme di^
rait Féloquent Volney, oppresseurs de cons-
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— 150 —
ciences ! quand cesserez-vous vos turpitudes ? ne
savez -TOUS pas qu'im torrent ne devient impé-
tueux que par les obstacles qui s'opposent à sa
marche rapide ?.. et ne le retrouvez-vous pas,
ce même torrent, calme et majestueux quand
les obstacles ont cessé ?..... Je ne conseillerais pas
à M. de La Mennais d'aller visiter le Cabildo.
A gauche de cet édifice , au nord de la place
et à l'angle d'une rue , est la cathédrale , monu-
ment qui serait remarquable s'il était achevé;
mais depuis le commencement de la guerre du
Brésil les travaux de la façade ont été interrom-
pus. Le péristyle à colonnes formant cette fii-
çade, a été construit sous la direction d'un archi-
tecte français, appelé par M. Rivadavia, pour
diriger les travaux qu'il avait projetés. Un dôme
assez vaste surmonte le monument. L'intérieur en
est simple, mais l'autel principal est remarquable
par la hardiesse de sa construction et la légèreté
de ses omemens. Il est isolé au miUeu de la nef
et il a au-dessus de lui la coupole du dôme. L'of-
fice divin est célébré en musique, avec orches-
tre, en présence de l'évêque et du sénat ecclé-
siastique.
* Le nom de sénal du clergé a leniplaré rancieii nom ûcrhuytire.
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— 151 —
Tant que le gouTememeut de Buënos-Ayres
fut uni à celui du Paraguay , il n y eut qu'un
seul éréché , * dont le siège était à TAssomption;
mais lorsque la population augmenta , on saitit
la nécessité d'en établir deux , alors le roi d'Es-*
pagne ^ Philippe III sollicita du pape Paul V la
bulle de fondation de cet évéché , conoédée en
1620. L'érection se vérifia le 12 de Mai 1622, De-
puis cette époque jusqu'en 1810, il y a eu dix-
huit érêques. Après la mort du dernier, l'égUse
futgouTemée parle sénat ecclésiastique, jusqu'en
1831, qu'un nouvel évêque fiit nommé. C'est
une justice à rendre au clergé américain de dire
qu'il a marché de front avec l'indépendance po*
litiqueet que c'est ainsi que le sénat du clergé de
Buénos-Ayres, après s'être élevé pas ses lumières
et la pureté de sa morale, s'est acquis une haute
réputation, qu'il parait décidé à soutenir en
cherchant à se soustraire à l'influence de la cour
de Rome. *
Au côté sud de la place on a commencé
une galerie en arcades , sur le modèle de la Re-
1 Autorisé par le Pape Paul III , en 1579.
» Le Pape actuel ne maii<|iia pas de mettre à profit l'occasion que
lui offrait radmioiitratîon peu éclairée du général Jtostu de ressaisir
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— 152 —
coba ; elle doit être continuée , ce qui donnera
une assez belle apparence à la place de la Victo-
ria. Enfin près du Cabildo est l'administration cen-
trale de la police devant laquelle on Toit toujoiu^
bon nombre de çéladores , gendarmes du pays,
bien éloignés d'avoir la moralité des nôtres. (Jus-
tice à qui elle appartient ! )
Maintenant nous allons prendre notre course
par la caUe de la Reconquistay ainsi appelée parce
que c'est dans cette rue que les Anglais furent
faits prisonniers/ lors de leur dernière tentative.
£Ue commence à la Recoba et se prolonge au
sud , jusqu'au bord de la côte qui domine sur
la puissance spirituèUe , qui avait échappé à la cour de Rome dès
les premiers temps de la révolution : il nomma Tévèque proposé par
le gouvernement de Buenos- Ayres , et bientôt on parla d*nn second
évéque qui devait servir de suppléant au j[)remier. Le sénat ecclésias-
tique s'alarma de la nomination de ces créatures dévouées à la cour
de Rome ; il fit une représentation au pouvoir législatif , de laquelle
il ressortait que les anciennes colonies espagnoles ayant secoué le
joug de leur métropole et juré solennellement de n'appartenir à aucun
pouvoir européen , elles devenaient parjures à leur serment en consen-
tant à se placer sous Tinfluence directe de la cour de Rome. On prit
cette protestation du clergé en considération ; une commission com-
posée des citoyens les plus éclairés parmi les députés , le clergé , les
avocats et les hommes de lettres , fut nommée pour résoudre cette
question. Au moment de mon départ on imprimait le dictamen de la
commission y qu'on m'assura être favorable à la cavse américaine.
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~ 1«5 —
les plaines de la Bocoy de Barracasj de QiUlmeSf
du Pciso et de Burgos ; nous y arriveron* bientôt.
Après avoir passe la première cuadra, nous
trouvons l'église et le couvent de San-Francisco;
féglise est remarquable par la ricliesse de ses or-
nemens, deux tours en &ïence peinte et vernis-
sée, ainsi qu'un dôme nouvdlement restauré.
Le couvent est remarquable aussi, en ce qu'il est
le seul couvent d'hommes qui ait survécu aux
réformes du vertueux Rivadavia , dont le zèle
pour l'amélioration des mœurs et les progrès de
la civilisation n'a été récompensé que par Yostra-^
cisme indéfini dont il a été frappé •
Derrière le couvent , dans la rue de la BibUo-
teca , toujoiu*s sur le bord de la côte, nous trou-
vons l'Université , la Uniçersidad! Le nom de
Rivadavia est empreint partout; il est inef-
façable, il y brillera toujours, malgré l'obscurité
dont on s'efforce de l'entourer; car c'est sous
l'administration éclairée de ce sage législateur
que l'instruction publique a reçu l'accroissement
considérable qu'on remarque à Buenos- Ayres;
c'est lorsqu'il était ministre de l'intérieur , en
1820, que l'Université fut fondée, que chaque
district des campagnes a été doté d'tme école
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— 154 —
primaire; que vin^ écoles pareilles furent éta-
blies dans la capitale y tandis qu'un grand nom-
bre de particuliers furent autorisés, ùmtés à
ouvrir d^autres écoles pour Finstruction des jeu-
nes gens des deux sexes; qu'un peu plus tard^
l'ancien directeur de l'école de commerce à Pa-
ns fut engagé à en fonder une semblable à Bue-
nos^ Ayres ; que plusieurs dames fiiançaises fiu*ent
appelées pour diriger le collège des orphelines ;
que des professeurs distingués furent choisis en
France et en Italie ; que l'enseignement de la
langue firançaise fut compris dans les études pu-
bliques ; qu'on yota une somme annuelle suffi-
sante pour renvoi en Europe de jeunes gens des*
tinés à se fortifier dans les études spéciales;
qu'enfin un conseil de rUniyersité fut composé
des hommes les plus éclairés et les plus libéraïKX)
avec mission de &Yoriser et de surveiller les pro^
grès de l'instruction publique!... Malheureuse-
ment tout cela n a eu qu'un commencement
d'exécution , car Rivadavia ayant été forcé de
renoncer au pouvoir, les professeurs qu il avait dé-
placés à grands fi^s, pour eux et pour l'état, se
trouvant en butte aux haines du parti contraire, se
virent obligés de porter ailleurs les connaissances
et les lumières destinées à Êiire de Buénos-
Ayres une nouvelle Athènes. L'Université vient
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— 155 —
d'être organisée sur un nouveau plan , a^ez
semblable à celui de notre ancienne Université
de France. *
A côté de l'Université , on a placé l'Ecole nor-
male. L'extérieur de ces édifices n'a rien de re-
mar<{uaMe ; mais Tintérieur, convenablement
distribué, peut contenir un assez grand nombre
d'élèves. Chaque année , à des époques diffé-
rentes, on distribue, dans lacour de l'Université,
en présence du gouvemeiu* , desministi^es et des
principales autorités, des prix, non-seulement
aux jeunes gens, mais aussi aux jeunes personnes
des écoles gratuites placées sous la protection
immédiate d'ime société de bienÊdsance , com-
posée des dames les jdus notables de Buénos-
Ayres , et que Tune d'elles préside.
Parmi les écoles particulières on doit distin-
guer celle de Commerce, dirigée par M. Ra&d
Menvielle; l'Académie commerciale, rue de Po-
tosi; l'Académie Argentine, rue de Mciïpù;
l'Académie des Provinces- Unies ; le Gymnase
Argentin; le Lycée Argentin , et l'Ecole de
» Voyez la noie F, rcinlive à la nouvelle organisation de rUniversité
de BiiéïKW-Ayres el ain études qii*on 7 fait.
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— 156 —
jeunes personnes tenue par Madame Du-Harme
et sa tille.
En face de FUnîversité se trouve THospice des
en&ns trouvés, où un guichet &cile à ouvrir,
permet de déposer , à toute heure de jour ou
dé nuit, le fruit d'une &iblesse, qu'une honte
déplacée ne permet pas d'avouer. Les soins que
l'enfant nouveau-né reçoit dans cet hospice ne
laissent aucune crainte à la mère sur son sort;
aussi le crime d'in&nticide est-il extrêmement
rare a Buenos- Ayres. A côté est une prison, pre-
nant le nom de Fhospice, c'est-à-dire delsiCuna.
En suivant de nouveau la rue de la Récon-
quista nous arrivons à une autre église , c'est celle
àeSanto-Domingo ( St.-Dominique) , très remar-
quable en ce qu'elle est encore criblée des balles
citoyennes envoyées aux Anglais qui s'y étaient
réfugiés, et qui se virent bientôt forcés de ca-
pituler.
Le 29 juin 1806, les Anglais, au nombre de
dix-huit cents hommes , commandés par le géné-
ral Berresford, s'emparèrent de Buenos- Ayres par
surprise et s'installèrent dans le fort. On s'aperçut
bientôt de leur perfidie , et le peuple s'en indigna ;
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— i»7 —
mais le peuple était impuissant, iout-à-fiiit nul,
à cette époque où Tadresse d'un chasseur abattant
un oiseau, le tenait ébahi ; ou Fastuce des moines,
eneniaisantleplus crédule des en&ns, cherchait
à lui persuader que les Anglais, étant hérétiques,
n'étaient pas &its comme les autres hommes :
Los Ingîeses tienen cola y lo mismo que un démo-
nio!^ disaient les moines au peuple, et le peuple
eût bien plus Tolontiers doute de la puissance de
Dieu que de la yéracité des moines. . • Cependant,
Toyez quel prestige est attaché è lliéroïsme ! un
étranger, un Français, le général Liniers, au ser-
vice d'Espagne , arrivé sur la plage de Buénos-
Ayres avec une poignée d'Orientalistes, se met à la
tête du peuple, le harangue, l'anime, et soudain,
ce peuple apathique , indolent, court à la forte-
resse, l'assiège et lui Uvre assaut en un. instant.
Les Anglais sont faits prisonniers et envoyés dans
l'intérieur, à Cordova. Ceci se passait le 12 août
1806; mais voilà que le 3 juillet de l'année sui-
vante, aumoment où on pensait le moins aux
Anglais , ceux ci arrivent avec une force de
douze nulle hommes , commandés par le général
Whitèlock , débarquent à la Encenada, viennent
par terre à Buenos- Ayres et se mettent en devoir
1 lies anglais ont une queue tout connue le diable.
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— 158 —
àe traverser la iriUe pour se rendre à la forte-
resse. Les teins étaient bien changées t L'exemple
du général Lîniers avait électrisé ce peuple , ja-
loux de son indépendance ; il avait formé des
soldats qui , à dé&ut de discipline, savaient payer
d audace et de ruse; les femmes frissonnaient
d'horreur et d'indignation à l'idée de se voir en-
vahies par des hérétiques, munis d'un appendice
infernal Toutes les passions susceptibles de
réveiller le patriotisme d'iui peuple encore fima-
tique et superstitieux furent mises en jeu pour le
pousser jusqu'à l*héroïsme. On y réussit. On tira
un grand parti de la forme des maisons , toutes
terminées en terrasses, ainsi que de la longueur
et de la disposition parallèle des rues. Le général
Liniers commandait la défense , et on ne peut
nier qu'il déploya une grande habileté.
Les Anglais avaient près d'une lieue à parcou-
rir au milieu de toutes ces forteresses , avant
d'arriver à la principale. Avec pkis de tact , de
prévoyance , ils se ftesent contentés d'assiéger
la viUe , d'occuper la campagne , de s'emparer
de quelques édifices élevés; mais ils crurent
fermement qu'ils ne s'agirait que de pousser
un hourra ! pour culbuter tous ces vœnurpieds;
erreur fatale !
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On laissa pénétrer les An^«b ; ils s'avancèrent
sur trois colonnes, jusque bien ayant dans la
ville; les rues étaient silencieuses, etilspouyaient
croire que la consternation les avait précédés , ou
que l'effî-oi accompagnait leui^ hourras ! mais
voilà que tout<^à-coup les maisons se couvrent d'ha-
bitans; que la population tout entière se trouve
sur la tête des Anglais : personne ne manquait à
Tappel, femmes, enÊuas, vieillards^ serviteurs, tous
concouraient à l'envi à la défense du foyer do-
mestique, lies projectiles étaient inépuisables :
c'était les pierres et les briques de la maison ; Teau
des puits qu'on avait Eût bouillir ; les cendres des
fourneaux dont on aveuglait les Àngkis , tandis
qu'au carrefour voisin une troupe d'bommes à
cbeval , portant un canon monté sur pivot ,. là-
cbaient une décharge de mitraille sur la tête de
la colonne , et di^raissaient avee la rapidité de
l'éclair après avmr laissé un vide effiujant dans
les rangs de l'enneini. Des vedettes postées sur les
églises, indiquaient la route que tenaient les An-
glais , et tout aussitôt Tartillerie courait à leur
rencontre, et les mitraillait de nouveau sans
qu'ils pussent riposter. Enfin on aura une idée
suffisante du désastre que causait aux Anglais ce
genre de combat, quand on saura qu'en arrivant
à l'église de SantchDomingo , où Us s'empresse-
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— 160 —
rent de se barricader , leur nombre était réduit à
douze ou quinze cents hommes !
Les habitans de Buénos-Ayres rendent toute
^stice au courage et à la bravoure des Anglais ;
ils mouraient avec un ordre , un sang-fix)id, une
discipline admirables. Combien de fois j'ai en-
tendu dire à des Portenas , avec une grâce char-
mante ;
« Me daba IcLstùna de ver cujueUos Inghses,
tan rubiosj tan bonitos mozos, caer heridoSy y
gritœ* todcu^ia hurra! Pero creiamos de buenafe
que eran heregesy que tenian cola!!... »
c( J'étais émue de pitié à la vue de ces Anglais^
si blonds, si beaux heaumes, tombant blessés mor-
tellement et criant encore ^i/ra/Mais vraiment
nous nous imaginions de bonne foi qu'ils étaient
hérétiques et qu'Us avaient une queue! !..i> Et
êtes-vous bien sûre du contraire ? leur disais-)e ;
a Quien sabe! répondaient-elles, perOj me parece
una baibaridad. » Je n'en sais trop rien ! mais
pourtant ça me paraît bien absurde. »
L église de Santo-Domingo dépendait d'un
couvent de Dominicains , supprimé par Rivada-
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— 161 —
TÎa. Ce législateur a tire un meilleur parti du
couvent en destinant le bas aux cours de chimie
et de physique et le haut à un musée d'histoire
naturelle. La fondation de cet établissement date
de 1826, Lie Musée n'est encore qu'un cabinet
de curiosité; mais il ne laisse cependant pas
que d'of&ir quelqu'intérèt scientifique, en même
tems qu'il est un ornement pour la yille. Il a été
commencé avec une assez jolie collection de mi-
néraux, de pièces d'anatomie, d'instrumens de
physique et autres objets achetés en France. De-
puis, il s'est augmenté, par les soins du conserva-
teur , *- d'un grand nombre d'animaux du pays
et de di£Férentes pièces de géologie. On pourrait
faire un cours complet d'histoire naturelle avec
ce qu'il y a dans le cabinet : on y compte déjà
environ quinze cents échantillons appartenant
à la minéralogie et à la géologie; plus de
huit cents appartenant aux principales divisions
du règne animal, sans comprendre un assez
I M. CadnU Ferreris. H est resté chargé de ce cabinet depuis sa
fondation jusqu*à présent et il a acquis de justes titres A Teslinie pu-
blique par le zèle qu'il a mis h la conservation et h Vaugmentation des
objets tant indigènes qu'étrangers , malgré Tabandon dans lequd le
goorernement a laissé cet établissement» pendant ces dernières années.
Aidé du préparateur que j'avais amené, M. Ferraris a pu renouveler
beaucoup d'anûnaux , mal montés d'abord, et donner un autre aspect
k ce petitMuséum, dont on pourrait tirer meilleur parti.
H
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— 162 —
grand nombre d'insectes. Parmi les objets de cu-
riosité on remarque une cotte-de-maiUes et un
énorme sabre , pris dernièrement à un eassique
indien; dojets qui avaient appartenu à un des
chefs espagnols de la conquête. M. Alcidie d'Or-
Ugn y a aussi enrichi le Musée de plusieurs objets
fort intéressans , lors de scm passage k Buenos-
Ayres. Enfin , outre les instrumens de physique
expérimentale qui sont très-beaux etdonton se ser-
vait pendant les cours qui avaient Ueu deux Ibis la
semaine, on remarque encore une collection de
médailles antiques et modernes dont on avait
d^abord doté la bibliothèfjue , comme elle devait
l'être^ mais qu'on a cru prudent de confier
depuis à la garde du conservateur franger du
Muséum.. Le pnUic est admis les mardis, jeudis
et jours de fête de onze heures^à deux. L'escalier
par lequel on arrive aux galefies est noté au
nombre des merveiBes de la cité argentine*
Précisément en &ce de l'église de Santo-Do-
mingo y toujours dans la rue de la Réconquirta ,
ou voit une maison de modeste apparence , avec
quelques petites cages suspendues à un balcon,
supportant une demi-douzaine de pots à fleur.
Eh bien! que vous importe cette chétive de-
meure ? Ne vous pressez pas de rire de ma
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— 165 —
simplicité^ décomrrez-TOUs, c'est le toit d'un il-
lustre proscrit!.. • Ce sont les pénates de Rivada-
vial C'estdece seuil^ à demi-pourri^ 4]u'an a tu,
l'année dernière, un yieillard yénérable, hrùlant
encore d'un ardent amour pour sa patrie, qui
ne le comprend pas, sortir lentement, s'achemi-
ner piteusement vers la piage pour gagner la
rade, où un navire étranger, ïHemnhiej cette
même Hermime qui m'arait amekié, allait lui
accorder l'hospitalité que son ingrate patrie lui
refiisait!!!
Après sa démission yolcmtaire ,en juillet 1827, M.
Riyadayia crut prudent de s'éloigner de Buenos-
Âjrres, afin que saprésence ne fôt point im obstacle
àla constitution du pays. Personne ne le contrai-
gnit àpartir. n se réfugia en France, où il ayécu
modestement, en philosophe > comme firent jadis
Anacharsis en Grèce , Solon, Pythagc»*e et Platon
en El^rpte ou à la cour de Crésus; tandis que
des passions tumultueuses, semhlables à des
orages, exerçaient leurs rayages et altéraient les
charmes de celte patrie , qui le méconnaissait et
dont il restait l'amant déyoué, malgré ses torts
et son orgueil. Lorsqu'enfin le calme succéda à
l'orage, lorsque les citoyens paraissaient frater-
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i
1
I
I
1
— 164 —
niser sincèrement, M. RiTadavia songea à re-
joindre sa Pénélope qui, semblable à Tépouse
d'Ulysse, soupirait en désespérant de le revoir.
Il arriva au commencement de Tannée dernière,
incognito, à l'improviste, et alla se piaoer à son
bureau , dans son cabinet , sans que personne s'en
doutât. Jugez de lajoiede M"'® Rivadavia! decelle
deses amis!.. Hélas ! cenefiit qu'un édairdebon-
beur: le chef de police se présenta poliment, de
la part du gouvernement, et invita M. Rivada-
via à se rembarquer sur-le-champ. On eut assez
de courtoisie pour ne pas l'escorter jusqu'au
rivage. *
Si vous prenez la peine de descendre d'une
cuadre et demie veiis le fleuve, nous verrons la
douane, dont les murailles sont baignées par l'eau
. quand la marée est haute. Ce n'est pas pour voir
l'édifice que nous prendrons cette peine, car
rien n'est plus laid ; mais c'est pour saluer ce bon
M. Lapàlléy le collecteur-général, l'ami de tous
les négocians étrangers et nationaux * • L'inté-
grité de cet administrateur, son patriotisme
« M. BÎTadaYia a di\ se retirer avec sa famille au Bimcon-d^-lat-
GallinaSf sur les bords de FUniguay.
* Don M. J. de Lavallé, collecteur-général, est le père du colonel
Lavùllé^ qui a acqub une si triste célébrité à Poccasion de la révo-
lution du 31 décembre 1828. -*-( Prononcez Lavattié. )
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^ 165 —
éclairé, tout-à-£dt désintéressé, lui ont acquis
restime de tous les partis qui ont eu altematiye-
ment le dessus pendant les troubles qui ont
â>ranté ta fortune et le crédit de Tétat. Les dïoits
de douane composant Ik plus grand partie des
revenus de la république , le gouyemement est
bien intéressé à ce qu'ils soient perçus sans
fraude et k ce qu'ils produisent le plus possible ;
malgré cela M. Layallé s'est toujours opposé cou-
rageusement à toute mesure vexatoire et à toute
taxe onéreuse aux négocians. C'est ainsi qu'il
a su constamment concilier les exigences du fisc
ayec la protection que réclament le commerce et
l'industrie. Je me fids un plaisir de rendre cette
justice aux employés de la douane de Buénos-
Ayres, qu'ils se prêtent de tout leur pouvoir à
obliger les négocians, et que les vérifications, les
visites, s'opèrent, les droits se perçoivent sans
qu'on ait à se plaindre de la moindre ^vexation.
Ici point de ces mesiu^s immorales , scandaleuses^
adoptées et suivies avec tant de rigueur dans nos
états civilisés d'Europe; je veux parler de ces
honteux attouchemens qui se pratiquent sur les
hommes, les femmes, les jeimes personnes, sans
distinction, dans les petits bureaux de visite, et
qui alarment avec tant de raison la pudeur, que
beaucoup db femmes aiment mleut ne pas voya-
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— 166 —
ger que souffrir une tdle profanation. On a im-
prime danièrement un tarif de la douane, ayec
l'énumération et roplication des formalités à
remplir; on y trouve des modèles de toutes les
déclarations à faire; enfin c'est un guide, comme
pouTaient le désirer les négocians nouvellement
établis. *
Reprenons notre promenade : si tous êtes &-
tigués, nous nous assiérons bientôt sur la côte
oii se termine la rue. Il &ut encore nous arrêter
SLUcuartel de los Negros (caserne des nègres) réunis
en un ocNrps de milices, sous le nom de baioBon
de Defensores de Buénos-Ajres. Après les dâiris
de l'armée nationale, réunis en trob corps sous
le nom de Chasseurs du Rio de la Plata, de Garde
Argentine et de Patriciens de cavalerie, formant
la troupe de ligne , le corps des DéGsnseurs de
Buenos- Ayres , composé de nègres et de mulâ-
tres, est, sans contredit, celui de milices le mieux
organisé, le plus discipliné > le plus nécessaire à
la sûreté de la ville. Il est composé de douze
cents hommes, [uresque tous libres ; la plupart
des officiers sont pris dans son sein , et la libéra-
lité du colonel Don Félix Alzaga vient de le doter
< Voyez la note G rebtife aux droits de Douane et à quelques
mesures adoptées.
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— 167 —
d'une excellaite musique, organisée sous la di-
rection d'un professeur allemand.
La Patrie doit beaucoup aux nègres ; ils ont
jdus contribué , peut-être , à donner l'indépen-
daace au pays, que les créoles eux-mêmes, sur-
tout les créoles de Buenos- Ayres , qui sont plus
pkUores * que braves^ au dire même de leurs
compatriotes de Tintérieur. Les nègres ont yersé
leur sang à grand flots, ayec enthousiasme^ pour
la cause de la liberté; témoin Faction du dés€h
guadero , dans le Haut-Pérou; et l'affiranchisse-
ment qu'on leur a accordé sur le territoire de la
République dès les premiers tems de l'indépen-
dance, n'était que Facquittement d'une dette sa-
crée* Les corps composés de nègres ou de mu-
lAtres ont toujours fourni la meilleure in&nterie
de la République Argentine; car autant les hom-
mes de la campagne, appelés Gauchos^ sont au-
dacieux, intrépides, in&tigables à cheyal, autant
ils sont tUs soldats quand ils sont forcés de com-
battre & pie4« Ce que j'afSrme ici positivement
paraîtra surprenant aux personnes qui n'ont tu
que les nègres avilis sous le fouet des Portugais
ou de nos planteurs des Antilles; mais il £iut que
*■ Fanfarons. Cette épithète que les Ârribénas ( ceux de rintèrieur
on du haut pays ) donnent aux Poriénos n'est pas trop mal appliquée.
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— 168 —
l'on sache , pour la honte de nos colons , que
dans cette partie des anciennes possesâons espa-
gnoles, la plupart des esclaves y sont morts sans
avoir reçu un seul coup de fouet ; qu'on les a tou-
jours traités avec bonté, qu'oç ne les tourmentait
jamais au travail; qu'on ne leur imposait point de
tâcheau- dessus de leurs forces, etqu'enfinonneles
abandonnait point dans leur veillesse. Les femmes
de leurs maîtres les soignaient dans leurs mala-
dies ; personne ne les empêchait de se marier ,
même avec des Indiennes ou des femmes libres ,
pour prociu*er cet avantage à leurs enfens; on
les habillait aussi bien ou même mieux que les
blancs pauvres , et on leur fournissait une bonne
nourriture. * Aussi les Espagnols^ blancs ou mé-
tis, n'ont-ils jamais eu à se plaindre de leurs es-
claves, et il est arrivé souvent que ceux-ci refu-
saient la liberté qu'on leiu* offîuit, pour ne Kac-
cepter qu'à la mort de leurs maîtres. . . . Gomment
des esclaves traités avec tant d'humanité n'au-
raient-ils pas Ëdt cause commime avec leurs
maîtres, quand est venu le moment de secouer
le joug oppresseur de la métropole ? Ils ont couru
aux armes avec générosité, sans y être contraints
par la violence, et ils regardent la cause amén-
i Voyez Cbarievoix et Félix de Azara.
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~ 169 —
caine comme la lemr {Ht)pre. fai été témoiii de
lem* enthousiasme, de la joie bruyante qu'ils font
éclater au mot de Pairia; c'est qu'en effet la
patrie n'a pas été ingrate envers eux; l'unique
différence qu'il y ait^piaintenant entre les nègres
et les créoles-espagndls , la seule qu'un préjugé
trop enraciné établisse encore , mais qui dispa-
radtia comme tant d'autres, c'est qu'ils ne peuvent
occuper d'emplois publics. Nous reviendrons sur
ce sujet; passons outre et hâtons^nous d'arriver à
la Bésidendoy dernier édifice que nous ayons à
voir dans la rue de la Reconquista.
La Résidence était encore un couvent; on l'a
converti en un hôpital pour les hommes. Pen-
dant la guerre du Brésil il a aussi servi de fon-
derie de canons et de boulets ; à présent , au lieu
des forges de Vulcain retentissant des cris de
guerre, on n y voit plus que des salles d'infir-
merie dont le fiûble écho répète des cris de dou-
leur et d'agonie. L'église, surmontée d'un dôme,
et les bàtimens dont elle est entoiu*ée , dominent
toute la ville, ce point étant le plus élevédelacôte.
L'hôpital de la Résidenciay de même que celui
des Femmes, situé au centre de la ville, rue de
la Esmercdda, ne correspondent pas aux autres
institutions qui ont fait classer Buénos-Ayres
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— i70 —
parmi les villes les plus importantes et les jdus
civilisées de rAmërique. L'organisation inté-
rieure des deux hôpitaux exige de promptes
modifications , et même la vie des infirmes est
incessanmient exposée dans celui de la Résidence
par la vétusté des bAtimens , dont unepartie s*est
écroulée en 1833. Le gouvernement a bien senti
rUnportance d'une réforme en ce genre; aussi
l'ex-ministre Ancboréna, le fiu^totum du parti
de Rosas , a-t-il demandé à l'architecte de la ville
im plan d'hôpital pour les deux sexes. Le plan a
été £dt , on l'a beauooup admiré ; il a été placé
comme une belle image dans une salle du Fort ,
et l'on a remis la construction de l'hospice à une
époque indéterminée, *
Détournons un peu notre vue de ces amas de
briques rouges , de ces constructions monotones
et carrées, pour les raporter sur des scènes
champêtres ; asseyons*nous près de ces longs
* L'aateur de ce plan est ringénienr architecte de b rille , M. Car-
lof Zacchi , Italien de uatiou. Son plan est rèèDement parfait tant sont
le rapportde la distribatioa intérîeare , des détails minntieax des pro-
portions mathématiqiies, que de la lieauté du dessin et de rarchitectore;
il eut été admiré , j*en suis conVaincu, dans une académie d'Europe -,
mais je ne crois pas que de long - tems le souTcmement de Buenos-
Ayres soit à même de reiéciiter.
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— 171 —
cactus entourant ces modestes demeures, pour
contempler Fimmensité de cette plaine qui
porterait nos regards jusqu'à TOcéan et même
jusqu^n Patagonie , si Thorizon sensible n'inter-
posait son rideau vaporeux.
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CHAPITRE Vm.
SmUdelaéegeripikmdelaViUe.
Nous sommes à Textrémité sud de la TÎlle , à
l'endroit où le plateau sur lequel eUe est assise
présente le plus d'élévation au-dessus du fleuve
et des plaines basses gui se déroulent au pied ,
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— 174 —
sans apparence de fin. La côte ou petite falaise
qui sert de talus au plateau et à la yille , se re-
coiu*be ici pour se prolonger dans l'Ouest. Lies
contours et la pente en sont occupés par des
maisons de plaisance appelées quintas , dont les
jardins sont ornés d'une yégétation européenne :
on y reconnaît avec plaisir les arbres firuitiers de
nos yergers , les légumes de nos potagers , om-
bragés dans quelques endroits par de très-beaux
oliviers j ainsi que par Toranger dont les pom-
mes d'or se distinguent de loin au milieu des
fleurs purpurines du grenadier ou des fruits vio-
lets du figuier. Et connue pour augmenter les
contrastes, une végétation tout équatoriale en-
toure la plupart de ces vastes jardins aussi bien
que les plus petites propriétés ; ce sont des aga-
ves-pita et des cactus. Le cierge du Pérou , k
hautes tiges anguleuses et à fleurs jaunes et roses ,
sert de haie à la plupart des jardins et des cours
de la ville , tandis que dans la campagne les quin-
tas et les petites fermes appelées chacras ^ sont
closes par de larges fossés plantés d'agaves aux
feuiUes longues, charnues et piquantes. Tous
I Un« propriéCé dont les tcnret sont en partie dcsiîaées av labow,
en partie au pâturage , est appelée chacra; celle qui est exclusirement
consacrée k l'éducation des troupeaux , sans cultures de terres, est
appelée Miancia.
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— 175 —
ces entourages yalent infiniment mieux que des
murailles dans un pays exposé au pillage des In-
diens ou des Gauchos.
A notre gauche, on yoit une jolie maison ap-
pelée le Château par les Français de Buenos-
Ayres; elle était occupée par notre ex-consul^
M. Manderille, de déjdorable mémoire. On y
voyait flotter, à plus de cent pieds d'élévation
au-dessus de la rade, notre pavfllon national, dont
les couleiu^ prestigieuses étaient encore assez
respectées pour tenir lieu de la protection que
M. Mandeville était incapable d'accorder à six
mille Français dont il était haï cordialement, et, à
juste titre , puisque ses ter^versations et ses com-
mérages avaient compromis leur fortune et leur
vie On a objecté, pour la défense du consul,
que si la France avait eu, comme l'Angleterre,
un traité de commerce et de navigation, la con-
duite de son agent eût été plus franche et son in-
tervention plus efficace dans les troubles civils;
cette observation est judicieuse à beaucoup d'é-
gards, mais elle retombe encore à la charge de
M. MandevUle, car avec plus d'habileté, moins
d'esprit d'intrigue, et surtout plus de désinté-
ressement, il eût fait sentir de longue main au
gouvernement français, la nécessité, l'urgence
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— 476 —
d*iin traité de commerce avec Buenos- Ayres. Je
reyiendrai en tems opportun sur ce sujet.
Vojez-Tous à rextrémité de ces sayanes, de
ces prairies entourées de saules, de ces terreins
marécageux que les eaux de la Plata inondent et
rendent impraticables dans ses débordemens,
cette quantité de mâts pavoises de pavillons na-
tionaux et étrangers ) c'est le petit port appelé la
Boca dél riachuelo S ou simplement la Boca,
où se rendent presque toutes les embarcations
Ëdsant la navigation du Parana et de l'Uruguay,
il s'y &it un grand mouvement de marchandises,
et pourtant il n'y a pas d'endroit plus incommode
et d'un accès plus difficile. Un Français, M. Du-
portail , y a &it construire la seule maison en
briques qu'on y remarque , et s'est chargé ,
avec l'autorisation du gouvernement, de Êdre à
ses frais une chaussée qui , s'il réussit , &cilitera
beaucoup les transports et les communications
avec la ville.
Sur la droite, toujours au sud, on voit le joli
village de Barractts ainsi nommé d'im grand nom-
1 Riachuelo est an nom générique diminnlif qu*on applique , en
espagnol, à tous les bras étroits de riTière. Le vrai nom de celle-ci»
est riachuelo de la Matanza, à cause d^nn grand combat livré aux
Indiens , sur ses bords , lequel fui une véritable boucherie.
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— 177 ~
bre d'entrepôts ou magasins publics et particuliers
qu'on y a construits, près de la rivière de la
Boca et le long de la belle route qui le traverse.
Il est situé dans une plaine par&itement unie ,
sablonneuse , à l'abri des inondations , et il est
le rendez- vous du beau inonde les jours de fête ,
où les daines viennent s'y promener en calèche
ou même à pied, tandis que de nombreux cava-
liers font briller leur talent équestre. On y fait
de fréquentes courses de chevaux, dans les-
quelles on parie souvent très-gros jeu. U y a de jolis
pavillons (quintas) où les familles riches passent
une partie de l'été , et où l'on est sûr d'être tou-
jours bien accueilli, quand une fois on aeul'entrée
de la maison, ce qui n'est pas difâcile pour peu
qu'on ait des manières agréables , et qu'on sache
l'espagnol.
Au-delS, on aperçoit, à distance de trois
lieues , les chacraset les monticules du village de
Quilmés ; Tintervalle est assez agréablement rem-
pli par des plantations de saules, de pêchers
sauvages (^duraznales)y et des habitations cham-
pêtres ; mais si vous voulez pénétrer au-delà ,
je vous accorde un rayon d'une dizaine de lieues
au sud et à l'ouest , pour voir encore des figures
humaines, des traces de civilisation et des arbres
12
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— 178 —
qui vous prêtent leur ombrage ; après cela , al-
kendez-TOus à ne Toir que des plaines désertes
jusqu'au pied des Andes , si vous allez au Chili ,
ou jïisqu'au Rio-Colorado , si TenTie voua prend
d'aller toiser les Patagons* De loin en hxa tous
u'aperceyrez que de misérables cabanes tous
apparaissant comme des balises au milieu d'une
mer semée d'écueils , et il y aura tant de silence
autour de ces chétives habitations, que vous reste-
rez étonné d'en voir sortir des visages d'homme.
Vous ne remarquerez aucune trace de culture ,
aucun arbfê , aucun buisson ; mais seulement
des horisans immenses , mornes et tristes , animés
par hasard ça et là par le passage d'une autruche,
le galop d'un gcsuchoy rassemblant ses troupeaux
dispersés par la sécheresse ou l'irruption des In-
diens; vous serez dans les Pampas ' .... et je vous
gai^antis que vous presserez les flancs de votre
coursier poiu* en sortir le plus vite possible.
« Le mot Pampas^ venu du quichua ( langue «kt Incai^ ), «igalfte
proprement place, terrein plansy grande plaine; savane, etc. ( Uanura
0 lianos «les espagnols). On pourra s*étonner de retrouTer ce mot ap-
ptiqvé dans nn payt tl éloigné de sa feomt» ; mais on rémaf qAera que
beaucoup de quichuas habitent Santiago del Eslero, assez près des
Pampas, où ils ont encore conservé un jargon mélangé de quichua et
d'rfspagnol. (Al. D'Oilî. Voyage dans t'Jmèriqtiâ mér.
M. Th. Pavie a donné ime description très^xnclc des Pampas e%9ÊR
Indiens qui Thabîtent, dans la 2c liv. du tome der de la JRsvtts des dsus
Mondes.
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— 179 —
Puisque bos affaires ne nous forcent pas d'y
aller manger du charque , rapproclxoi|s-nous du
centre de nos observations.
Voici la Chambre des représentans ! Nous
sommes au carrefour des rues del Perii et de la
Biblioteca , à trois cuadres de la place de la Vic-
toria. Nous avons devant nous le plus bel édifice
de Buénos-Ayres; il occupe près d'une cuadre,
et £iisait partie du coUége des jésuites qui Font
bâti eux-mêmes avec l'église y attenant , dont
l'entrée est à l'angle diamétralement opposé à
celui 011 nous sommes. L'architectura en est as-
sez simple , mais il a cela de remarquable qu'il
est bâti à Teuropéenne , dans le style moderne ,
avec un toit incliné ; la &cade est , je crois , toute
en pierres de taille, et les fenêtres sont munies de
balcons comme , du reste , toutes les maisons es-
pagnoles. On a réuni dans ce vaste corps de bâ-
timent, à un seul étage au-dessus du rez-de-
chaussée > la salle des représentans, la biblio-
thèque publique, le tribunal de conunerce, le
département topographique, le timbre , la vac-
ciue , et à côté , sur le même plan que leglise eiel
Colegio^ le cuartel de los cwicos^ c'est-à-direlaca-
seme des patriciens d'infanterie, composant un ré-
giment de milice active, etde la milice passive d'in-
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— 180 —
fanterie formant un autre régiment. Ces troupes,
espèces de gardes nationales ^ sont fort mal disci-
plinées, sans uniforme , sans tenue; l'obligation
rigoiu-euse de venir faire un exercice dont l'uti-
lité n'est pas démontrée , tend à faire des pares-
seux , en privant les établissemens industriels des
bras dont ils ont le plus grand besoin. On a très-
bien démontré au contraire, dans un petit ou-
vrage que je pense traduire , les inconvéniens de
cette organisation qui ne tend à rien moins qu'à
mettre la fortune dans les mains des étrangers et
à dégrader de plus en plus les nationaux par les
vices inhérens à la profession de soldat , surtout
de soldat insubordonné
La salle des représentans est très-petite , mais
convenablement disposée. Les séances sont pu-
bliques; ses députés parlent assis , quoiqu'il y ait
une Iribune. La ville fournit quinze députés, et
la campagne, divisée en treize sections, en four-
nit vingt-trois , en tout trente-huit représentans,
pour une population de cent quatre-vingt mille
âmes, y compris les étrangers. J'évalue la popu-
lation de Buénos-Ayres à quatre-vingt-dix mille
âmes , dont trente mille étrangers répartis ainsi :
Anglais, huit mille; Français, cinq mille; Ita-
liens^ six mille; Allemands, trois mille; Espagnols
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— 181 —
et Portugais d'Europe, quatre mille; le reste
composé de Nord- Américains, de Brésiliens^
d'Orientalistes, etc. Jestime qu'il y a quinze mille
étrangers répartis dans la campagne ou la pro-
vince. Ainsi , d'après mon calcul, il resterait pour
la ville soixante mille habitans indigènes , et pour
la campagne soixante-quinze mille; or, il reste
évident qu'il y a disproportion dans le nombre
des députés élus par l'une et l'autre. Les gauchos
étant doublement représentés, on ne sera plus
étonné de voir ce pays rétrograder dans la voie
de la civilisation.
La bibliothèque est encore une de ces mille
institutions dues aux lumières de Rivadavia; elle
a primitivement été léguée à la ville par un moine ;
mais alors elle ne renfermait que quelques mil-
liers de bouquins in-folio, avec un assez grand
nombre de manuscrits en latin et en espagnol ,
traitant de points obscurs de théologie, de mé-
decine, de controverse et de graves futilités. De-
puis 1820 jusqu'en 1828, elle s'est enrichie suc-
cessivement de livres d'histoire, de jurisprudence,
de morale, de sciences exactes et naturelles, de
littérature proprement dite et d'une grande quan-
tité d'albums de voyages , de gravui-es en tout
genre, etc.; elle occupe à présent cinq salles^ et
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— 182 —
le nombre de volumes monte à vingt mille. Les
livres français y entrent pom* plus de moitié.
Elle est ouverte au public tous les jours non fé-
riés; la facilité d'y lire les journaux de Buénos-
Ayres eu a fidt un cabinet de lecture *.
La littérature est fort négligée à Buénos^Âyres^
depuis qu'un gouvernement de coterie jésuitique
a succédé à celui trop éclairé de Rivadavia; ce
n'est cependant pas &ute de moyens de s'ins*
truire, car, outre la bibliothèque publique , il
existe encore six librairies et un cabinet de lec*
ture dirigé par MM. Duportail. De plus, il y a
deux cercles du commerce, la salle Argentine et
la salle Anglaise^ où l'on peut lire tous les princi-
paux journaux eiu*opéens et américains; mais
les restrictions mises à la liberté de la presse par
les gouverneurs con faculdades extraordmaria$
( ce qui équivaut à une dictature ) , ont éloigné
du piiys tous les hommes dont le génie indépen-
dant ne pouvait se plier à la servitude de Vinqm-
sition de conscience, imposée par les Anchorena,
< Depuis Bivadaria cet établissement avait élé livré A Tabandon
comme les autres ; aussi plusieurs manuscrits important à rhistoire de
ce pays ont-ils été soustraits!... J'ai remarqué avec plaisir, à mon
retow du Brésil, qu'il y avait plus d'ordre et de surveillance de la part
dc^ bibliothécaires.
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— 185 —
les Mazsij les Medrano, et toute la coterie qui fit
brûl^ naguère nos philosophes.
Il y a encore six imprimeries , mais on ne pu-
bliait plus en i 834 que cinq ou six journaux, au
lieu de dix-sept qui s'imprimaient en 1826 ! Et
sur ce fidUe nombre de six journaux » trois
étai^it servilement à la solde du gouvernement
obscur. Outre les imprimeries ordinaires , il y a
deux imprimeries lithographiques ; la principale
est celle nommée del Estado , dirigée par
MM. Bade et compagnie. Ce bel art a fait des
progrès à BuénoA-Ayres, grâce au zèle infatiga-
ble , À la constance admirable de M. Bade , de
Genève, ainsi qu'à la protection de plusieurs ci-
toyens distingués , notamment du général don
Thomas Guido , ministre de la guerre et des re-
lations extérieures en 1834. Plusieurs travaux
ini^pcMtans et ibrt intéressans pour le pays , ont
été entrepris par M.Bade, entr'autres une carte
topographiijpie de la province de Buenos- Ayres ,
sur ane tnès-grande échelle , o£Grant le plan de
toiztes les estancias ; une ooUectioa complète des
marques des animaux' ; une carte géographique
1 Chaque propriétaire de bestiaux, appelé esianciero^ est obligé (ravoir
une marque particulière quHl fait appliquer sur la fesse ou la cuisse île ses
amflHMix et ie ly|ie eu rette à la police oenirale, où Ton en tient registre.
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— 484 —
des provinces unies , et une série de lÎTrâisons
de costumes, de coutumes de Buénos-Ayres , de
portraits , etc. y laissant peu de chose à désirer
sous le rapport de l'exactitude et de la netteté
du dessin.
Ayant d'examiner la }K>pulation de la yille ,
achevons la revue rapide des établissemens et des
institutions susceptibles d'ofitir de Tintérêt ou de
piquer la ciu*iosité du voyageur.
J ai dit qu'il ne restait plus à Buénos-Ayres
qu'un seul couvent d'hommes, cela est vrai,
mais il en reste encore trois de femmies, et, loin
de songer à les supprimer pour rendre des bras
à l'industrie , ou des élémens de progrès à la po-
pulation, le gouvernement obscur a ordcmné la
construction d'un nouvel édifice, qui sera appelé,
comme par le passé , la Casa de los santos ejer-
cicios ( Maison des saints exercices). Rien de plus
touchant, de plus édifiant, déplus moral que les
exercices qui, se pratiquent dans cette sainte
maison ! et surtout que le but de l'institution :
figurez- vous , une femme a été infidèle à son
mari , une jeune personne s'est écartée de la tu-
telle de sa mère ou de son père pour suivre son
amant, ou même pour satisÊtire publiquement
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— 185 —
ses goûts dépravés, eh bien ! elles vont se jeter
dans les bras des religieuses de los santos ejerci-
cios, elles pleurent, elles se repentent comme la
Madelaine , elles font des aumônes proportion-
nées & la gravité du péché; puis, après quelques
jours passés dans les prières, et les conseils des
jeunes et vigom^ux confesseurs , qui les exhor-
tent à la continence, ces pécheresses rentrent
dans le monde , chez leur mari ou leurs parens y
tout aussi blanches que neige! N'est-ce pas
édifiant ? IL en est de même des jeunes libertins
et des vieux pécheurs ; seulement V aumône de
ceux-ci est plus forte. Il y a plus d'innocence
dans la vie pleine de jubilation et de douceurs
des religieuses de SanJuan et de SantarCataUna\
les unes et les autres prennent d'excellent cho-
colat^ provenant des saisies de là police > et fout
des quêtes lucratives sous le patronnage des
saints qu elles envoient promener par les rues à
d«s jours fixes.
Les lieux de divertissement public sont en
petit nombre. On visiterait volontiersle Wauxhall,
ou Parque ArgerUino , jardin assez bien tenu dans
lequel on «a construit un petit théâtre et un cir-
que en plein air , mais il est un peu trop éloigné
du centrepourquons'exposeày rester tardlesoir.
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— 186 —
Pourtant on préfère encore cet endroit à tout au-
tre, dans l'été, quand il y a banquet ou quelque
bal de souscription. Ce fiit dans ce même local que
nous donnànies notre repas patriotique , quand
arriva la nouvelle officielle de la ghrieuae révo-
lution de juillet. On y but du vin détestable k
la sœUé de nos nouvelles institutions..
Hélas!
Deux autres jardins se partagent les pronie-
neurs , celui de la Esmereûday où. Ton est bien
servi, et celui du Retiro , moins frëqùenté. Le
Retiro est une grande place à l'extrémité nord de
la ville, au milieu de laqudle on voyait jadis un
vaste cirque où arène destiné aux combats de
taureaux. M. Rivadavia le fit démçdir, après avoir
fidt comprendre au peuple que la barbarie des
Espagnols pouvait seule autoriser encore de pa-
reilles récréations. La mesure éprouva peu d'op-
position ; on se portait avec assez d'empressement
à l'opéra, à la comédie, au cirque-olympique,
aux ccmcerts qui avaient remplacé les taureaux;
mais voilà que le gouvernement obscur de i832
eut rkeureuse idée de rétablir les combats de
taureaux! On choisit iBa/7ticii5 pour ceJieau spec-
tacle : la première fois ily eut foule , à cause de
la nouveauté; mais peu-à-peu les personnes dé-
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-— 187 —
centes s'abstinrent d'y paraître, et le t)euple fit
justice de cette velléité barbarescpie.
A présent , on se rend tous les dimanches , à
l'heure de la retraite, sur la place del Retiro, pour
entendre la musique du ûuartél^ ou de la caserne^
laquelle exécute des airs patriotiques et des sym-
phonies avec un ensemble admirable.
Les cafés, assez spacieux, sont, il&utrayouer,
passablement mal tenus ; Fargenterie n'y brille
pas, et pour cause !.. vous voulez le savoir,
je parie ?.. J avais pourtant bien envie d'en
faire un secret ; mais du moment que j'y suis
forcé , on ne s'en prendra pas à moi de \ affront;
eh bien, la cause, c'est que ceux qui ne crai-
gnent pas de {p:*aisser leur habit avec les bouts de
chandelle qu'ils emportent régulièrement chaque
soir, se chargeraient tout aussi &cilement des
cuillers et des petits plateaux d'argent* .
Que vous dirais- je du théâtre? Les étrangers
n y vont guère que pour voir les Porienas;* mais
I Ce n'est pas une chnrge faite à plaisir; je tiens d'un cafetier qne
je potin*ais nommer, qu'il fait a|>osler chaque soir les garçons , pour
empêclier de \oler les cliandcUcs.
' Vrononcez porté-t/nas .
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— 188 —
cela seul mérite bien qu'on aille bailler un peu
à la représentation du Joueur , de la Mort de
Riégo , du Passage du pont d'Aréole par Ncpo-
léon, ou de l'inévitable sainete; * le tout joué pi-
toyablement par des acteurs espagnols. De tems
à autre , il arrive par bonbeur quelques chan-
teurs ou des danseurs , débarquant en transit
pour le Chili ou Bolivia; ils font la grâce de
donner quelques représentations à Yheroïco pue-
plo de Buenos- Ayres , et c'est autant de gagné
sur tes soporifiques comédies de la troupe séden-
taire. La salle , qui n est heureusement que pro-
visoire, n'est, à vrai dire, qu'une large galerie; on
ne peut rien voir de plus incommode, de plus dis-
gracieux , de plus mal tenu. Le seul avantage
qu'elle ofEre, commun au surplus à tous les thé-
âtres d'Amérique , est d'avoir des stalles numé-
rotés au parterre; ce qui ta\l qu'il n'y a jamais
de ces mouvemens tuii)ulens semblables aux va-
gues de l'Océan^ qui font redouter à un étranger
fashionable de prendre place au parterre de nos
théâtres. Tout se passe là avec la plus grande dé-
cence ; jamais le sifilei d'un maître d'équipage
ou celui d'un dresseur de chiens ne viennent
offenser de leur détonation aigre le tympan déli-
3 Espèce de vaudeville sans couplet.
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— 189 —
cat des dames ; jamais de ces yociférations qui
font rougir tous ceux qui ont la moindre idée de
la dignité d'un public assemblé , consentant, sur
la foi de Turbanité , à mettre en commun ses
sensations, ses joies, ses émotions et son hilarité.
U y a ime coutume singulière au théâtre de Bue-
nos-Ayres^ choquante au premier abord, mais à
laquelle on s'accoutume bientôt jusqu'au point
de la trouver raisonnable. Toutes les femmes,
non accompagnées de cayaliers, ou même celles
qui ne veulent pas louer de loges vont se placer
en amphithéâtre aux secondes galeries, où il est
expressément défendu aux hommes de se pré-
senter ; elles sont ainsi à Tabri de toute insidte ;
et la variété de leurs costumes, la coquetterie de
leur jeu d'éventail, produisent un coup-d'œîl pi-
quant, fortagréable à voir des stalles du parterre.
Les loges, toutes découvertes, excepté celle du
gouverneur, remplissent entièrement les premiè-
res galeries. Les chaises dont elles sont pourvues,
de même que les secondes galeries, sont occupées
le plus souvent par de très-belles fenunes; de ces
beautés sévères, par&ites, régulières, rappelant
l'Andalousie, la Grèce ou l'Italie. En voyant ces
magnifiques bustes vous présenter à l'analyse des
épaules d'ivoire, des cheveux d'ébène , des pau-
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— 190 —
pières garnies d^ Longs cîls, {»x)tëgeaiit un œil
langoureux, dont rabattement semble combattre
la yiyacité , on pourrait redouter, au premier
abord, ime fixôdeur sèchement polie; mais dès
que vous parvenez, par votre amabilité, vos sail-
Ues, à leur fiure abandonnerle ton cérémonieux,
Tair théâtral iju'elles affectent en public, vous les
voyez se livrer à im abandon plein de cordialité,
d'aisance et de fi'anchise. Leur conversation s'a-
nime^ le jeu vif et gracieux de l'éventail accom-
pagne les réticences malignes qu'elles introdui-
sent à dessein; les propos séduisans, les reparties
fines, inattendues, vous déconcertent souvent,
en augmentant le triomphe qu'elles se flattent
bien d'obtenir. L'expression belles est propre-
ment celle qui convient aux Portenas, car elles
patient moins aux sens qu'à l'ame; leurs mou-
vemens sont voluptiieux sans manquer de la
dignité qu'elles s'efforcent de conserver, dès
qu'elless'aperçoivent qu'elles sontobservces. Rien
d'imposant comme l'attitude d'une Portena en
public ! Rien ne prête plus à cet air qui imprime
d'abord le respect et subjugue ensuite malgré
soi , que la manière dont elles ornent leur tête,
dont elles la portent, en accompagnant chacun
de ses mouvemens d'un geste de bras si moelieux,
si naturel, d'un tour de main si leste, si souvent
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— 191 —
repété , mais si imperceptible qu^on a peine à
comprendre le jen rapide de rérentail , s*ouTrant
et se refermant sans cesse! EBes ont tout nn édi-
fice de cheyelnre sur la tête, et il £int bien qu'il
en soit ainsi pom* accompagner des peignes dé-
coupés ou pleins (peinetones) dont la dimension
est arrÎTée, en 1834, jusqu'à im mètre et un dé-
cimètrede largeur! (cincocuartM.) Toutes n*ont
pas une cheyelnre natureUe, comme on doit bien
le penser, mais toutes, depuis la plus paurre jus-
qu'à la plus opulente, ont le même art de natter,
de tresser, de lisser leurs cbereuxnoirs, châtains,
ou blonds et de les entremêler de fleurs natu-
relles ou &usses. De belles épaules, des lignes ar-
rondies, des contours voluptueux , que font res-
sortir de jolies schalls de Lyon ou de magnifiques
voiles de tulle blanc ou noir, sont enchâssés dans
un corsage parisien ! Fénélon eût rougi de la pein-
ture de sa Calypso en voyant une Portena , et le
Tasse, usant de la magie de ses évocations , eût
humilié Armide en ofiBrant à Renaud une de ces
Hechiceras \
La population de Buénos-Ayres est tvès-heté-
rogène : il faut, pour s'en former une idée appro-
1 EndMnieresses; prononcez ctchi-ccras.
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— 192 —
chant de la vérité, mettre à part les étranger-sde
différentes nations européennes, dont la réparti-
tion du nombre , &ite plus haut , n'est pas aussi
arbitraire qu'on pourrait le croire. Alors il res-
tera ce qu'on doit appeler maintenant les indigè-
nes y parce que , par le &it de leur émancipation,
les anciens colons de l'Espagne sont devenus amé-
ricains. Quant aux Indiens vivant encore in-
dépendans ou mélangés à la population des Ar-
gentins, ils doivent être, suivant moi, désignés
sous le nom à^ aborigènes. Ceci posé , pour bien
s'entendre , nous diviserons les indigènes ou Ar-
gentins en deux classes, les blancs, et les hommes
de couleur, Parfiii ces derniers on distingue les
Nègres de pur sang, venus d'Afrique , et alliés
entr'eux dans leur nouvelle patrie ; les mulâtres et
pardosy provenant de l'union d'un Africain avec
un blanc ou un Indien, et les me'lis provenant
du mélange d'un Indien avec un blanc ou vice-
versa. Gomme l'observe Azara, ces noms de rmd-
lâtres et de métis ne font pas allusion à la cou-
leur, comme on pourrait le croire , maïs seule-
ment à la nature des races mélan^fées.
o
Les blancs sont d'origine européenne. Tant
qu'ils se sont alliés entre eux, comme les nègres,
leur sang est resté pur et il semble même que
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— 495 —
leur peau ait acquis plus de blancheur , plus de
délicatesse; que leur teint soit plus fin quen
Europe ; mais il y a eu des alliances entre blancs
et métis, entre métis et mulâtres, d'où il est ré-
sulté des variétés innombrables de teintes diffé-
rentes dans la couleur, quele blanc finit toujours
par dominer quand il n'y a pas de sedto-citras ,
c'est-à-dire de mélange rétrograde. Il serait bien
difficile de suivre dans leurs divisions les combi-
naisons dont chaque mulâtre ou chaque métis
est le résultat. Il suffira de savoir que les uns
s'améliorent par le mélange et que l'espèce euro-
péenne l'emporte à la longue sur l'américaine,
n est de fût que les métis paraissent avoir quel-
que supériorité sur les Espagnols d'Europe, par.
leur taille, l'élégance de leurs formes, et même
par la blancheur de leur peau. U en est de même
des mulâtres, au premier degré , dont l'intelli-
gence est supérieure non seulement aux nègres^
mais même aux creb/e^ blancs.
Les métis vivent plus particulièrement dissé-^
minés dans la campagne ; ils forment en grande
partie cette portion de la population appelée
gauchos; les nègres, mulâtres et pardos, servent
aussi dans la campagne de pâtres, de journaliers
(peones) ou de domestiques, mais ils sont en plus
13
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— 194 —
grand nombre dans la ville; àBuéno&-Ayres sur-
tout, où ils exercent la plupart des luts, des
métiers y des profiessîons pénibles, soit comme
ouvriers ; soit comme maîtres, et où ils sont tous
enrégimentés pour la défense du pays.
D'anciens préjugés» sanctionnés par les prêtres^
qui devraient au contraire s'efforcer de les dé-
truire, font encore des Uancs les seigneurs du
pays. Les espagnols de toutes ces ccmtrées se sont
toujours crus d'mie classe très- supérieure à cdle
des indiens , des nègres et des gens de couleur
en général, quoiqu'il ait toujours régné entre
ces mêmes espagnols, même avant leur émanci-
pation , la plus par&ite égalité , sans distinction
dé nobles ni de plébéiens; on n'a connu parmi
eux ni fie&, ni substitutions, ni majorats; la seule
distinction qui existât, purement pers<mnelle,
n était due qu'à l'exercice des fonctions publique»
au plus ou moins de fortune, ou bien à la réci-
tation de talens ou de vertus \ Mais ce même
principe d'égalité fit que^ dans les villes, aucun
blanc n'en voulut servir un autre , et que le vice-
roi, lui-même, ne pouvait trouver un cocher ou
un laquais espagnol, voilà pourquoi tout le
i Voyez l^ê^mfX^HULpkU.^s, vui> Àsara^ tome 2.
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— 198 —
nKOnde se serrit de nègres, de gens de couleur
ou d'Indiens et qu'à présent encore, quoique
la pairie ait proclamé Tabolitiou de Tesclavage et
reconnu l'égalité parfaite , devant la loi , des
hommes de couleur de quelque origine qu'ils
soient, on voit les maisons de blancs y riches ou
pauvres, encombrées de criados ou domestiques,
qui évitent aux femmes jusqu'à l'embarras d'éle-
ver leurs en&ns! Aussi les blancs, hommes et
femmes , habitués à ne rien faire et ne songeant
qu'à leurs plaisirs, s'épargnent souvent jusqu'à
la &tigue de la méditation ! De même que leur
féconde terre donne des finits sans culture , à
l'aide de la fiiveur du ciel, de même ces heureux
habitans , semblables aux Italiens , si bien peints
par Madame de Staël , se flattent de tout savoir,
de tout devenir par l'imagination. Delà cette
apathie qu'on remarque chez eux , cette espèce
d'aversion pour toute lecture sérieuse et ces obs-
tacles insurmontables à la constitution du pays ,
conséquence inévitable du peu de progrès des.
sciences politiques.
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CHAPITRE IX«
BUiVOS-A'
VolÎM* —
La police était assez bien faite à l'époque ou
j'arrivai à Buénos-Ayres ; seulement le gouver-
nement obscur avait ordonné quelques mesures
plus vexatoires pour les étrangers, qu'utiles aux
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— 498 —
habitans et à la sûreté de la ville. Par exemple,
vous vous figurez qu en débarquant à TAlameda
vous pouvez aller directement chez vous, chez
vos amis ou à la fonda et dormir sur les deux
oreilles? Pas du tout! Apprenez que la liberté
n exclut pas les j^cautions, bonnes ou mauvai-
ses. Il faut aller i<> à la Comandancia de Marina
faire viser votre passeport; 3<^ à la casa central de
PoUciay échanger ce même passeport pour une
pcpeleta; 3<>chezle consul de votre nation, pour
qu'il vous enregistre et vous vende une autre
papeleta ou sauf-conduit; 4*» chez V alcade ou
maire du quartier que vous aurez choisi, pour
donner votre adresse on celle de vos hôtes;
5^^ chez le commissaire de la section , pour le
saluer uniquement. Ouf!... dé&ites votre habit,
mettez-vous à votre aise, cso" vous devez être
bien &tigué ! En admettant que vous ayez trouvé
chez eux tous ces fonctionnaires, vous aurez fiut
au moins deux Ueues. Et si l'heure de la siesta
vous surprend en route, adios! vous courez
grand risque de payer, vous et votre hôte, cin-
quante piastres d'amende... Oui, sans le vouloir
vous exposez votre hôte à aller couclys^ en prison
s'il n'a pas cinquante piastres à jKmrnir à la po-
lice! Voilà un des chefs-d'œuvre du gouverne-
ment obscur.
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— 199 —
. L administration de la police forme un dépar-
tement relevant du ministère de l'intërieiu*^ mais
cependant exerçant une juridiction assez indé-
pendante* C'est im poste très-important pour le
pays, n y a un chef ou juge de police, principal,
résidant à la maison centrale^ située comme nous
lavons TU à côté du Cabildo. Sa surveillance
s'étend sur les autres commissaires subalternes
de la ville et de la campagne. Les vingt-neuf
quartiers de la ville de Buénoa-Ajrres forment
quatre sections, sturveiUées chacune, par un
commissaire sédentaire; il y a en outre, cinq
autres commissaires pour l'inspection des mar-
chés, et des espèces d'appariteurs ayant pour
auxiliaires des céladores sorte d'alguazils, de
gendarmes , ou de garde-municipaux à cheval ,
sans uniforme et portant simplement un sabre de
cavalerie. Ces cûadores sont aussi aux ordres des
juges-de-paix, des alcades de hcarrio ou de quar-
tier. Chaque soiv un certain nombre de citoyens
indigènes ou étrangers était forcé de &ire la pa-
trouille dans son quartier^ ceux qui, comme
moi n'étaient pas empressés d'aller se &ire appe-
ler gringo ou carcaman^ payaient quatre piastres
papier p^* mois à Falcadc, qui se chargeait, hien
volontiers, de fournir le remplaçant. Notre hono-
rable consul , M. Mandeville^ n a pas su nous
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— 200 —
afTranchir de cette imposition injuste. Depuis ,
l'immoralité bien avérée , des céladores , a Êdt
adopter Fusage anglais des ivatch^nen ou stfré-
nos, hommes chargés de parcourir continuelle-
ment le quartier où ils sont apostés, munis d'une
lanterne et d'ime lance, en indiquant à haute
voix l'heure et l'état de l'atmosphère. De plus on
a organisé un noureau corps de céladores avec
un uniforme. Il est juste de dire que le gouver-
nement obscur n'a aucune part dans ces amélio-
rations de police intérieure et qu'on a profité
d'un intermède pour les adopter.
Le gouvernement de Buénos-Ayres, de même
que celui de la soi-disant Union y est Représen-
tât^ Républicain. Ainsi que cehiî de la Banda-
Oriental il est composé des trois pouvoirs combi-
nés ; le législatif, l'exécutif et le judiciaire; mais
de ces trois corps ^ l'exécutif seul doit être consi-
déré en ce moment comme un poupoir. Il n y a
pas ici de sénateurs comme à Montevideo; l'ap-
parence et la forme sont plus démocftitiques; mais
par le feit de l'influence du parti jésuitique, au-
quel j'ai déjà fait allusion , ce gouvernement est
réellement oligarchique avec tendance à la Dic-
tature, Pour bien comprendre sa situation, il
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— 801 —
faut reprendre d un peu haut les ëTénemens qui
ont amené ce résultat.
On sait déjà que les provinces du Rio de la
Plata relevèrent d'abord du Paraguay *. Dès l'an-
nëe 4620 on en forma deux gouvememens sé-
parés, et Buénos-Ayres qui jusques là avait été
gouvernée par les lieutenans des Atiehmtiuios, eut
ses gouverneurs particuliers. En 1776 on y établit
unvice-roi, en y rétablissant en même tems Tau-
dience royale, composée d'un régent, de cinq au-
diteurs et de deux commissaires du gouverne-
ment. Cette audience avait été fondée eu 1665 et
supprimée en 1672. Il y avait en outre un commis-
saire de IsiSainteJfUfuisition. Le Haut-Pérou (à pre-
ssait Bolivia) fit partie de cette vice-rôyauté et le
Paraguay, à son tour, en dépendit directement jus-
qu'en 1810 que l'indépendance fut proclamée et
que le Paraguay refusa d'entrer dans la ligue des
provinces, pour fonuer im état séparé. L'ancienne
vice-royauté de Buénos-Ayres prit dès-lors le nom
de Proi^inces imiesduRio de la Plataou de \ Amé-
rique méridionale . Des dissensions intérieures bou-
leversèrent souvent la nouvelle république ; dès
l'origine elle fut divisép en deux partis dont l'a-
I Et non pas du Pérou, comme plusieurs Tont avancé.
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nhnosité et rachâinement n'oDt fait que s'ac-
croître jusqu'à pi'ësent ; c'est la lutte des lumiè-
res contre l'ignorance et rambition démagogique
des chefs de Gauchos. Les hommes qui avaient
versé leur sang à grands flots pour l'indépen-
dance du pays ; ceux dont les lumières et les
études spéciales avaient contribué à la première
organiiation politique, pensèrent, avec raison,
avoir des droits au gouvernement de la patrie
dont ils voulaient fidre une grande nation. Pour
y parvenir il était nécessaire de reumr toutes les
provinces sous un gouvernement central appelé
congrès; telle est la forme des Etats-Unis de
Nord-'Amérique. Les efiEoits du vertueux Rivada*
via ont constamment tendu à ce but, qu'il a
atteint un instant, mais que la guerre du Brésil
est venu renverser ; les partisans de ce système
forent appdés unitaires. Ceux, au contraire, qui
n'ont rien £dt pour leur patrie , ceux que leur
ignorance rendait incapables de comprendre les
vues généreuses des hommes éclairés ; ceux \k
restèrent sous Tinfluence des moines, des jésuites
et de tout ce qui avait intérêt à entretenir l'a-
narchie. On leur fît comprendre que la ptUrie
allait être asservie; que les étrangers allaient leur
ravir le fruit de leurs sueurs et de leur sang ;
qu'enfin on voulait favoriser les émigrations
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— 205 —
étran^hres^fcnr exterminer ks GoiÊchos. Dèslors,
enTÎsagé sons ce point de me, le système uni-
taire fut en kcRreur anx Ganehgs, les coryphées
de ce parti ignorant, leur persuadèrent facile*
ment qu il était préférable que chaque province
se gonpremât d'une manière indépendante et
qo'ii ne devait y avoir d'aggrégatiop que pour
les intérêts communs et les raf^ports avec f étran-
ger, à peu près comme la Smsse; œs partisans
furent appelés/Ê^I^iia:. Les chefs principaux de
la fédération furent Artigas, Ramiréz, Lopez,
Quiroga,lefiiroucheQuiroga, originaire du Chili,
mort assassiné tout récemment , et enfin le gé-
néral Rosas * , le gaucho par excellence et le
grand champion de la fédération!...
Le règne de l'umon, époque de prospérité de
la répnUiqae Argentine, commença en 4821 et
finit en 1837, à la démission de Rivadavia. Cet
hsiÀ[e législateur fit faire des pas de géant à sa
patrie, pendant sa courte administration, soit
comme ministre, soit comme président du con-
grès, qu'il était parvenu à installer, en le compo-
sant des citoyens les plus capaUes. Voici , suc-
cinctement > quelle était la base des instructions
1 Prononcez Eossas.
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— 204 —
données par lui au président du sénat ecclésias-
tique, chargé de la mission honorable d^ engager
les difïerens peuples de l'union à se faire repré-
senter au congrès :
(( Le but que le gouvernement de Buénos-
Ayres se propose d'atteindre au moyen de la mis-
sion confiée au zèle du premier dignitaire ecclé-
siastique, est de réunir toutes les proyinces du
territoire qui, ayant l'émancipation/ composaient
la yice -royauté de Buenos- Ayres ou du Rio de la
Plata , en un corps de nation administrée sous
le système représentatif, par un seul gouyeme-
ment et par un même corps législatif.
(c Le second objet que se propose aussi le gou-
yemement et qu'il considère comme le premier
moyen pour atteindre le but principal, est de
yoir chacune des proyinces entrer dans un état
d'ordre et de paix, soutenu par les peuples et par
ceux qui les gouyement : par ceux-ci , en s'eflFor-
çant d'établir la sûreté publique et individuelle,
et en s appliquant à connaître exactement les res-
sources de leur trésor respectif, à les administrer
et à les employer avec habileté; par les peuples,
en s' occupant activement des travaux et des
genres d'industrie les plus productifs, en augmen-
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— 805 —
tant leurs connaissances par Tétude et les rap*
ports sociaux^ et en donnant tous leurs soins à
Féducation de leiu^s enfans.
c( Le député pensera sans doute qu'aucun des
moyens qui conduisent à cette double fin ne peut
être blâmable, parce qu'il est impossiUe qu'il
cesse d'être moral et honorable , et conséquem-
ment permis, etc. »
La mission du docteur Zavaleta fut couronnée
de succès. De son côté Rivadavia se bâta de fon-
der toutes les institutions qui pouvaient &yoriser
ses vastes projets de prospérité nationale. Il ac-
corda une liberté sans limites à la presse :
ce Les services que la publicité rend à un gou-
vernement , a-t-îl dit lui-même , lors de l'instal-
lation de son successeur, en avril 1834, vont jus-
qu'à lui assurer le droit et les moyens d'obtenir
de tous les employés publics le meilleur exercice
de leurs fonctions , en même tems qu'ils lui as-
surent y de la part de ceux-ci et de tout autre ci-
toyen, le concours nécessaire à l'autorité qui est
appelée à consacrer l'indépendance d'un pays, à
consolider son organisation et à le pousser en
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— 806 — .
ayant dans la carrière de la prospërîté et de I»
ciTÎUsation. »
Il chercha aussi à consacrer ce principe d'é-
conomie pditiqu/e et domestique :
« Que payer ses dettes cu^ec exactitude j cest
{iCifuénr de grands moyens de richesses, n
Et, pour y parvenir, il fonda la banque natio-
nale^ en vertu d'une loi du congrès général , du
28 janvier 1826. Cette institution, qui devait
amener les plus heureux résultats, n'a, en réa-
lité, fait que hâter la ruine des capitalistes, et
par suite, causé des maux difficiles à réparer. Lc'
parti de l'ignorance, qui voyait d'un œil envieux
les succès du système unitaire ^ sous la direction
d^un chef si habile , persuada aux trop crédules
habitans des provinces que l'établissement d'une
banque n'avait d^ autre but que de substituer du
papier-monnaie à l'argent , afin de fiivoriser les
étrangers qui allaient s^emparer ainsi de la for-
tune du pays. Les provinces de Mendoza, de San-
Juan, d'Entre-Rioset de Montevideo , qui avaient
déjà établi des caisses subalternes, s'empressèrent
de retirer leurs fonds , et bientôt le papier-mon-
naie , qui s'échangeait au pair avec l'or et l'argent.
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— 207 — .
n'offrant plus de confiance , tomba de suite et
perdit cinquante pour oent^puis cent, puis deux
cent, puis quatre cent , puis sept cent pour cent !
A présent une piastre forte ou un patagon , égal
à une piastre papier dans l'origine , en vaut sept
et demie ; une once ou quadruple, égalant dix-
sept piastres fortes ou de papier, en 1825 , yaut
en. 4855 , cent-vingt piastres papier * !
Lorsque Rivadavia vit que les basses machi-
nations du parti Fédéral tendaient à déprécier la
banque et à lui faire perdre le crédit que les ca-
pitalistes s'étaient empressés de lui accorder, il
comprit bien qu'il lui serait désormais impossible
d'oi^aniser le pays; il donna sa démission, se
retira en Europe et le parti fédéral triompha. On
nomma à sa place , comme simple gouverneur de
Buénos-Ayres, le général Dorrego^ Tun des cory-
phées du parti fédéral* Les choses restèrent
ainsi jusqua la paix avec le Brésil en i828. Alors
Tarmée nationale t revenant dans les foyers, et
avec elle les partisans les plus dévoués à la cause
de ï Union ^ les chefs militaires essayèrent de
« Le capital primitif de la banque montait à dix millions de piash-es
fortes ; aujourd'hui il n'est guère de plus de 6 miUions. La banque a
en eirculation 19,283,940 piastres en billets, et 410,351 piastres cuivre,
aojeai^'hal moanaie courante. Le gooTernement lai doit plus de 20
millions de piastres, capital et intérêts.
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— 808 —
chasser les fédéraux du poste qu'ils avaient
usurpé. C'est ainsi que s'engagea cette lutte san-
glante qui conunençale i^^ décenoibre 1828 et
finit en 1832 par la dispersion et l'assassinat po-
litique des plus vaiUans officiers de l'armée* La
révolution du l®** décembre se fit à Buénos-Ajres;
le gouverneur Dorrego fut pris et fiisillé par le
colonel Lavalié, chef militaire, à la tête du mou-
vement insurrectionnel * . Les milices de la cam-
pagne aux ordres de Rosas , qui jouait le rôle de
pi-oconsul, furent battues constamment par La-
vallé, de telle sorte, que les fédéraux se virent
obligés de Êdre une conTention avec celui-ci;
convention très honorable pour Lavallé comme
pom* le parti unitaire, mais à laquelle les fédé-
raux ou plutôt Rosas manquèrent d'une manière
scandaleuse. Lavallé, ses gens, et tout ce qu'il y
avait de plus recommandable dans le parti uni-
taire, se trouvèrent heureux de pouvoir se sau-
ver à la Banda-Oriental et de se soustraire à la
vengeance d'une populace trop&cile à exciter au
crime. Le 8 décembre 1829, Rosas, général par la
grâce de Dieu et des Gauchos, futélu gouverneur et
capitaine-général de la province de Buénos-Ayres.
1 On a regardé assez généralement cet assassinat politique oomme
inutile j on pouvait envoyer Dorrego en Europe ou aux Etats-Unis avec
une mission diplomatique, et il se fut contenté de son sort
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— 209 —
Tandis que ces choses se passaient à Buenos-
Âjres, que le parti unitaire succombait sous les
coups d'une perfide intrigue, le général Paz,
aidé de tout ce qu'il y avait de plus valeureux
dans les provinces, réorganisait l'armée nationale
et concentrait ses forces à Cordova dans le but
de venir attaquer Buénos-Âyres. Dé^à le farouche
Quiroga avait été battu et forcé de se réfugier
auprès de Rosas; déjà dix provinces ayant fourni
leur contingent, l'armée nationale brûlait du dé-
sir de marcher sur les fédéraux; mais ceux-ci
prirent l'initiative. Lopez, ce métis qui avait fait
ses premières armes contre Artigas et Ramirez ,
et se trouvait gouverneur de Santa-Fé, prit fait
et cause pour la fédération; il décida bientôt les
gouverneurs de Corrientes et d'Entre-Rios à
l'imiter, de sorte que tous trois se joignirent k
Rosas, qui comptait aussi dans ses files le partisan
Quiroga, dont la vengeance promettait de tom-
ber comme la foudre sur le parti qui l'avait
vaincu.
Leur armée fut promptement sur pied; for-
mée de Gauchos et dlndiens, toujours prêts à
marcher, pourvu qu'ils aient des chevaux, elle
n'eut pas besoin de concentrer ses forces; à me-
sure que les recrues se faisaient, on les envoyait
14
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— 210 —
sur Cordoya. Quiroga prit les derants aftc un
régiment de cayalerie de ligne, reste fidèle au
gouvernement de Buenos* Ayres. Arrivé sur les
bords du rio Cuarto et du rio TetcerOj il se joi-
gnit aux troupes de Santa^Fé, ce qui lui permit
de commencer l'escarmouche.
Tandis que les forces de Buénos-Ayres avan-
çaient au nombre de 5,000 hommes, presque
tous miliciens de la ville et de la campagne, àun
ordres du général don Ramon Balcarcé, il surve*
naît de bien étranges choses à Tarmée nationale!
Par une fatalité inouïe, le chef suprême des
forces unitaires, le général Paz, s' étant éloigné
du quartier-général, sans autre escorte que deux
officiers subalternes dans le but d'inspecter, inco'
gnito, les postes avancés, se trouva t(mt4i^<»up
en présence d'une troupe de Gauchos et d'Indiens
du parti de Quiroga. Les prenant d'abord pour
des miliciens de son armée , il avança rapidement
vers eux; mais il en fut reconnu le premier, au
moment où il était déjà fort difficile d'échapper.
Le général Paz avait un excellent cheval, il tenta
la seule chance qui lui restât , en le lançant bride
abattue; nul doute qu'il n'eut pas été atteint
dans sa fiigue par un Gaucho, mais il y avait à^
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Indiens parmi ceu-x-ci; or, un Indien munie un
cheval avec tant d'habileté qu'il parait doubler
les &ctiltës de cet animal intelligent. Donc^ un
Indien se lance à la poursuite du général, armé
de ses boules et de son laxo , et avant qu'il eût
&h tut quart de lieue ^ l'infortuné général était
boulé ' .
Pas: s*attendait bien à être fusillé ; mais Lopez
eut la générosité d'en répondre et il fut envoyé
prisonnier à Sauta-Fé ^ où il se trouve encore dé-
tenu sur parole,
Quand cette triste nouvelle arriva au quartier-
général, elle jeta la consternation et l'épouvante.
L'armée le sut bien vite, malgré le soin qu on
iHtt à le lui cacher; il en résulta une démoralisa-
tion complète. Les chefi se disputèrent entre eux
le droit du coimmandement suprême ; la subordi-
d Oatre te laeo^ lace oii lacet, dont je donnerai la description plug
loin , les Gauchos et les Indiens sont toujours armés de&o^^r^. Ce sont
àeùt on Croîs boutes réunies k un axe commun pa# aulftnt de conftoies
de cuir : ih en tiennent une dans la main tandis que les autres tournent
rapidement an-dessus de leur tête, en galopant , jusqu*A ce qnUls ju-
gent le moment propice pour atteindre Tobjet qu'ils veulent boulei'
{bolêur.) Ainsi lancées , les boules entortillent par leiu* rotation les
jambes de Phomme ou de ranimai atteint et le mettent ainsi à la merci
derennemi. Cette arme, inventée par les Indiens, leur sert encore
dans une mêlée k briser le crâne de leui's adversaires.
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_ 212 —
nation se relâcha de telle sorte que les milices dé*
couragëes désertèrent, les unes rejoignant Qui-
roga ou Lopez, les autres retournant dans leurs
foyers.
Les vieux soldats prirent le parti de suivre le
colonel Lamadrid , l'un des plus anciens et des
plus braves ofiGciers de Farmée nationale. Ce
nouveau chef voyant la mésintelligence régner
parmi ses confrères,. jugea qu'il ne pourrait ré-
sister, sans perdre beaucoup de monde, aux atta-
ques combinées de Bâlcarcé , de Lopez et de Qui-
roga ; il se reploya sur le Tucuman , à trois cents
lieues au nord ouest de Buénos-Ayrcs. Là , ras-
semblant le reste de ses forces délabrées , dans un
lieu fortifié naturellement et appelé pour cela
Ciudadéla (citadelle) , il attendit les fédéraux.
Ceux*ci n'ayant plus d'ennemis à vaincre, par le
fait de la retraite des]unitaires, prirent possession
ou plutôt firent leur entrée triomphale dans Gor-
dôva , l'une des villes les plus anciennes et les
plus importantes de ces provinces. C'est ainsi que
les troupes de Buenos- Ayi^es ont vaincu sans coup
férir.
Cependant Quiroga n'était pas satisfait^ il vou-
lait anéantir jusqu'au dernier des unitaires , di-
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— 215 —
sait-il ; son parti s'étant renforcé de la défection de
rarmée nationale, grossissait de plus en plus ; car
tel est l'espritdu peuple dans ces contrées, (comme
dans bien d'autres), qu'il s'attache au vainqueur,
quel qu'il soit. Ainsi Quiroga continua sa marche
sur le Tucuman en réorganisant, chemin £ûsant,
la fédération. Il y arriva vers la fin de 4834 ; l'ac-
tion s'engagea de suite.
L'armée nationale, réduite à 3,000 hommes,
était composée en grande partie d'in&nterie de
ligne, aux ordres de di£Férens che& ; d'uji corps
de cavalerie, aux ordres d'un nommé Lopez; et
d'artillerie, commandée par Anatole de Ch y;
tous obéissant^ ou paraissant obéir , au colonel
Lamadrîd.
Le premier choc fut terrible : l'artillerie, secon-
dant l'inÊmterie , fit un ravage efifrayant dans les
rangs de Qiiiroga , qui se vit lui - même sur le
point d'être atteint d'un boulet dirigé par de
Ch y. Trois fois Quiroga s'empara des positions
de l'armée unitaire et autant de fois il fiit re-
poussé par l'artillerie pointant à merveille. Les
fédéraux commençaient à se démoraliser; c'é-
tait le moment d'employer la cavalerie de ré-
serve et de charger des troupes lasses d'un corn-
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~ 914 *-
bat opiiiiàtre ; eh bien ! le croira-t>on ? le coasunan^
dant de la cayalerie, ce Lopess, qui pouvait
assurer la yictoire aux unitaires, fit touruer
bride et gagna le territoire de BoUyia, aban-
donnant à la merci d'un yainqûeur irrité, ia-
rouche, implacable^ la fleur des guerriers argea-
tins!....
Les principaux che&, voyant cette défection ,
dans un monient oii leur salut dépendait d'une
seule charge de cavalerie, ne songèrent plus qu'à
assurer leur vie ; chacun prit la fiiite du côté de
BoUvia. Quant au chef de Tartillerie, Anatole de
Ch y, il pointa /w-m^ne jusqu'au dernier mo-
ment et quand il vit tout perdu, il fit enclouer
ses pièces, et combattit encore le sabre à la main:
Enfin il Êdlut céder au nombre; Anatole fut pris,
couvert de blessures , et avec lui un grand nom-
bre de braves ofiKciers , tous subaltemesj car les
supérieurs avaient pris la fuite !
Trois jours après, toute la population du Tu-
cuman était sur pied; les femmes pleuraient; les
•hommes gardaient un morne silence en écoutant
une harangue pleine de noblesse et d'énergie....
C'était l'infortuné Anatole, leur adressant ses
adieux et les exhortant à rester fidèles à la cause
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~ SIS --
de riuiion ! Il mourait assassiné par Quiroga , et
avec lui trente-deux auti^es braves t
On me pardonnera j'espère de m' être autant
écarté du centre de mes observations, en fiiveur
de Fépisode peu connu, même à Buénos-Àyres,
qui se rattache à la dernière guerre de la Fédé*
ration contre l'Union.
Tandis que le général Balcarcé^ ctfpaica de
Rosas marchait sur Cordova , Rosas ne perdait
pas s(m tems k Buenos- Ayres ; il &isait nommer
des députés de son choix , en interdisant le vote
aux unitaires qu'il expulsait. Une fois les législa-
teurs gagnés soit par crainte , par opinion ou par
intérêt privé , il se fit accorder des facultés extra-
ordinaires pour gouverner le pays dans les cir-
I (.^Dkutre famille ^ ce jeune homme attend encore vainement une
pièce authentique de sa moit ; malgré toutes mes démarches et celles
de personnes influentes dans le pays, on n'a pu rien ohtenir ; Quiroga
A tout refusé y jusqu'à des lettres écrites au moment de la mort.
Anatole de Ch....]r, dont les goûts belliqueux s'étaient déclarés de
honne heure, appartenait à Tune des plus nohles famiUes de Norman-
die ; il avait déjà fait ses preuves à Mendoza, lorsque Quiroga s'empara
de eetle ville en 1839. Fait prisonnier sur ses pièces de même qu'à la
cûêdadêlaj on a déjà vn comment il échappa. A son retour du Chili,
quand la tranquillité paraissait rétablie, ses affaires l'ayant amené à
San-Luis, sur la ftrontiére de Cordova , il y fut joint par le colonel
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— 216 —
constances difficiles où il se trouvait par les intri-
gues, n c^tint dès lors tout ce qu'il voulut. Il
commença par dé&ire ce que RivadaTia avait
fait; il expulsa tous ceux qui lui parurent sus-
pects, soit étrangers , soit nationaux; il envoya
dans rintérieur ceux qu'il voulut £dre fusiller;
il supprima la liberté de la presse ; il fit nommer
Tévéque Medrano , malgré l'opposition du sénat
ecclésiastique ; il s'entoura de tous ceux dont les
idées étaient le plus rances et le plus rétrogrades ;
il eut pour émissaires , pour &ctotums , des assas-
sins, des hommes entachés de mille crimes * ;
tous les moyens lui parurent bons pour se pro-
curer de l'argent destiné , non pas à faire pros-
pérer le pays, mais à assouvir l'avarice de ses
Vidèla-Castillo, ex-goavenieur de Mendoza, très -lié avec Analole
dont il eonnaissait la générosité et la bravoure. Ce colonel fit si bien
qn*il engagea de Gh....y à accepter le commandement de Tartillerie,
et certes , il ne pouvait le remettre en meilleures mains; mais, hétas!
le pauvre Anatole a été sacrifié, tandis que son enrdleur et tant d'autres
ont en l'art d'échapper... Le peuple du Tucuman et Tarmée tout
entière donnèrent des larmes à la mort d'un brave Français, dont la
gaité inaltérable et rbnperturbable sang-froid, ranimèrent plus d'une
fois des soldats découragés par le dénuement le plus complet et le
harcêllemêtii d'un ennemi implacable.
' Tels que Otinyolito, Arbolito, Manco - Castro, Cojo - AgwUêrOy
tous plus ou moins criminels, et avec eux la nmlâtresse TorriUa et la
négresse Antonio chargées de lui faire de la popularité dans la
ville.
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— 217 —
fidèles allies Lopez et Quiroga dont l'assistance
n'avait d'autre but que d'appauvrir l'orgueilleuse
Buchios-Ajres ; il &llut rendre beaucoup de pro-
priétés de l'état, jusqu'alors afTerméespar contrat
emphytéotique; on fit plus, on rendit les canons
et les mortiers de bronze dont Farsenal était
garni.... et arec tant de sages mesures, la dette
de l'état s'est accrue considérablement, les capi-
talistes ont disparu ou ont été ruinés; enfin les
rênes du gouyemement ont été tellement entor-
tillées que personne n'ose en accepter la respon-
sabilité; d'autant moins, que, sous prétexte
d'une guerre aux Indiens Pampas, on a feit
transporter dans les forteresses de la campagne ,
tout 1 armement de la TiUe.
Cest -ainsi que le général Rosas s'est rendu
l'homme nécessaire, le seul capable de gouverner
le pays puisqu'il a la force en main. Ai-je eu
tort d'appeler son gouvernement obscur ?
Il &ut convenir d^ua fait , c'est que , physi-
quement parlant, Rosas na pas &it autant de
mal qu'il aurait pu en Êdre, armé de ses terribles
Ëictdtés extraordinaires; mais ce fut moins l'effet
d'un bon naturel que d'une politique astucieuse.
Son ambition a percé dès long-tems sous les
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-^ S18 -<
dehors d'un tmx déûntëressement. Ses Ibnciioufi
ay^uit cessé de droit en décembre 1832 , ses par*
tisans , toujours en force dans la salle des repré-
«entans songèrent à le réélire; mais cette fois,
9ansfocuUé9 ejçtraordinaireSf puisque le motif
€{ui les ayait fait accorder en 1830 n'existait
déjà plus; quelques représentans montrèrent
en cette occasion plus d énergie qu'cm ne pour*
Tait s'y attendre* Rosas déguisa mal son dépit :
il se flattait que l'usage modéré qu'il ayait £ut
de ses fçcultés , engagerait ses partisans à les
lui conserver; mais quelques-uns de ses &-
quaces lui tenaient rancune de son peu de li-
béralité envers eux ; ils commencèrent à croire
que la fédération n'était pas la foi de Jéws-Christ
( la Je de Cnsto ) , comme le parti jésuitique
avait voulu le persuader au peuple et du joooment
que le prestige s'évanouissait , qu'on refiiSait de
reconnaître à ce chef une mission divine , on re-
doutait avec raison l'abus qu'il pourrait &ire de
son pouvoir illimité. Rosas refiisa par trois fois
les nouvelles fonctions qu'on lui ofïrait ; il allé-
guait pour principales raisons qu'un pasteur
comme lui , privé des connaissances nécessaires
pour bien diriger les afi^res de l'état, devait re-
tom^ner aux champs d'où il était sorti; que Dieu
était témoin de son peu d'ambition et que d'aU-
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-^ 249 —
leur^ su santé lui f^$ait une loi du Fftpo^ qu'il
aidait bien acquis par le9 ^arvicçfi reudw à la pa-*
trie, n fallut bien se conformer à son irrÂfQÇQbh
résolution et nonuner un autre citoyen. Toute-
fois il proposa pour son successeur , ce géoëral
Don Kamon Balcarcé dont j'ai déjà parlé , oréa-
ture qu'on lui croyait dévouée et que pour ce
motif on appelait plaisanonent le capqtaz * de
AosaSt Balcareé a trabi sa cause en se mettant à la
tête du parti fichùmatique formé nouyellement
entre les fédéraux eux-^mêmes ; car pour les uni-
taires , ils attendent patiemment que les fédéraux
soient aux abois pour réorganiser leur pauvre
patrie.
I^in de se retirer dans ses estancios^ à Timi-
tation du classique Gincinnatus^ Rosas prétexta,
pour garder les armes en main, une guerre contre
les Indiens, laquelle n'eut d'autre résultat que
de prouver à ceux-'ci la fiùblesse des Argentins.
Il alla camper sur les bords du Rio Colorado, en
Patagonie; il y passa l'hiver de 1835 à faire des
proclamations à ses soldats , à guerroyer avec les
Indiens qui se riaient de lui , et dès qu'il apprit
I Capotas^ est un conb-e-niaiti'e ; ii|i Qiaitre*valet. Dans tous les
établisseniens de campagne et de >ille , il y a des capataees pour diri-
ger les ouvriers.
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— . 220 —
la trahison de Balcarcé, il s'empressa de venir le
châtier, mais celui-ci ayait pris la fiiite avec ses
complices.
On offiît de nouveau le gouvernement à Rosas
et de nouveau il refusa. On lui vota dans la
chambre des représentans une superbe épée
d'or, enrichie de diamans^ à l'occasion de sesbril-
lans succès en Patagonie!... On fit plus, on lui
offiît une île d'une étendue assez considérable
vers l'embouchure du Rio Colorado, avec des
habitans, des bestiaux, etc., le tout pour lui et
les siens. Mais Rosas, dont la fortune est déjà
immense, rejetant avec un désintéressement
remarquable, des présens qu'il croyait être bien
au-dessus de son mérite, demanda tout simple-
ment à la chambre des représentans de Buenos-
Ayres, pour lui et les che& qui l'accompagnaient,
un petit terrein de soixante lieues carrées , dans
la partie de la province qu'il choisirait! Que
vous semble du désintéressement? trois mille six
cents lieues de superficie, au lieu d'une lie dans
ua fleuve ! Bolivar, Sucre , San-Martin ou Santa-
Ânna auraient eu plus de pudeur, certainement '.
I Le pouvoir exécutif a proposé à la salle des représentans de Toter
cinquante lievea carrées , sur la marge Orientale du ruisseau el Sauce
Grande : voyez la Gaaette Mercantile du 9 août 1834.
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_ 221 —
Enfin Rosas est encore le maître du pays, et il
le sera long-tems, à moins qu'il ne lui arriye ce
qui ne pouvait échapper à Quiroga.
En résmné, Rivadavia, auquel on ne peut
adresser d'autre reproche que celui d'avoir voulu
rendre sa patrie virQe avant l'âge de puberté,
Rivadavia aurait fait de Buénos-Âyres une nou-
velle Athènes.
Rosas, avec des moeurs austères et peu d'édu-
cation, en eût volontiers Êdt une Lacédémone,
mais la coterie qui l'entourait et le protège encore
ne fera de Buénos-Ayres qu'une cité espagnole.
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CHAPITRE X.
itat i6«Ul.— KoMn.^
Je dirai peu de chose ici des habitans de la
eâmpagne ou Gauchos, qu'on peut dasser à beau-
coup d'égards, arec les bédouins d'Algef, les
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— 224 —
sertanejos et les manuducos du Brésil , ou même
les zambos de la Colombie. La description de
leurs m^œurs nous conduirait trop loin en ce
moment, et j'ai encore bien des diseryations à
fiure dans Buénos-Âyres ayant d'entreprendre
l'excursion de l'Uruguay; je renyoie donc le lec-
teur à la suite de mon yoyage dans la Banda-
Oriental et le Rio-Grande, où, en parlant des
Gauchos de ces contrées, je les comparerai ayec
ceux de Buénos-Âyres ; il y sera aussi question
de la nuftiière de yiyre en campagne , de yoyager
par terre ou par eau , des productions de la na-
ture et de l'art , des cmîosités , etc.
On a déjà yu , au chapitre huitième , de quels
élémens se compose la population de ce pays;
j'ajouterai que , dans les yilles , malgré l'affluence
des Anglais, des Italiens, des Allemands et des
Français, on y suit encore^ plus ou moins, les
usages espagnols , plutôt par la force de l'habi-
tude que par sympathie. Ceux qui habitent la
campagne yiyent disséminés dans les pâturages
ou fermes pastorales appelées estiutcias , ou dans
des bourgades peu peuplées.
La propagation étonnante des cheyaux et des
bœufs européens^ soit domestiques, soit deyenus
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saUTages dans ces immenses plaines * et Ttisage
presque exclusif de la yiande pour nourriture ,
ont dû nécessairement exercer une influence di-
recte et permanente sur le caractère, les habi-
tudes'et les inclinations de ces peuples, en leur
întprimant un cachet d'originalité qu'ils conser-
veront sans doute encore long-tems, à moins
qu'on ne se décide à adopter les platis de Riva-
davia pour les colonisations intérieures, et les
progrès de la nayigation des riyières. Cette grande
&cilité de subsister yorej^ue sans trwaUy de se
yétîr avec le produit àe la dépouille d'un bœuf,
cette TÎe errante et vagabonde, faisant nattre en
eux l'esprit d'insubordination, soiit à leurs yeux
autant de conditions sine qud non d'indépen-
dance. . •• mais d une indépendance plutôt sauifage
que d'une indépendance raisonnablementcalculée
pour arriver au bien-être que procure la civili-
sation....
Cette habitude de liberté physique ferait pré-
cisément , qu'aucun gouvernement monarchique
ne pourrait se maintenir chez ces peuples et
I Les chevaux ae multiplièrent si rapideiiieiit dans les Pampo9 que
dès i*anDée i668, c'est-à-dire 33 ans après la première fondation de
Bnénos-Ayres, les Araucanos possédaient déjà plusieurs escadrons de
cavalerie dans leur année.
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même qu'une organisation régulière, tardera
encore à s'y établir ; car l'idée d! obéissance chez
les Gauchos tient en quelque sorte de celle da
sauvage, suivant instinctivement celui d'entre
sa tribu qui sait en imposer aux autres par des
facultés physiques surnaturelles. C'eàst ainsi que
les Gauchos obéissent aumiglément à Rosas , ou à
tout autre qui , comme hii , sait manier le laxo
las bolas, et le cuchUIo * avec une dextérité com-
parable à celle d'un Indien Pampa. Toutefois ,
il ne &ut pas que l'adresse du chef se borne là ,
car il ne manquerait pas de rivaux; il fiiut encore
qu'il soit le meilleur écuyer ( ginete ) ; qu'il sache
monter à poil nu , sans selle , sans frein , le pre-
mier cheval indompté qui lui est o£fert ; il fitut,
qu'armé de ses éperons-monstres à larges et lon-
gues mollettes , et monté au-dessus d'un portail
ouvert y il ait l'habileté de sauter et de se tenir
sur le cheval qu'on en &it sortir au galop... 0
faut qu'il ne craigne pas de descendre une côte,
quelque rapide qu'elle soit , sur im cheval lancé
ventre à terre; il faut que vous dirai- je en-
core ? il Éaïut mille prouesses , que Franconi lui-
même ne ferait certainement pas, mais que le gé-
néral Rosas sait &ire ! Or, un monarque qui
I Couteau-poignard.
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— 227 —
n'aurait à leur montrer que des jongleries diplo-
matiques ou judiciaires , avec des parades de
cour, ne pourrait prétendre k l'honneur de com-
mander ou de gouverner de tels hommes.
11 est juste cependant de faire observer que
panrn ces pâtres , ceux de la province de Bué-
nos-Ayres , de la Banda-Oriental , di Entre-Bios^
de Santa-Fë et même de Corcloifa , vivant loin
des femmes, au milieu d'immenses solitudes, sont
les plus abrutis et les plus vicieux , tandis que
les paisibles bergers du Tucuman et de tout le
haut-pajrs^ qui vivent réunis en petites peuplades,
of&aient partout, avant les guerres qui ont désolé
ces vastes plaines, et ofirent encore en beaucoup
d'endroits, les mœurs innocentes de 1 antique
Arx^adie. « De jeunes couples , dit un géographe
célèbre , y improvisent même au son d'une gui-
tare, des chants alternatif dans le genre de ceux
que Théocrite et Virgile ont tant embellis, » J'ai
employé assez long-tems, dans l'établissement
industriel que j'avais formé à Buénos-Ayres deux
peones ( journaliers ) du Tucuman, qui ne chan-
taient jamais que de cette manière et toujours
en s'accompagnant de la guitare.
M* le baron de Humboldt a observé que les
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— 228 —
anciennes colonies espagnoles n'étaient pas dans
des circonstances aussi fayorables à leur émanci-
pation que les colonies anglaises ' ; cela est incon-
testable, si Ton entend parler des lois civiles et
religieuses qui régissaient les unes et les autres
ayant leur indépendance. <( Car tandis que les na-
tions européennes s'éclairaient, s' élevaient « se
fortifiaient, dit Raynal^ l'Espagne les regardait
d'un œil stupide et superstitieux, sans vouloir
rien emprunter d'eux. Un mépris décidé pour
les lumières et les mœurs de ses voisins, inspiré
par les souvenirs d'anciens succès , formaient la
base de son caractère et de sa législation. » Il est
certain que, malgré les eflforts que les créoles es-
pagnols ont faits poiu* se soustraire au despotisme
monacal, à celui de l'inquisition, ainsi qu'aux
exigences de l'Espagne, il est toujours resté par-
mi le peuple certains préjugés, certaines supers-
titions , germes trop enracinés et trop bien cultivés
par une nation fanatique , pour ne pas étouffer
à leur naissance les principes civilisateurs qu'on
a pris soin de semer chez les Argentins •. Mais,
à part les lois que Rivadavia songeait sérieuse-
i Voyage av^ réyions équinosiales. Int.
* Ceci doit s'entendre du peuple des villes ; car celui de la campa-
gne (les Gauchos) n'ont d'autres préjugés que ceux qui naissent d'i
vie purement animale ^ presque sauvage.
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— 229 —
ment k mettre en harmonie avec la nouTelle or-
ganisation du pays, les moeurs des colons eq>a-
gnols , surtout dans cette partie de F Amérique ,
s'adaptent mieux aux formes républicaines que
oeUes des colons anglais; elles ne pourraient
même s'accommoder d'une autre forme de gou-
Temement, par les diverses raisons déduites plus
haut. On trouvera bien , dans la république ar-
gentine ou dans celle de l'Uruguay, quelques
cheÊ ambitieux qui voudront dominer sur le
pays , mais on n'y remarquera pas conmie aux
Êtats«Unis, cette tendance à l'aristocratie qui
ramènera peut-être un jour ce gouvernement
aux formes monarchiques. Je désire me tromper,
mais je crois, parce que j'ai pu observer, que
les États-Unis de Nord-Amérique seront plus tôt
ingrats envers leur chère déité que les États de
l'Amérique du Sud ....
Examinons plus attentivement les moeurs et
coutumes de Buénos-Ayres :
Quand j'arrivai dans cette ville, j'allai m'ins^
taller dans la Fonda de Francia (hôtel de France)
où je trouvai grand nombre de compatriotes; le
capitaine Soret y logea aussi. Je fus étonné de
la nudité des appartemens et du peu de propreté
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— 250 —
qui y régnait; mais ce fut bien autre chose ,
quand, la nuit, je me trouyai enyahi, sur mon lit
de sangle (co/re), par des myriades de puces et
de punaises qui me dévoraient !.*. A l'iieure du
diner la table-d'hôte , occupée par vingt-cinq ou
trente Français, fut. couverte de viandes arran-
gées à toutes sauces ; cette vue m'ôta entièrement
l'appétit : d'énormes pièces de bœuf occupaient
le centre de la table, tandis que les cotés étaient
flanqués de côtelettes , de grillades , de hachis ,
puis encore des hachis , des grillades et des côte-
lettes. .. Comme je m'étonnais de cette profusion
de viande (il pouvait y en avoir soixante-quinze li«
vres sur la table ! ) on me dit qaeVarroba (quart de
quintal ou vingt-cinq livres) valait en ce moment
une piastre pilier ^ environ quinze sous! et que
désormais il Êdlait me résigner à m'en repaître
comme les autres , sous peine de pâtir, par cette
raison que les légumes n'étaient pas cultivés, que
le poisson ne valait rien et que le pain était fort
cher; et en effet je remarquai sur la table, à coté
de ces quartiers de bœuf qui me dégoûtaient,
des petits pains ronds de la grosseur d'une pomme
de reinette !
Comme je me plaignais du peu de propreté
de cette fonda , tenue cependant par xme fian-
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— 251 —
çaise mariée à un espagnol, on me répondit que
c'était le meilleur hôtel y après celui de Smith ,
Anglais, oh Ton payait très-cher un service de
luxe^
•
La première journée de mon installation fut
employée à déballer mes fusils , pistolets , cou-
teaux de chasse et munitions , et à les mettre en
état de service ; ce n était pas sans raison que je
prenais ces précautions , connue on va le voir :
pendant la nuit il y eut une émeute , causée par
l'arrivée prochaine de Quiroga^ lequel n'avait
échappé que par miracle à la déroute qu'il venait
d'essuyer dans l'intérieur* La popidace , on plu-
tôt une poignée de gens du bas peuple, excitée,
peut-être payée par les fédéraux , parcourait la
viUe en brisant les vitres des unitaires et profé-
rant des cris sinistres tels que mueran los unita-
rios ! mueran îos Franceces !.. Ces dernières vo-
ciférations nous intéressaient plus que tout le
reste ; nous en étions redevables à M. MandeviUe,
dont les tergwerscUions avaient compromis tous
les Français de la viUe et de l'intérieur, ainsi qu'à
M. le vicomte C!omette de Venancourt qui avait
I Depuis il s*est établi d'autres fondas , ainsi que des restaurans ,
dans lesquels on est beaucoup mieux servi et à meilleur marché, con-
séquence naturelle et de la rivalité.
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— 252 —
brûlé , tout récemment , pendant la nuit et jHvr
surprise , les seuls navires de guerre de la répu-
blique... Ce fiit encore une des nomlnvuses mal-
adresses de notre consul de ùàre agir si brutale-
lement le commandant de la station , dans un
moment où les Argentins étant exaspérés, avec
raison , contre nous , par notre intenrention à
main armée dans leurs disputes , il ËJlait au con-
traire user de prudence et de ménagemens afin
de calmer raffervescence populaire. Sans la sage
conduite descbefs fédéraux (et je me plais âleur
rendre cette justice ) , les Français eussent pu
être égorgés cbez^eux, et le consul le premier *...
A l'approche de Quiroga , notre ennemi déclaré,
la populace avait redoublé d'audace et nous in-
sultait hautement. Cependant comme on s'atten-
dait à ces démonstrations hostiles, chacun se te-
nait sur le qui vive, prêt à rallier ses compatriotes
les plus voisins ; tous les Français logés dans la
fonda^ étaient bien armés; dès les premiers cris,
ils s'étaient transportés sur la terrasse , ( azotea )
où ils se tenaient résolument sm* la défensive.
Quant à moi , relégué au fond d'une seconde
cour , avec mon préparateur, je n'entendis rien
* Le consulat était à cette épo«iiie, calle de la Florida, au centre de
la vitle.
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de ee qui se passa dans la maison. On me dit le
lendemain qu oq n ayait pas jugé néoessaire de
me réveiller, les fiictieux s'ëtant bornés à crier et
à briser les vitres . de droite et de gaudbe sans
toucher à la fonda ; l'attitude guerrière de nos
hôtes leur enfavait imposé. Le lendemain j'allai
voirie consul et lui exprimai mes craintes ;— il me
répondit qu'en cas d'émeute sérieuse , les Fran-
çais devaient se rallier au pavillon ( in iUo tem-^
pore c'était encore le drapeau de la légitimité ) ;
qu'il avait des armes et qu'on se défendrait
triste alternative i!-^ U ne réfléchissait pas seule*
ment s'il j avait possibilité de se rallier ; on eût
été égorgé, assommé, avant d'avoir parcouru trois
cuadres '. Heureusement la police prit des me-
sures énergiques et l'hostilité se borna à des in-
sultes verbales. A l'entrée de Quiroga il y eut
bien quelque» coups de sabre de donnés à plu-
sieurs Français, entr'autres à M. Sens, mais ces
Messieurs ne devaient s'en prendre , suivant le
consul, qu'à leur curiosité qui les avait portés
sur le passage de la pïdpe.
L'insouciance apparente de M. Mandeville,
m'avait rassuré un peu; je compris cpi'on était
1 J'ai déjà dit qu'un traité de commerce eût évité ce qui est advenu.
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— 334 —
habitué à ces émeutes et qu'il fUlait m résignera
receyoir dans la yille un coup de couteau, à
être boulé ou enlacé dans la campagne, comme
un bœuf, avec le même sang-froid, la même
philosophie que le consul affectait*. • Fermement
résolu k me conformer aux usages du pays, je
me ccHifiai k ma bonne étoOe, et je me mis à
parcourir la ville dans tous les sens.
Le spectacle qu offre son intérieur, change
trois fois par jour : autant il est animé le soir et
le matin, autant il est morne et triste k l'heure
de la siestOy c'est-à-dire depuis deux heures jus-
qu'à cinq, au moins pendant les chaleurs. A
cette heure de repos tout est fermé, les a£Biires
sont suspendues, les places sont désertes et l'on
ne voit le long des rues que des changadores ^
étendus à terre le long des veredas * où ils dor-
ment, après leur dîner, jusqu'à ce que les affidres
reprennent leurs cours. En ce moment de léthar-
gie, la ville de Buenos^ Ayres n'est pas du tout
attrayante. Ce qui vous aurait enchanté le soir,
ce qui vous eût étonné le matin, a disparu
derrière le rideau pour fidre place à la monoto-
nie, au silence de la mort. Vous ne voyez dans
1 Journaliers ou portefaix.
« Trottoirs.
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— a35 —
les plus beaux quartiers que le6 portes fermées
des tisndas * si étroites, si vilaines, avec leurs
petits guichets grillés qu'on les prendrait qpour
des loges de fous; ou bien des grilles de fenêtre
avançant tellement sur le trottoir qu'on n'y peut
marcher deux personnes de front ; chaque an-
cienne maison parait, en vérité, ressembler à
une prison, tant les grilles sont épaisses, et les
fenêtres rares. Ce qui eût échappé à l'analyse aux
heures de circulation, s'o£&e de soi-même, en
cet instant, avec tout le ridicule, toute la laideiu*
qu'un reste de prévention nationale se plait» il
ÙlvlI l'avouer, à amphfier encore. Grâce à Riva-
davia les principales rues ont été pavées et nive-*
lées, surtout celles qui avoisinent la place de la
Victoria; mais si l'on s'éloigne de ce point cen-
tral pour visiter les quartiers de la Besidencia,
de la Concepcion^ de Monserratj de Lorea, de
Sari'Nicoîas , ou de Las Catcdinas , on est efirayé
de voir l'escarpement des trottoirs, longeant des
rues ou plutôt des fossés profonds^ boueux et
impraticables en tems de pluies, présentant
pendant la sécheresse des trous , des espèces de
précipices comblés en quelques endroits par de
I Boutiques ou plutôt magasins de toute espèce de produits d'in-
dustrie ou d'art. On appelle aimacen , une boutique d'épicerie ou de
comestibles en gros en détail.
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— 256 —
la poussière semblable à de la cendre , ou par
des têtes de bœuf, de cheval, et même des car-
casses entières de ces animaux ; hem^eux encore
si vous ne vous trouvez pas tout^-coup arrêté
par le cadavre de quelque animal en putré&c-
tion M... Des cercos de tuna % de vastes corra-
lones^ quelques maisons basses, composent des
cuadres entières, à l'angle desqudles, appelé
EsquinOy on rencontre presque toujours une
pidperia^ espèce d'échoppe et de cabaret, tout
à la fois, à la porte de laquelle s'aperçoivent des
chevaux de Gauchos, attachés à un poteau, tandis
que leurs maitres jouent aux cartes , a escondi-
dasj c'est-à-dire en cachette, pendant que les
céladores font la siesta; car on a prohibé sévère-
ment le jeu de carte {harcga) appelé monter pour
lequel ils sont si passionnés qu'ils jouent souvent
jusqu'à \e\xr chemise; heureux quand le jeu finit
sans querelle! dans ce cas, elle se vide sur la
place même , avec le long couteau dont ils sont
toujours armés. Profitez de l'occupation des Gau-
chos, pour passer inaperçu, si vous tenez àn'être
« Une graode preuve de la salubrité ^ Tair dans celte ooniréec'eft
qu'il n*7 a jamais de maladies pestilentielles ; ce dont on s'étonne avec
raison, à la vue de tant de matières animales en décomposition....
s Enclos de cactus-cierges du Pérou.
' Grandes cours.
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— 857 —
pas salue par les épithètes grossières de gringo,
de carcaman ou de cofetiUa.
Mais la ville sort de sa léthargie ! les changa-
dores sont debout à leur poste, aux esquinas;
les portes des tiendras se rouvrent; les charrettes
nationales * et leurs damnés concurrens les petits
charriots anglais * se sont ébranlés; les nombreux
conunis, les courtiers, les agens d'affidres se sont
remis en course, les uns à pied, le plus grand
nombre à cheval; la plage se couvre de voitures,
se croisant en tout sens; seulement la multitude
des hautes carretillas suit une même direction,
elles vont de la douane aux balandras ^, puis on
les voit revenir des balandras à la douane cou-
vertes des riches produits d'une industrie étran-
gère. Encore deux heures d activité, d'occupa-
tions sérieuses, puis une nouvelle décoration, des
scènes plus paisibles, plus enjouées, plus agréa«-
blés, plus en harmonie avec nos moeiu*s, vont
captiver notre attention jusqu'à ce que les sérénos
nous avei*tissent qu'il est l'heure de rentrer.
« Catretilltu.
« Carros ingleses.
s Les balandras sont des aDéges à Taide desqueik» s'opère le
déchargemettt et le chargement des grands bâtimens ; les rarretiUas ,
au moyen de leurs énormes rones, peuvent les accoster sans mouUler
la marchandise.
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— 258 —
Courons vite nous placer à las cuatro esifmnas
des rues du Pérou et de la Victoria , k une cua-
dre de la place; nous allons voir le changement
à' vue et les scènes les plus intéressantes du soir.
Au moment où Ton commence à illuminer la
ville le bruit cesse graduellement : les carretil-
las et tes carros ont été reconduits au lieu de leurs
stations, les changadores, composés de nègres
rofafuistes, dlndiens Patagons et de mulâtres , ont
réjoint leurs &milles dans les quartiers reculés;
les Gauchos se sont hâtés de regagner leur rân-
cho*; enfin, tout ce qui pouvait ofiusquer la
vue d'un Européen nouvellement débarqué, s'est
éclipsé pour feîre place à la population décente
et civilisée, qui n'attendait que l'heure où l'ar-
dent Phébus laisse respirer la chaste Phébé pour
se montrer, dans les lieux publics , digne de la
haute opinion qu'elle a conçue d'elle-même
Regardez, voilà la longue procession des belles
Portenas qui commence : voyez- vous cette file non
interrompue de vingt femmes , marchant lente-
tement en se balançant mollement au mouvement
régulateur de l'éventail? et bien, c'est une seule
famille, et vous ne voyez heureusement que la
portion féminine ! car si les hommes ne prenaient
* Sorte de cliRumière , que je décrirai plus loin.
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— 389 —
pas le parti d'alkr se promener de leur cèté , il
n y aurait plus moyen de circuler; comptons :
douze fiUes nid>iles et charmantes ; la mère en-
core )enne et buena mossa ; trois tantes , un tant
soit peu enyieuses de leurs nièces^ souriant à tout
Tenant et lançant plus d'un regard significatif;
une grand-mère, encore fraîche et bixarra , en-
fin trois criadasy mulâtresses, chinas ou nègres-
ses^ riant sous-cape à plus d'un cabaBero^ dont
elles ont&TOrisé les vues. Tout cela va entrer dans
cette riche tienda, où déjà tant de femmes sont
entrées et d'où dOies sont sorties sans rien acheter ;
elles Tcmtfiure atteindre, déplier, chiffonner les
{dus bcJles étoffes deParis, de Lyon, de Londres et
de Manchester; les moxùs de tienday ont se confon-
dre en politesses, en petites attentions pour prére-
nir les désirs de ces charmantes Senoritas, et très-
prcd^aMement elles s'en iront en leur disant « es
t.Litlér«leiiieiil , cabaUero signifie chevalier, gentiltioiiime; mai»
il s'applique dans le sens de Monsieur à tout homme décent et de
belles manières. Le peuple s'est emparé de ce terme , et je n'ai pu
m'empècher de rire en voyant les nègres se traiter entre eux de ca-
ballen». Jusqu'à la langue «spagnc^ on castillane se prête aux fonnes
démocratiques ! il n'y a point de difTérence dans la manière de s'expri-
mer ; les formules de politesse sont les mêmes chez le bas peuple
que chez les grands ; on entend avec une agréable surprise un nègre
dire à un antre nègre qu'il rencontre : Como esta su senora F y la fami-
liaP Dona Juanita... y todos F — muy Iniênos estan, para servir d ni.
— f^aya, me alegro ! muchas expresiones de mi parte.
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~ 340 —
muy hermoso ! v^peremos otro dia^ si tMcaso.. . »
Les commis de magasin ont afifecté beaucoup de
politesse y mais ils n'ont pas perdu de vue les
criadas^ car il arrire assez fréquemment, au dire
des tenderosj que des Portenas peu scrupuleuses,
profitant d'un moment où la foule encombrant
une tienda les commis ne savent de quel câfë
tourner la tête, font passer à leurs suivantes des
pièces d'étoffes riches, ou tout autre objet dont
elles ont envie. — Je vous préviens que je ne
prends pas sur moi la responsabilité de cette in-
culpation; je vous la donne comme un on <£/,
par amour pour l'exactitude dans la narration ,
uniquement. Du reste ce ne serait peut-être qu'un
dédommagement , une fiûble compensation des
sacrifices, du démuèment de ces jolies senoritas
envers des ingrats.... Car il fiiut que vous sachiez
que les tenderos (commis de magasin) sont nmjr
pûlos * ; mais aussi , comme dit le proverbe espa-
gnol, que les Argentins ont adopté : « ApiUo^
piUo y medio!.... »
La foule des promeneurs augmente, les colon-
nes atmosphériques sont tenues dans une vibra-
tion continuelle, par des propos galans qui cha-
- 1 Bien fripons. Ce mot s'emploie dans le sens de roti^, rusé, fin.
mdroii , habiU à tromper.
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loqiUent agrëfdilêmaut le tympi^n de votre oreille ;
voyez w BQuveau groupe a'avanç^nt, et au luilîeu
cette rap^be penK>ime portant fi&rewen^,- n^ôs
avec ixiajestéy une bftte om^ de roses et d'un
uuiguifique p^iffefon ! Ne dirait-ou p^ de Calyp^o
ampiU^u de ses uymphes? £coute^.MM c'^t la
b^Ue Mariquit^^ surnommée k ^trella 4à suri
Catfc? foul^ de jeuues gep3, dout U çonvenatiou
est $i mimée , ne la laisser^ pas pas^r sans lui
adr^^er if^ houmiag^, JSUe est au mjSieu d'eux ;
c'est k qui s'eiupi'esseï?^ autour d'ell?. Voye« avec
<{ueUe grdce çbarmantei avec quelle aisance elle
répond à chacun d'eux en le désignant par son
nom. La foule grossit, car Mariquita subjugue
tous les cœurs Étrangers ou Porteuos, tous
briguent Fhonueur de s'en £ure remarquer. On
la complimente sur la grâce qu elle a déployée
dans la dernière tertuUa ' » en dansant divinement
un cielUo et la montonera *. A l'aide de sa mère,
de ses coiuines, de ses tantes et des criadas, Ma-
riquita parvient à se dégager de la foule de ses
adorateurs ; la voilà qui se dirige du côté de la
Alameda; suivons le flot qui nous emporte.
Conune elle reprend sa dignité! son port de
« Soirée dansante.
s Sorte de menuet sauté , dans lequel la danseuse imite les casta-
gnettes avec les doigts. Cette danse est tout-à-fait ravissante.
1G
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— 242 —
reine!... Vous la croiriez fière, inabordable, dé*
daigneuse ; eh bien, pas du tout ! c'est la meilleure
persoûne qu'on puisse voir ; elle a de la sensibi-
lité , de l'enjouement , de là naïyeté , mais elle
s'aime par-dessus tout !.... Elle n'a encore donné
son cœur à personne ; elle ne le donnera peut-
être jamais , surtout si elle épouse un étranger,
(une Portenâ refuse rarement un étranger); mais
s'il arrive qu'elle en dispose , mariée ou non , ce
dont on ne peut pas répondre, heureux le mor-
tel qu'elle aura choisi !... car plus d'un Porteno
lui appliquera , en soupirant^ ces charmans yers
de Quintana :
a Feliz aquel que junto à ti suspirA ,
« Que el dulce nectar de tu risa bebe ,
(( Que a demandarte compasion se atreve
(c Y blandamente palpitar te mira IIP»
I Quoi que la suavité de ces vers ne puisse être readiie par la
traduction , voici comment j^ai osé les pai-aphraser :
Trop heureux le mortel qui près de toi soupire,
Qui , s'enivrant d'amour et de ton doux sourire,
Compassion de sa tlamine ose te demander
£t te sent , dans ses bras , doucement palpiter 1
Pour consoler le lecteur de ma mauvaise traduction je vais repro-
duire ce passage de Vépitre de Voltaire à MUe Gaussin. (Imitation de
Saplio.)
« Heiveux cent fois le mortel amoureux,
« Qui tous les jours , peut te voir et t'entendre ,
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■ • . r. '. ■ -i
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— 245 —
Je vous vois déjà ravi à la seule vue de Marl-
quita, c'est une merveille, vous écriez- vous,
haletant et coudoyant la foule de ses admirateurs.
-^— Oui c'est une merveille; mais attendez que
nous soyons à F Alameda et cette merveille s'effa-
cera entré vingt, cinquante, cent Portenas plus
ravissantes les unes que les autres.... et qu'on
ne me taxe pas de vouloir feire de la poésie aux
dépens de la vérité! j'en appelle à tous ceux qui
ont séjourné assez long - tems à Buénos-Ayres
pour n'être plus sous l'influence de la prévention
et je les somme d'avouer qu'ils n'ont pas vu de
femmes plus séduisantes. Celles de Montévideé ,
seules en Amérique , peuvent leur être compa-
rées ; ensuite il faudrait aller en Andalousie , en
Italie, en Grèce , en Géorgie ou en Gircassie pour
retrouver leur type enchanteur. Savez-vous ce
qui leur manque pour subjuguer complètement
jusqu'à nos volages Français ? de l'instruction et
quelques vertus sociales dont elles n'ont pu avoir
ridée sous le gouvernement qui règne et par le
« Qui voit son sort écrit dans tes beaux yeux ;
« Qui , péuétré de leurs feux quUl adore ,
<( A tes genoux oubliant Vunivers
n Parle d^aniour, et t^en reparle encore !
« Et malheureux qui n'en parle qu'en vers I »
Cette paraphrase est belle, mais ce n'est pas Quintana.
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— 244 —
tems qai court ; aussi ne leur en fiii&*)e pas un
crime!
VAlameda^ où j'ai débarqué ^ où tow ceux
qui ont yisité le pays ont débarqué comme moi,
est le rendez^YOus du beau monde, le soir^ pen-
dant l'été, et l'après-midi des jours de £&te dans
toutes les saisons. L'Alameda^ proprement dite,
n'est pas très«étendue ; elle n'occupait qu'une
cuadre à mon arrivée ; depuis elle a été augmen-
tée du double, mais il y a à la suite un cbemin
qui âe prolonge très-loin 9 en longeant la côte peu
élevée de la ville; c'est ce qu'on appelle le
Ba^Q *• Ce lieu est un des plu^ agré^le$ à firé-
quenter à cause de la fralcbeur, de la pureté de
l'air qu'on y respire et de la variété d'objets qui
en composent la perspective; car on est en &ce
de la rade, toujours couverte de bâtimens pavoi-
ses. Le lieu de débarquement est rempli de cba-
fl Prononcer ha-hb , avec une forte aspiration du gosier. Ce inotdési'
gneun terretn bas. — Lej ( appelé Jota) , devant toutes les voyéVes
et le g devant eeii, ont un son guttural comme dans bajo , qu^on ne
peutsaisirqu^après beaucoup de tems passé dans le pays. C*est à-peu-
près la seule difficulté qu^ofire la belle et riche langue castillane, mais
aussi c'est une difficulté insurmontable pour beaucoup de personnes et
l'occasion de rire à carcajadas (à gorge déployée) pour les portenas ,
lesquelles prennent plaisir à faire prononcer aux étrangers certains
mots prêtant à l'équivoque , par l'embaiTas qu^ils éprouvent à ^w»-
noncer la /oto.
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— 246 —
loupes, de longues et légères pirogues appelées.
baleùùères et des nombreuses charrettes du pays
ateo. leurs grotesques conducteurs; Tînteryalle
asses large séparant le cbemin des eaux du fleuye
est rempli par une pelouse toujours verte; le co-
teau ou la petite fidaise formant la côte , est
occupé par des maisonnettes, des chantiers oït
des jardins; le sud est fermé par un horicon loin-
tain laissant reposer la vuesur les masâfi de saules
de la Boca ; le nord nous montre, en fiioe du
Guartd et des qumtas du RsHro^ les nombreuses
et curieuses charrettes du Tucuttian, de Salta,
de Cordoya et de Mendota, toutes rangées sur
une même ligne, avec leurs funîlles nomades
groupées ilegmaticpiement sur le gason en face
du cosàBorOU du matBhiunbre ', rôtissant au
bout d'une broche piquée d:>liquement en terre ,
sur un lieu en plein air. A tous ces objets, for-
mant le fond du tableau , Tiennent concourir une
foule de proofteneurs indigènes, d'étrangers cos-
mopolites, en voitures élégsjites, à cheval ou à
pied , pour ranimer , lui rendre la vie et charmer
Tobtervateur. Communément les promeneurs à
chevd deKeûdent par le cèté du fort^ et, après
avoir bien caracolé , bienfiiit admirer leur grice
« Piëcn de Tiandes dont les Gauchos sont très-friands et dont j'aurav
ôCcaaSon de reparler, ainsi que des charrettes.
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— 246 —
à cheval , la légèreté de leur course, après avoir
bien pmtadoj comme disent les Espagnols, ils
vont remonter la Ëdaise au Retiro pour entendre
les iâuÊires et la belle musique du Cuartel , ou
bien ils prolongent leur course jusqu'à l'ancien
couvent de la Recoleta (actuellement le cimetière)
à une demi-lieue au nord, et ils reviennent à tra-
vers les quintas rejoindi^e encore la place du
Retiro , puis la rue de la Florida , la chaussée
d'Antin de Buenos- Ayres, où la vanité de l'écuyer
se trouve de nouveau flattée à la vue d'une my-
riade d'élégantes Portenas placées tout exprès à
à leurs fenêtres pour voir rentrer les promeneurs.
Bien entendu , nous n'avons pu jouir de ce
panorama très-animé , en suivant Mariquita ; no-
tre attention a dû être détournée par les propos
galaus , les traits fins et spirituels qui circulent ,
entrainés dans un gaz magnétique dont nous
sommes pénétrés, enivrés, ravis , sans trop cher^
cher à nous en défendi'e. C'est le privilège des
beaux climats , des ciels sans nuages , sans va-
peurs malsaines , de disposer l'ame à envisager la
la vie sous des couleurs moins sombres ; ce qui a
fait dire à Madame de Staël que le soleil comme
la gloire , réchauCFe même la tombe. « Dans le
Midi, ajoute-t-çUe, on se sert si naturellement
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— 247 —
des expressions les plus poétiques , qu'on dirait
qu'elles se puisent dans l'air et sont inspirées par
le soleil. * >> . Madame de Staël disait cda de l'Italie,
mais cette pensée, pleine de justesse, trouve son
application à Buénos-Ayres plus qu'ailleurs. La
beUe langue castillane, aussi bien que Titalienne,
se prête merveilleusement à l'expression des sen-
timens les plus tendres, comme les plus généreux ;
eUe fournit en même tems les propos les plus sé-
duisans, les plus mielleux , les plus susceptibles
devibrerbarmonieusement jusqu'au cœur comme
les expressions les plus terribles , les plus fou-
droyantes. Aussi presque tous les Espagnols sont
poètes et improvisent admirablement des vers
qu'ils chantent en s' accompagnant de la gui-
tare ou du piano. J'attribue à cette facilité d'im-
provisation et à ce langage poétique, commun
parmi le peuple , la pauvreté de la littérature
espagnole; l'imagination est tout pour eux et
l'orgueil qu'ils en ressentent les empêche de se
livrer aux études qui feraient certainement des
Espagnols les meilleurs poètes et les meilleurs
orateurs modernes. Les Lope de Vega, les Igle-
sias, les Iriarte , les Villegas, les Garcilaso de la
Yega, les Cervantes , les Jovellatios sont à lahau-
3 Corinne.
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-^ 348 —
teur , sinon des poètes italiens , au moins des
poètes^ des critique^, et des otuteùrs français,
allemandsetanglais. Or^ les Argentins, en héritant
du bel idiome castillan 3 ont été douéfe ^ en Outre,
d'une imagination plUê nim et d^un esprit plus
indépendani; on là donc droit dé s'attendre k
leur toir créer une littérature mnérieâiné digne
de la haute opinion qu'ils ont cdneue de leurs
facultés intdlectàeUesh
L'hospitalité e«t une vertu généralement pra-
tiquée cheft les Argcoitins. Il fbt un X/emâ oti Ton
te disputait^ à Buenos- Ayres 5 l'é^^^inger nouinÉil-
lement débarqué Wap ceé plage§ ; il n'atail que
l'embarras du choix; du moment qu'U ttVait é|ft
domicile dans telle ou telle maiflon^ il poUYàit
se regarder comme étant de la&mille^ et emnme
tel^ agir en toute liberté. On garde à pi[^senl plu^
de réserye dans les démonstration^ d'urbanité;
on n'observe plus^ à beaucoup près 5 le même
empressement , à moins d'une bonne recomman-
dation. Les étrangers ne doivent t^etk pa^endré
qu'à eux-mêmes de ce ehangement rabit; ils ont
abusé ^ d'une manière dégoûtante^ surtout. dan^
ces dernières années où. 1 on a vu déborder à
Buenos- Ayres le trop plein de notre cmïisation ,
des lois sacrées de l'hospitalité. Cependant, on
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— 249 —
peut être âsstùré d'être àccnieiUi aVec bietiVeU-
lance et bonté datii touteë les ïnâisom de lu TÎlle,
à quelle classe que Fou appartienne; il suffit dé
se comporter avec déeence pour être introduit
partout.
Pour donner une idée de la manière dont
s'exerce encore Fhôspîtàlîté à la tille et à là cara-
pace, malgré les torts d'uu très-graud nombre
d'étrangers , je citerai ce qui m'arriira la première
autiée de mon séjour à Buénos-Ayres , et l'on me
panionnera , j* espère , de parier de moi en fiiveur
de Fimportauce du sujet :
Au moment ou la fërmentatiou des esprits était
k sou comble par la dé&ite du général Quiroga ,
je formai le projet d'aller passer trois jours au
village de QuUfheSf avec mon préparateur, dans
le but d'y chasser et d'eiplorer la campagne.
Toutes leÈ personnes à qui j'en parlai se récriè-
rent sur Fimprudenee que j'allais commettre;
M. Faustino Leziôa, lui-même, auquel j'étais re-
commandé , eut la bonté de me faire dire qu'il
ne me conseillait pas de donner suite à mon pro-
jet. Je ne tins aucun compte de toutes ces obser-
vations , tant j'avais le désir d'aller &ire ma mois-
son d'oiseaux. Je partis un matin, à pied, avec
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— 250 —
Gamblin , tous deux armés jusqu'aux dents etbieu
résolus à nous défendre en cas d'attaque. Ou-
tre nos fiisils à deux coups , nous ayîons dbftcun
une paire de pistolets dans nos carnassières et des
couteaux de chass<; au côté; j'avais obtenu une
permission de la police pour être ainsi armé.
Nous traversâmes BarracctSy puis les Salade-
ros^j puis nous entrâmes en chasse ds^ns les vastes
plaines marécageuses qui s'étendent sous les pe-
tites collines de Quilmes , sans être inquiétés par
qui que ce soit. Après avoir chassé toute la jour-
née , par une chaleur suffoquante , nous nous
acheminâmes^ vers le soir, au village ^ afin d'y
chercher un gîte , pensant qu'il y avait au moins
une auberge. Notez bien que je ne savais pas
un mot d'espagnol ! Gamblin seul, ayant £iit
la glorieuse campagne d'Espagne, en 1823,
conmie enfant de troupe, en avait retenu quel-
ques locutions usuelles. — C'est égal, nous
avançons bravement, Tarme à volonté, au milieu
des chardons et des ranchos du village en deman-
dant une poscula (auberge). Il était bien facile
de s'apercevoir à notre costume et k notre hara-
goiUn que nous étions nouvellement débarqués.
a EtabUssemens où Ton lue les bœufs et les vaches pour en fùre
sécher les peaux , saler la viande et même les cuira.
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— Un brave pidpero^ indigène eut pitié dé notrt»
embarras ; il nous fit signe d'approcher : « Il n'y
a j>as de posada ici , dit-il , mais si vons voulez
vous accommoder d'un mauvais gîte et de notre
triste ordinaire, disposez de la maison; elle est
à vous ». Cela dit, il nous offrit un cigarrito de
papier, en signe d'amitié, et nous introduisit
auprès de sa famille, dans une pièce voisine. Sa
femme était basanée, mais il avait des enfans
blancs et de traits réguliers; sa fiUe a)née,
âgée de quatorze ans , était à nos yeux une
beauté. Nous en fômes accueillis avec un em-
pressement et des soins vraiment touchans. Bref,
nous restâmes trois jours et trois nuits à Quilmes,
chez ce bon pulpero , sans qu'il voulût accepter ,
à notre départ , d'autre rétribution que ceUe de
la valeur du pain et du vin dont nous avions fait
une assez grande consommation.
Je ne dois pas omettre une circonstance qui
prouve jusqu à quel point va la patience et l'in-
dulgence des autorités locales.' Dès le soir de no-
tre installation chez le pulpero , nous voidûmes
t Pr<»priéUiire A'une, pulperia^ cette échoppe-cabaret dont j*ai déjà
Tait mention. Dans la campagne on trouve en outre dans ces boutiques
de la mercerie , de la quincaillerie et mille bagatelles à Tusage des Gau-
chos
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— SttS _
aller chassa aux i^iacacha^ « , (g€i^>^ <^^ rongeurs
Toisiiidesc/rmcAÂZItt, très-abondaiitpartQutdaiis
€^ campagnes )| au lieu d'allet* en deliors , nous
nous arrêtâmes sur la jijace du village ^ où
nous vîmes des terriers. Nous tirâi^ies qud<]Ues
coup» de fusil; mais Fobacurité était si grande
qu'il fidlut abandcmner la partie^ Nous j retour-
nâmes le lendemain de meilleure heure.*, quelle
£it notre surprise de trouver tous les trous bou<^
ohés ! je réfléchis alors sur notre imprudence et J6
me trouvai heureux que le juge-de^paix f&t un
homme pacifique» Combien dô maires ^ de juges-
de-paix dans nos villages oU nos cantons ^ n'au-
raient pas pris la chose sur ce ton 1» ««»
Le second exemple d'hospitalité sera pris en
ville* Javais pour voisins immédiats, dans là
caUe de las Piedras ^ où était mon établissement,
une Ëimille très-respectable qui m'avait fait l'hon-
neur de me pt-endre en amitié ^ au point que
j'étais grondé sétànement quand huit jours se
passaient sans me. voir. Je tombai malade i et si
sérieusement, qu'on désespéra qudque tems de
me sauver; eh bien! pendant près de deux mois
que je fus alité , la senora do&a Ramona H
1 Callomys viscacia, G€off. St-Hîlaire.
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— S53 —
eut Pextrème bonté de me «ngow comme son
propre fils; de m'aïaîster )a nuit wa^me le jour;
ses fiUtt, SBi ^(»w, yenaieni souTent poiur vm dU-
tiaîre« et quand jeiiis eu eoiiTalesceiice f giAce
k leur» soins assidus^ ainsi qu'à ITiabUeté du doo^
teur Pf oUet ^ » ^ Nancy ^ je reoevaû à abaque
însUnt de leur part quaniité do mets, de frian*
dises, préparés par ces damea , dana le W d'ex*-
citer m(m appétit et de flatter mon foftU Je me
plais à leur donner ce témoignage puUic de ma
profonde gratitude; le seul que je sois k même
d o£firir ; mais je suis faien conTameû que c'est
aussi le seul que doua RamonaH Youdrait
admettre et qu'elle me gnmkrcdt ancp/v d'aroir
mis le public dans la oonfidenee.
Après oethommagef rendu aux ▼artushospila'-
lières, nous ne craindrons pas d'entrer dans la
maison d'un porteno ? Suivons encore la foule
des fmmieneiws* f^-Eutendéz-Tous la guitare rai-
sonner aigrement par la vîhmtion rapide de ses
douze cordes de métal? fiirtMdea^TOiifi desrô
immodérés, desdhants monotones , femUaUesè
< n y a à IkiéiiM-AyK» aotvalite-Crmf médeeim , tinH chirurgiens ,
deu Mges-fénmM françaises, six dentisleB, qnaraiiledinphaniiacieiis,
tous reçus après «waMopar qn IribuMl de mMwiBe.tofii^seCi
chargé de l'inspection des pharmacies.
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des psalmodie^ •, interrompus par d'autres chants
saccadés sur une mesure très-pressée? Tout ce
brouhaha , cette confusion , cette gaité barbare
viennent de la pulperie voisine où un Compa-
drito ' raclant la guitare fait danser aux nègres
ou aux métis luie danse immorale appelée média
candy en s' interrompant souvent pour avaler
une gorgée du verre de genièvre ou de tafia cir-
culant à la fonde. S'il vous prend envie d'allu-
mer votre cigarre dans cette pulperie, quelqu'un
vous dira certainement en vous présentant le
verre: « Patron j faites -moi lafai>euràe boire urt
coup, » et n allez pa^ refizser ! — Vous seriez re-
gardé de travers si une fierté déplacée vous fiii-
sait hésiter d'y porter les lèvres Je vous ai
déjà averti qu'on ne veut pas ici dî! aristocratie; il
faut fi^temiser : liberté^ égalité. .... ou la mort !
ici plus qu'ailleurs.
Il y a terttdia * dans cette maison basse dont
les deux fenêtres grillées et fermées par des volets
en dedans^ ne laiesent apercevoir aucune lumière;
cette maison a peu d'apparence, elle est triste,
1 Compadiito signifie eompère , compagnon } c'est un diniinulirOe
compadre. On l'applique à une classo de mauvais sujets, de paresseux
c|ue Ton peut comparer à ce que le peuple de Paris appelle des malùu.
a Prononcez ter ion lia.
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— 255 —
et pourtant elle est commodément distribuée,
richement meublée.
La plupart des maisons de la ville ont trois
cours , quelquefois quatre, et de plus un jardin :
la première cour porte le nom de patio primero ,
c'est la cour d'honneur, toujoiu^s bien pavée,
souvent en marbre; la seconde ^o^ib segundo^
c'est la cour des domestiques, encore pavée
mais moins proprement tenue, puis la troisième
est le corrid (parc) ou se tiennent les chevaux,
les volailles etc ; le plus souvent , il arrive que les
chevaux sont obligés de traverser la cour d'hon-
neur pour aller au corrcd où ils sont tenus hbres,
en plein air^ jour et nuit. Les appartemens sont
ordinairement disposés en carré autour des cours ,
et ceux des côtés présentent souvent, de la rue,
une enfilade de pièces semblable à un dortoir de
couvent. La pièce principale (le salon) est spa-
cieuse, toujours plus longue que large, très-éle-
vée; garnie de plusieurs douzaines de chaises
nord-américaines, d'un beau piano anglais, d'un
tapis idem , d'un sofa en crin , de plusieurs tables
de jeu et de consoles sur lesquelles sont placés
de magnifiques vases de fausses fleurs , des can-
délabres, ou des chandeliers simples, en plaqué.
Les chambres à coucher des maîtres et des maî-
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— ^w —
tre^ei de la maison i lesquelles sont loin d'être
ici, comme au Brésil, en Angleterre, ou eu
Turquie , un sanctuaire impénétrable et mysté-
rieuxy sont encombrée» par un iomiense lit de
si^ pieds can:é$, trèihéléTé^ orué de rideaux d^
soie |;raçiewemeut drapés^ et ce lit est • quel-
quefois placé I comme uA catâfrlque au milieu
de la cbanibres mais le plus oràiuairemeut sur
un des côtés; par uuso&« une élégaute com*
mode , uu bureau ^unuonté d'uue petite biblio-
thèque «si c'est unecbambre d'homme» et par
de» chaises américaines, "-Quant aux chambres
des domestiques et des eu&ns , elles sont très-
simples ; quatre murailles blanchies, un çatre ou
lit de camp 9 recouvert d'un cuir de bceuf, dieux
chaises communes » uue petite table et un vase
d'eau composent tout rameublemeut,-=r Voilà
l'intérieur d'une maison opulente* -^Celles des
classes moyeuue et pauvre ne peuvent pas ayoir
la même élégauce ; distribuées de la xa^ia^ ^çoo ,
les murailles au lieu d'être tapissées * sout sim^
plement ManchieS) il y a toujours daus le salon
trois, qu^ttrct. ou six domaiues de chaises et un
« On eommenoe à lambrûéer dam les maisons modernes, à Mra des
arm^îm et des dvninèes, Umlfls iopovalMWs dues à net ostriert.
On profite, d^aiUeurs, par tonte rAmèviqge, des progrès rapides de nof
arts européens, une innovation utile est adoptée ici bien avant qu'elle
soit popularisée chei nous.
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— 257 —
sofa , des petites tables, des yases de fleurs et
des chandeliers 9 mais tout cela est nécessaire*
ment plus simple , de même que le lit de parade,
dans lequel on couche rarement, préférant le
ciitre où l'on se jette tout habillé.-— *Gela donne
moins de peine; il n'y a pas besoin de &ire le
lit.-^— Il faut qu'une famille soit bien pauvre pour
n'avoir pas maintenant un piano. Les Buenos-
Ayréennes et les M ontevidéennes sont aussi bien
organisées que les Italiennes pour la musique ;
mais elle ne se donnent pas la peine d'étudier de
la musique écrite (généralement parlant); il leur
suffit d'entendre une fois ou deux, un air, une
contredanse , une ouverture même pour les ré-
péter soit sur le piano , soit sur la guitare avec la
plus grande exactitude. — Elles affectionnent par-
ticulièrement la musique italienne et firançaise ,
mais un penchant irrésistible, leur fait préférer
encore Içs tristes Péruviens, les boléros espa-
gnols , les ciélitos nationaux qui ne sont pas sans
charme. Rien de séduisant comme ime portena
disant à une autre, en confidence, <c este triste
me Iki^a el aima! » — Entrons à la Tertulia :
Reprenez vos sens ; ne vous laissez pas troubler
à la vue de cet essaim de femmes séduisantes ;
ne leur procurez pas la jouissance qu'elles ambi-
17
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— . 258 —
tionnent le plus, celle de ravir un cœur étranger, » .
On va vous présenter le nuxté, Tmévitable maté,
pour augmenter votre embarras et lliilarité de
ces dames *. Ce n'est pas une chose Ëicile que de
prendre le maté, une première fois sans se brûler
la langue ou boucberla bomhUla par luie aspira-
tion trop forte ! . . . . Voyez comme ces dames s'ef-
forcent de cacher le rire qui va leur échapper sous
le brillant éventail qu'elles portent à leur figure...
Allons, ne rougissez pas trop. ' — Heureusement
le bal va s'ouvrir par un menuet et vous rirez à
votre tour. ▼— Cette danse convient beaucoup à
la noblesse et à l'élégante simplicité desPortenas.
Les hommes et les femmes, exercés dès leur en-
fimce à ce pas grave et mesuré trouvent l'occasion
d'y déployer toutes les grâces naturelles dont ik
sont doués ; ils faut avoir leurs formes élégantes ,
leurs belles proportions , leur aisance et leur
fierté pour oser figurer dans im menuet; aussi
I Le mati est une boisson chaude qui, dans rAmérique Méridionale,
remplace le thé et le café d^Europe ; il se prend par infusion comme le,
thé. C'est la feuille pulvérisée, fermentée et préparée d'un arbre du
Paraguay et des missions de l'Uruguay connue dans le commerce sons
le nom ^herhe du Paraguay (Ferfta del Paraguay^ del Braril ou sim-
plement Yerha.) On en met une pincée, avec du sucre, dans une
petite cowge à étroite ouverture , on jette de Veau bouillante dessus et
au lieu de le verser dans des tasses, on Taspire dans la courge même
(ou tout autre vase plus riche, qui en a la forme), au moyen d'un petit
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— 269 —
combien d'étrangers , ne cloutant de rien , pas
même de leur tournure , vont se feire moquer
d'eux dans cette tertuUa ! . . — Outre le menuet ,
dansé généralement, il y a encore la montonera^
le ciéUto y la contredanse espagnole et la contre-
danse française. Cette dernière se généralise dails
la haute société, mais on lui préfère avec raison
la conhxuianza espagnola : cette danse est char-
mante, les portenas en sont folles , et elles aban-
donneraient plutôt leur grand peineton , conspi-
rateur audacieux , que de renoncer à la contra-
danza. — C'est que là, toutes les ressoin:ces de la co-
quetterie féminine peuvent se déployer sans gêne,
sans scandale , sans que personne le trouve mau-
vais excepté les jaloux ; mais les jalou;L n'ont
pas beau jeu avec les portenas ! — Pour danser
cette contredanse , les hommes et les femmes se
mettent sur deux files, les femmes d'un côté et
les hommes de l'autre , autant que le salon peut
en contenir. Efle est trop compliquée pour que
tube de métal ou de jonc, de huit ou dix pouces de longueur, percé de
trous à rextréniité, comme un arrosoir, pour empêcher que les parti-
cules de la plante, n'arrivent dans la bouche. On appelle ce petit tube
hombilla. Le maté se prend À quelque heure que ce soit, et dés qu'il
arrive une visite, une petite négresse l'apporte aussitôt à sa maîtresse^
qui rolire tour-À-tour aux personnes présentes. Les habitans ne pour-
raient se passer de cette boisson, assez agréable, quoiqu'elle répugne
au premier abord.
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— 260 —
)e la décrive, il sufiBt de savoir que Ton y va en
avant deux , qu'on y fait et refait des tours-de-
main , qu'on y chasse et déchasse, qu'on y valse
et que, ce qui vaut mieux que le reste, on a le
plaisir de presser alternativement dans ses bras
toutes ces joUes femmes et de leur Êôre des dé-
clarations sans qu'elles s'en offensent le moins du
monde; seulement elles vous diront naïvement :
tiene duenolW...
A l'exception du peigne , les femmes de Buié-
nos-Ayres et de Montevideo , suivent les modes
françaises; il y a un assez grand nombre de mo-
distes, de couturières, de lingères de cette nation,
et les journaux de modes de Paris circulent dans
tous les boudoirs ( ou ce qui tient lieu de bou-
doirs) des portenas ; mais elles ont adopté des cou-
leurs, des dessins particuliers qui s'harmonisent
avec leurs goûts et leur caractère. — Les hom-
mes, très-bien Êdts , de belles manières comme
les femmes, suivent indistinctement les modes
françaises et anglaises; il y a un grand nombre
de tailleurs, très-habiles, de ces deux nations,
des bottiers et des coiffeurs faisant d'assez bonnes
afi&ires.
Je suis forcé de quitter mon rôle de Cicérone
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— 261 —
ou de diable boiteux, si Touyeut , pour entamer
un chapitre plus sérieux y mais non moins inté-
ressant, celui de l'industrie , du commerce et de
la navigation; on m'excusera d'enjamber par-
dessus quelques détails de mœurs qui pourraient
piquer la curiosité des lecteurs > mais qui ne sont
pas d'utilité réelle.
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CHAPITRE XI.
BUÉWOft-A*
Indiiftria. — GommerM. — V«vig«tMii«
On sait déjà à quel genre d'industrie les habi-
tans de la campagne s'adonnent plus volontiers;
Y éducation et la propagation du bétail, lesquelles
exigent de leur part un travail bien peu labo-
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_ 264 —
rieux, puisque la nature et les cheyaux sont les
grands ressorts qui agissent le plus puissamment
dans cette occupation machinale..../ L'agricul-
ture n est en honneur que dans la Banda-Onen-
tal et sur quelques "points de la province de
Buenos- Ayres, non loin delà capitale; encore
est-il qu'elle mérite à peine ce nom^ par Fimper-
fection des instrumens aratoires. — Figurez-TOus
que la charrue de Buenos- Ayres , appelée rqa^
n'est pas autre chose qu'un long pieu de bois
recourbé en crochet , lequel déchire inégalement
la surface du sol, grâce aux efforts de deux
boeufs mansosy attelés à l'extrémité supérieure
de la reja!... Faites-moi le plaisir de me dire si
au tems de Janus, à l'époque de cet heureux
âge d'or dont nous parlent les poètes , où Sa-
turne chassé du ciel par son usurpateur de fils
était réduit à enseigner l'agriculture aux peuples
du Latium, dites-moi je tous prie si les instru-
mens étaient plus imparfaits y plus barbares 'ijt..
Il fut un tems cependant ( admirez la ferti-
lité du sol!) où malgré la culture arriérée des
terres, elles produisaient non seulement assez de
blé pour la consommation du pays , mais encore
il s'en exportait beaucoup au Brésil , et même
aux iles de France et de Bourbon. Aujourd'hui
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— 265 —
Buenos- Ayres est tributaire du Chili et des États-
Unis pour une grande partie du froment qu'elle
consomme, et faute d ayoir renouvelé les semen-
ces, le peu qui se récolte encore de cette céréale
a dégénéré tellement qu'on n'en obtient que du
pain bis.. Jusqu'à la culture du maïs a été né-
gligée!.. La Banda-Oriental fournit en partie à
la consommation de Buenos- Ayres Oh! incu-
rie des Argentins ! Le sort de yos neveux n'est pas
brillant, si vous ne vous hâtez de changer de
système.
Gomme le gouvernement obscur -dl a pas encore
réussi à expulser de la ville le grand nombre
d'Européens industrieux, établis depuis long-
tems, il est qvielques arts et quelques métiers
qui prospèrent encore, en donnant un peu d'ac-
tivité au commercg , tels sont : les fonderies de
suif, les fabriques de savon , de chandelle , de
chocolat, de vermicelle, de yerba, celles de
carrosses, de récados (selles du pays), de selles
étrangères, dé ceinturons, de bahuts, malles etc.,
de peignes d'écaillé et de corne; les boulange-
ries, la ferblanterie , la chapellerie, l'ébénisterie,
l'orfèvrerie, les teintureries, la joaillerie , la ma-
telasserie et la confiturerie , plus deux fabriques
nouvelles de cuirs tannés. Tous ces arts et mé-
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— 26(5 —
tiers foumûsent au trésor d'asses fortes contriba-
tioiis de patentes et occupent un grand nombre
de JonSj tant étrangers que nationaux. Parmi
ces ÎBfidustries il en est qui sont propres au pays ,
bien qu'elles soient «n partie dans des mains
étrangères , telle&sont : la fonte des sui&, la fiibri-
cation du sayon, de la yerhaj (berbe maté);
celle de babuts, demallesy darganas * de mate-
las et de Vts de camp.
Le savon de Buénos-Ayres est d'une espèce
toute particulière; il se &brique> ou arec du
suif pur, en branche, ou arec des résidus -de
fonte de suif (cretons et crasses) ou ayec le mé-
lange du tout, dans des proportions arbitraires.
Il est noir ou rougeàtre^ suivant les proportions
dn suif ou des résidus. Ce qu'il y a de remar-
quable dans cette &brication, c'est qu'on em-
ploie pour le durcir la lessive de cendres à hast
de potasse. On est d'abord étonné de voir que la
potasse opère ici différemment qu'en Europe,
mais on cesse d'être surpris quand on sait que
les cendres dont il s'agit contiennent encore un
autre sel qui , se combinant avec la potasse , dur-
1 Sortes de panien on de coibeiDes de cuir non tanné ponri
aux bètes de somme} les repartidores de pain, de savon, de lègnmcs etc.,
sont pounros dVganas.
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— 267 —
cit le savon tout autant que la soude. Je ne crois
pas qu'on ait encore reconnu la nature de cet
alkali particulier. Un habile fabricant, M. Cam
bacérès, établi depuis long-tems à Buénos-Ayres ,
a Eût plusieurs expériences dans le but de séparer
ces deux sels , mais je n'ai pas connaissance qu'il
ait obtenu un résultat satisfaisant. La cendre dont
il s'agit est le produit de l'incinération de deux
plantes abondantes dans les provinces de Buénos-
Ayres, Santa-Fé et Entre-Rios, surtout sur les
bords du Parana , et connues dans le pays sous le
nom de qwojvoa et de Yuy Colorado. D s'en &it
un commerce assez étendu à l'époque de la ré-
colte; les points d'où on en tire le plus, sont : Scm^
Pedro et Son-Nicolas dans la province de Buénos-
Ayres, et la Bajada de Santa-Fé.
Il y a déjà bien long-tems qu'on fabrique cette
espèce de savon à Buénos-Ayres et à Santa-Fé ,
mais dans ces derniers tems sa &brication a
éprouvé des améliorations sensibles dues à Tiur
telligence d'un espagnol européen ( don Domin-
go Rodriguez) , lequel est parvenu à monter un
établissement sur le pied de ceux d'Europe; de-
puis on a imité son exemple et cette branche
d'industrie est une des plus intéressantes et des
plus productives de Buénos-Ayres. Avec cette
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— 268 —
sorte' de savon , le linge se lare à froid ^ au bord
delà rivière^ sans qu'on ait besoin d'onployer la
lessive ; seulement pour le linge très-fin, comme
la mousseline, la gaze, la dentelle on emploie le
savon blanc de Marseille et d'Espagne ^
^ L'herbe maté, arrivant du Paraguay , des Mis-
sions ou du Brésil, dans des surons, a besoin
d'être manipulée avant de servir aux consomma-
teurs ; elle a déjà éprouvé sur les lieux de récolte
un commencement de préparation par la torré-
faction, la fermentation et la pulvérisation ; mais
cela ne suffit pas. Elle doit encore éprouver une
nouvelle pulvérisation et une fermentation plus
ou moins longue , afin d'acquérir les qualités re-
quises par les connaisseurs , surtout celle venant
du Brésil, laquelle , très-inférieure sous tous rap-
ports à celle du Paraguay , se bonifie singulière-
ment au moyen de la manipulation dont il s'agit. y^
Une autre industrie , propre au pays , mais
exercée à présent par des étrangers , parce qu'dle
I Toutes les Uvandiéres de Buénos-Ayres sont oblîgées, vu le manque
de fontaines dans la Tille , de se rendre au bord du fleuve, pour Utct
le linge ; la plupart sont des négresses, lesquelles partent le matin avec
leur fardeau de linge sur la tète , une pipe ou un cigarre à la bouche
et la petite cafetière on bouilloire à la main pour chauffer Teau du maU,
C'est un coup d'œil assez riant que de voir la plage \erdoyanle
couverte dans toute son étendue de négresses et de linge étendu.
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— 269 —
exige de grands capitaux, est celle des saladeros^
établissemens où Ton sale la riande et les cuirs ;
c'est ce qu'on appelle au Brésil charqueadas : la
yiande salée qui en sort s'appelle en espagnol ta-
scgo , et en portugais chanjue * ; elle s'exporte au
Brésil, à la Harane, aux lies du Cap-Vert, et elle
est l'objet d'un commerce actif. Tous les cuirs ne
se salent pas; la plus grande partie se font sécher
au soleil, en les tenant étendus au moyen de
nombreux piquets, à environ six pouces du sol;
on appelle cela estaquear. La manière dont les
cuirs ont été estaqueados en £dt souvent la qua-
lité : les goûts des commerçans étrangers diffî-
rent atissî à cet égard, les uns préférant les cuirs
étirés en large , les autres en long. Une fois sè-
ches, ces cuirs s'empilent dans de vastes maga-
sins appelés barracasj et leur conservation exige
des soins de la part de Tentrepositeur public ou
particulier appelé harraquero; il &ut les battre
souvent, les marquer , les enduire d'une couche
de chlorure de chaux ou d'une autre liqueur
préservatrice , etc, etc. Le harraquero est sou^
« Charque^ vient du verbe portugais xarqueùr qu*oii prononce char-
qvéar et qui signifie faire le lassajo, sécher des tranches de boeuf au
soleil. — Suivant M. d^Orbigny chai que venu de la langue guichua
ou des Incas , est corrompu de charqui signifiant viande sèche, et
désignant aussi figurément nne personne très-maigre.
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— 270 —
vent un spéculateut sur place; il accapare en
tems opportun les produits du pays, tels que cuirs
de bœuÊ ou de chenaux; le crin , le suif, les
cornes, la laine de mouton, les peaux de loutre
et de chinchilla , etc. Sa barraque est munie d'un
poids public , yérifié à certaines époques par des
inspecteurs. C'est encore une des meilleures in-
dustries du pays. Dans ces derniers tems , on a
introduit de nouvelles presses à emballer (enfar-
delar) le crin, la laine ou les peaux de mouton
et autres ; ce qui procure une grande réduction
sur le fret par le peu de volume que forment les
fardeaux sortant de ces presses. Il est bien à dé-
sirer qu'on introduise cette amélioration à Rio-
Grande ainçi qu'à Porto- Alègre.
^ Le commerce de Buenos- Ayres et des provinces
de la ci-devant C/nibn a beaucoup soi:^ert depuis
la guerre du Brésil, il est même loin de présenter
aujourd'hui l'état satis&isant communiqué à nos
chambres deconmierce en i8â5. Les principaux
capitalistes, attirés dès Tannée 1820 par les pro-
messes d'un gouvernement protecteur , ont dû
abandonner leurs vastes projets d'établissemens
agricoles ou industriels, de navigation intérieure
ou de spéculation mercantile , du moment que
la foreur des partis se déchaînant de nouveau,
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— 271 —
les passions haineuses , les intérêts privés ont &it
place à Tamour de la patrie et du bien publieyr^
Les uns ont porté leurs yues civilisatrices , avec
leiu^ capitaux , dans des contrées plus pacifiques
où un gouyemementy établi sur des bases plus
solides , consolidé du moins , à dé&ut de légis^
lation, par l'opinion d'un peuple raisonnable^ in-
dustrieux y leur offî*ait la sécurité , la garantie
morale sans lesquelles Tesprit le plus éclairé ne
peut donner carrière à ses projets bien£dsans ,
d'autres ont été ruinés complètement, et ont en-
traîné dans leur débâcle une foule de malheiu^eux
artisans : d'autres enfin végètent encore avec des
débris de fortune , en attendant qu'une organi-
sation définitive leur permette d'entreprendre
avec certitude de succès quelque opération pro-
fitable au pays ; mais ce pays méconnaît ses inté-
rêts en persistant à suivre un système d'isolé*
ment , paralysateur de toute industrie , de tout
conunerce.
Cependant, peu de contrées ont plus d'élé-
mens de prospérité que la République Argentine
réunie en corps de nation^ outre que l'immense
territoire de ses quatorze provinces * est égale-
A Celle de Ji^juy Tient de le séparer de la confédération.
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— 272 —
ment propre à la culture des denrées du tropique
et de celles que produisent nos dëpartemens;
que des canaux naturek , se ramifiant à l'infini ,
assurent des communications fitciles moins coû-
teuses que celles par terre» jusques vers les
points les plus distans de la métropole; que la
propagation Êicile du bétail est une source iné-
puisable de richesses , que ces peuples peuvent
échanger contre des objets susceptibles de leur
procurer des jouissances, ou des commodités in-
connues encore pour le grand nombre d'entre
eux , mais que les progrès de la civilisation leur
feront connaître et comprendre, outre, dis-je,
tant de moyens qui pourraient être mis en jeu à
l'aide de l'industrie et des capitaux étrangers ,
Buenos - Ayrts, Torgueilleuse Buenos - Ayres, si
avilie maintenant par son apathie intolérable,
possède l'immense avantage de pouvoir devenir,
sous un meilleur gouvernement, l'entrepôt géné-
ral, non-seulement de toutes les provinces de la
confédération, mais encore du Paraguay, de la
Patagonie, et même de la riche et prudente Bo-
livia , si le projet de navigation et de colonisation
sur les rivières Berrnejo et PUcoma^'o vient à se
réaliser! U y a là des sources inconnues, mais
réelles, mais fertiles de richesses, pour tous les
peuples, quand V obscurantisme cesseraderégner
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— 273 —
sur les itialheureux Argentins. Un ouvrage , pu-
Uié à Buénos-Ayres, en 1853 % démontre jusqu'à
révidence Tavantage incalculable qu'il y aurait
pour les provinces de la Plata et pour la république
de Bolivia à faire un traité d'alliance et de com-
merce, entre ^es, dans le but de faciliter cette
navigation intérieure , au moyen des bateaux à
vapeur , ou de tous autres que les compagnies
jugeraient convenables d'employer. — L'auteur
de cet ouvrage, d'un baut intérêt, après être en-
tré dans de nombreux détails géographiques et
descriptifs sur le vaste pays du Chaco , sur sa po^
pulation d'aborigènes, ses productions naturelles,
l'histoire de sa conquête, tentée à plusieurs re-
prises par le Paraguay et le Pérou; avant d'entrer
dans les détails du plan d'association proposé pour
la colonisation, et après avoir démontré l'utilité
de la navigation intérieure, s'exprime ainsi :
<c Quand cela se réalisera , si en même tems , .
ce les obstacles et les restrictions de l'intérieur
» viennent à^ disparaître, tant pour le libre trafic
» de tout produit de commerce national ou
» étranger, que pour la concurrence de tous les
I yotician historicas y descriptivas schre tl yran pais del chaco y
rio BermojOf con obserraciones relativas a un plan de narriyacion y
colonisacion que se pg^pone : par José Arcaales. Buenos- A jrcs 1833.
18
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— 274 —
» hommes utiles et industrieux , quds quûê
» soient j Texportation deyiendra de plus eu plus
3) active ; la yaleur des productions du pays aug-
9 mentera graduellement , en même iems que
» celle des marchandises étrangères diminuera :
x> ces réactions , accumulant toujours des capi-
» taux acquis (^gananciales), créant des bran-
» ches d'industrie de toutes parts, et amenant
» des gens qui les vivifient sans cesse , élèveront
» la nation à ce degré de prospérité si désiré par
» les peuples y fi^équemment promis par les gou-
)> vememens et toujours éloigné par les désor-
» dres de ceux-ci , les passions des partis , et ,
» plus que tout le reste, par le funeste ascen-
i> dont de ces idées stupides et extrcK^agcffUes de
» nos anciens oppresseurs Combien n'est-ce
» pas honteux d'avoir à le confesser, vingt-trois
» ans après avoir proclamé une grande révolu-
» tion avec les idées les plus justes et les plus gé-
» néreuses! ! ! mais ce n'est pas le cas de flatter
)> la vanité nationale j en lui cachant des vérités
» qu'il lui importe beaucoup d'avoir présentes a
o la mémoire.. »
Dès à présent, la navigation * des grandes ri-
vières du Parana et de FUraguay occupe plus de
' Voy. 1a note H, iHathe aux droUs de naTigation, au pflotage, etc.
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— 275 —
mille embarcations; deux bateaux à Tapeur sui-
firaienty dans l'état actuel des choses^ pour
changer la £tce des affiûres , en activant les rela-
tions avec la B€mda - Oriental ^ ï Entre - Bios y
Fcmta-Féet Corrientes; et si le docteur Francia
venait à mourir , ce qui ne peut tarder , quelle
révolution dans le commerce de ce pays! ... Au-
tant que Ton en peut juger par le récit des per-
sonnes qui ont pu échapper au despotisme de ce
dictateur 9 personne, après lui n'est capable de
suivre le même système de gouvernement ; il est
phis croyable que le Paraguay sera aussi en proie
à l'anarchie pendant quelque tems, jusqu'à ce
qu'un ambitieux l'emporte sur ses rivaux ; mais
dès qu'il pourra librement commercer avec l'é-
tranger, ses habitans, reconnaissant bientôt
qu'Os peuvent tirer parti de leurs richesses , inu-
tilisées par le caprice d'un despote, s'empresseront
d'accueillir ceux des étrangers qui sympathise-
ront le plus avec leur caractère doux , humain ,
hospitalier, plein de gai té et de franchise^ sera
&cile de leur persuader de cultiver ou de laisser
cultiver leurs terres fertiles, dont les productions
les plus conununes et les plus abondantes sont le
coton blanc , le coton nankin y le sucre, le riz ,
le manioc, les bois de construction, de charpente,
de menuiserie, d'ébénisterie, d'aussi bonne qua-
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— 276 —
lité> aussi beaux que ceux du Brésil; le 'ma£f de-
plusieurs espèces, l'herbe mo/^, dont ses forêts,
abondent et qui est recherchée avec passion par
tous les peuples de la Plata, du Chili et du Pé-
rou, et enfin des bestiaux qui ont dû pulluler
abondamment depuis que le dictateur a défendu-
Textraction des cuirs!.... Et je ne compte pas
Vindigo , le cacao , la cochenille , la vanille qui
peuvent être cultivés avec autant de succès qu'au
Mexique... toutes ces productions valent certes
bien mieux à exploiter que les mines du Brésil,
du Pérou et du Mexique 1
Malheureuse république Argentine ! ! qui
poun^ait marcher à F égal de sa sœur ^ aînée de
Nord- Amérique et qui, se laissant séduire, abu-
ser, par les sophism'es d'une coterie obscure et
rétrograde , donne son consentement ' tacite aux
empiétemens du chef astucieux , dont les vuê&
ambitieuses et étroites n'auront ' d'autre résultat
que celui de restaurer les chahies rompues , à
Taide de tant de sacrifices! !yr . .... '. . . .
Quelle est donc la fatalité attachée à Tespèce hu-
maine, qu'il faille que la tyrannie,- semblable à
l'Hydre de Leme, se reproduise à mesure que
les peuples tranchent une de ses hideuses têtes?..
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— 277 —
Les séduisantes utopies de nos philantropes ne
seraient-elles donc destinées qu'à réalisw un réye
de leur' imagination?... Non! La cause des peu-
ples doit triompher; mais les peuples sont encore
trop opprimés sous le joug des préjugés ; leur
éducation ne fait que commencer , ils ne font
qu'entrevoir une partie de la perfidie , en soule-
vant le coin du rideau dont on offusque leurs
regards curieux.
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CHAPITRE XII.
OHiioiroi.ooiQvs
1535 (SféYrier. ) — Première fondation de
Buénos-Ayres par don Pedro de Mendoza *.
* Tudif que Mendoza emrahisnit le territoire des Pampas et des
Guaranis, Almago, psrti de Cvaco avec 570 Européens et 16,000 Pé-
nmens, euTahissait le pays de Charcas, auquel les mines du Potosi
donnèrent depuis un si grand éclat, ainsi que le Chili. — Rainai,
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— 280 —
1636, — L'Assomption est fondée par Juan de
Ayolas, lieutenant de Mendoza , sur la rive gau-
che du Paraguay. Elle fîit la capitale de Tempire
espagnol[dans ces contrées, jusqu'à ce qu'on éta-
blît, en 16âO, un autre gouyernement et un
autre évêché à Buénos-Ayres,
4559. — Buenos- Ayres est détruite par les In-
diens Pampas ou Querandis.
1680, — Juan Garay se transporte du Paraguay
à l'ancien emplacement de Buénos-Ayres et il
fonde de nouveau cette y ille sur les ruines même ,
en y établissant soixante espagnok , le jour de la
Trinité. — Peu après, Garay fut tué par les In-
diens Minuanes.
1618. — (8 septembre.) — La cour d'Espagne
accorde aux habitant des bords de la Plata la
permission d'expédier deux nai^ires par an , dont
chacun ne doit pas excéder le port de cent ton-
neaux.
1620. — On érige un gouyernement et uu évê-
ché à Buénos-Ayres , indépendans de ceux du
Paraguay.
1 776. — On établit à Buénos-Ayres un vice-roi
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— 281 —
et une audience royale; composée d'un régent*,
de cinq auditeurs et de deux commissaires du
gouvernement, plus un tribunal d^ inquisition.
Les provinces du Haut-Pérou (aujourd'hui Boli-
via) et le Paraguay, font partie de la vice-royautél
Depuis 1620 jusqu'en 1776, Buenos- Ayrés eut
trente gouverneurs particuliers.
1806 (29 juin. ) — ^ Les Anglais, au nombre. de
dix-huit cents honmies , commandés par le gé-
néral Berresford, s'emparent de Buénos-Ayres
par surprise.
— (12 août.) — Li^iers, général finançais au
service de l'Espagne, aidé de quelques volontai-
res orientalistes, se met à la tête du peuple de
Buénos-Ayres et fait prisonnier Berresford et sa
troupe.
1807 (5 juillet.) — Les Anglais, au nombre
de douze mille hommes , font une nouvelle ten-
tative sous les ordres du général Whitelock, la-
quelle échoue complètement. Ils sont forcés de
capituler et d'évacuer le territoire de Buénos-
Ayres, ainsi que celui de Montevideo après avoir
perdu leurs plus braves soldats.
1808 (août.) — La nouvelle de l'abdication de
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— 2^2 —
Charles lY, en fiiyeur de son fils, arrive à Bué-
nos-Ayres et produit une grande sensation*
— (13 août.)— Un envoyé de Napoléon se pré-
sente avec des dépêches du nouveau gouverne*
ment d'Espagne ; il est forcé de se rembarquer
sur-le-champ par ordre du vice-roi Linîers.
— (2i août.)-lOn jure fidéHté à Ferdinand VU;
mais bientôt après divers mouvemens ont Keu
en feveur de l'établissement des Juntes ; à l'ins-
tar de celles de Séville.
- 1809. — La Junte centrale de Séville dépose
Liniers , et le remplace par Cisnéros.
1810 (19 mai.) — Cisnéros apprenant que toute
l'Espagne est occupée par l'armée Française,
perd la tête , et propose un fantôme de représen-
tation nationale.
« Liniers , dout k bravoure a ri poi^taimiiem oonlribtté à repotmer
rinvasion des Anglais a été payé dlngratitude , comme tant d'autres
qui ont prodigué leur sang pour la défense de ce pays j il est mort
assassiné!... Sa valeur m ses talens portaient ombrage aux chefs de
parti ; ils résolurent lâchement de le faire poignarder. Sa mort et les
circonstances qui raccompagnèrent, sont un des plus beaux sujets de
tragédie ou de drame que Ton puisse choisir.
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— 285 —
— (25 mai* ) — Premier dan dovmë par
Buenos- AyreSj en faveur de rindépendance
Américaine. Le Ccdbido (conseil municipal) con-
voque l'assemblée générale des citoyens de la
ville ; le vice-roi est déposé et remplacé par une
jufUa de neuf personnes, toutes créoles. Depuis
1776 jusqu'en 1810, Buenos -Ayres eut treize
vice-rois.
— (Octobre.) — La Junte de Buenos -Ayres
envoie le général Belgrano avec un miUier
d'hommes pour déposer le gouverneur du Para-
g^^Jf dépendant de la vice-royauté. Belgrano
est battu et forte d'évacuer.
— (24 octobre.) — Victoire de CotagaytaTeTa-
portée par le général patriote Antonio Balcarcé
sur les Espagnols.
— (7 novembre. )—• Action de Tupiza^ ga-
gnée par le général Balcarcé sur les royalistes.
1811 (14 mai.)— «Les créoles du Paraguay
goûtent les principes d'indépendance qu'on ré-
pand parmi eux ; ils déposent leur gouverneur
et s'affi-anchissent de la domination espagnole ,
sans &ire néanmoins, cause conunune avec les
provinces-imies du Rio de la Plata.
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— 284 —
' 1812 (24 septembre. ) — VictoireduTucuman,
remportée par le général Belgrano, sur les roya-
listes.
iSlS (20 février.) Victoire de Salta, rempor-
tée par le général Belgrano sm* les royalistes.
i8i4 (23 juin.)— Le général Don Carlos Al-
year occupe Montevideo avec les troupes de la
république.
i 816 (9 juillet.) — ^ Le congrès, réuni au Tu.
cuman , proclame Tindépeiidance dès provinces
du Rio de la Plata. *
1817 (1*"* février.) — Victoire de Châcabuco^
remportée par le général Argentin San-Martin,
sur les Espagnols, au Chili. —Ce général avait
déjà gagné la bataille de San-Lorenzo.
— (5 mai. ) — Action de Penco , gagnée par
les patriotes commandés par le généi^ O'Higgins^
— (6 décembre. )*T-Talcahuano est pris d'as-
saut par le général patriote Grégorio de Las-
Hcras.
1818 ( 6 avril:); — ^^ Victoire dé; Mâipii rempor^
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— 285 —
tëe pSLV le général San-Martin, sur les Espa-
^ols.
1820. — Anarchie complète dans les Provinces -
Unies, causée en partie ^^r. le projet de la cour
de France de faire couronner . le prince de Luc-
ques et de lui donner ce gouvernement.
1821 (19 juillet. ) — Prise de Lima par le gé- .
néral Argentin San-Martin.
— (Juillet.) •*— Organisation d'un pouvoir ad-
ministratif provincial. — On établit les bases du :
sjfstème repr^entatif républicain. Le système de
\ Union prévaut; on s'occupe de former un con-
grès général dont le siège doit être à Buenos- '
Ayres. > " . ■■ ^' -
1821. — Le gouvernement de Buénos-Ayres
déclare solennellement qu'il n'accueillera aucuiie
communication diplomatique ou » commerciale '
de la part d'un négociateur qui se présenterait à ^
main armée, ou sans les formalités voulues par:
le droit des gens.
1825 (décembre.) — Les Etats-Unis de Nord-'
Amérique reconnaissent rindépendancé • de la-
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— 886 —
république Argentine; un ministre plénipoten-
tiaire envoyé par eux à Buenos- A jres, est accueilli
avec la plus grande satis&ction.
i824 (0 décembre.) — Bataille d'Ayacucho
gagnée par le général péruyien Sucre.
— • Installation du congrès national à Buenos-
Ayres.
i 8S5 ( août. ) — Bataille de Junin, gagnée par
le général colombien Bolivar, laquelle décide du
sort de T Amérique.
-^ Le Haut-Pérou se sépare des provinces du
Rio de la Plata pour former un état indépendant,
sous le T^isk de Bépublique de BolmoTy nuxlifië
depuis par celui de Bolivia.
i825 (â février.)— Un traité d'amitié, de
commerce et de navigation est conclu entre la
république Argentine et l'Angleterre, qui recon-
naît rindépendance de cet état.
— (2 octobre. ) — Le congrès national des pro-
vinces du Rio de la Pkta déclare solennellement
et décrète que « le droit qui appariieni à tout
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— »87 —
homme d adorer Dieu , suivant sa conscience, est
imnolable sur le territoire de la r^ublique. »
— (Décembre. ) — L'empereur du Brésil , Don
Pedro l®*", déclare la guerre à la république Ar-
gentine.
1836 (28 janyier. ) — Le gouTemement natio-
nal , en vertu d'une loi du congrès, établit la
banque nationale des Proyinces-Unies du Rio-de-
la-Plata.
— (8 février. ) — Le citoyen Bernardin Riva-
davia est nommé président de la république par
le congrès national.
— (H juillet.) — Combat naval, livré par l'a-
miral Brown, avec des forces très -inférieures, à
la flotte impériale, en rade de Buénos-Ajres.
1827 (20 février.) — Victoire d'Ituzaingo,
remportée par le général Alvear sur les Brésiliens.
— (7 juillet. ) — Le vertueux Rivadavia
donne sa démission, et s'exile volontairement.
— Le congrès national est dissous. — Le système
Jédércd prévaut.
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— 288 —
' 4828 (27 août.) On signe à Rio-Janeiro les
préliminaires de paix entre la victorieuse répu-
blique Argentine et le Brésil.
— (4 octobre.) — Le traité préliminaire de
paix , entre la république et le Brésil, est ratifié à
Montevideo.
— (!«»• décembre.) — Révolution du colonel
Juan Lavallé, à Buenos- Ayres , en fiiveur du
système unitaire.
1829. — Lavallé fait une convention honora-
ble poiu* lui et son parti. — Les fédéraux man-
quent au traité. — • Lavallé s'expatrie avec ses
gens. — Anarchie dans la république. — Le gé-
néral Rosas y chef de la campagne , est nommé
gouverneur de Buénos-Ayres.
1850 — Guerre civile dans toutes les provin-
ces: — Buénos-Ayres, Santa-Fé, Entre-Rios et
Corrientes se liguent pour la défense du système
fédéral; les dix autres provinces pour le système
unitaire. — On accorde des fiicultés extraordi-
naires k Rosas '.
« Ce fht à cette époque que ce chef ambitieux chargea un habile
écrivain étranger ( uu gringo) de faire sa biographie avec celle de
Quiroga et de Lopez, de Santa-Fé, dans Tunique but de les envo^,
par Ventrcniise des consuls on chargés d'affaires, aux divers gouvcr-
nemens étrangers. On se doute bien quel cas les monarques en ont
fait?
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— 289 —
1831 • — Le général Paz , commandant en chef
l'armée nationale , réunie à Cordova, est fait pri-
sonnier dans ime reconnaissance. — L'armée, dé-
moralisée, affaiblie par la désertion, se retire au
Tucuman, sous les ordres du colonel Lamadrid.
— Le général Quiroga l'attaque. — Les che& mi-
litaires entrent en mésintelligence. — Quiroga
triomphe et, avec lui, le parti de la fédération.
1832. — Les Indiens Pampas j Avcaes.^ UuUi-
ches , Te/uielches j et Banqueles^ profitant des
divisions intestines des Argentins, envahissent,
attaquent et dévastent plusieurs provinces.
1853. — i- Buenos- Ayres, Cordova et Mendoza
se liguent pour &ire la guerre aux Indiens. — *
Le général Rosas, chargé de la division de gau-
che, s'avance jusqu'au Rio Négro de Patagonie.
— U y passe l'hiver et livre quelques combata
partiels; mais les autres généraux n'ayant pa&
opéré, suivant le plan de campagne adopté , l'ex-
pédition n'a d autres résultats que de rendre les
Indiens plus audacieux * .
I On prétend que leur nombre n^excède pas 8000. Ils sont armés de
frondes, de lances, de sabres et de boules ; leur grande agilité et leur
adresse à cheTai leur assurent Timpunilé des vols fréquens qu'ils
commettent, de bestiaux, de femmes et d'enfans. Le fameux /'tncA««ra,
esiNignol devenu sauvage, fut tué en 1833 par les chiliens.
19
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— 290 ~
1835. — Révolution de Ramon Balcarcé, tètedu
parti appelé schismatique. — Rosas reyient pré-
cipitamment et en arrête les progrès. *— Rosas
reste chef de la campagne avec les forces maté-
rielles de la ville.
1834. — On veut nommer Rosas gouverneur
de la province de Buenos- Ayres. — D re&tse/or-
mdlement. — Mais il n'en est pas moins consi-
déré comme chef du gouvernement et le soutien
du parti de hijî^lération^ avec les généraux Lo-
pez et Qum>ga, dans l'intérieur.
1835. — Quiroga est assassiné dans les envi-
rons de Cordova. — Rosas est nommé chef su-
prême, — La confédération perd une de ses
provinces; celle de Jujuy, qui se déclare indé-
pendante. — Salta, le Tucuman et Santiago-dd-
Estero font alliance avec Buénos-Ayres.
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JDntrtème Partie.
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CHAPITRE XIII.
UHVOVAT.
En septembre 4833 je me disposai à aller visi-
ter Porto-Alègre, en remontant l'Uruguay, tra-
▼ersant une partie des anciennes Missions et la
pfoyince de San -Pedro. M. Edouard Nouel,
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— 296 —
d'Angouléme, l'un de mes associés dans rétablis^
sèment que j'avais formé à Buénos-Ayres et Eu-
gène Gamblin, le préparateur amené de France,
voulurent bien m'accompagner. Un artisan pro-
vençal, et un Allemand demandèrent à être de
compagnie jusqu'aux Missions.
Ayant obtenu du ministre de la guerre et du
chef de police l'autorisation nécessaire pour sor-
tir avec les armes et les munitions dont j'avais
besoin, nous nous embarquâmes, le 2S, sur la
balandra nationale Isabeîa : il était dix heures
trois-quarts du matin ; le vent du sud soufflait
grand frais, nous filions huit à neuf nœuds j
c'est4i-dire deux lieues deux tiers à trois lieues
par heure. A deux heures de l'après-midi nous
aperçûmes TUe de Martin-Garcia, et à quatre
heures , las Vacas.
L'île de Martin-Garcia est une forteresse, ou
plutôt une position fortifiée par la nature, ap-
partenant à Buénos-Ayres; elle défend l'entrée
de l'Uruguay et du Parana. Sa situation est en-
tre la Colonia et las Vacas , à distance d'environ
dix fieues de ces deux points. Vue du nord-
ouest , à trois ou quatre lieues de distance , sa
forme est celle d'une voûte noirâtre sortant de
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— 297 —
l'eau. C'est une ile intéressante pour les natura^
listes j par la nature de son sol primordial et par
la Tariété d'insectes et de plantes qui s'y rencon*
trent.
La Colonia-delrSacramenio j fondée en 1679
par un gouverneur de Rio Janeiro, a été souvent
disputée par les Espagnols , les Portugais , les
Anglais et les B):ésiliens , à cause de l'importance
de sa position. EUe est enfin restée à Tétat Orien-
tal; c'est une des trois villes de cette république.
n s'y fait peu de commerce parce que son
port est petit, mal abrité des vents les plus dan-
gereux, ceux de sud-ouest et sud-est^ et que
l'entrée en est difficile , les eaux de la Plata ayant
siu* cette côte un courant rapide. La Colonia est
précisément en £ace de Buenos- Ayres *.
C'est entre celte ville et le village de las Vacas
que se trouve le ruisseau de SanrJuan , à l'em-
bouchure duquel s'établirent les gens de Sébas-
tien Cabot.
Las Vacas est un village assez triste , situé sur
< Position astronomique : 34- 28' 14" de lat. et 60' 40' S2" Irnifc.
relevée en 1S31 par M. Barrai. Déclin: à terre (1830) 11* 8' N. £. ^
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— 298 —
les bords d^une petite rivière du même nom , &
quelque distance de la côte. Les ranchos dont
il est composé ne démentent pas à rintërieur,
dit M. d'Orbigny , l'idée de misère que fait
naître leur extérieur. Cependant ce lieu est re-
nommé par Fabondance dé bois k brûler qu'il
fournit à Buenos^ Ayres ^ et par les secours que
cette grande ville en a tiré pendant les divers
sièges qu'elle a eu à soutenir du côté de la cam*
pagne.
Après avoir passé près des petites lies de las
dos Hermanas et dd Juncal , nous arrivâmes à
la Punta Garda , où commence l'Uruguay. U
était presque nuit; le fleuve était devenu
calme , et une faible brise du sud enflait molle*
ment les voiles de notre bateau ; nous eûmes
tout le tems d'examiner , à la lueur du crépus-
cule , les bords boisés de la rive gauche de l'Uru-
guay *. L'élévation de la côte, ainsi cpi'une suite
d'anses profondément arrondies ^ se succédant
1 Est-il nécessaire de rappeler que la droite ou la gauche d'unr
ririère esl à la droite ou à la gauche de la personne qui la descend P
— Je fais cette remarque , parce que des voyageiu^ , d'ailleui-s
très-savans, ont paru oublier cet usage adopté par tous les géographes.
On conçoit qu'il peut en résulter des erreurs très-graves dans la posîi
tion, sur les ciirtes, des lieux dont les latitudes et longitudes n'ont pas
encore été déterminéas.
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— 299 —
de maoière à former nue plage festonnée, pro-
duisent ^ àTec les bois du coteau, des points de
vue assez variés.
UUruguay * prend sa source vers le 28« degré
de latitude australe, dans les montagnesi {^Serra
do Mot) situées au couchant , et assez près de
l'ile Santa-Catarina. Son cours est rapide, obs-
trué par des cataractes et. des resciÊ. Ses eaux ,
enrichies du tribut de nombreux afiluens , pas-
sent pour excellentes, légèrement purgatives,
surtout celles que lui fournit le Rio Négro^ « quoi-
que , dit Azara, les os et les troncs d'aii)re s'y
pétrifient * » . Ses plus grandes crues arrivent
ordinairem^t depuis la fin de juillet jusqu'au
commencement de novembre. L'Uruguay peut
avoir une lieue, ou trois milles de largeur à sa
véritable embouchure qui est entre la petite lie
I Le mot V Uruguay se compose de deux mots guaranis : Uruguay
limaçon d'eau (ampuUaire) et y, eau, rivière : vulgairement rivière de$
limaçons d'eau , on mieux rivière des ampullaires ; nom qui lui vient
do grand nombre de coipiilles qa*on y trouve. C^est comme Piray, de
fira poisson, et y rivière etc. (Ak. d'Orb.)
s C'est uue erreur que partagent tous les habitans des rives de
rUruj^'uay de croire que les eaux de cette rivière et de ses affluens
pétrifient. Les troncs d'arbres et les ossemens qu'on y trouve, en effets
y sont à Tétat fos&iU et non pas h celui de •pétrification , qui n'est
comme Ton sait, qu'une incrustation extérieure.
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— soo —
du Juacal et le hameau de las Higuérîtas , à la
hauteur de la Punta Garda ( grosse pointe ).
Notre patron jeta l'ancre à huit heures du soir,
en face de Itis Higiténtas. L'obscurité de la nuit,
jointe aux lumières de qudques habitations
éparses sur la côte , nous faisaient supposer que
ce lieu avait de l'importance, ou au moins quel-
que chose d'attrayant; mais nous fÙmes bien
trompés le lendemain , en nous éveillant ! Au lieu
d'un site enchanteur tel que notre imagination
délirante avait pu le rêver, nous ne vîmes plus
qu'une plage sablonneuse et un coteau argileux
sur le penchant duquel étaient construits une
vingtaine de ranchos ou cabanes ^nt l'aspect
misérable était encore attristé par des buissons et
des arbrisseaux rabougris.
Néanmoins, ce hameau prendra de l'accrois-
sement, grâce à sa position; le bureau de la
douane qui était établi à las Vacas, y a été trans-
féré dernièrement , comme étant plus convena-
blement situé pour surveiller la navigation y car
là finissent les bouches du Parana et il &ut, de
toute n(»cessité, passer devant ce bureau de
douane, soit en remontant, soit en descendant.
Une pièce de canon, de gros calibre, posée tout
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— 501 — .
simplement à terre , est chargée de &ire respec-
ter le pavillon Oriental. Cet endroit est à environ
six lieues de las Vacas. La pointe de Chcfparro
en est à une lieue vers le nord.
Le 26 , je descendis forcément à terre pour
Êdre viser nos passeports ; je fiis reçu très-poli-
ment de la part des employés de la douane, et
particulièrement du receveur, qui me parut ai-
mer les étrangers. II s'empressa de &ire apporter
une racine à laquelle on donne , dans le pays , le
nom de salsa hlanca (salsepareille blanche) ; elle
se prend en infiisiou comme la salsepareille de
nos officines, et dans les mêmes cas. On la trouve
dans le sablé, au bord et sous VecuÂ. Cette racine
est composée de fibres charnues phis ou moins
grosses; longue quelquefois de vingt à trente
pieds ; elle est très noueuse , et les nœuds d'au-
tant plus rapprochés et plus gros, qu'elle est plus
vieille. De ces nœuds partent ime quantité de
fibres contenant plus essentiellement la propriété
médicamenteuse. Elle appartient à un arbrisseau
peu élevé, à tiges ligneuses et grêles, armées d'é-
pines * .
1 On peut rapporter cette plante à la famille des smilacéesde Brown,
ou des Àsparaginées. C'est une espèce difTérente de celle de la Loui-
siane et du Mexique, se rapprochant plutôt de la laiche des sabUs ou
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— 502 —
Si Ton excepte de la petite population de las
Higuëritas les employés de la douane , véritables
cahaUêrosy et trois ou quatre familles, le restene
respire que brigandage ; malheur à celui que là
nuit surprendrait dans, cet ancien domaine des
charruas !
Nous appareillâmes de nouveau , à 10 heures
du matin , avec grand vent du sud. Nous passA^
mes successivement devant le village de las Vwa-
rasj situé en plaine basse, à deux lieues au nord
de las Higuëritas et à un mille de la plage. €e
lieu est renommé pour ses excellens chevaux de
selle ; sa population est très - minime ; on y voit
une chapelle autour de laquelle *mt groupes
une douzaine de ranchos. El Arénal^ grande
baie sablonneuse , à quatre lieues de las Higuëri-
tas , où les caboteurs vont couper du bois d'cj-
pimUo * pour le transporter à Buénos-Ayres et
à Montevideo. Et le confluent du Bio-Wégro , à
dix heures de las Higuëritas.
salsepareille 4'AUeiB«gne. C'est M. Aisié fionpanidqiii Ta fait connaître
aux habitans des rives de l'Uruguay , qui s'en servent avec succès et
reconnaissance. Elle existe aux Missions et à TUe de Martin-Garcia.
I Cet excellent bois de chaufTage couvre une grande partie des pro-
vinces de Sanla-Fê et d'Kntre-Bios, et est très-abomlant sur les rifes
de l'Uruguay. « Ost Vesjiino des habitans du Chili, Voroma des Péru-
viens et une espèce d'acacia des t)Otanistes. » (Al. d'Orb.)
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— JOÏ ~
En cet endroit l'UrU^ay a beaucoup de cou-
rant ^ et plm de trois Kôues de krg^ ; les marim
redoublent d'attenti<m. L^ eauK du Rio-Négro
(rivière noire), très-purgatires, peut^^être à
cause de Taboudance de salsepareille croissant sur
les bords, forment une ligne de démarcatioin
très-remarquable, à une lieue au large. Un peu
en ayant de cette ligne , le lit de rochers sur le-
quel parait couler le Rio-Négro, est coupé k
piC| et il y a une très^grande profondeur. Le
confluent de cette rivière de second ordre (com-
parée à rUruguay ) présente dfux bouches , sépa-
rées par des lies très-étendues« On trouve sur sa
rive gauche les bourgades de Mercedes et de
Santa-Domingo-Soriano ; cette dernière est située
au confluent de la bouche australe ; elle fut fon-
dée eu 1566 , sur le territoire des Indiens Cha-
nos , tinbu des Charmas , à un mille et demi de
l'endroit où elle est actuellement. Le change-
ment de situation s^ opéra en 4704. Cest à la
CcpUla de Mercedes , située plus avant dans les
terres, que se firent entendre les premiers cris
de liberté! proférés par les orientalistes , en pré-
sence des insignes infernaux du despotisme iu-
quisitorial de FEspagne. U se £iit un commerce
de cabotage très-actif sur le Rio-TSégro^ tant avec
Buenos- Ayres , qu'avec Montevideo.
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— 304 —
Sur la rive droite du Rio Négro commence le
Eincon de las GaUiruzs * ( le recoin des poules ) ,
terrain immense et des plus productif de la
Banda-Oriental. On dit qu'il appartient à Riva-
davia. Il a été divisé en plusieurs estancias affer-
mées à différens particuliers ; sa superficie est
évaluée à quatre- vingt lieues carrées. VUruguaf
au nord et à Fouest, le Rio Negro à l'est et au sud
enclavent le Eincon en formant de ce joli terrein
une presqu'île dont on peut facilement fermer
l'isthme , soit par un canal , soit par àes fortifi-
cations ; aussi a-t-il servi de citadelle pendant les
guerres de l'indépendance.
II y a , à Tendroit oiirUruguay forme un coude ,
un promontoire appelé punta de Fray-Ventos ,
se trouvant précisément en face de la rivière
Gucdeguay-Chu^ y l'un des afïluens de l'Uruguay,
sur sa rive droite, dans la province d'Entre-Rios,
A quelques milles du confluent de cette rivière ,
1 Od appelle Hwstm tout terrain ressen-é enUre deux rivières, eutre
des marais ou entouré en partie par les sinuosités d'une rivière \ c'est
à proprement dire une presqu'île. Un rincon peut en renfermer lui-
même plusieurs autres de moindre étendue ; ce sont des lieux très*
recherchés pour y former des estancias.
* Prononcez youalstfouat-tchou. (nom guarani.)
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— 503 —
de quatrième ordre ' , est située la bourgade du
même nom, où il se fait presque autant de com-
mierce qu'à la Bajada^ sur la tvie gauche du
Parana. C'est à partir de la PurUa de Fray-Ven-
tos jusqu'à V Arsenal j à quatre lieues de las Hi-
guëritas, que l'Uruguay a ime largeur extraor-
naire (3 à 4 lieues), causée par rabaissement des
rives d'Entre-Rios et la jonction du Rio Négro.
Le calme étant survenu vers le soir, et la force
du courant nous faisant dériver, il fallut jeter
l'ancre en attendant une nouvelle brise; nous
mouillâmes un peu en avant de la première île de
l'Uruguay , portant le nom du promontoire cité
plus haut.
Nous passâmes ainsi la nuit du 26 et la jour-
née du 27. Après le dîner nous allâmes chasser
dans un joli parage du Rincon , oii la végétation
est riche et variée. Nous restâmes en extase de-
vant une foule d'arbres , et d arbrisseaux diffé-
rens , de plantes en fleurs que les liserons , les
convolvidus, les plantes parasites et les Heurs de
Voir ornaient avec une sorte d'harmonie enchan-
I On doit avoir présent à la mémoire que l'Uruguay^ deux fois lai'ge
comme la Seine , dans tout son cours, me sert de comparaison pour
toutes les autres rivières.
20
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— 306 —
teresse. Un grand nombre d'espimttM (aux bran^
ches tortueuses des quelles pendaient les singu-
lières ruches de l'abeille cartonnière), araient
cru naturellement à de$ distances presque» régu-
lières au milieu d'ime herbe yerte et toofihe^
de manière à former un verger assez semblable
k nos cours de Normandie; il ne manquait que
des pommes aux espinillos , qui ressemblent
assez , ( quant à b forme ) aux ponmiiers, pour
rendre l'illusion complète* Et ne croyez pas que
ce lieu charmant fût désert! loin delà , nous
troublâmes singulièrement la tranquillité de ses
nombreux et timides habitans, tels que le Nandu
(l'autruche d'Amérique) , les venados (espèce
de cer&) , réunis en petites bandes cachées dans
les hautes graminées et les Carpinchos (grands
Cabiaïs) espèces d'amphibies que nous reverrons
souvent au bord des rivières et des lacs ; et puis,
indépendamment de ces animaux Êmiiliers avec
les troupeaux de bœufs et de chevaux , on voit
encore les buissons et les arbres remplis d'oiseaux
de proie y de passereaux et de grimpeurs. Une
autruche se leva tout-à-coup devant noua et
nous regarda; mais avant d'avoir eu le tems de
glisser une balle dans nos fiisils... psit ! elle avait
déjà parcouru un demi mille. — Nous dûmes
nous contenter d'un tangara diadème^ d'un
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— 307 —
éperrier varié et d'un milan blanc k calotte noire.
Ce fiit en Tain que nous essayâmes de surprendre
les venados.
A sept heures du soir nous retournâmes à bord;
peu de tems après, le vent étant devenu bon ,
le patron nous remit en route.
Le Rincon de las Gtûlinas a déjà acq[uis une
certaine célébrité par la victoire qu'y remporta
le général Rivera , en 1825, sur les forces brési -
tiennes.
Notre marche était lente; nous voguâmes dou-
cement toute la nuit et le jour suivant au mUieu
des nombreuses îles de l'Uruguay. *
Pour quiconque n'a pas vu l'étonnante végéta-
tion du Brésil, celle de l'Uruguay, semblable à
celle de Parana , cause véritablement de ia sur-
prise : toutes ces lies sont tellement encombrées
d'arbres difiFérens, de buissons épineux, de plan-
tes sarmenteuses, qu'on ne peut y pénétrer que
la hache ouïe couteau à la main. Notre vue était
« Depuis le y?tncon-<itf-/at-GaZ/inar jusqu'aux Missions, on rencon-
tre fréquemment des iles , mais elles n'ont pas autant d'étendue que
celles du Parana.
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— 508 —
sans cesse récrée par le mélange des arbres , le
contraste des verdures et des fleurs , le palmier
aux longues feuilles d'un vert bleuâtre arquées en
panache, s'élevait élégamment au-dessus des
saules, des lauriers, des talasj des higuerones
et des timbos ; ceux-ci dominaient à leur tour
Yespinillo , couvert de ses petites fleurs jaunes et
odorantes , les SeïboSj aux belles fleurs monopé-
tales d'un rouge brillant , le charmant plumé-
rito • (petit plumet) dont les fleurs sans pétales,
sont uniquement composées de longues étamipes
d'un rouge vif, semblables à des soies raides et
verticales comme une aigrette, et une foule
d'autres arbustes fleuris; tout cela donnait un
aspect délicieux, un air embaumé , suave et ra-
vissant à ces lies solitaires, dont le silence n'est
troublé que par le roucoulement des timides et
caressantes tourterelles, abondantes partout, ou
par des bandes de perruches paraissant en être
les reines, tant elles font retentir les échos de
leurs cris aigus. Si vous vous représentez un
beau ciel azuré > ime atmosphère diaphane, à
peine ondulée par le jeu éthéré des zéphirs
qui , s'amusant en ce moment à charriei* dans
t Mimosa, fani. des légumineuses, 3^ tribu genre sans cottUie,ijcne
bette espèce de sensitive dilTère d'une autre du Brésil ùftni les étaoïines
sont rouges et blanches.
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— 309 —
le ciel de petits nuages d'or, ne ridaient plus
la surface de Fonde, et lui laissaient rétléchir,
avec la riche végétation des îles , notre bateau ,
ses Toiles , ses cordages , et jusqu au héron
qui passait au-dessus, vous poiurez imaginer
quel devait être le délice, le bien-être indéfinis-
sable que nous éprouvions au milieu de cette ri-
vière calme, coulant si majestueusement sur des
bords qu'elle ne semble fertiliser que pour se
Élire une parure , et voiler ses charmes aux jeux
des profanes.
Vers le soir , le calme augmentant encore, le
patron fit remorquer la balandre par le canot;
on rama l'espace de deux lieues au clair de lune,
en longeant les arbres , le plus près possible , pour
éviter le courant. £ntiu4e vent s' élevant de nou-
veau avec force , nous passâmes très-rapidement
devant l'estancia d'^/mâgro, située sur une fei-
'laise calcaire très escarpée. C'est la seule &laise
€[ue j'aie remarquée depuis le Rincon de las Gal-
linas dont le terrain élevé est très-pierreux, dans
la partie nord, et argileux dans la partie sud. Nous
mouillâmes devant Paysandu pendant la nuit du
28 septembre.
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CHAPITRE XIV.
imvovAT.
9mjtmMÈâmw — Imi 0«l«rA«d«-B«pqinii. — B Salto-
L'aspect de Pajsandu ' est peu agréable > tq
de la rivière , du côté du sud-ouest. Situé sur lé
penchant d une colline dépourvue d'arbres , de
même cpie toutes celles qui Favoisinent ; séparé
1 Prononcer paûsandou. On dit aussi simplement sandou.
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— 342 —
de la rive gauche ou du port , par une plaine
sablonneuse d'environ un mille ; le coup-d'œil
en est monotone , relativement aux autres Mtes
de l'Uruguay depuis son embouchure jusqu'ici.
Pourtant , l'œil finit par s'y accoutumer et l'on
reconnaît en s'avançant dans la ville (on peut
déjà lui donner ce nom) , qu'elle n'est pas aussi
désavantageusement assise qu'elle le parsdt d'a-
bord, à cause , surtout , des inondations de lU-
ruguay. On jouit d'ailleurs une fois arrivé sur le
haut de la colline, d'une vue étendue, rendue
assez pittoresque par les accidens du terrain et
les iles de la rivière. Quant au côté de la campa-
gne , à l'est , il est on ne peut plus triste par sa
nudité et son manque absolu de culture.
L'Uruguay peut avoir ici y deux fois la largeur
de la Seine à Rouen, c'estrà-dire cent quati^
vingt à deux cents toises. Il n'y avait alors que
huit navires dans ce qu'on appelle le/?orf, y
compris deux goëlettes de guerre appartenant
à l'EtatrOriental , mais ordinairement il y a tou-
jours bon nombre de petits bâtimens, car ce
point est très-conmierçant , et en quelque sorte
le marché principal , des diverses peuplades de
l'Uruguay ou de la partie occidentale de la
Banda-Oriental.
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— 515 —
On nous fit monter abord d'une des goélettes
de guerre pour y vérifier nos passe-ports ; j'eus
ainsi occasion de remarquer qu elles étaient pro-
prement tenues. Le commandant fat poli envers
nous , ce qui me parut de bon augure pour notre
réception à terre.
En remettant les diverses lettres dont nous
étions chargés , nous eûmes bientôt parcouru la
ville dans toutes ses directions : en une couple
d'heures , je me formai une idée exacte et de
son importance actuelle et de celle qu elle est
susceptible de prendre par la suite.
Piyrsandu^ n'était, il y a quatre à cinq ans,
qu'un hameau , comme las Higuéritas , avec une
douzaine de ranchos épars ça et là; en 1855^ il
pouvait y avoir quatre cents ranchos ou chau-
mières , une trentaine dé maisons de briques ,
bien bâties avec azotéas (toit en terrasse ) , des
rues allf^iées , des trottoirs , des réverbères et
une population de près de cinq mille âmes , y
compris celle des environs. Les rues correspon-
dent aux quatre points cardinaux , comme à
Knénos-Ayres et à Montevideo. Les cuadras sont
> Lalilude 32* 15' (carte de Azaia) j distance de Buenos- A>re« , eniri
ron 40 lieues, au nord.
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— 314 —
plus petites qu'à Buenos* A jres , ce qui est plus
favorable aux propriétés; elles n'ont que cent
varas sur chaque &ce et sont divisées en quatre
sûicM. Il y a peu de tems, le gouvernement
concédait gratis des terrains à ceux qui en vou*
laient , mais à présent qu'ils sont tous distribués
dans Tenceinte de la ville , on n'aurait pas un
sitio à moins de deux cents piastres fortes.
La population va toujours croissant ; les étran^
gers y abondent, surtout depuis le déplorable
état des affîùres à Buénos-Ayres et la constitu-
tion définitive de cette petite république. Ici on
a compris, on a eu le bon esprit de comprendre
qu'il faut attirer, favoriser le plus possible le
concours des étrangers > les bras industrieux
Du moins j'ai été témoin qu'ils n'ont k supporter
aucune vexation de la part des habitans ou des
autorités locales. Celui qui veut se livrer à une
industrie quelconque n'éprouve point d'entrave,
au contraire il est aidé , encouragé par ces mê-
mes autorités.
Il y a ici un commandant militaire pour le dé-
partement, remplissant aussi les fonctions de
chef de police. La commandance, la police, les
contributions et VAlcadia (mairie) sont réunies
dans la même maison.
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— 515 —
Le chef de pc^ce se disposait à partir avec
quelques soldats pour poursuivre et exterminer
le peu d'Indiens Charmas restant encore dans
ces parages et qui , se livrant au brigandage ,
pillaient de tems à autre les estancias et les voya-
geurs. J'ai su depuis qu'on est parvenu à en dé«
barrasser complètement le pays ^ .
Le commerce était assez florissant à Paysandu,
lors de mon passage : il y avait une soixantaine
de français établis , mais il y en avait im bien
plus grand nombre qui allaient et venaient poiu* le
trafic des productions du pays; lesquelles pro-
ductions sont les mêmes qu'à Buénos-Âyres. Le^
Italiens y étaient plus nombreux; mais ils per-
.daient le commerce par le brocantage et la
fraude^ qu'ils faisaient avec la plus grande Êicilité,
parce que ce sont presque tous marins.
En Eût de monumens, il n'y avait encore que
< Ces fien aborigènes ont défendu pied à pied leur terre natale que
des inirua envahissaient les armes à la main. £n 1834 il n*en restai*
plus qu'un 40« auxquels s'étaient joints des Gauchos compromis dans
les guerres ciTÎles ; tous se livraient en commun au plus audacieux
brigandage. Si Ton est curieux d'avoir des détails sur les mœurs sin-
gulières de ces Indiens, dont il ne restera bientôt plus de traces, on peut
lire le ^a^tonaZ et le Cabinet de Lecture àe juillet 1833, articles rédigés
h l'occasion du séjour de plusieurs charmas i Paris, ou bien le
tome 2« du f^oyage de Félix de Azara.
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— 516 —
Féglise à yoir ; mais cda yalait bien la peine de se
déranger un peu : je montai au sommet de la
colline ; j'arriyai sur la place et je vis un rancho !
un misérable rancho , tenant à peine debout, dont
l'intérieur était absolument nu; la toiture se sou-
tenait à peine sur six poteaux recouverts par des
planches peintes , et Tautel , placé au fond , avait
la plus piteuse apparence. Je fiis attendri en
voyant tant de misère dans cette succursale d'une
église ambitieuse; mais bientôt, reportant men-
talement mes regards vers Bethléem^ et voyant le
sauveur des hommes au milieu d'une étable, sou-
rire, dans sa crèche, aux bergers qui rappro-
chaient, je me dis : voilà les tçmples qu'il ambi-
tionnait celui qui hantait la société des pauvres !..
— Et si telle était Fhumanité du législateur des-
chrétiens, les ministres du culte qu'il a voulu
établir dcTaient-ils donc s'élever si orgueilleuse-
ment au-dessus de \e\xrs frères?... — Cette ré-
flexion me vint tout naturellement en voyant la
maison du curé, attenante à l'égUse : c'était un
presbytère solidement construit, commodément
distribué, avec terrasse et belvéder
Il y avait près de l'église une école primaire
gratuite, suivant la méthode de l'enseignement
mutuel. D'autres petites écoles particulières, ré-
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— 347 —
parties dans la ville, suivaient le même mode
d'enseignement. — Les parens sont forcés d'en-
voyer leurs enfans k l'école.
Paysandu est le chef-lieu d'un des trois dépar-
temens formant la division de l'état oriental; il
envoie trois députés à la chambre des représen-
tans et un sénateur. On ne lui donnait encore
que le nom de villa (bourgade), bien que par sou
commerce il ait infiniment plus d'importance que
la Colonia et Maldonado.
Le 2 octobre, ayant obtenu un logement chez
un compatriote, M.Danguy, établi récemment à
Paysandu, nous descendîmes à terre tous nos ba-
gages et nous nous installâmes le moins mal pos-
sible.. Je disle mom^ malpossihle^ caràPaysandu,
où il n'y avait pas encore d'auberge, les lits étaient
un objet de luxe. Heureusement nous étions mu-
nis, chacim , d'un recado *, selle du pays , ser-
vant en même tems de ///. Voici de queUes
pièces se compose un recado : !<> deux gergas *,
pièces de laine , longues comme une petite cou-
verture, s'appliquant, pliées en quatre, sur le dos
du cheval , â"" une carona pièce de cuir tanné ,
* Qui se prononce, par abrévation, recao.
< Pronoucez hovgns^ avec aspiration <Iu gosier.
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— 318 —
ornée de nombreux dessins firappés au marteau ,
longue de quatre pieds et large de deux et demi ;
la carona se place sur les gergtis, 3® le recado , es-
pèce de bât, qui est proprement la selle, dont les
côtés sont garnis de cuir façonné , comme la ca-
rona; 4<* la cincha *, sangle de cuir, très-large,
façonnée dans la partie qui s'applique sur le re-
cado; elle passe sous le rentre du cheval, non
près des jambes, comme chez nous, mais au mi-
lieu même du ventre, et, au moyen de deux forts
anneaux (argollas)^ en fer ou en cuivre, on serre
le plus possible la longue courroie de la cincha;
50 un petlon •, peau de mouton tannée avec le
poil, teint en bleu, ou bien une peau de veau
tannée et façonnée ; le pellon s'applique sur la
cincha; 6^ un sobre-pellon , autre peau tannée ,
plus courte, sans poil, souvent découpée à Tem-
porte-pièce, ou garnie de broderies en soie, faites
à la main , etc.; 1^ une sobre-<:incha, c'est ime
sous- ventrière en laine, plus ou moins fine , des-
tinée à soutenir le pellon et sobre-pellon. Pour
achever de décrire l'équipement du cheval , je
dois parler de la bride : elle est on ne peut plus
simple, mais en même tems solide, et de nature
à garantir le cavalier contre tout caprice du che-
1 Prononcez cinn-icha.
2 Prononcez pellûmn^ bt^ef.
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— 319 —
val; le mors (freno) est celui usité au Chili , et
c'est sans contredit le meilleur que l'on connaisse;
jamais le cheral ne peut ni le mâcher ni lé pren-
dre aux dents ; parce qu'au lieu de chainettes
pour gourmette, il y a un anneau en fiar passant
dans la partie très-ëlerée du centre et Tenant as-
sajetir lamandibule inférieure. Cette partie élerée
dumorsestplacéehorizontalementdans labouche
du cheval, tant qu'on ne fait aucun effort sur les
rênes, mais du moment que la résistance du che-
val force à faire agir le frein, il sufBt de tirer for-
tement sm* la bride pour l'arrêter court j car
alors, il est torturé à la fois au palais et à la
lèvre infmeure par l'effet du mors, lequel se
dressant perpendiculairement contre le palais ,
attire nécessairement l'anneau , qui fait effort sur
la mandibule inférieure. Avec ce frein, la têtière
(cabec^ra) n'a besoin d'être ni compliquée, ni
très-forte; aussi, le plus communément, ce n'est
qu'une légère lanière, attachée aux branches du
mors , et passée simplement derrière les oreilles
du cheval. Quant aux rênes (riendas) elles sont
ordinairement rondes , en cuir tressé artistement
par les Indiens, réunies, à la hauteur des épau-
les du cheval, par un anneau, duquel anneau
part une autre rêne très-longue teiminée par
plusieurs bouts , comme un martinet. Il est évi-
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~ 320 —
dent que les rênes sont ainsi toujoui's égales; il
suffit de porter la main à droite ou à planche
pour déterminer le mouvement du cheval. —
L'extrémité de la bride sert ordinairement de
fouet pour frapper le cheval au flanc gauche, et,
s'il n'obéit pas, des éperons, dont tes molettes
ont deux à trois pouces de longueur, se chargent
de lui chatouiller les flancs. L'extrémité du pied,
ou simpj/ement Forteil, se place dans un très-petit
étrier en bois ou en cuivre, de forme triangulaire.
A présent, il s'agit de faire un lit de tout cet
attirail indispensable : on étend d'abord par terre
la carona (ordinairement, surtout en campagne,
il y a une seconde carona en cuir non tanné, des-
tinée à empêcher l'autre d'être tachée par la
sueur du cheval) ; puisle/96//braet lesobre-pellon;
le recado sert de traversin ou d'oreîDer , les ger-
gas servent de draps et l'on se couvre avec son
poncho *• . Le poncho est un vêtement non moins
indispensable que le reste pour voyager dans ces
plaines, car il garantit à la fois de la pluie, de la
poussière , de la chaleur et du froid. C'est une
pièce de laine ou de coton, ou de laine mélangée
de coton, mais plus ordinairement de laine, bar-
riolée de larges raies de diverses couleurs ; elle a
1 Prononcez pon-^cAo.
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~ 321 —
sept palmes €» largeur et douze eu longueur
arec une ouTcrture d'un pied , au milieu , pour
y passer la téte^ he poncho ressemblant 9$9ez k la
chasuble d'un pr^i« est ordiuairement doublé
d'une 0iitre éuék bleu ciel, rarte ou écariate. Il
y a 9M»sd beaucoup àe ponchos ^n drap avec un
coHet montant, mais ce sont les riches <|ui en
usant, là plèbe porte des ponahos ordinaires fk-
briquiés dans l'intérieur. Il est encore néo^ssaîre,
Si l'on tient k être bien vu^ à être traité en ami
par les Gauchos , d'ajouter au poncho , le ctmripa^
les calzondllas ^ , les bottes de potro et ies épe-
ran»*monstres« Le ehk'ipa est eacore une autre
pièce d'étoffe de laine rouge, l:deue ou Tcrte^ ja-*
mais d'antre ^couleur , qui se met autour des reins,
tombe au-dessous des genoux comme une fcnxû*
que et «'assujettit au'-dessus des hanches au inoyeu
d'une eeîntnre de «;uiF, dans laquelle on passe,
derrière le dos , un grand couteau^poignand dans
sa gaine. Quelquelaîs les fiancés ou les amou-
mnx (enamoitadM) ibat un chinpa du scfaaU de
leur belle; c'est aiors qu'on les yoit, la guitare à
la matuj improvîâant sur des .diants d'. églîee , des
▼erscts rimes qu'ils chanstent à la porte de leur
china ^ , on à celle d'une pidpen'a. Le adion-
I Prononcez calronnciUios .
* Femme métis nu premier ou second degré.
21
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— 522 —
cSlo est un large caleçon blanc fitingé ou
brodé dans le bas; les bottes de potro sont fiibri-
quées avec la peau , non tannée , de la jemibe du
cheTal, de manière à laisser les orteils libres; la
cou]i)ure de la jambe forme le talon de la botte.
D'autres, principalement dans TEntre-Rios, se
servent de peaux de chat ssLUYSLge(botasdegato).
Il arrive souvent qu'un Gaucho tue un poulain
(poCro) uniquement pour se &ire des bottes. 11
gratte bien le poil avec son couteau, toujours
très-affilé, puis il frotte ses bottes avec les mains,
tout en trottant , jusqu'à ce qu elles soient assez
souples. Avec cette sorte de chaussure , très-con-
venable d'ailleurs pour un long exercice k cheval,
ces hommes sont incapables de supporter ime
longue marche à pied , c'est pourquoi , comme
je l'ai observé afUeurs , ce sont les plus vils fim-
tassins du monde; mais à cheval, ciddado M.,..*
La coifiure du Gaucho consiste , dans la Banda-
Oriental, en un chapeau rond à larges bords
plats; et à Buenos* Ayres en. un très-petit diapeau
à forme élevée, à bords étroits, placé de cèté sur
un mouchoir blanc noué ea fichu sous le menton;
le chapeau, enfonçant à peine sur la tête, est
retenu par un ruban noir. Un grand noml»^e de
1 Voyez la noteL.
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— 525 —
Gauchos, tant de la Banda-Oriental que de Bué-
nos-Ayres, portent un bonnet phrygien, rouge,
doublé de vert * et orné de rubans tricolôrs à
rextrénûté. La jaquette (Jaqueta)^ petite veste
courte comme celle d'un marin, est bleue, rouge
ou verte , qu'elle soit en drap ou autrement.
En 1834,1e parti deRosasà Buénos-Ayres avait
adopté ce costume tout-à-iait pittoresque : ja-
quette verte, gilet rouge ; pantalon blanc et cha-
peau rond avec cocarde bleue et blanche * .
Voila le lecteur au lait du costume d'un
Gaucho , ainsi que d'une grande partie de l'en-
harchement de son. cheval. Quand je descendis à
Paysandu j'étais dans cet accoutrement : Jaquette
marron, gilet blanc, chiripableu ciel, calzoncillo
blanc, avec franges^ au dessous d'un pantalon de
drap bleu, et un poncho anglais placé négligeni-
ment sur l'épaule gauche , plus le cigarrito de
papier à la bouche et le couteau passé dans la
ceinture de mon chiripa^ derrière le dos, le cha-
( Voyez la gravure ci-conlre, an moyen de laquelle on jiis^cra mieux
de l'équipement de riiomnic et du ctieval. Le harnais est ici plus
compliqué que je ne l'ai dit, parce que ce Gauolio est en travail.
J'aurai occasion de décrire le reste.
9 C'est ce qu'on nommait le parti de la Mazorca^ à cause d'un épi
de nuds qu'As portaient au bout de leurs lances et dont ils menaçaient
leur» adTenaires arec un geste tfès-indécent.
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peau à medio iao.... J'avais ma foi i ait* d'un bou-
nête brigatid. On m'avait con^iUë de descendre
ainsi, afin de ne point porter ombrage aux Gau-
<rhùs, qui eussent pu voir de mauvais œil l'appa-
reil de gtierre que nous dëployimes ensuite à la
chasse. Une fois la première impression faite, je
repris en partie mon costume de chasseur ; seu-
lement, à cheval, le poncho devenait de rigueur.
Tous Ces changement de costume et d'habitudes
me coûtaient peu , parce qne je me conforme
volontiers aux usages des autres , quelque ridi-
iCttles qu'ils me paraissent au premier abord. A
cet égard , je mets entièrement de oôté les sots
préjuge qui portent, assez. généralement ^ mes
chers compatHotes à blâmer tout ce qui sort de
leurs habitudes , sans vouloir même faire la part
des circonstances locales forçant à adiopter tel ou
tel genre d^ vie. Et d'ailleurs, oè ne sont pas les
n^f eà d'un périple qu'il &atfnmder, ce sont ks
travers de œux qui te dirigent ntol^
Le 3 , nous allâmes en chasse , dans la partie
sud-ouest de la ville, le long d'un ruisseau boisé,
sur les bords duquel il y avait plusieurs hrique-
ries , des chacras ( fermes cultivées ) et un s(da-
dero^ Le 4 , nous nous dirigeâmes vers le nord;
les jours suivans dans la plaine sablonneu^^ «et
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— 525 —
boisée s'étendant au pied de la colline, de manière
à explorer tous les enyirons et à découvrir le plu$
de yanétés possible dans les oiseaux , qui nous
occupaient plus exclusivenient; cfatemin faisant
j examinais la composition j^écdogique des ten^ins
et j'en prenais échantillon. Les premiers jours
nous fumes peu satisÊdts de notre chasse; mais
ensuite une crue subite de l'Uruguay , tout4Hfait
extraordinaire 9 vint nous dédommager en for-
çant les oiseaux d'abandonner les lies submer-
gées potu* se réfogier sur la terre ferme« Nous
fumes ainsi tout consolés de ne pouvoir nous ren-
dre à l'estancia d^un compatriote^ M. Sacriste , à
cause de ce débordement qui inonda toutes les
plaines basses. Le huitième jour de chasse nous
rentrâmes avec 60 pièces, dont 42 oiseaux- mou-
ches des deux seules espèces qu'on rencontre
dans cette localité*, le vert-doré, très-commun,.
Y améthyste-topaze assez rare.
I HISTOIRE NATURELLE. — ÀTant de faire oonnaitte les animaux
que je rencontrai (ee qui ne pourra se faire que trè«-su€dnctement
▼a la nature de cet ou?rage), je dois k rexem[Âe de M. Akide d'Orbi-
gny, rendre au e^èbre don Felipe de Azara (prononcez Açara) TiMHU-
mage qui lui est dû, en reconnaîasant toute la justesse, Texactitude et
Tiniportance de «ea olMervations dan« ces contrées, qu'il a habitées et
parcourues pendant vintjt aus.
Azara était un naturaliste à la manière de notre immortel Buffon ;
il était né sans doute avec la boa^e de la mémoire des lieux et de Tar-
rangement des choses. Je crois qu'avec les ressources littéraires et
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— 326 —
Les oiseaux-mouches sont appelés jmr les Es-
pagnols picqflores ( becs - fleurs ) et quelquefois
tente en eî ayre. Les Guaranis les appèlent mci-
numbi. U y en a de sédentaires jusqu'au 35® degré
de latitude australe, ce qui est contraire à l'opi-
nion de Buffon qui croyait que ces charmans té-
nuirostres ne vivaient que sous la zone torride ,
et ne s'en éloignaient qu'avec le soleil ! On trouve
les deux espèces que je viens de nomniier, toute
l'année à Paysandu, à Montevideo, à Buenos-
Âyres. Le vert-doré était si commun que nous
en tuâmes cent vingt en peu de jours et sans
nous éloigner beaucoup des habitations.
scieDlifiques qu'avait Bufibn , Azara eût fait époque en Espagne.
Quoiqu'il en soit, à le prendre comme les circonstances Tont fait, et
malgré Tflpreté de son style il est digne d'admiration. Nos célèbres
savans substitueront souvent des noms grecs , latins ou hébreux à
la simplicité des noms guaranis du voyageur espagnol, ils se dispute-
ront gravement sur la place que doit occuper dans leur méthode , tout
artificielle, tel ou tel animal du Paraguay ou de Buénos-Ayres, mais
les exactes descriptions, les yroupM naturels^ les noms analogues aux
mœurs, aux inclinations, aux couleurs du manmiifére ou de l'oiseau,
ne se retrouveront que dans le livre du naturaliste espagnol.
MÉTÉOROLOGIE. -— Du 3 au iS octobre (premier mois de pria-
tems ), que je restai à Paysandu , la température fut très-TaiiaUe :
le maximum du therm. de B^ fut de 26* et le mininum 12*, à midi et
i^ l'ombre. Les vents varièrent souvent du N. 0. au S. E. ; de forts
orages , des pluies abondantes en furent la conséquence. Dès le 8,
rUruguay, grossi étonnamment par ses nombreux afOuens, monta
toot-à-coup de 10 pieds, sortit de son lit, inonda les chétivcs habita-
tions du port et contraignit les habitans k les évacuer. La crue dura,
ainsi que les orages et les fortes pluies, jusqu'au 15 j le 16, le vent
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— 327 —
L'étc»meiiient des Guaranis et même des Gau-
chos était grand, en nous voyant tuer à cpiarante
ou cinquante pas un si petit oiseau qui ne pa-*
raissait souvent pas plus gros qu'un bourdon,
dans la corolle infundibuliforme d'un conyolvu-
lus! Rien n'était plus divertissant, plus «agréable
à voir que ces magnifiques oiseaux-mouches ,
auxrettetsmëtalliques, s'arrétant tout-à-coup au
milieu du vol le plus rapide, comme suspendus
et immobiles devant une fleur, battant des ailes
avec une vitesse inexprimable, plongeant dans
)e calice leur petite langue semblable à la trompe
d'un papillon, et tenant leur corps posé ver-
1 N. £. ; le temps était chaud et orageux, mais il cessa de
pleuTotr, rUragaay iMÔssa \ le 18 il aTait déjà abandonné la plaine et
permis aox habitans de reprendre leur demeure. La hauteur totale de
ITruguaj fut étaluée à environ 22 pieds (8 varas) les ranchos du port»
tarent complètement submergés, ainsi que des chacras et un saladero
appartenant à un français ; une grande quantité de viande salée , de
soif, de cuirs, des récoltes de céréales et de légumes, furent totalement
perdues. Les courans, tr^-rapides, charriaient des arbres , des bois
équarris, avec des débris de ranchos ; depuis douze ans, on n'avait vu de
cme n forte, si subite. Les vents de N. et de N. O., très-chauds, satu-
rant Tatmosphère des exhalaisons marécageuses du Chaco et de XRntre-
Ri9ê, causent ici, comme à Buenos- Ayres, des pesanteurs de tète , de»
lassitodes, qui n'ont heureusement d'autre inconvénient que d'aCTaiblir
rénergie physique et de porter au sommeil. Ceux du S. £. sont froids
et amènent des pluies ; ils augmentent aussi l'intensité des débordc-
nens de laPlata , du Parana et de TUruguay.
GÉOLOGIE. — Tout le terrain sur lequel est construite la ville et
les envhrons est une terre végétale , noirAtre, recouvrant, depuis
quelques ponces jusqu'à cinq ou six pieds d'épaisseur, un Knicalcaire"
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licalement, cQmine s'il était suspendu par le bec.
Les battemens Ti& de leurs ailes et la grande ëla^
ticité des pennes , produisaient un bom^donne-
ment sourd qui trahissait seul leur présence 5 car
le plus souvent ils échappaient à nos regards par
leur eictraordinaire irivacitéé Nous nous amusions
aussi beaucoup de les voir attaquer avec courage
et acharnement les oiseauiL cent fois plus gros
qu'eux qui approchaient par hasard dé leurs
nids, c'était surtout à l'ignoble carrancho qu'ils
en voulaient le plus.
J'ai admiré chez don Tomas Creig , adminis-
trateur de la poste > de fort jolies cristallisations
argiîifèrê rouyeulre *, marneux dans beaucoup d*endroiU et gypsem
dans d'autres. On n*en peut obtenir de bonne chaux par la ealciualioil,
▼u que TargUe y domine trop ; mais on en obtient immédiatement et
sans aucune autre préparation que de la pulvériser et cribler, une espèce
de ciment hydraulique, très-dur. J'en ai vu construire des murs autour
de réglise d'une manière assez curieuse : ce calcaire Argilifère était
extrait sur la place même, où il était à découvert. Après avoir été
pulvérisé , on le mouille légèrement et on le met dans un caisson
formé de quatre planches, solidement liées ensemble par des cheirilles
en fer, aux extrémités desquelles on enfonce des defs ; on pile forte-
ment, à l'aide de pilons de bois, le tuf ou le ciment qu*ou y a jeté, et
lorsqu'il est suffisamment dur, on y ajoute une nouvelle couche, quW
pile de nouveau, et ainsi de suite jusqu'à ce que le caisson soit plein;
* N** 1 et 1 des cchantillont déposés par moi an Muspp de Parts. Jo dola k
l'extrême obligeance d« M. Cordier de pouvoir donner quelques rmueignament
sur la compoKitioD géologique drs terrcins que j'ai pu obs4>rvcr dans la Raada-
Oricntal ol le l\io-(frandc Ce .savant géologue a bien voulu déterminer lui-m^me
l»** éch.intillon* qno j'ai rapportés.
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— 529 —
de quarC^^hyâlin, blanches et violettes, appor-
tées de rintérieur de la Banda-Oriental. A voir
la croûte extérieure de ces petites masses géodi-
ques, on ne supposerait vraiment pas quelles
ptiissentrenfernierd*anssi jolis cristaux: elle est
noirâtre , terne , raboteuse , et ce n'est qu'en
..brisant ces blocs plus ou moins gros, qu'on
parvient à découvrir ce qu'ils contiennent.
Le âtO octobre , nous nous rembarquâmes de
nouveau sur une autre bàUmdra^ d'une cinquan-
taine de tonneaux. Nous mimes à la voile à huit
heures et demie du matin avec vent du sud et
alors on enlère Tappireil, et le mur fait et lolîde, se durcit de plus en
phM, avec le lemi.
A qniAqiies lleiies au nord de Sando, II y a detix fottrs à chaux, de
très-médiocre qualité.
La terre noire, tégétale, composant la première couche du terrain ,
est employée pour la construction des chaumières et des maisons \ elle
a beaucoup de liant et se durcit promptement. Cette espèce d'aigile est
très-favorable k la végétation dei herbacées ou des arbrisseaux \ mais
son peu d'épaisseur au-dessus du calcaire fait sans doute que des arbres
ne peuvent y prendre racine ; car toutes les collines environnantes
sont nues et dépourvues même de buissons ; on n'en aperçoit que dans
les vallons et les endroit où la couche végétale est plus épaisse.
Dans un de ces vallons, au S. £. de la ville, on trouve un banc peu
étcfldii de grès rougeâlre, k gi-os grains, exploité en pierres plus ou
moins grosses, pour la construction des ranchos , les fondations des
maisons en briques et le pavage des rues. On en trouve encore dans
d'antres endroits de celle localité. Il y a plusieurs fours h briques
dans les vallons, où l'argile linranenac est abondante.
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— 350 —
beau teins. Uue goélette brësUienne leva lancre
peu de tems après nous pour la même destina-
tion, celle du Saito.
Pajsandu, vu du nord-ouest y est moins désa-
gréable que vu du sud-ouest ou de Fancrage,
les maisons paraissant plus rassemblées.
Vers la fin du jour le vent manqua; nous
amarrâmes à des saules> sur la côte d'Entre-
Rios, à environ dix lieues de Sandu^ dans un
parage très-sablonneux.
Les bords de lUruguay, ainsi qne son lit, abondent en galets de
quartz et de ses Tariétés, d*agate, de cornaline, de calcédoine, de sar-
doine, etc., parmi lesquels on rencontre quelques débris organiques
fossilisés f appartenant au régne végétal. Les poudiogues y sont rares.
On voit sur la rive droite de TUruguay, en face de Pajisandu, des mon-
ticules de sable trés-fin et trés-blanc , s^étendant assez avant dans les
terres. Ces terreins sablonneux produisent diverses espèces de bob
grossissant peu généralement , maïs qui sont très-compactes et très-
durs , très-épineux , tels sont : Vespinillo , Valtforrobo , Vurundsy , le
Nandubay et plusieurs autres.
Je n'ai trouvé aucun fossile animal dans cette localité, je crois pour-
tant qu^il doit y en avoir dans les carrières du calcaire en exploitation,
parce que tout ce pays, même les plaines basses et allu viennes de Boé-
Dos-A}Tes , renferment des ossemens d*animaux aniî-diluviens , tels
que le mastodonte- à dents étroites , les tatous gigantesques et les
ichtyosaures. Il est nécessaire d^entier dans quelques explications à
regard de ces animaux perdus, avec lesquels on est encore si peufam^
liarisé, que des moines «avaiw de Buénos-Ayres ont cherché à persua-
der les crédules que les os de certains animaux croissaient dsns la
terre.
Les mastodontes appartenaient à Tordre des Pachydermes (animaux
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— 351 —
Le âl j le tems était beau, mais calme; nous
descendîmes à terre pour chasser. Après ayoir
traversé des bancs de sable , nous arrivâmes à
de longues lagunes, ou étangs, dont les bords
étaient couverts d'échassiers et de palmipèdes;
mais si sauvages que leurs bandes nombreuses
s'envolaient hors portée. 11 £dlut agir de ruse
pour en approcher. Tandis que nous avions re-
cours à nos stratagèmes de chasseurs, afin de sur-
prendre les autruches , les hérons et les canards,
le patron de la balandre nous fit signal de rallie-
ment. Nous en eûmes un peu de dépit ^ car l'ar-
à sabots, à la famille des PtoboscidUns (à trompe et à défense ) et
fonuaient un genre particulier, voisin des Hippopotames *.
Les tatous fossiles appartenaient à Tordre des Edentès (c*est-à-dire
sans dents sur le devant des mâchoires) et k la tribu des èdentés ordi-
naires', quelques naturalistes systématiques, les rapportent A ta tribu
des Tardiyrades (nom exprimant leur excessive lenteur) et les confon-
dent avec les genres perdus des mégathérium et mégalonyx, voisins
des fourmiliers et des paresseux. Sans doute M. d'Orbigny tranchera
cette question de nomenclature et rapportera le tatou fossile au vrai
type de son genre. ( Dasypus de L.) Les iclUyosaures de même que
les plésiosaures, étaient des reptiles de taille gigantesque, vivant dans
la Tner, Tichthyosaure avait une tête de lézard , un museau efifilé
comme celui du dauphin, des pattes de cétacée au nombre de quatre,
et des vertèbres de poisson, hs plésiosaure , avait les 'mêmes pattes
une petite tête de lézard portée siu* un long cou, semblable au corps
d*nn serpent. Ce sont les laborieuses recherches de Georges Cuvier
et de ses savans collaborateurs, qui ont rendu à la science ces an-
ciennes espèces, et une infinité d'autres appartenant aux divers ordres
* Voyex Cuvier : osstmensfostiUs ; les Lettre* sur les rèvoUuioiu dm Globe et tou*
le* livre* élémentaire* d'histoire naturelle.
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— 532 —
deur nous ayait emportés bien ayant dans les
terres, et nous ayions Tespoir de rencontrer
quelques bonnes espèces d'oiseaux; nous dûmes
nous contenter des canards et des pigeons, (pa-
lomas) , que nous ayions tués, &ute de mieux.
Le yent était toujours sud, mais £uble; nous
yoguâmes d'abord très-lentement et si près des
arbres que les branches embarrassaient les ma-
nœuyres. Plus tardleyent s'éleya; nous gagnâmes
promptement l'ancien yillage de SanrJose, miné
par les Portugais ,1 pendant l'occupation de k
du règne animal, qui semblaient perdues pour eQe, et dont les ome-
mens sont ensevelis entiers, ou diverses dans les couches de diver-
ses formations. En recueillant ces débris et cherchant à les rappro*
cher dans leur ordre primitif, Cuvier est parvenu à recompoeer les
êtres auxquels ils ont appartenu, et à les ressusciter en quelque sorte,
puisqu'il a retrouvé leurs formes, leurs proportions, leurs mceurs et
toutes leurs habitudes.
Ou renconU^ dans différens endroits de la province de Buénos-Ayres,
notamment dans les environs de Lujan^ et de San^NtcoUts-de-loê-
Arroyo9, sur la rive droite du J'arana, beaucoup d'ossemens de wuuUh
dontê à deuts étroites. J'ai vu chez un négociant à Bnénos-Ayres un
squelette à peu près complet de cet ancien pachyderme. Il lui avait été
apporté de rinlérieur de la province par un GauchOf qui le vendit la
valeur de 20 ou 25 fr. Ce négociant en « refusé, disait-il, 1200 fr. Oa
sait que les ossemens du mastodonte k dents étroites , improprement
aiipelé wammotMAySont bien plus rares que ceux du grand mastodonte?
Le premier os de cette espèce (un tibia), fut rapporté par M. deHua-
boldt, qui Vavait trouvé dans le camp des géants près Santa-Fé de
Bagota.
Les ossemens de UUovi-géant se trouvent en grande abondance sur
les bords et dans le voisinage du Rio-Néfjro (Banda-Oriental) ; il y en
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— 535 —
BandarOnental , Puis la Calera de Barquin^ sur la
côte d'Entre-Rios, presque en &ce de San- José.
Toute la côte de la Calera (fourà chaux), pen-
dant deux mille environ , forme falaise escarpée,
laissant voir une roche de calcaire grossier , un
peu gjpseux, entremêlé d'argile blanche et de sable.
Le paysage de la Calera est assez riant; on en
ferait une jolie petite ville dont la position serait
très-convenable au commerce. Située à l'extré-
mité S\m coude que forme FUruguay , à envi-
««BSBiMmteêfalâMêtargHo^alcahreé àè 8im-Klcola»-4e-lM-Av«mM.
M« D'Orbigiqr «n a Irouvé, ei il peoM que cA animal était de la gros-
seur d'un bceuf ; c'est-à-dire, au moins vingt fois plus volumineux que
le Cataa-fèimt du Paraguay, encore existant.
Les ossemens de ricbthyosaure se rencontrent sur les bords du Rio
Arapey (Banda Oriental), Tun des afflnens de ITJmguay. Le tenienle
Gomez, Inife^ten , que j*ai en ocoasimi de iwir chez M. Benpiand,
trouva un jeor, près de cette rivière, le flqmAMte comi^t^'nn atriraal
inconnu^ qni lui parai fort •étrange ; û en doima 9m k Rio Janeiro, et
Tempereur don Pedro 4cr Hiargea devuîle le docteur Frederick StOow
<on Sèlo) naturaliste prussien, de recueillir les ossemens 4ecet animal.
Cenataraliste, nortÛen mrtliewnuacmeiit, comme je Val'dit dans mon
intreduelion , hii donna le «om 'ê^icht^yoêuvrv9'Plotensis. Ce reptile
monstrueux est le type détordre des Ï'c9ahy9swirienâ delà classe de
êqumdfkfê de Blainville.
BOTANIQUE. — Les plaies presque continuelles survenues pendant
mon séjour à Paysandu ne m'ont pas permis d^crboriser ; c'est pour-
quoi je ne suis pas àm^me de fbnmir des renseîgneniens détaillés sur
la note de cette localité. 3e ne puis présenter que quelques obser-
vations générales , résultant de rinspecHon rapide que le tenis m'a
permis de faire.
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— 354 —
ron dix-huit lîeues du Sako et douze de Pajsandu,
elle aurait encore Tavaiitage d'être à proximité
des forêts de palmiers yatcas et Carondcis
qui couronnent la Calera de deux côtés , avec
d'autres arbres très-propres à la construction des
maisons. (L'yataïs est une espèce de palmier qui
s*ëlève peu ; le tronc en est gros'et couvert des
anciennes traces de3 attaches des feuilles. Le cœur
ou le chou en est excellent. — .Le carondaïs est un
autre palmier dont on emploie le tronc, creusé, en
guise de tuile.) Assise sur un petit plateau élevé, au
bord même delà rivière, au fond d'une anse,
on jouirait à la Calera d'un air pur, d'une jolie
vue , et les navires pourraient y venir à quai.
Un ruisseau boisé , prenant sa source dans la fo*
J'ai été surpris de voir id , comme à Montevideo et à Buénos-Ayics,
la végétation indigène eavaliie, sur une surface considérable, par une
plante eiBotique dont la propagation va toujours croissant ; je veux
parler de cett^ espèce de cardon d'Espagne ( Hnara carduncuivs) (foi
infeste à présent ces campagnes au point de couvrir des centaines de
lieues de superficie. Cependant les hahitana ne s'en plaignent pas trop,
parce qu'ils sont très-friands des cdtes tendres des jeunes pousses, et
que y de plus, les tiges séchéas sur pied sont eniptoyées, par eux en
guise de bois, dont la pénurie se fait sentir partout où il n'y a pas de
rivières. Toutes les collines de Paysandu , principalement vers le sud ,
ne produisent pas d'autre plante que ces cardons. Dans les plaines,
ils sont encore accompagnés de deux espèces de chardons indigènes ,
aussi très-répandues, l'une est connue par les Espagnols sous le nom
d'a*/o/o (formé par attraction de ces deux mots tOtra-ojo, ouvre l'œil) ;
l'autre , dont j'ai oublié le nom , est rampante et très-piquante. Pour
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— 555 —
rêt de palmiers , contribuerait encore à la beauté
du site et serait très-utile à l'établissement de
quelques usines , telles que fonderies de suif, sa-
laderos, tanneries, etc.
Il y a un fait curieux et remarquable dans la
Tégétation de cet endroit: c'est que, jusqu'à
deux ou trois lieues au-^lessus et au-dessous de
la Calera, les palmiers abondent, tandis que sur
la côte orientale on n'en découvre pas un seul ;
cette remarque peut s'étendre à tout le cours de
l'Uruguay; depuis son embouchure jusqu'aux
se former une idée de la Tégétation primitive de ces liaix , il fant iîré-
qaenter la plaine sablonneuse , un peu aride , du bord de rUnigaày ^
où Ton remarque avec plaisir, au milieu des buissons épineux , des
arbrisseaux et des cactus, une assez grande Tariété de chaimantes fleurs
dignes d'être cultivées. « Di^is rhémisphère austral , dit un célébra
géographe , une v^étation analogue à celle de TEiirope commence à
des latitudes plus rapprochées de Téquatenr. » Ainsi les euTÎrons de
Montevideo , de Buéuos-Ayres et de Faysandu sont couverts de plan-
tes qui appartiennent , à peu d'exceptions près , aux genres composant
la flore française. La base de la végétation de ces plaines est formée
de gi-aminées , de verbenacées , de composées ou synanthérées , de
lègaminenses , de solahnées , d'ophrydées, et de quelques berraudien-
nés ou sisyrinchyum , à fleurs de couleurs variées , les unes d^uu beau
▼îolet, les autres d*un beau jaune. On remarque encore quelques bro.
meliacées et nuilvacées ; une espèce commune de cette dernière fa-
mifle est très^répandue près des habitations , où elle accompagne tou.
jours le tartagoon palma chrUH (jairapha cnrcas dé Lin.) de deux es-
pèces , trés^ropagées dans les jardins.
L.a plaine basse est couverts d'un cactus globuleux de très-petite es-
pèce. Les lieux bas et marécageux donnent naissance k de hautes gra-
minées , d'espèces variées , à des joncs , des pailles coupantes , etc..
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— 556 —
Missions^ on observe fréquemment le même coq*
traste* Ces arbres, entremêlés avec d'aatrefi,
produisent un joli conpd'oeil) maU ûolés, ccMmne
ils le sont au nord-est de la Calera , dans toute
la longueur du détour de FUruguay, et dissémi-
nés dans an terrain saUoimeux 9 très^leTé, ils
donnent au pays un aspect sauyage ; il semUe
qu'on soit transporté dans les plaines arides de
l'Afrique. Tout le coteau sablonueux sur lequel
croissent les paliniers , à Xexclusion SmUres ar-
bres , est rempli de sources d'eau minérale ferru*
ginexise*
anpujmfe les Eaptgnols en pays éiMinent le nom &e pt^onaUs. Les
plMoes élevées même, enrCont dans les liem ééseHs, peu fréquentées
fÊt les berfawx , soort ooaTertes de «es pafonaSês qm représentent as-
sez IneB «m champs de eéréeles, àFépoqnedelamoisaoD.MaisdaBs
les fiev peuplés de bestiaux, on a grand «ofn de mettre le feo anx
champs à l'époque où Therbe desséchée n^oikv pins q«rnne aiide pâ-
ture , ain de donner naissance A un gazon tendve et* noortssant. Cette
opération doit nécessairement détruire une grande quantité de plantes
Depuis la rivière de la Plata jasqu*aux Missions, on ne trouve de
bois que sur le bord des rivières et des ruisseaux j mais ces bois se dé-
truisent à mesure que le pays se peuple. On les remplace ^ dans quel-
ques localités , par des pêchers croissant ti'ès-facilement et dorauni
un fnut délicieux , appelé durasno (c^est la duradne.)
Les cryptg^mes sont asaea tares dans les^n^irans de Pa^aandu^
▼tt rabsence de gcands bois et de rochen On retronve uâ , comme à
Montevideo , une espèce de fougère » irès-voîaine deiWwfirfg re^is,
de France, et un lycop^dium inundaium. J'ai remarqué que Jes cactus
du genre nopale paraissaient soufitir beancoup d'un petit liciien qai
les envahit entièrement.
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— 357 —
Le coude formé ici pa^ FUruguay est assez
difficile à remonter , quand le vent n'est pas Ùl-
Torable ; aussi , nous ayant abandonné ou plutôt
les falaises argilo-calcaires de la Banda-Oriental
l'ayant intercepté complètement , il i^Iut pren^
dre le parti de haHer le navire au moyen d'une
corde amarrée amx arbres ; mais même avec cette
ressource , les marins ne purent dompter la force
du courant. Le patron prit le parti de &ire une
ZOOLOGIE. — Mammalogiê et Omitholoyiê. En fait de mammifères
en ne rencontre communément à Paysandu que des carjnmcho* (grands
cabûns); des venados (cerfs, Tespèce appelée ^iMuu/ipar les Guaranis
et Azara); des comadrejas (I)idelphes)j des apereas{\e Gui, cavia co-
baia)'y des zorrilloa (Yaguaré, d^Az. mouflette-vitwrra méphitîs, Gmel.);
des armadillostimulHaa {TBUna-dasypus, Lin.) — Le Jaguar, el tigre-
mipkitiê n'y apparaît qu'accidentellement , quand les lies sont submer-
gées.—La pizcacha {callomys-viscacia^ J. Geoff. St-Hil.), si commune
aux environs de Buénos^Ayres, ne se trouve pas sur la rive gauche de
lUruguay ^ maison la rencontre assez fréquemment dans rEntre-Rios,
sur la rive droite.
11 n*y a pas ici une grande variété d'oiseaux : je n'en ai rencontré
qu'une quarantaine d'espèces , h répartir dans les six ordres ; je crois
cependant qu'on pourrait en réunir beaucoup plus si l'on y séjournait
long-tems ; l'ordre des passereaux m'en a fourni vingt-quatre.
Oiêeama; rapacês. •» Les vautours urubu (aUhartes uruhu. Vieillot ^
d'Orb.) n'y étaient pas communs ; je n'y ai pas vu l'aura. — Les trois
espèces de caracaras de Azara (le caraneho^ le chimango et le chima-
çhima) y sont communs, ainsi que la chevèche-Zopin {urucurea d'Az.)
Passereaux ou Syloains. — J'ai tué dans cette localité, et pas ailleurs^
un tangara à bec dentelé^ qu'on m'a dit être le philotome rapporté dei-->
nièrement du Chili. — Le cardinal huppe rouge de Az. ( oxia cucuU
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— 558 —
nouvelle statiou sur la rive droite , en attendant
une brise.
Le 2â^ le vent élait contraire; le tems était
beau j mais extrêmenaent chaud et un peu ora-
geux. Nous de3cend}mes à terre, au nombre de
cinq individus I avec toutes^ nos armes» parce
que nous avions à redouter non-seulementla ren-
contre des jaguars y mais encore, celle d'un parti
de Gauchos vagabonds, comme il y en avait
souvent à cette époque; heureusement cette pré-
caution devint inutile.
lata y Latli.) est commoR, MsiqaeYongUt deBiiflbn ( Hnde d*Az.) —
Le gobe-mooche ruHn {churrinchê Az.) — Le tyran à queue fourchue
{suiriHy petits-ciseau» de Az.) sont assez communs ainsi qu*an gobe-
moiicbe blanc et noir, appelé viuda (veaTe), qne je croîs être Viruper9
de Az. ; le hienteveo, le foumier, le troquet d lunettes. — On y tronTe
encore le troupiade dragon de Az., cehii à tête jaune ; le casdqne à
gorge-rouge {étoumettu des terres Magellantques , BnlT.); un engoule-
vent à ventre biane ; un gros-bec à collier noir ; trois espèces de bec-
fins i un roitelet ; Toiseau-mouche vert-doré et V améthyste émerauds;
ce dernier n^est pas commun.
Grimpeurs. — U y avait des bandes du maracami psÊêago9L de Ai.
beaucoup de perruches{coi orras) à louque-queue,'^ Le pic aux oUes
dorées ; celui k tête pourprée {Picus Linéaêus de lin.); un pkoSde
huppé eoulemr de tofto» à^ Espagne, n'enstattl pas encore au ■Mnèa dt
Paris. Enfin le eoucou piririgmm de Az. ( Gmiru êminrm, )
Gallinacés, — Deux espèces de ramiers ; deux espèces de pigeoBs ;
deux espèces de tourterelles, trés-nomnwnsj répandus par bandes dans
les champs.— La petite perdrix G'yfMvii^i deAz., tinamusmaeulosus.
Temm.), la grande perdrix, ou grand tinamous {Inambu guoMu d'Az.,
Unamus rufercens Temm. ), en grande quantité.
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— 339 —
La rire est bordée d'arbres yerte et touffiis >
d'espèces rariées produisant un bel effet ; presque
toujours baignés par la riyière , ils croissent rapi*
dément et arec feu ; mais ce qu'il y a de singu-
lier, c'est que, passé cette ceinture verte, épaisse
et branchue , on ne Toit phis dans l'intérieur du
pays 9 plat et sablonneux, que des palmiers isolés
on réunis par groupes de trois ou quatre , sem-
MaUes à des débris de péristyle dont il ne reste-
rait plus que les colonnes. La végétation est
singulière dans cette contrée. Nous vîmes peu
d'oiseaux; aucim mammifère, excepté xm tàon
du cervtMS campestris, que le hasard fit tuer
à Fun de mes compagnons de voyage. Cepen-
dant nous remarquâmes des traces de jaguar,
de carpinchos (cabiaïs) et d*autruche. Quelques
oiseaux de rapine, des cathartes urubu et aura ,
des caracaras, des buses rousses et des milans à
calotte noire planaient silencieusement an-dessus
Echoêtieri et palmipèdes. '^tes bords de rUni^^ay de même que
ceux de laFlata etdaParana, abondent ea oiseaux de ces deux ordres.
La fanulle nombreuse des longirostres, qui comprend en partie cette
Tariété d^oiseaux de rivage, connus à Buenos- Ayres sous le nom de
dWrittiify wiilHniie plus d*vn genre iadéienwnè capable d*cnbanrasser
nos nmneiiclaleurs. En fait d'échassiers, je n*aitué ici que le vofineau
armé (terutero de Az.) différent de celui de Gayenne^ des petits plu
«iers à cellier noir ; le jacuna commun et PhirondeUe de mer atema
miMuia de Lin. — C'est à Buenos- Ayres que j'ai tué le rkynekea hUafia
et le Hwfchorus, genres nouTcaux.
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— 340 —
d'un Taste champ brûlé la Teille, et encore fil-
mant; quelques perruches et perroquets passaient
en criant au-dessus de nos têtes, et des pics aux
ailes dorées * guettaient , sur le tronc échauffé
des palmiers, la sortie des insectes que l'incendie
avait fait se réfiigier dans ce seul asile qui leur
f¥lt offert. Nous tuâmes de tous ces oiseaux > ainsi
qu'une variété du troupiale dragon , que je crois
être le guirahuro de Azara, et, au bord de la
rivière , une jolie pie blëu-turquin à ventre jau-
nâtre et à sourcils bleu ciel * .
Le 25, letems était redevenu beau, une petite
brise de sud, irrégulière, nous poussa tout le jour.
Nous passâmes devant YHervidero^ estancia et
four à chaux, à huit lieues du Salto, vers le sud,
dans un endroit où le lit de la rivière fort encaissé,
d'un courant rapide , n'a pas plus de soixante à
soixante-dix toises de largeur. U paraît que la
chaux, &ite sur les lieux , est d'assez bonne qua-
lité.
A un mille plus loin nous passâmes devant le
confluent du Jkefvtany rivière de quatrième
1 Charpentiers des champs , d'A2. Picus amatus. Lin. The-sold-
winged-jwcker, catesby.
s J caché de Azara.
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— 34i —
ordre descendant de Test, dans le lit de laquelle
on trouve de magnifiques cristallisations de
quartz-hyalin , diversement colorées.
A la fin du jour, le vent ayant manqué de
nouveau , nous aidâmes courageusement les ma-
riniers à haller le navire d'arbre en arbre )us-
qu au Saladero del CorraUto.
Le 24 9 au lever du soleil, nous descendîmes
tous à terre. Après avoir exploré les environs du
Saladero , nous allâmes rendre visite au proprié-
taire don Léandro *** , espagnol européen , par-
lant assez bien le fi:*ançais ; il nous donna Thospi-
talité avec une politesse toute gracieuse , la plus
digne des belles manières d'un CahaUero.
Après le déjeûner , au lieu de nous rembar-
quer 9 nous primes la résolution de nous diriger
sur le Salto, à travers la campagne, conservant
l'espoir de trouver en route quelque chose d'in-
téressant ; nous fîmes ainsi plus de quatre lieues
eu chassant , mais inutilement ; nous ne vîmes
que fort peu d'oiseaux, et toutes espèces commu-
nes à Buenos- Ayres, telles que pics à ailes dorées,
tyrans, troupiales, caracaras, teruteros, etc. Nous
tuâmes pourtant deux belles espèces d'engoule-
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— 542 —
vens et un fort joli gros-bec roage et gris. Nous
vimes aussi beaucoup de couleuvres et cet énorme
lézard appelé tejru par les Guaranis * .
Conune l'Uruguay avait recommencé à croître,
. nousnousfatiguAmesbeaucoupà&iredesdétours,
nécessités par le gonflement des nombreux ruis-
seaux et des hanados ou terrains inondés. Tout
ce pays, comme la Banda-Oriental entière n'offire
à la perspective, que campas quëbradosj c^e^rk-
dire, des terrains fréquemment entre-coupés de
petits vallons, de monticules et de collines peu
élevées , sans direction déterminée ; on ne voit
guère d arbres que le long des rivières et des
ruisseaux ; mais conune ceux-ci abondent par-
tout, il en résulte une fertilité très-grande et
tous les avantages désirables pour l'éducation des
bestiaux.
Quelques maisons blanches, dont les fenêtres
réverbéraient la lumière rougeâtre du soleil cou-
chant, nous annoncèrent le Sedto ; cette vue nous
attrista, au lieu de nous réjouir; nous nous étions
figuré, je ne saurais trop dire pourquoi, que
plus nous avancions, plus les sites et les paysages
A Lagarta en portugais {Lecerta tefjmisin Lin.)
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-^ 545 -=
devaient être charmans. — N'est-ce pas ainsi que
nous cheminons dans le sentier aride et tortueux
de la irie?4».— •Dëôenchantemens sur désenchan-
temens^ mystifications sur ni]fstîlications, jus-
qu'au moment où la tombe s'ouvrant , cetitu-
plera peut-être la somme des mystifications et des
dësenchantemens !
Le SùUo * est un village qui n'a pas la moitié
de l'importance de Paysandu. Il est situé sur une
hauteur isolée, formant Une presqu'île à l'épo-
que defe débordemens de l'Uruguay. Le terrain est
aride, couvert de cailloux roulés, ou de galet,
avec d'innombrables fi^agmens de roches tendres :
on dirait un monceau de ruines , tant ce sol est
bouleversé, couvert de pierres de toutes gros-
seurs. Les autres collines environnantes ont exac-
tement le même aspect : presque toutes ces pierres
ou fragmens de roche, ne sont qu'une agglomé-
ration de sable, de graviers et de galets unis
grossièrement, sans ténacité, par un ciment cal-
caire-argilifère. L'argile jaune est la substance
qui> avec un peu de calcaire ♦marneux , paV*a!t
former la base de ces collines. Il y a aussi des
bancs d'un grès arenacé fort grossier.
t Latitude Si* 28' me gandie de rUrugady.
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— 344 —
Je remarquai en venant du Saladero dd corra-
ïito , à enTÎron deux lieues du Salto , sur le bord
de l'Uruguay 9 des grès ferrugineux géodypies,
formant des blpcs isolés plus ou moins Tolumi-
neux ; les cavités en étaient remj^es par du sa-
ble très-chargé d oxide de fer.
Il n y ayait pas plus de cinq maisons à^uxotea
(en terrasse ) au Salto , lors de notre arrÎTée ; les
autres habitations étaient des ranchos, (çhau^
mières) bien bâtis, blanchis, pour la plupart,
extérieurement; T église était aussi un /loncAo ,
conune à Sandu ;^ seulement on avait élevé à coté
de rentrée un simulacre de clocher , en forme de
portail, où étaient suspendues deux cloches de
moyenne grosseur. Les rues sont comme dans
toute la Banda-Oriental, bien alignées^ garnies
de trottoirs, correspondant aux quatre points
cardinaux. Quoique les cuadras soient loin d'être
renoplies de maisons, cette . régularité de plan,
donne néanmoins à ce village Fapparence d'uno
petite ville. Il n'y avait pas encore de réverbères,
ou fimaux dans 1q3 rues , mais on devait en pla-
cer prochainement.
De chaque côté du village, au nord et au sud,
il y a un ruisseau boisé; coulant dans un vallon
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— 546 —
profond, jusqu'à TUruguay. Pendant les cruM
de la riyière, le côté sud s inonde fiu^ilément, et
il y a alors assez d'eau pour .permettre aux goélet-
tes et aux balandres de s'approcher à quai; mais
quand les eaux sont basses, que l'Uruguay m re-
pris son lit, ce qui a lieu les deux tiers de Fan-
née , les navires Tenant dien-hiMS , sont obligés de
rester au Saladero dd corraiUo , pour y opérer
leur chargement et déchargement, opérations
très-coûteuses pour le conamerce.
IjeSaboy c'est-à-dire la cataracte, n'est pas
en face du village ; il en est éloigné d'environ
deux lieues au nord : c'est ce qu on nomme le
Salto cfUco. Il en existe un autre plus grand, à
trois lieues de celui-ci, également au nord, apT
pelé Salio grande. C'est le premier qui a donné
son nomauviUage(t'ii22a). Ces deuxsaltos, qu'on
ne reconnaît qu'à la rapidité du courant, lorsque
la rivière est très-haute, sont à découvert les trois
quarts de l'année et rendent toute navigation
impossible dans ces parages ^ • Les bateaux ve-
nant d'en-fiaiU restent à huit licites du village ,
dans une petite anse appelée e/ ^u^rfo (le port),
en £ice d'uu groupe d lies désignées sous le nom
* Au sallo, rUruguay est deiu fois large oomnie la Seine à ParU,
c'eat-à-dire de 120 à i30 toises.
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— 84« --
éè isicm ddhê^ttftù. Le trajet del poerto au vil-
lage se &it par term^ k cheral oa en «hiEOreite;
mais, dans ce cas, on a quime lieues à parcourir
auL lieu de huit 5 à cause d^un détour qu'il faut
faire pour éviter des banadas ou marécages*
Une fois passés ces deux saltos^ formés de roches
à ileur d'eau, l'Uruguaj, bien que très^rapideen
beaucoup d'endroits, est navigable pour de gran-
des pinces et des bateaux plats jusqu'à la hau-
teur du Paraguay, c'est-à-dire k plus de deux
cent cinquante lieues de sa jonction avec le Pa-
rana. Une nation industrieixse comme celle des
Nord •'Américains 9 par exemple, aurait déjà
aplani les légères difficultés qui entravent la na-
vigation de rUmguaj, et sillonné cette bdle
rivière de plusieurs bateaux à vapeur pour &ci-
liter Faccroissement de la population et le dé*
bouché des produits de l'industrie agricole : loin
de là^ on perd son tems en vaines querelles ^ en
disputes Sanglantes, et l'apathie des habitans est
poussée à tel point qu'ils ne comprennent même
pas comment on pourrait vivifier ces lieux, qui
Iles du forgeron on serrurier, à cau§e d^un oiseau de Tordre des
{RBAfléfeaux, genre cotiiigiy aous-genre procfiU, eonim àU Brésil mus le
nom de ferrador et é^araponga ( casmarynchoe nudicolis ). Sa voix éda-
lante imite tour-à-tour le bruit de la lime et celui du marteau sur une
enclume.
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— S47 —
ne leur paraissent destines qu'à nourrir des che-
Taux et des vaches. Cet endroit • est réellement
susceptible de prendre de raccroissement 9 quand
le commerce avec le Paraguay deviendra libre et
que les Missions seront peuplées; car la voie de
l'Uruguay est toujours préféraMe, pour le trans^
port (des marchandises, à celk de l'intérieur.
Les autorités du Salto sont r un commandant
militaire, en même tems chef de police, tm
commandant de port, un )uge-de-paix, un al-
cade et un receveur de la douane. U y a une
école primaire-élémentaire, pour l'enseignement
mutuel, aux frais du gouvernement.
Cknnme il n'y avait pas plus d'auberge au Sadto
qu'il n'y en a dans les autres peuplades de l'Uru-
guay ou de rintérieur, nous eussions été assec
embarrassés si M. Antoine Thedy , suisse-français ,
n'avait eu l'extrême bonté de nous accueillir et
de nous héberger pendant trois jours que nous
y restâmes, en attendant un vent propice pour
remonter la rivière jusqu'aux Missions. M. Thedy
exerça envers nous les lois de l'hospitalité d'une
manière trop généreuse vraiment ; car nous étions
cinq individus, affamés par les privations du
voyage , et nous disions un tel honneur à sa cui-
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-^ 548 ^
sine^e j'en restais confus; il ne voulut pourtant
accepter aucune espèce de compensation. Au
reste , ce désintéressement , qui deyait nécessai-
rement nous étonner, était si familier, si naturel
à M. Thedy , il y mettait tant de bonne grâce,
qu'il méritait bien ce titre flatteur de père des
Français que nos pauvres compatriotes expatriés
se plaisaient à lui donner, non-seulement au
Salto, mais encore à une grande distance à la
ronde.
Le jour même où nous arrivâmes, nous eûmes
le hasard de rencontrer chez M. Thedy un vieux
marin à'Hon/Ieitr^ nommé Victor, prêta par-
tir pour.Fancienne Mission de San-Borjà. U me
sembla que nous ne pouvions trouver une occa-
sion plus Êivorable; nous nous hâtâmes d'arrêter
passage , dans la crainte de faire un trop long sé-
jour au Salto. Le bateau de ce marin ( jaugeant
au plus deux tonneaux) était plat , non ponté,
assez mal installé d'ailleurs et fort inconunode à
tous égards, puisque nos bagages le remplissaient
et qu'il n'y avait d'abri , en cas de pluie , que
pour nos provisions! Belle perspective pour un
voyage de cinq semaines dans la saison des pluies?
Il est vrai que notre compatriote , vieux loi^ de
mer dégénéré, se faisait fort de franchir les qua-
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— 349 —
tre-vingt et tant de lieues qu'il y a du Salto à'
San-Borja en quinze jours , et en cas de pluie, il
promettait de dre^er une tente avec des cuirs;
mais on verra plus loin comment il tint sa parole.
En attendant le bon vent, nous nous mtmes à
chasser pour tuer le tems, uniquement; car
des naturalistes n'ont pas grand chose à recueillir
au Salto , si ce n'est des cailloux roulés , des bois
fossiles et des cristallisations de quartz-améthyste,
en prismes implantés , qu'on apporte en grande
abondance deTintérieur, pour £dre des cadeaux.
Les tourterelles et les ramiers étaient si nombreux,
qu'en moins de deux heures nous en eûmes
notre charge. Quant aux autres oiseaux, ils furent,
fort heureusement pour eux, jugés indignes de
la mitraiUe que nous prodiguâmes à leurs co-vo-
latiles les gallinarès. Nous nous amusâmes beau-
coup à regarder un cariama ' privé , dans la
cour de M. Thedy. — C'était un oiseau paisible,
assez craintif, mais très-curieux et tout aussi
1 Cariama est le nom Inrésilien et saria celui des Guaranis et de
Azara. Cet oiseau, classé dans Tordre des échassiers^ famille étipres-
siro9tres^ est le type du genre cariama (microdactylug crisiattu:). Il me
semble que cet oîseaUi le nandu^ le ckaja et plusieurs autres, «eraient
plus convenablement classés parmi les gallinacés^ dont ils ont le bec
et les habitudes ?. .
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— 350 —
vorace qœ le nandu. Q visitait tou5 les apparte-
rnena et sortait qudiquefiHsdansla rue. Sa hauteur
était de deux pieds et demi ; son bec celui desg'aZ-
Unace$\ son cou et son port ceux du nandu; sa
paupière nue , et l'œil très-grand ; ses plumes
cotonneuses; sa couleur mélangée de blanc , de
noir et de gris. Cet oiseau a été très^bien décrit
par Feliz de Azara, M, Thedy élevait encore
d'autres animaux fort curieux, et il avait une
petite ccdlecticm de minéraux ou Ton remarquait
de magnifiques cristaux d'améthyste, de fiiusse
tc^Mze et de cristal blanc > avec des galets de FU-
ruguay, arrondis de teUe sorte qu'ils ressem-
blaient à des fiiiits.
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CHAPITRE XV.
S4pwt da Sallo. — Soitode resploralioa ■ Vowte. •
— ]|«|Df « — Vort de BaaJogJa.
Le dimanche 27 octobre, à quatre heures de
Taprès-midi , notre loup de mer d'Honfleur jugea
à propos de nous faire embarquer. A peine ayions-
nous fait une demi-lieue qu'un orage violent
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— SS4 —
éclata et qu'une bourrasque-pampero nous fit
tournoyer À-peu-près comme une toupie. Le pa-
tron ne voulait pas, pour tous les diables, retour-
ner au Salto, par cette raison « quU n cubait ja-
mais relâché en mer. » Pourtant ime forte ra£&le
ayant déchiré la seule voile en coton que nous
eussions dans notre galère, l'obligea, bien mal-
gré lui, à nous faire aborder dans un îlot formé
par le débordement de l'Uruguay. On ne se figure
pas ce que nous eûmes à souf&ir dans ce malheu-
reux îlot, où il n'y avait pas un seul morceau de
bois sec. La pluie commença juste au moment où
nous abordâmes et ne cessa que le lendemain vers
midi ; on sait déjà qu*îl n'y avait pas d*abri à bord,
ni même possibilité d'y coucher; nou& avions
compté sur les cuirs que le patron devait embar-
quer pour nous faire un toit , au besoin , mais il
en avait pris tout juste assez pour préserver nos
provisions de bouche et nos bagages ! Ainsi , nous
dûmes nous résigner, non-seulement à nouis pas-
ser de souper, mais encore à nous coucher sous
la voûte, un tant soit peu humide, du firmament.
Le lendemain nous avions l'air de gens sortis du
naufi:*age ; nous grelottions à claque-dents et nous
étions affamés. Dès que la tempête fut calmée, le
patron nous fit sortir de là et nous conduisit à
proximité d'un saladero. Nous sautâmes bien vite
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— 5S5 —
à lerre, courant Du-)ainbcs, à trayers les maréca-
ges et les -pajonales vers un rancho^ où nous de-
mandâmes rhospitalité ; on nous accueillit bien.
Nos hôtes étaient de pauvres canariens venus de-
puis long-tems déjà , comme beaucoup d'autres,
pour peupler ces déserts et remplacer les natu-
rels. Leur habitation, comme toutes celles des
Gauchos était une hutte de terre , entremêlée de
roseaux^ couverte en paille coupante, construite
enfin avec toute la simplicité de Farchitecture de
l'âge d'or. Elle était composée de deux-pièces ,
la chambre à coucher et l'appartement de ré-
ception servant en même tems de cuisine. Un
lit , formé de quatre piquets plantés en terre ,
supportant une claie de roseaux, ou des courroies
de cuir entrelacées, sur lequel se place en guise
de matelas , une magnifique peau de bœuf non
tannée; quelques autres cuirs étendus à terre
pour coucher les en&ns ; des bolas, des lazos^
(armes mdispensables du Gaucho), des harnais de
chevaux suspendus aux parois du rancho, for-
maient l'unique ameublement de la chambre.
Une autre claie de roseaux, supportée par six pi-
quets et servant à ces dames de canapé ou de
sofa, deux têtes de bœuf, en guise de fauteuil,
un petit baril d'eau, une marmite en fonte, deux
ou trois calebasses servant de vases, une jatte en
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— 556 —
bois, et une broche en fer piquée yerticalement
devant le foyer, placé au nulieu même de la cui-
sine, composaient rigoureusement Tinventaire
de l'appartement de réception. Je dois ajouter
que, chez les Gauchos plus riches, il y a souvent,
à côté du principal corps d'habitation, à la dis-
tance de huit ou dix pieds , ime seconde hutte,
analogue à la première , serrant de cuisine , de
garde-manger et de basse-cour: Qn'y a jamais de
cheminée; le foyer se trouve au milieu, et la fu-
mée s'échappe par où elle peut. Les ordures des
animaux domestiques , les exhalaisons des vian-
des accrochées , ou des cuirs étendus , y entre-
tiennent une puanteur insupportable, et des
myriades d'insectes bourdonnent sans cesse, tan-
dis que des volées de troupiales , de caracaras
ou de vautours-urubu se disputent les débris des
ruminans ou des solipèdes dont les cmBemens
sont entassés comme dans des catacombes ,
ou épars de côté et d'autre à la surfiice du sol ,
comme sur un champ de bataille.
Tandis que nous séchions nos vêtemens devant
le foyer enfumé , les braves gens se plaignaient de
la misère du tems et des querelles interminables
des partis dans ces malheureuses provinces *. Ds
I Ils faisaient allusion aux projets ambitieux de LavaUeja dui9 la
Banda-Oriental, et à cenx de Manuel Basas à Buéoos-Ayres.
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— 35^7 —
nous présentèrent, dans une corne, du lait sortant-
de la vache : nous acceptâmes ayec empressement
et leur of&lmes, en retour, un peu dejcana * qui
nous restait. Us allaient nous préparer un asiukh
(rôti) de yiande fraîche , quand le patron nous^
envoya intimer Tordre du ralliement.
Ce )0ur-là le Salto-Chico fut passé sans trop de
peine, grâce aux saules (seirandis) bordant la
rive. Vers le soir, on s'arrêta, sur la côte d'Entre-
Rios pour fiiire à souper et passer la nuit. Cette
fois, nous bivouaquâmes Êicilement et gaîment,
car le bois sec étant très-abondant, nous fimes
un inunense feu de joie, autant pour ache-
ver de nous sécher, que pour nous garantir pen-
dant la nuit de toute visite importune de Thon-
nètejagtdor ou de tout autre aimable voisin. Après
nous être repus de Fo^ao, après avoir savouré le
queso de Goya \ \ai farina de madioca ', et avoir
doiÉié du ton à notre estomac en avalant un
traguito de la brûlante cami, nous installâmes
confortablement nos recados dans le foin, au pied
t Prononcez Caytut^ mouillé ; espèce de lack ou de tafia, connue an
Brésil sous le nom de cachaca^ c'est de Teau-de-vie de sucre^
s Fromage rond, trèo-sce et très-salé, fabriqué principalement à
Goya, peuplade de la province de Comentes.
3 Farine de manioc (prononcez farûjna^ mouillé); en portugais, on
écnX farinha et Ton prononce comme en espagnol.
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— 358 —
d*iiii palmier carondai, et, nous trouTant toutrà-
£iit snug , nous réparâmes par un sommeil pai-
sible les &l;igues et le malaise de la nuit précé-
dente. N est-ce pas ainsi que le pauvre doit
envisager la vie?., •
Le lendemain , 29 , bon vent et beau t«ms.
En un instant, tout le monde fut sur pied, les
recados plies, les armes nettoyées % et tout à
bord. Nous primes le mate\ avant Faurore; ce
cordial devait nous soutenir jusqu'à midi, beore
du diner. La sobriété est une vertu passée, forcé-
mentj dans les moeurs des Espagnols américains;
ils ne font jamais que deux repas par jour; mais
ils prennent le maté à chaque instant. Noos finies
bonne route jusqu'au Salto-Gnmde. Là, il fallut
nous arrêter pour attendre un vent j&vorafale,
parce que Feau coulait avec trop de rapidité
pour espérer de dompter le courant; nous édoos
d'ailleurs sur la rive droite, et de ce ciùÊé il
n y a point d'arbres aux branches desquels on
< C*est un soin qa*il faut prendre chaque jour, surtout arec les armes
â piston, sons peine d*ètre exposé aux plus grands dangers. Les Gan*
chos, qui sont Irës-p.'u soigneux éprouvent souvent la mystification
de Toir rater lenrs pistolets ; aussi conunencent-ils à n*avoir phis la
moindre confiance dans les armes à piston. Il faudrait avoir soin de
n'envoyer aussi que des cheminées bien êridéos.
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— 5S9 —
puisse s'accrocher, pour fi^auchir ce mauvais pas-
sa^. Nous campâmes peadant trois jours, et
nous nous occupâmes à chasser, k pêcher, à
ex[dorer la campagne.
Nous étions au milieu d'un bosquet surmonté
de quelques grands arbres, sur une plage de
sable et de galet; nous avions pour limite, au
nord un rocher de grès tendre , très-schisteux ,
assez éleyé pour fomiei^/]proniontoire; à Fouest
des collines {campas quehrados) couvertes de
galets semblaUes k ceux du village dél Scdto; à
Test rUruguay, emportant avec la rapidité du
vent des nuées de cormorans % et au sud, une
petite rivière dans laquelle nous péchâmes des
tortues dont nousfimes d'excellent bouillon. Nos
mariniers étaient deux Indiens guaranis, habiles
à pécher; ils prk^nt souvent un poisson très-
abondant partout, appelé dorade * (doré) à cause
de* ses couleurs; il y en avait de fort gros, de
deux à trois pieds de long, pesant près de vingt
livres, et une grande quantité de petites espèces
attirant continueUement les insatiables cormo-
rans.
I Les zaramaijulloiis cle Azara \ les viguas des Guaranis j c*cst je
crois, une espèce de Graculvs ?
1 Espèce voisine du MiltUa micropo (Al. D'Orb.)
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— 360 —
L'Uruguay peut avoir, en cet endroit, un mille
de largeur. Sa rive droite est bordée, Fespace
d'une demi-lieue, par des rochers de gués tendre
et schisteux; il y a trois masses principales où
viennent ahoutir des collines, séparées par des
vallons profonds et marécageux , très-boisés ; ces
trois masses de grès forment autant de pointes
où Feau coule avec une rapidité eflfrayante. Vu
ilôt, couvert de saules .^e trouve juste au milieu
de la rivière , en Êice o^a première pointe, en
remontant ; un ilôt, plus étendu, est en arrière de
la troisième pointe, puis ensuite viennent des iles
très-longues. Ces îlots, dont la base est de roches
d'alluvion, c est-à-dire de matières arénacées,
agrégées et unies plus ou moins fortement par
les sédimens , le battement et le poids des eaux ,
resserrent le lit de l'Uruguay et en précipitent le
cours sur une multitude de fragmens de rochers,
dont quelques-uns, très-volumineux, ont vingt-
cinq à trente pieds d'élévation pendant la morte-
eau. On conçoit que le courant doit s'accr<^tre en
raison de l'inclinaison du lit^ des obstacles et des
chûtes causés par les masses de rochers , de telle
sorte que le passage devient impraticable quand
la rivière est encaissée dans son lit naturel. Mal-
gré la crue excessive de 1833, (nous passions au>
dessus des rochers et des arbres les plus élevés),
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— 561 —
il fallait un vent extrêmement fort , Taide des
rames et de bras vigoureux , pour effectuer le
passage du Salto-Grande. L'endroit le plus diffi-
cile , le plus périlleux, est sans contredit les trois
pointes du promontoire dont j'ai parlé ; mais on
n'est pas encore tranquille pour les avoir fran-
chies ! Pendant six milles environ, jusqu'aux iles
del Herrero ou del Puerto , le courant est encore
excessivement rapide ; il serait impossible mêm.e
de tenir le milieu de la rivière avec le vent le
plus fort ; on est obligé d'avoir recours aux bran-
ches d'arbres et de s'y accrocher successivement
jusques passé ce mauvais pas. Il parait que la ca-
taracte est peu sensible , en tems ordinaire , mais
il n'y a pas assez d'eau pour passer, et des rochers
nombreux s'élèvent beaucoup au-dessus du ni-
veau*
La rive droite étant, en plusieurs endroits, une
falaise haute et escarpée, très-rocheuse, on ne
pourrait conséquemment songer à y creuser un
canal latéral; mais la rive gauche, peu élevée,
argileuse , offrirait toute facilité pour cette opé-
ration utile.
Ce fut avec beaucoup de difriculté et de gran-
des contrariétés, que nous effectuâmes le passage,
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— 562 —
le 2 nOTCmbre. Partis à cinq heures du matin de
la troisième pointe, nous mîmes six heures à la
franchir et nous arrivâmes vers onze heures de-
yant une estancia (ferme pastorale) située sur la
rive gauche, à environ une lieue de la pramière
pointe du Salto-Grande. Nous courûmes nous y
réchauffer, car nous avions encore passé une nuit
pluvieuse, en plein air, sans autre abri que nos
ponchos et nosgergM. Vestcmciero ^propriétaire)
était un Indien Guarani, très-riche et hospitalier;
nous y déjeunâmes avec un excdllent (uao et du
lait sortant de la vache ; il voulut, de plus , que
nous emportassions deux amobas ( 50 Uvres) de
viande fraîche.
En sortant de chez lui nous nous vîmes dans
la campagne des bandes de ramiers et de tourte-
reUes (palonuis) , beaucoup de venados (cer&),
des tinamous (perdrix) et des nandous (autru-
ches) eu quantité.
Le 3, nous passâmes devant le Puerto (leport):
nous cherchâmes vainement ce qui pouvait loi
mériter ce nom; nous ne vîmes quune plage
basse, marécageuse et un chemin peu fréquenté,
conduisant au village du Salto. U n'y avait à
proximité del Puerto qu'un rancho désert, frappé
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— 563 —
de malédiction , car le Jbu du ciel j était tombé
récemment et avait rempli d'épouvante une fii*
mille indienne, en donnant la mort à une jeune
fille de douze ans, dont on voyait encore la mo-
deste tombe* On me montra quelques cbevaux
abandonnés , rev^Kint chaque soir passer la nuit
près du corraloù, naguères, une main innocente
les avait caressés. J'éprouvai un grand serrement
de cœur^ à les voir ainsi , tristement arrêtés, la
tête basse , près du tombeau de leur jeune mai-
tresse On eût dit que seuls, au milieu du dé-
sert, ils étaient restés pour la pleurer, et donner
au voyageur, passant près de cette tombe, un
exemple de fidélité et de reconnaissance, ins-
piré par la nature.
Ici finit la grande rapidité des courans et com*
mencent les terreins bas et inondés au dessus
desquels on peut naviguer quand la rivière est
débordée jusqu'à plusieurs milles de distance.
Cela est d'un grand secours aux mariniers , en ce
qu'ils peuvent ainsi naviguer de tous tems^ soit
à la rame, soit à l'aide de roseaux; tandis que
dans le lit de l'Uruguay il &ut toujours un vent
favorable et très-fort pour le remonter; car, in-
dépendanunent des deux Saltos , il y a encore
certains hauts- fonds rocheux, sur lesquels l'eau
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— 364 —
coule avec force, ce c^ retarde et contrarie ,
en tout tems la navigation à la voile. On a vu de
grands bateaux (chalanas) rester trois et même
six mois en route pour se rendre del Puerto à
San-Borja qui esta moin& de cent lieues du Salto.
Quand on navigue dans les banados^ le voyage
est ordinairement de trois semaines à un mois,
et cependant le trajet est augmente au moins
d'un tiers à cause des détours. C'est un voyage
bien Êitiguant et bien monotone pour quiconque
n'est pas amant de la nature et admirateur pas-
sionné de ses oeuvres ! On doit s'attendre à des
privations de tout genre; heureux encore si Ton
peut conserver intacts ses effets, ses marchan-
dises ou ses collections; car on n'a nul abri et
malgré tous ses soins on peut rarement garantir
de l'eau les caisses ou les malles qu'il Êiut quel-
quefois décharger pour faciliter le passage du
bateau sur un haut-fond. Pour un naturaliste |
méme^ l'exploration des rives de Tllruguay, jus-
qu'au delà du Salto , en remontant, surtout pen-
dant le débordement , oflfre peu d'intérêt et des
difficultés nombreuses, que ne compensent pas
les découvertes. Le Parana est plus fécond , sous
ce rapport, et récrée davantage la vue par la di-
versité des sites* L'Uruguay, au contraire, k par-
tir du Salto jusqu'à Itaquy, ne présente sur ses
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— 5«5 —
deux marges qu une bordure peu étendue en
largeur, d'arbres assez variés, à la Tenté, mais
dont les espèces sont les mêmes dans tout le coiu*s
dufleuye: ce sont des espimUos ^ des saules, des
hxureles^ des séSfos , des nandubaïsj des timbos ',
des taias , des lapachbs * , des palmiers et beau-
coup de buissons épineux, dont quelques-uns,
parmi lesquels les mimosas, portent de char-
mantes fleurs; des lianes nombreuses, des plan-
tes parasites, des fleurs de l'air {flores del qjrre)
qui s'entrelacent de toutes parts en semant des
fleiu*s de toutes couleurs jusqu'aux sommités des
arbres les plus toufBis. Tant qu on navigue dans
le lit de la rivière, on jouit de ce spectacle, qui
a bien son mérite, il £iut en convenir ; mais en
suivant les savanes, ouïes terreins inondés, la
vue peut à peine se reposer en planant sur de vas-
tes campagnes, basses, ou Êtiblement ondulées,
dépouillées d'arbres, n'offrant qu'une herbe
épaisse, rôtie par les feux du soleil, plus haute
qu'un homme, en beaucoup d'endroits, et bai-
gnées jusqu'à de grandes distances dans les tems
de débordement. Ceci s'entend particulièrement
de la rive gauche ou de la Banda-Oriental et des
1 Espèce d'acacia.
* Grande espèce de la Famille des biguoniacées (Aie. B'Orb.)
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— 566 •—
mission brésiliennes ; car la rive droite, on TEn-
tre-Rios et Corrientes, offre assez généralement
des tenreirâ plus élerés, une Y^étatîoD plus va-
riée: on y voit de loin en loin quelques forêts,
quelques coteaux boisés, où les élégans palmiers
aux touffes globuleuses dominent toujours, des
estancias ( fermes pastorales) des chacras (fermes
agricoles) qui récréent la yue, en consolant le
voyageur souvent effrayé de son isolement au
milieu de ces vastes solitudes.
Nous arrêtâmes , pour Êiire à souper et passer
la nuit, dans un pajorudy à demi-baigné, où il
£dlut nous mettre à Teau jusques par-dessus les
genoux pour gagner un endroit sec ^ . Nous y
trouvâmes quelquies morceaux de bois , au moyen
desquels nous pûmes fiure un bon feu , destiné à
nous sécher et à nous garantir de la visite des
tigres. Au milieu de la nuit je fus éveillé en sot-
saut par Eugène Gamblin : xnon premier mouve-
ment fiit de porter la main sur mon fiisil , chargé
k balle, et toujours placé sous mon poncho , car
nous avions à redouter les terribles/ûguor^ , mais
c'était autre chose ; notre bivouac venait d'être
1 Sans la précaution qne f avais eue de me munir d'eau-de-vie cam-
phrée et de savon, nous eussions eu les pieds entamés et déchirés, à
force de marcher dans Peau, le sable et les paiDes coupantes.
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— 567 —
enyahi par les eafax! La rivière continuait tou-
jours son débordement; il fidlut se hâter de
chercher un meilleur ^te. Le feu avait été éteint';
la nuit était obscure ; nous ne pûmes nous ren-
dormir, d'abord à cause de Thiunidité, ensuite
par la nécessité d'être sur le iftd vi^.
Nous n'eûmes pas de peine à être debout avant
l'aurore. On ralluma le feu; nous primes le maté
cimarron, c'est-à-dire sans sucre, et naos repar-
tîmes avec une légère brise de sud-est, laqudle
cessa au lever du soleil. La chaleur était exces-
sive, étouffante. — Vous représentez-vous bien la
position d'individus exposés tour4i-€our aux in-
jures de l'orage, à l'humidité glaciale de la nuit
et aux feux dévorans du soleil ? Telle était la
nôtre. Nous n'avions pas à nous en plaindre
nous, puisque cette vie était de notre choix;
mais le pauvre diable qui est forcé d'en &ire son
état!.... T songe^vous?... Ah! que vous devez
plaindre ces malheureux Français qu'une fortune
adverse oblige à colporter, dans les populations
rares de ces déserts, quelques produits de nos
manufactures , souvent si chers, si peu convena-
bles, si inutiles, que leurs détenteurs, après
avoir supplié les habitans de les en débarrasser,
pour une modique somme, se voient encore
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!
— 568 —
ravir jusqu'à Fespoir de retourner un jour dans
leur patrie!!!
Nous arrêtâmes. de bonne heure dans un assez
joli parage , au fond d'une anse formée par le
confluent de ÏArapey^ rivière prenant sa source
très-avant dans l'intérieur de la Banda-Oriental.
Deux ranchos, imcorral, un four, ixaeroinada S
et des jardinages en assez bon ordre, étaient com-
plètement abandonnés. Le patron nous apprit que
ces lieux avaient été la propriété d'Indiens gua-
ranis des Hautes-Missions , que le gouvernement
oriental avait obligés de s'éloigner récemment, à
cause de leurs brigandages , bien qu'ils accordas-
sent une hospitalité franche et cordiale aux voya-
geurs. Cet endroit, distant d'environ douze
lieues du Salto, est un des plus convenables pour
l'établissement d'une estancia , ou d'un village ; il
y a du bois sufiisamment; une partie élevée do-
minant la campagne (point important pour ïes-
tunciero) ; des champs fertiles en pâturages d'une
bonne qualité; la proximité de deux rivières na-
1 Ce sont quatre oa m poteaux, de 6 on 8 pieds de hauteur au-demis
desquels sont posés, horizontalement, des branchages ou des troncs
de palmiers fendus en deux. La ramada est destinée à donner de
Tombre devant Phabitation et aussi k senir de lit pour se garantir do
moustiques, ou des tigres.
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— 369 —
vigables, FUruguay et FArapey; cette dernière >
de troisième ordre, navigable pour de grandes
pirogues, très^avant dans Tinter ieur, faciliterait
le transport par eau des productions de ces con-
trées. En Êice , on voit , sur la rive droite de l'U-
ruguay^ la Capilla de San-Gregorio.
U y avait autour des ranchos une grande
quantitéde calebasses et de courges, les unes vertes,
les autres déjà desséchées; des fragmens de
troncs de hois fossilisés et quelques belles masses
de cristaux de quartz-hyalin , &iblement colorés
de bleu , apportés sans doute de l'intérieur par
les Indiens.
Ici commence une suite d'habitations éparses,
de hameaux et de villages qui furent peuplés par
des Indiens guaranis^ enlevés aux ;izie6/o5 des mis-
sions pendant la guerre avec les Portugais et le
Brésil. La mesure était bonne, le projet bien
conçu; car depuis l'Arapey jusqu'à la frontière
brésilienne , on ne Eût pas trois lieues sans ren-
contrer un hameau ou au moins quelques caba-
nes; mais malheureusement, ces Indiens, sans
industrie, enclins natureUement à la paresse,
furent trop abandonnés à eux-mêmes. Les brési-
liens voyant avec dépit se dépeupler journelle-
24
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— S70 —
ment le territoire qu'ils convoitaient, intriguè-
rent de teUe sorte auprès des Guaranis qu'ils
firent de ceux-ci des ennemis déclarés des Orienr
talistes. Cest alors qu'on vit ces Indiens, d'abord
dociles, s'unir aux fiers Charmas ^ s'adjoindre des
Gauchos criminels, piller, dévaster en conunun
toutes les estancias, ainsi que les populations de
l'intérieur, pour vendre les bestiaux ou les cuirs
volés , aux Portugais et aux Brésiliens, qui trou-
vaient ce moyen de s'enrichir fort commode, en
même tems qu'il servait merveilleusement la haine
qu'ils portent à ceux qu'ils appellent encore Es-
pagnols. Les Guaranis et les Charmas servaient
aussi d'instrumens aux fiictieux pour porter le
trouble dans la république; le gouvernement
Oriental dut prendre une mesure énei^que,
dans le but de garantir les propriétés des citoyens
et maintenir l'ordre dans Tétat. Il mit donc des
troupes en campagne, lesquelles détruisirent
toutes ces peuplades d'Indiens, ainsi que les
restes de Charmas, retranchés dans les monta-
gnes de la fi*ontière nord: une partie retourna
dans les anciennes Missions , et l'autre fiit emme-
née captive à la capitale , où les femmes et les
en&ns forent répartis dans des maisons particu-
lières, tandis que les hommes forent enrôlés dans
Farmée. Depuis cette époque, qui ne date que
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— 371 —
de i833 , tout le pays s' étendant depuis le Salto
jusqu'au Brésil, est en partie désert, et l'on ne
pourra y créer d'établissemens stables, un peu
importans, qu'en y installant des colonies d'é-
trangers industrieux, surveillées, encouragées,
prudemment dirigées par des hommes habiles.
Alors on Terrait se former, avec la protection
d'un gouvernement éclairé, des établissemens
agricoles ou industriels qui prospéreraient, sur-
tout si la culture de IsLferba venait à s'amâiorer
dans les Missions.
Nous passâmes la nuit dans ce lieu abandonné.
Nous rimes beaucoup d'une mystification qui
nous y arriva : en cheminant par terre , à deux
ou trois lieues de là, nous avions rencontré un
nid de nandu % c'est-à-dire im monceau de plus-
de soixante œufsj qu'un nandu mâle était occupé
h couver. Dans notre empressement, et notre
joie d'une si belle capture, nous nous hâ-
mes d'en répartir une portion entre tous,
i On sait déjà que le nandu (pionoDoez g^aïutoo) est raotrucbc
d'Aniiéri<iae. EUe diffère de celle d'Afrique en ce qu'elle est beaucoup
phis petite, et qu'elle est pourvue de trois doigts au Heu de deux seule-
ment que possède Tautruche de l'ancien Continent. Le nandu va 9hmr%
des Guaranis, Yavêsirum des Espagnols, l'Mia des Portugais sont le
même oiseau appartenant quant à pritêni^ k Tordie des échassiêrs,
famSiÊ àeÈ'brivipênnvs^ genre autrtidie.
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— 574 —
dans nos carnassières^ nos poches et nos moa-
choirs. Le Provençal, plus gourmand que nous,
avait dë&it5on pantalon et s'en était servi en
guise de sac pour en' emporter davantage. Nous
voilà cheminant joyeusement, avec notre trésor,
à travers les hautes graminées, les joncs et les
marais fimgeux. En arrivant au bateau , l'un de
nous tombe à Teau, ëasse ses œu& et nous
montre très-clairement qu'ils étaient couvés ! Le
Provençal , seul , eut le bénéfice d'une omdette
qui s'était faite en route dans son pantalon de
velours.
Le 6 , nous passâmes devant le village ruiné
de Belen ; on s'y arrêta pour dluer. Situé sur une
petite éminence , à plus d'un mille du lit de lU-
ruguay , ce village se trouvait être, par Feffi^t de
l'inondation , au niveau de l'eau. Nous en visi-
tâmes les ranchos délabrés; j'en comptai vingt-
deux encore debout, y compris l'église qui
n'était comme le reste qu'un simple rancho ou
chaumière. Belen était éloigné d'environ vingt
lieues du Salto , dans une assez bonne situation
pour la culture des champs et le commerce de
l'Uruguay.
Le 8 , nous arrêtâmes , poiu* passer la nuit ,
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— 375 —
dans un endroit appelé la Chacra del Tadrey
parce qu'elle appartenait au curé de Santa-Rosa
ou de la BeHa-Umon dont nous n'étions qu'à
trois lieues. Nous transportâmes nos recados et
nosarmes dans lé rancho abandonné, etnous nous
y installâmes avec autant de joie que si c'eût été
ime bonne hôtellerie, car nous commencions à
nous fatiguer de coucher en plein air dans les po-
jonales. On fit grand feu devant la porte, autant
pour chasser les moustiques que pour nous sé-
cher; nous n'avions pas un fil sec sur le corps.
J'eus le hasard de rencontrer dans le rancho
un très- joli sphinx et des phalènes de grande
espèce * ; des nids du charmant oiseau-mouche
i^ert-doré^ suspendus au toit enfiuné par un brin
de jonc ou une petite courroie de cuir ; des cas-
sides de deux espèces * , si abondantes sous les
bois des parcs qu'on eût dit une fourmilière.
Peu avant d'arriver à cette ancienne chacra , nous
avions vu beaucoup d'oiseaux aquatiques, mais
au milieu de marécages si impraticables, qu'il eût
I Lépidoptères (Tulgairement papillons) crépusculaires el nocturnes.
< L'une d'un beau bleu métallique ; l'autre rouge pointillée de noir.
— Les cassidês sont des insectes appartenant à Tordre des coléoptères ^
section des tiiramères, famille des cycliques (Métb. d'Oliv.). On les
appelle Tnlgairement tortue ou ecarabéê*tortuey à cause de la forme
de leurs élytres.
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— 374 —
été impossible d'en approcher. Cétaient des ja-
birus S des aigrettes (ardéa egretta Lin) : des ct^
gognes nuxrgu€try^ des crabiers dn cbili {flûte du
soleil j d'Az:) de grands hérons cendrés ^ des
canards musqués * virant tons en bonne inleHi-
gence, sans être inquiétés, au miheu de ces im-
menses marais où l'on ne voit en fait d'adirés,
qne des siSbos aux fleurs purpurines et quelques
mimosas aux étamines ricdettes.
Dans ces parages il y a une grande Ue connue
des mariniers sous le nom de isla de las Garzas
(lie des hérons) à cause de la grande quantité
d'aigrettes nichant sur les arbres élevés dont
File est couverte. Au tems des amours , il pandt
que cette ile est toute blanche , tant est innom-
brable la quantité d'aigrettes perchées.
Le 9 y nous passâmes devant le irillage aban-
donné de la Bella-Ufuon ou de Santa-Rosa. D
ne restait plus qu'une quarantaine de ranchos
debout, mais il parait qu'il y en avait plus de
I Prononcez j'oMroM ; le géut des oiseata de rivage (MyeUria ame-
ricana , lin.) c*eit le iuynyu ou mangeur de terre des Giunruiis.
t (Anê^ fRMcAote, Lin,) C*estrespèee sanrag» dn grand canard do-
mestique qn*on élève en France sons le nom de canard d'Inde. Les
Es|Mgnols le nomment pato réal et les Gnaranis ipa guann (grand ca-
nard) ; il abonde aux Missions.
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— ST» —
deux cents en 1 832 et que ce point était plus pe»
plé» plus commerçant que le Salto : il y avait un-
bureau de douane , un commandant de port et
un commandant militaire, chargé de la police*
Cétait la dernière population de la Banda-Orien-
tal vers les Missions brésiliennes, dont la fron«
lière nest éloignée que de deux lieues.
On compte quarante lieues de cet endroit au
Salto , par la riyière.
Nous ne tardâmes pas à atteindre la terre bré-
silienne et nous remarquâmes avec satisfaction
une différence notable dans l'aspect du pays;
des champs yerdoyans, des arbres dans la cam-
pagne , de nombreux troupeaux sur le penchant
des collines et dans les plaines ; des cer& , des au-
truches en abondance, enfin une apparence de
▼le et de culture contrastant singulièrement avec
les déserts que nous venions de parcourir. Les
Brésiliens ne sont pas plus industrieux ni plus
travailleurs que les Orientalistes et les Argentins,
mais les estancias se sont multipliées beaucoup
dans ces contrées pendant et après la gu^re
ai occupation * une grande partie des bestiaux
1 Voyei la note M.
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— «76, —
enlevés , ceux que les Gauchos ont rolés pendant
les guerres de parti sont venus peupler les pâtu-
rages brésiliens. On a aussi le soin de brûler sou-
vent les champs, ce qui renouvelle l'herbe et
contribue beaucoup k leur fertilité , à cause des
sels contenus dans les cendres, tout en détrui-
sant les animaux nuisibles, tels que les reptiles,
les sauterelles, les fourmis, pullulant de toutes
parts pendant les chaleurs.
Nous passâmes la nuit du 9 à la lisière d'un
bois au bord de Varrofo del Tigre (ruisseau du
Tigre). Nous y fumes jointspar quatre brésiUens,
armés, se rendant, avec une longue pirogue faite
d'un seul tronc d'arbre ' , à un endroit peu
éloigné de là. Ils nous donnèrent, de bonne
grâce, im morceau de viande fraîche, ce dont
nous avions grand besoin , carnotrecAoryiie en-
tassé dans un cuir , avant d'être bien sec , ayant
souffert d'ailleurs par les pluies continuelles,
commençait à se corrompre, et, sauf quelques
pîi^eons , des vanneaux armés ( teruteros ) et du
> Je vis pour la première fois au Saito de ces longues pirogues » sen-
blables à des baleinières, fabriquées avec le tronc creusé d^un arbre ,
d ont le bois très-légei* et très-tenace, convient parfaitement à cet usage;
elles avaient été construites dans le Ilcatt Uruguay.
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— 577 —
venadoj qjjLanà nous pôuTions en attraper, nons
ne mangions ordinairement que cette mauyaise
viande 9 très salée , rôtie ou hachée, avec de la
&rine de mandioca en guise de pain. Us se hâtè-
rent de nous dire que nous n'avions rien à redou-
ter sur la terre brésilienne * , ni des animaux, ni
des hommes , mais qu'il n'en était pas ainsi du
pays que nous avions parcouru ; ils nous citèrent
plusieurs brigandiiges qu'on avait commis depuis
peu et prétendirent que nous avions été fort heu-
reux de n'avoir pas été attaqués par les Indiens
vagabonds rôdant au bord de TUruguay pour
piller les voyageurs.
Je passerai rapidement sur les privations, la
misère que nous eûmes à endurer pendant cette
navigation de cinq semaines sur une grande ri*
vière débordée , dans un pays presque désert,
exposés aux intempéries d'une saison pluvieuse
et orageuse; du iO au 13, par exemple, il plut
constammait ; il survint un vent si violent que
nous fûmes entraînés au milieu de la rivière;
notre gouvernail en fiit démonté; sans des outils
dont j'étais mimi nous n'eussions jamais pu l'ins-
taller de nouveau. Ce ne fut qu'au bout de deux
I Estahèhoa terra!... a terra do Brasil! hè coisal. f. ilfca néo
i€m que temer nada , nâo. . . pois ndo ! pois entaô P. . » etc.
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— 378 —
jours passés sous une tente percée^ &ite avec k
seule Toile en coton^ <ki bateau^ que nous Times
le soleil reparaître pâle et U^ide comme un ma-
lade échappé au tombeau. Bina powtant , toat
triste qu'il était, il ramenait panm nous Tespé-
ranoe d'un meilleur sort; son apparition ranimait
notre courage abattu par la contrariété de Yoir
nos bagages, nos collections, exposés à être pe^
dus ainsi que différans ouvrages que nous por-
tions à M. Bonpland.
Quand, peu-à-peu, le sdeil, reprenant de la
vigueur, pénétrait et réchau£Bût de ses rayons
vivifians nos habits imbibés d'eau, la gaîté com-
mençait à renaître sur nos visages devenus un
tant soit peu moroses. •• Àh! combien le soleil
est nécessaire dans ces vastes solitudes où l'on
parcourt de si grandes distances sans trouver
sur son chemin une seule chaumière pour se
mettre à l'abri.des orages ou du froid poifyKfo!..
On peut toujours se garantir des feux du soleil,
quelque brûlaos qu'ils soient, mais fdusieurs
jours de pluie suffisent ici pour produire des
inondations et opérer de grands ravages. Dans
les villes et les villages de ces contrées basses,
une saison trop pluvieuse porte la consterna-
tion parmi les habitans; les communications
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— 579 —
deviennent difficiles par la crue des riyières ;
les terrains deviennent Êmgeux; les charriots de
transport restent embourbés, ou leurs immoases
roues opérant difficilement leur rotation snr un
axe de bois , mettent des mois entiars à parcou*
rir une carrière de trente ou quarante lieues !
les habitations , mal doses, couvertes en jonc ou
en roseau , laissent filtrer les eaux dans leur inté-
rieur : chacim reste enfermé chez soi; le com-
merce est paralysé ; enfin tout est triste, tout
dépérit, les animaux même sont silencieux et
abattus lorsqu'il pleut souvent.
Le 14, nous passâmes devant le hameau de
ScirUtè-Anna» première garde brésilienne, en re*
montant l'Uruguay. La crue excessive de la ri-
vière avait fait des ravages dans ce hameau, com-
posé d'une doutaine de ranchos : plusieurs avaient
été emportés par les eaux et le reste était menacé
d'être prochainement envahi ; les pauvres habi*-
tans étaient campés sur un monticule en atten-
dant la fin de ce déluge.
Qui croirait qu'en voyageant sur une rivière on
soit exposé à la fimiine et la misère la plus grande !^
Pourtant c'est ce qui arrive trop firéquemment à
ceux qui ne sont pas, comme nous Tétions, pour-
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— 580 —
TUS d'armes et de munitions. Des Portugais, que
nous vîmes passer dans ime pirogue et qui remon-
taient aussi l'Uruguay^ araient été trois jours sans
manger; nous leur donnâmes le restant de notre
chartfue^ à demi- pourri, et nous leurs rendîmes,
dirent * ils, un grand service. Ils étaient furieux
contre San-Anionio qui était resté sourd à leurs
Toeux et à leuirs supplications. Nous-mêmes, nous
étions à la ration; nous ne disions que deux lé-
gers repas de ces excellens repas composés
d'une ratatouille de cfutrque et de Êirine de ma-
nioc, mariés ensemble dansla/?andZa (marmite)
au moyen de graisse de bœuf et d'eau de rivière ! . .
Et pour étancher la soif brûlante qui dévorait nos
entrailles à la suite de cette comessation brési-
lienne, rUruguay était le tonneau dans lequel
nous puisions largement. Notre chasse n'était pas
toujours fiructueuse, les venados et\e&nandus ne
se laissaient pas approcher et quant aux tina-
mous et aux vanneaux armés, notre provision de
sel ayant été fondue, nous leur préférions encore
du charque pourri, tant leur chair est sèche et
insipide.
Non loin d'un ruisseau appelé el Sauce ^ je vis,
au bord d'un ravin, au milieu de la plaine, un
grand nombre de cristallisations blanches et vio-
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— 581 —
lettes en prismes implantés, et engrenés les uns
dans les autres de manière à former un bloc assez
volumineux, compact en apparence y mais qui,
se séparant par un choc violent, laissait voir
de beaux cristaux d'un clivage peu tenace. Les
blocs étaient enfoncés dans la terre siliceuse,
comme des pavés, et ne laissaient voir qu'une
sur&ce noirâtre et raboteuse. Le long des ravins
je recueillis, dans une couche très-mince de
tomrbe sèche, beaucoup de petites géodes quart-
zeuses et calcédonieuses , en partie cloisonnées et
pseudomorfiques. On eut dit de racines et de
boisettes pétrifiées sur la place. Il y en avait en
assez grande quantité; le ravin était, de plus,
encombré de galets quartzeux. Il est à remarquer
que l'Uruguay ne peut plus atteindre le niveau
de cette plaine.
Le i8 novembre, au moment où nous admi-
rions un beau lever de soleil, notre patron nous
dit, en nous montrant au loin un palmier très-
élevé, le seul que nous eussions vu sur la rive
orientale. « Vous touchez à la fin de vos maux;
voici l'estancia de San-Marcos , éloignée seule-
ment d'une dixaine de lieues du village d'Itaquy.»
On fit alors force de rames pour y arriver avant
la nuit, car nous avions toujours vent contraire
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et lin oonrant difficile à Tamcrey à cause de k
crue excessive de FUragnay. Vers midi M. Nouel
et moi descendîmes à terre dans Tintention de
nous rendre à Festancia , en chassant ; nons gra-
vîmes d'abord des coteaux un peu élevés, cou-
verts de cailloux roulés ou de galets de quartz,
puis nous eûmes ensuite à traverser des maréca-
ges > au milieu desquels nous vtmes beaucoup
d'échassiers, des nandus^ des venados * , des
carpmchos * , des garxas hlancM {ardea ciba)
ou barons blancs et des péludos '. D était nuit
dose quand nous arrivâmes & Festancia, située
I IndèpoidamMent du guazoti ( cenms ûtmipesi. it ) aboiMUiit ftr-
tout, je tU dans cette localité, le plus grand des cerfs décrit par
Azara , le gwazu pucu ( prononcez gouaçou poucou)— cervi» pelvdùtut
Deam.) Il habite les Keiix marécageux, tandis que le gvunti vit tel
les terrains secs, mais découverts.
9 Les cùrffinchos étB Argentins, les eapirvaras des Brésilens, sont les
cabûM des auteurs. On n'en connaît qu'une espèce, celle qui setrooTe
abondamment sur le bord des lacs et des rivi^^s de ces contrées, et
décrite par Azara sous le nom de capiy-ifuara {cavia capy-vara de lia.)
elle appartient à Tordre des rongeurs. Cet animal, qui a le port do
cochon, avec un museau plus obtus, vit autant sous Veau que sur
terrej il est impossible de voir un amphibie plus multiplié que cdui-d.
Sa chafar, bien assaisonnée, n*e8t pas désagréable.
3 T\aou9, n y a encore une grande confusion dans la dètemination
dea espèces de ce singulier mammifère appartenant à Tordre do
édentés, tribu des èdentés ordinaires genre talou (Dasypus , Un.)
9eliz de Aiara en a décrit huit espèces, nwis il en existe mopt» un
plus grand nombre que M. D'Orfaigny fera sans doute connaître. U
chair des petites espèces {nuUUus) est très-délicalc et très-recherchée
des gourmets à Buénos-Ayres.
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— 885 --
sur une hauteur dominant toutes les terres qui
en dépendent. Une position semblable est très-
enriée des esiancieros , parce que, dans les
tems de trouble, où l'on peut craindre le vol
des bestiaux , le maître peut yeiller sur eux sans
se déranger. Dès que nous débarquâmes ,
M. Nouel et moi , nous fûmes aperçus , bien que
ce fût à près de trois lieues de Thabitaiion, et j
ne sachant pas qui nous étions, Testanciero dé-
pécha immédiatement deux peones pom* rallier
tous les cheraux épars dans la campagne et les
entrer au corral (parc).
La base de ces coteaux isdiés, couTerts de ga-
lets jusqu'à la cime, est degrés rouge-sang y assez
bien formé, propre à aiguiser, d'ailleurs très-
conTcnable au pavage des trottoirs, des maisons,
etc. On était occupé à faire un mur destiné à
enclore le corral ^ avec des plaques de ce grès,
longues de quatre à cinq pieds sur six à huit
pouces d'épaisseur. Gela me fit juger que ce banc
de grès devait être stratiforme.
On nous reçut très-bien à l'estancia de San-
Marcos; Testanciero brésilien nous donna chez
lui un repas spkndidej arrosé d'excellent vin
à'Oporto ; il est vrai que , nous prenant pour
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des marchands, il avait Tespoir de traiter quel-
que afiaire avantageuse, et son désappointement
fiit un peu grand quand il sut que nous étions
dès ccpanhadores de hichinhos. Quoiqu'il en soit,
nous passâmes là trois jours à nous ravitailler. D
regrettait surtout que nous n'eussions pas de tabac,
Aeyerhas de sucre et de papier à lui vendre,
parce que le débordement des rivières l'avait em-
pêché d'aller renouveler ses provisions à Alegrete^
petite viUe frontière à dix lieues de là vers l'est-
sud-est.
Le 21 , nous allâmes coucher à deux lieues
plus au nord, dans un grand pajonal (champ de
de hautes herbes) .
Le 22 , une bonne Ixîse de vent de sud-est
nous poussa enfin rondement; nous passâmes
devant le confluent de VYbicujr-ifuazu ( grande
rivière de YYbicu), ancienne limite de la Banda-
Oriental vers le nord, à neuf lieues sud dltaquy.
C'est une rivière de second ordre. Puis, vint
l'estancia de SantorMariay à cinq lieues d'Ita-
quy, et celles de la Tnnidadey à quatre lieoes.
Ces dernières, au nombre de trois, fcMinent unha-
meau ; nousen passâmes très-près et allâmes cou-
cher un peu plus loin> en fitcedu pueMo ^xHirg)
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— 385 —
la Crux^ petite peuplade d'Indiens Guaranis et
de quelques Espagnols-américains, sui*Ia côte de
Corrientes , à deux lieues sud d'Itaquy.
Le 23 novembre, nous arrivâmes à Itaquy. La
vue de ce village nous attrista encore plus que
celle du Saltô. Il venait d'être envahi complète-
ment par l'Uruguay, et les habitans en petit
nombre, ne faisaient que d'y rentrer après avoir
bivouaqué huit jours sur une coUine voisine.
Une vingtaine de ranchos mal construits, pla-
cés sans aucun ordre, fort rapprochés les uns des
autres ; un sol pierreux ( grès quartzeux ) rempli
de lézards et de couleuvres , dans la partie de
l'ouest , vaseux et aride dans celle de l'est , voilà
l'aspect d'Itaquy en l'an de grâce 1833. Ce village
est la seconde garde brésilienne en venant du
Salto. Il y a un commandant militaire dépendant
de celui de San-Borja, un juge de paix, etc.
Nous restâmes encore trois jours pleins à Ita-
quy pour changer de bateau, parce que notre ci-
devant loup^-mer d'Honfleur en avait décidé
ainsi; ce dont nous fûmes fort aises, car le carac-
tère de ce marin s'était tellement démenti en route
qu'il nous était devenu à charge. Nous gagnâmes
2S
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— 586 —
aussi à 1 ecbange de la Cfudana ^ , bateau ji^t
surmonté d*un toit léger &it avec des roseaux et
des cuirs tendus à Taide de courroies.
En attendant notre départ nous étions campés
sous une tente, au bord de l'eau, et pour utiliser
le tems nous chassions aux enyirons , mais il n'y
avait que des troupiales à tête et ventre jaunes *
et des martins-pécheurs de grande espèce * , ve-
nant se percher jusques sur le toit des ranchos.
On ne saurait croire combien les habitans d'I-
taquy, et généralement tous les Brésiliens cpie
nous rencontrâmes, étaient intrigués de nous
voir avec tant de bagages, tant de choses inutiles
à leurs yeux , tant defrioleiras ^ tant de harbo*
ïetas ' , de bichinhos ^, de axpim ^ , de pedrin^
has * etc. Cela donnait lieu à de curieux entre-
tiens entre eux > à de singulières conjectures.
i Mot espagnol correspondant à chaland.
s Oriolua Flavus, Lin et Lath; espèce répandue dans presque tonte
l'Amérique.
s Le martin-pècheur bleu de ciel, de Az: {Alced» OinériftonSy YieOlot) .
4 Niaiseries , bagateUes.
s Papillons.
c Insectes.
7 Foin,
s Petites pierres.
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— 387 —
Suivant les uns, j'étais un é^éque, venant rétablir
le règne des jésuites aux Missions ; suivant d'au-
tres, nous étions des espions, envoyés par le gou*
vemement français pour reconn^dlre le pays et
en rendre compte ; suivant quelques uns , d'un
esprit pénétrant, nous étions de vils émissaires
de don Pedro l^"", et suivant le plus grand nom-
bre, nous éiionsJ'ojÂs!
Le 25, nous suivîmes notre route pour San-
Borja ; mais cette fois , dans le lit de FUruguay
qui avait déjà baissé de plus de vingt pieds en
huit jours. La chalana étant grande et couverte
nous n'eûmes plus besoin d'aller coucher chaque
jour dans les terrains marécageux , et puis nous
pûmes jouir véritablement de la vie contempla-
tive et d'extase , car l'espace de trente lieues qui
nous séparait de la première Mission, est rempli,
le long de l'Uruguay, de forêts magnifiques où un
luxe de végétation brésilienne se déploie à chaque
pas , et nous eûmes le plaisir de faire une assez
jcdiê récolte.
Les oiseaux les pluscommims étaient : des mar-
tîns-pècheurs de trois espèces , des crabiers , des
pies bleu-ciel et acah^^ des perroquets, des anis %
I L*anno-g:uazu de Az. (crotophagvs-major^ Bris.) aiii des palétuviers
^Bafr
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— 388 —
des couroucous * aux couleurs magnifiques , et de
beaux toucans * à gorge blanche , mais fort di£B-
ciles à approcher.
Le premier décembre , nous arriYàmes au port
de San-Borja. D y avec alors deux bateaux pon-
tés avec une demi*douzaine de bateaux plats,
ou Chalanas ; un nayire d'une cinquantaine de
tonneaux était sur les chantiers, destiné à être
armé en goélette , pour faire la navigation de
l'Uruguay jusqu'au Salto. Le porto ou le passo
( gué) est tout simplement une clairière assez es-
carpée, pratiquée au milieu des bois, assez in-
commode pour ceux qui ont des marchandises
à embarquer ou à débarquer. Le terrein est d*ar-
gile jaune et de terre limoneuse, conséquem-
ment d'aUuyion nouvelle.
San-Borja (la bourgade) est situé à plus d'une
lieue du port. On trouve, après avoir passé les bois
de la rive gauche par des chemins tortueux et va-
seux, quelques ranchos^ ce sont ceux do Porto.
Nous nous rendîmes à pied à la bourgade ,
quoique la chaleur fut excessive; les habitans s'en
• Le sumcua de Àz. (trogon curaicui» Lin.) couroucou k Tentre rouge
des Aut.
t Toco de BufT. {ramphastos toco. Lin.) \\ diffère de celui de U
Guyane, en ce qu*il n « pas de cercle rouge à la gorge.
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— 389 —
ëtonnèrent beaucoup , étant accoutumés , comme
les Argentins et les Orientalistes, à ne pas £iire
un pas à pied. Nous traversâmes une campagne
dépouillée d'arbres, de buissons et même de ver-
dure , car l'herbe ( espèce de gramen très-odo-
rant, d'un goût de citron fort prononcé) était
déjà sèche et jaune. Bientôt la tour carrée de
Téglise s'offrit à nos regards. A mesure que nous
nous élevions, nous découvrions devant nous, des
bosquets, des bois d'orangers, des chacciras ^ en-
tourées de fossés garnis de bromélias (nicaf^uata)
aux feuilles rouge de sang et aux belles fleurs en
épi, et au loin , dans l'est, des bois de peu
d'étendue, espacés comme des fermes de Haute-
Normandie. En nous détournant nous nous
aperçûmes que nous donùnions beaucoup l'Uru-
guay dont le cours sinueux , en cet endroit ' , était
Yoilé en partie par d'épaisses et magnifiques
forêts ; c'est que le sol argileux {Jerrugineux )
s'élevait par une pente douce jusqu'à San-Borja.
I C^est la même chose quo chacras^n Esgagnol; mais ici, de même
que dans la province de Çorrientes^ ce mot ne s^emploie pas seulement
imm* une ferme agricole, il désigne aussi toute espèce de maison de
campagne avec jardin ou bosquet; il correspond alors aux quintae de
Buenos- Ayres. On voit presque toujours un bois & orangers et de
citronniers assez étendu, près de ces chacaras,
• À cette distance de son embouchure, TUruguay est encore large
comme la Seine à Paris; son lit conserve à peu près la même largeur
depuis les Hautes-Missions jusqu'à Itaquy, et de là au Salto, il déhorde
fréquemment.
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CHAPITRE HVl.
vm lAo-vinao.
9«i«Boij«« — &•• «MÎeiuief Mimcwf. — Hëpft pour FintémQr.
. ^ Al«gMto. *- 1« BoqiMMB 4e SuMûifO. —
. — &e Jagnary.— Xe Toropj. — &' YliÎMij-Mifi.
A«Sen«. -— 8«5-llartiBho« •— 0««mii^«t«*
- Arrivée ea Jaeaj*
« Quoi! ce sont là yos &meuses Missions?
Ces édifices inimitables , ce gigantesque , ce gran*
diose, ces adnùrables plans, ces puehïos enfin
que TOUS nous vantiez tant! Le diable vous
emporte , tous , et les jésuites. »
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— 392 —
Cest ainsi que m'apostrophaient mes fidèles
compagnons, courroucés de ce que , sur la foi
de Gharlevoix, de Funeset de yieux chroniqueurs
espagnols , je leur ayais fiiit une peinture peu fi-
dèle, mais pompeuse des Missions d'Uruguay.
J'eus toutes les peines du monde à les calmer.
Toute Téloquence poétique de l'auteur du G^ue
du Christianisme eût échoué devant la convic-
tion d'une imposture flagrante.
Les Missions d'Uruguay étant toutes, à peu
de chose près, bâties sur le même plan; il suffit
donc d'en décrire une pour se former une idée
des autres.
Sur les trois côtés d'une place, longue d'envi-
ron cinq cents pieds sur quatre cents de lai^e ,
sont bâtis des rez-de-chaussée en argile et en
charpente , distribués de manière & former des
logemens à peu près semblables. Un toit en tuile
recouvre ces habitations et les dépasse assez pour
qu'il règne dans le pourtour de la place ime es-
pèce de péristyle ou de galerie ouverte, soutenue,
de distance en distance , par des pilastres carrés,
formés de pierre de taille rosâtré.
Sur le côté nord de la place , se trouve l'église,
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— 595 —
yérîtable théâtre , quant au luxe d'omemens et
de détails intérieurs. Au dehors elle n'a rien de
remarquable; cest tout simplement quatre mu*
railles en pierre de taille , surmontées d'un toit
en tuile et d'une petite tour carrée formant une
coupole à l'intérieur ; le portail seul se distingue
du reste en ce qu'il a été sculpté très-artistement
par des Indiens j sous la direction des jésuites , et
qu'il n'est entré aucune ferrure dans sa construo;
tion 9 de même que dans celle de toutes les ha-
bitations. Un porche, soutenu par des colonnes
en bois dur , occupait la fiiçade de l'église , à la-
quelle on arriyait par un perron carré, formé de
quelques marches.
A gauche de l'église , dans un enfoncement ,
était situé le collège , derrière lequel s'étendait
un superbe jardin planté d'orangers , de citron-
niers , de figuiers , d'un grand nombre de plan-
tes indigènes, etc, et entouré d'un mur de
pierres dans toute son étendue» Le collège,
comme on doit le penser était confortablement
distribué , solidement bâti. A côté était un hos-
pice y attenant , puis des ateliers publics , des
magasins publics^ des cuisines publiques j etc, etc.
On entre à la place par les extrémités nord et
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sud. C'est une Téritable caserne que cette place ,
autour de laquelle rayonnent, sans ordre régulier
des ranchos , des chacras et quelques maison-
netteSy assez proprement tenues. Les autorités et
les commerçans notables sont logés dans les an-
ciennes habitations des Indiens; le commandant
militaire occupe le collège; l'hospice, les maga-
sins et ateliers sont en ruine; loin de songer à le$
réparer ou en enlève les matériaux pour les em-
ployer à des constructions nouvelles. Le coite
catholiqueest célébré dans une cbapelle attenante
aux galeries latérales de la place *.
Nous hésitâmes quelque tems avant de visiter
l'église, car on s'attendait à en voir crouler le faite
d'un moment à Fautre. Chaque fois qu'il £dt du
vent il se détache du toit d'énormes poutres, qui
roulant avec fracas, ébranlent le reste ^e l'anti-
que édifice, dont la forme est un carré long, sans
bas côtés, ni clocher; seulement, à l'entrée du
« Le curé de San-Boija, pen prud&nt 8*est fait chnser du payt pen-
dAAl noire s^our. II y a beaucoup dlnunoralité chez les prètrcabrèi-
liens; je fus témoin de plusieurs scènes très-scandalettses, en difTéreates
localités. L'évèque même de Rio-Janeiro, disait publiquement, ea
achetant des coliflchetB parisiens , pour nne de ses flOes « Ai para
hum frtUo de minhaa fragUidades ». — Les législateurs brésiliens
songeaient sérieusement an mariage des préires et à la suppression de
la confession^ mesures de la plus urgente nioessiU,
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— 395 —
chœur, au-dessus du jubé, s'élevait la coupole eu
charpente dont j'ai parlé , laquelle était décorée
d'assez belles peintures. Deux rangées de colon*
nés en bois dur> d'ordre tascan ou rustique, sou-
tenaient la charpente dans le milieu et formaient
une nef. Les omemens ont été enlevés ; il ne res-
tait phis que deuxautds sur les côtés ; mais nous
retrouvâmes une grande partie des omemens du
chœurs entassés pêle-mêle dans deux pièces laté-
rales , servant autrefois de sacristies. Les dorures
étaient encore très-fralches; elles n'avaient pas
été épargnées par les jésuites, pas plus que les
peintures et les muiges. Cet ensemble de chapi*
taux, de fix>ntons, de colonnes torses, cannelées
ou lisses; ces tableaux, ces ornemens surchargés
de dorures très*iines, de peintures remarquables,
de sculptiures délicates, ces seânis de toutes gran-
deurs, de tous ordres monastiques, destinés à
jouer un rôle imposant y au milieu d'un peuple
de néophytes ^cilement crédules, tout cela nous
fit re£fet d'un magasin de théâtre ^ et rien de
plus.... Je gémis de pitié, en songeant à la con-
dition misérable des chrétiens, dont le sort
se réglait dans un concile de Trente , ou dans la
ceUule d'tm sectateur de Loyola , sur ce thème
fondamental : que tous les moyens étaient bons
^OOT fasciner les peuples!!!,.. Mais de la pitié je
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passai promptement à Vindignation \ en voyant
des saints de grandeur naturelle , dont les jeax
mobiles dans leur orbite , étaient destinés à ver-
ser des larmes de sang !.. tandis que d'antres saints
avaient pour mission spéciale de fidre des signes
négat^s ou approhaJtifs de la tête ou de la main! ! !
« Et que Élisaient de plus les idolâtres, me dirent
mes compagnons? » — Voilà cependant les
grands moyens que tolère la religion cathoUque ,
€fpostoîique et romaine H! 0. stupidité . des peu-
ples ! vos confesseurs ont bien raison de vous
&ire un crime de la curiosité! Allez, bons peuples,
allez , continuez à vous faire jeter de la poudre
auxyeux
La mission de San-Borja fut fondée en i690,
par une colonie de la peuplade de Santo-Tome^
car la tactique (d'ailleurs très-judicieuse) des ré-
vérends pères, était toujours de prendre un cer-
tain nombre d'habitans d'une ancienne bourgade
d'Indiens , pour noyau de la population nouvelle,
et les saunages y étaient attirés, moins par les
bien&its du christianisme, auquel ils ne compre-
naient rien , que par la perspective d'y trouver
un asile contre les rigueurs des Espagnols, et so^
tout contre la cruauté des Portugais, qui leur
donnaient la chasse avec des chiens pour les en-
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TOjer périr dans les mines, après , toutefois , les
aToir hixptisés \
Jetons un coup-d'œil sur le gouvernement
théocratique des jésuites * :
Les Missions du Paraguay étaient composées
de trente bourgades ou pueblosj dont voici la si-
tuation : sept se trouvent sur la rive gauche de
l'Uruguay et font, à présent, partie du Brésil;
quinze étaient situées entre l'Uruguay et le Pa-
rana , dans la partie nord-est de la province de
Corrientes; elles ont cessé d'exister, mais on en
distingue encore les ruines. Les Brésiliens , dans
la guerre d^Artigas d'un côté , les Indiens eux-
mêmes dans leur soulèvement de l'autre, et, en
dernier lieu, les Paraguay s lors de leur retraite ,
concoururent tour-à-tour à leur ruine , qui ftit
finalement consommée par les Orientalistes. En-
fin huit Missions se trouvent sur la rive droite du
Parana> par conséquent dans le Paraguay pro-
prement dit , et existent toujours.
Les sept Missions de la rive gauche de l'Uru-
I Charievoix; Raynal, Azara et Funes.
s 11 ne faut pas perdre de viie que c'était ud gouvernement modèle,
tel que la sainte corporation eAt voulu le voir établi en Europe.
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guay étaient distribuées ainsi : SenrBarja , à une
lieue de l'Uruguay et à trois lieues au sud de la
rivière Camacua ; Son-Nicolas sur la rive droite
du Piratini, à environ trois lieues de son con-
fluent avec rUruguay; SanrLuis^' Son-Miguel^
Son-Lorenzo et Son-Juon , entre les rivières Pira-
tini et Tiui , et Sanio-Angel dans les yerboks * ,
sur la rive droite de TYiui. San*>Miguel était k
capitale des Missions d'Uruguay.
Les huit Missions existant encore au Paraguay,
bien que les jésuites en aient été expulsés, comme
de toutes les autres, dès l'année 4768, peuvent
néanmoins donner une fidUe idée de cet édifice
fameux des trop astucieux pères. Quoiqu'en
dise le doyen Funes (disciple de la savante cor-
poration) , le zèle apostotique a en certainement
la moindre part dans toutes leurs entreprises.
Les jésuites , penseurs profonds, hommes de ta-
lent (dans leur système), Iong*tems les seuls
dépositaires des sciences, nont pas été sans réfié-
I Forêts ou croit Tarbrisseau improprement appelé herbe du Paraguay
et des Missions. 11 a été déait par M. Auguste Saint-Hilaire tous If
nom de Ilex Paragua yensis, et par Linnœus sous celui de psoralea
glandulosa. Ses feuilles que les Guaranis désignent sous les noms de
vna-cuys, caa-mini et de cao-gnozn suivant Tétat de leur développe-
ment, ne peuvent être prises en infusion qu'après avoir été macérées
ou matées plusieurs fois.
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chir, sans s'apercevoir , dès les premières tenta-
tives, qu il faut, de toute nécessité, àl'honune tin
premier degré de civilisation pour qu'il puisse
seulement comprendre de quoi il s'agit quand
on lui parle de religion.... surtout d'une religion
hérissée de dogmes. Aussi, ne doit-on pas croire
que les trop célèbres Missions des jésuites aient
été formées par la prédication de l'évangile ; ils
trouvèrent plusieurs grands établissemens déjà
créés par les conquérans et qu'ils ne firent que
transférer ^ Ils avaient donc affaire à des Indiens
déjà vaincus , abattus, asservis et appartenant à
la race des Guctrams , dont les tribus , qui vivent
encore sauvages dans les montagnes septentrio-
nales du Paraguay, sont si peu entreprenantes,
qu elles causent rarement des dommages. On a
vu quel moyen fort simple les jésuites employaient
pour former une nouvelle peuplade; mais il est
de Eût que la ruse et la /orce ont aussi été em*
ployées par eux pour augmenter le nombre des
néophytes-
Ces Missions, dit M. Rengger , ont eu pom^tant
1 Voyea Fintéressant ouvrage de MM. Rengger et Long-champ.
Eêêai historique sur la révolution du Paraguay ; Feliz de Azara ,
tome II, et surtout ie liirre huitième de \ Histoire Philosophique des
Deux-Indes j par Baynal, où la conduite des jésuites est jugée avec la
plus grande impartialité.
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— 400 —
l'avantage de protéger les Indiens ; mais au lieu
de les &ire entrer dans la voie de la civilisation,
afin de parvenir un jour à les rendre chrétiens^
les jésuites n'eu firent que des automates j qu'ils
exploitaient à leur profit.
Tous les travaux les plus pénibles se fesaient
au son de la flûte et du tambourml Comme c est
poétique! Vous représentez- vous bien, trente
mille Indiens dansant et travaillant chaque jour
au Sun de la flûte , devant les hons pères qui ne
faisaient rien?... Apportant péniblement des car-
rières très-éloignées des pierres de taille d'une
grosseur considérable^ destinées à faire des loge-
mens spacieux et commodes aux révérends pères;
des poutres énormes, des colonnes de la plus
grande dimension , charriées sur les épaules;
d'incalculables richesses, produit des estandasy
des chacras y des plantations de maté , de coton,
de tabac, de riz, de canne à sucre, de blé, etc.,
déposées chaque jour dans les magasins publics ^
pour la communauté..... tout cela au son de la
flûte et an tambourin.... en cadence. — Voilà ce
qui s'appelle comprendre la Bible ! — Dépêchez-
vous donc de mettre vos biens en communauté
avec MM. les jésuites, pour avoir comme les Gua-
ranis, une chemise commune ^ un caleçon com-
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— 401 —
murij la ration commune et les pieds nus toute
notre yie ! — M ais^ mauyaises têtes que vous êtes ,
TOUS serez exempts de réi^olutîons , vous serez
garantis contre l'ambition de vos semblables,
vous serez heureux. — ^Merci. Vous rappelez- vous,
par hasard, que votre bonne maman vous ait
ùàt répéter (quand vous étiez bambin, et que
vous n'entendiez encore malice à rien) la fable
du pot de terre et du pot de fer ? eh bien , le pot
de terre , c'est nous et le pot de fer, ce sont les
jésuites , ou ceux qni entendent la Bible comme
eux... Croyez -moi , faites vos affaires vous*-
mêmes \ ne perdez pas de vue ce dogme fonda-
mental de la liberté du peuple aux Etais -Unis :
« La proindence a donné à cfuufue indwidu le
degré de raison nécessaire pour qu il puisse se di-
riger hd-méme dans les choses qui l'intéressent
exclusù^ement. » — ^Telle est la grande maxime sur
laquelle repose la société civile et politique du
Continent américain '.
> Le pire de famille en fait rapplication à ses enfans, le moUre à
ses serrîteurs, la commune à ses administrés, la province aux communes,
rétat aux provinces , et Vunion aux états. Etendue à Fensemble de la
nation, cette maxime est la plus liante expression de la souveraineté
populaire. — Voyez l'ouvrage de M. Alexis de Tocqueville : De la
Démocratie en Amérique , 2 vol. in^'.
26
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«- 402 —
JNbus séjournâmes deux mois aux Missions ,
allant et venant de San-Borja au Piratini, au
confluent duquel était Texcdlent M. Bonpland \
vivant en solitaire , logé à-peu-près comme le
consolateur de Ghactas. L' ex-intendant de Tim-
përatrice Joséphine^ le voyageur célèln^^ nous
accueillit avec ube bonté toute paternelle et s'ef-
força de contribuer , en ce qui dépendait de lui^
au succès de nos chasses et de nos récentes zoolo-
logi^ues. Quaïid nous partîmes de San-Borja,
M. Bonpland se préparait à se rendre dans la
province de Corrientes d'où il devait descendre
ensuite à Buénos-Ayres.
Toute la campagne avoisinant le Piratini * est
montueuse? les pâturages sont très-convenahles
à l'éducation des chevaux , des mules et des bétes
à laine. Il s'y fait un grand commerce de mulets
pour la province voisine de San-Paulo (St-Paul).
Les grès rougeâtres ,' quarteeux m'ont paru^ for*
mer la base des coteaux. Il y a beaucoup de
forêts de peu d'étendue^ mais fréquemment
répétées; on les appelle ccpoes ' ou motos ^
1 Au rincon de San-Juan-Miri.
« Rivière de 4« ordre, comme le camacua.
3 Singulier, capao (prononcez capaon, capaons). C'est au milieu de
ces bois que se font les cultures île maïs ou autres ; ils prennent alors
le nom de roea ou de rocado.
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— 403 —
suivant leur étendue; c est ce qu on nomme isla$
dans la province de Corrientes.
Le 4 février 1834, nous primes congé de
MM. Ingres et Semi pour profiter d'une cara-
vane ou troupe de charrettes retournant à Bio-
Pardo. Cette caravane se composait de sept char*
rettes dont trois étaient couvertes , attelées de
huit bœufs chacune , plus trente autre bœu& et
huit chevaux marchant en troupeau devant nous
pour les relais. Outre mes deux compagnons et
moi, le personnel se composait du tropero ou
capataz (contre-maître) et de quatre careado-
res (piqueurs) dont deux étaient nègres et un
Indien ; le capataz et un arreador étaient Brési-
liens. Nous cheminions tantôt à cheval, tantôt
à pied, ou en charrette.
Le 10, à la fin du jour, nous arrivâmes sur la
rive gauche de la Guaîaraça , petite rivière cou-
lant siur un lit de grès rouge; elle prend sa source,
non loin de là, dans les montagnes, et, après
s'être grossie de nombreux ruisseaux , elle va se
jeter au nord-ouest , dans le Camacoa ; il n' j
avait alors que quelques pouces d'eau, mais aux
moindres pluies elle déborde beaucoup dans les
plaines adjacentes et son cours devient rapide.
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«^ 404 —
Testimai que nous, avions parcouru quatorze à
quinze lieues au sud-est de San-Borja. Ce pays
est montueux , alternant fréquemment avec des
vallons profonds et des côtes à pente raide. Sol
de transport et de sédiment; des grès grossiers
recouverts d'un peu de terre végétale. Cest à
ce ruisseau que commence , ou aboutit, la Serra^
chaîne de montagnes appartenant à la Serra-do-
Mar, ou chaîne orientale du système brési-
liens.
Le 1 1 , à trois heures du soir, nous commençâmes
à gravir des côtes qui pouvait avoir soixante toises
d'élévation ; les points de vue étaient variées , on
découvrait une étendue d'au moins dix lieues de
pays au nord et à l'ouest; beaucoup de forêts de
peu d'étendue mais épaisses et multipUées dans
les lieux humides et sur la pente australe des
côtes.
Environ à vingt lieues dans le sud de la Gmaa-
raça se trouve Alegrete petite ville frontière de
la province de Rio-Grande avec la Banda-Orien-
tal; elle est située, suivant les renseignemens que
j'ai pu obtenir, par les trente dégrés dix minutes
de latitude (sauf eireur) , sur la rive droite du
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— 405 —
Garapuftao , petite rivière nommée Ybiripita par
les Guaranis et qui va se jeter , au nord , dans
l'Ybicuy. Cette petite ville, toute nouvelle , est
assise sur des collines rocheuses , produisant des
pâturages extrêmement nourrissans. On y élève
beaucoup de bestiaux , de mulets très-renommés.
Le commerce y est actif. A quelques lieues, vers
le sud, il y a des montagnes riches en métaux;
tme d'elles contient une mine d'or d'ime exploi-
tation &cile.
Le i 3 au soir nous arrivâmes dans un parage,
delà chna da Serra^ appelé Boqueron-de-Santia-
go, à environ treize lieues sud-est de la Guaïaraça.
Trois on quatre chacaras et estancias à l'entrée
d'un vallon boisé, où coulait un ruisseau limpide ;
passablement de bestiaux , paissant dans les plai-
nesondulées, formaient un petit paysage animé. —
Culture de maïs , de mandioca, de tabac , de ha-
ricots noirs et autres légumes. — Beaucoup de
perroquets à gorge et ventre violets (^acamaUle
vineux); une autre belle espèce, vert, tendre
à front, épaulettes et cuisses rouge vif, vivant par
bandes ; Vépervier à larmes et le petit épervier-'
9Haié; l'oiseau-mouche vert-doré ; des troupiales
noirs ; des cathartes aura et urubu étaient les seuls
oiseaux qu'il y avait dans cette localité ou nou&
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— 406 —
restâmes quatre jours à réparer des essieux
brisés*.
Le 47 nous arrivâines dans la partie de la Gma
da Serra la plus bouleversée, la plus agreste, mais
aussi la plus pittoresque. Ici des forets antiques
où domine le gigantesque Tùnha « w^a dont
le tronc creusé sert à &ire des pirogues de
la plus grande dimension, un ruisseau d'une eau
claire et limpide , des chaumières de pauvres
moradores (habitans) isolées au fond d'un large
et profond vallon, où paissaient quelques vaches
et quelques moutons ; des roches escarpées me-
naçant le voyageur, des coteaux récemment
brûlés , audessus desquels planaient silencieuse-
ment des vautours aura ; d'autres encore couverts
de hautes graminées ( andropogon ) aux tiges
d'or, destinées à être aussi la proie des flammes
dévorantes , étaient les principaux détails d'un
vaste tableau dont l'œil saisissait à peine les con-
tours ».
A 11 y a beaucoup de fragmens de grès ^wsriMux aryilifère endurci
(no 6), fomi«int de nombreux blocs allongés, servant à aiguiser, et se
trouvant disséminés sur un sol argilo-calcaire contenant en outre du
êilex noir, des géodes , rognons, cristallines, etc.
t Les roches sont toutes de grès variés en espèces ; mais ceux qui
dominent , sont les grès quartzeux tendres , rougeâires ei jaunâtres ,
avec d'autres d^m grain plus fin , plus diu* et lustrés. Des monticutot
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— 407 —
Le i 8^ ncrnsdescendimes dan&une vallée profim-.
de, sablonneuse^ bordée de grands bois très-épais ^
dominés de toutes parts par d'immenses blocs de
grès , penchés sur la vallée comme des édiiicea
prêts à crouler. Une autre caravane nous avait
rejomts pendant la nuit de sorte que les échos
de oes montagnes retentissaient bruyamment des
cris sauvages des orrpacîor&ï animant continuelle-
ment les bœufs du geste et de la voix , et plus
encore du cri indéfinissable des essieux de bois
échauffés par le frottement. — <- Pâturages abon-
dans, herfaagestrès-épais , mais dépourvus de sa-
veur et de qualités nutritives, car les hahitans de
ces montagnes sont obligés de donner , quatre à
cinq fois Tan, du sel à leurs bestiaux, pour les
exciter à mangw, et les animaux le recherchent
«ont coimiQs^ uniquement dVgile ferrugineuse rouge , comme am
environs de San-Borja ; point de a-istallisation. Nous nous arrèUmes
iwès d^BB ruisseau coulant au milieu des roches masaivBs de grès , sur
UB fond d'une matière rouge de sang , cellulaire , assez semblable à
rhjdrate de fer, mais si dure que je ne pus en détacher un seul frag-
BMBt. Je fus tenté de la prendre pour une lave, quoiqu'il n*y eût aucune
«pparenoe de Yolcan aux environs. Un peu avant d'arriver à cette
localité, j'avais trouvé dans un torrent de petites masses de pouzzo-
HU (scorie rouge décomposée), consistante et endurcie par de U
^àolite (déterminé par M. Cordier). Plus des petits blocs de cqlçaire
concrèHonné renfermant de l'argile rougeâtie, vraisemblablement d'ori-
gine volcanique , et enfin de la rètinite noirâtre. Dans les forêts je
teeBeillis deux espèces de cafiiUaires, qu'on rencontre aussi aux Mis-
sÎBBS, Vadianthum capillus venerU^ Lin. et Xadicmthum agine Sjpr. avec
plunsura. autres ci^rigtog^es intéresaans.
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— 408 —
avec avidité. Nous avons vu des vaches et des
bœufs venir autour de nos charrettes, les suivre
long-tems , les lécher de toutes parts , comme
pour nous montrer le besoin urgent qu'ils avaient
de manger du sel. Après leiu* en avoir donné, les
moradores de la Serra ont la coutume de brûler
certains végétaux alcalins et de leur en £dre
manger la cendre ; cela les purge et les dispose
à engraisser > .
U y a peu d'habitans dans cette partie de la
Serra. Ceux qu'on y rencontre sont de pauvres
gens laborieux, mais non industrieux, ayant ob-
tenu des concessions gratuites de terrein au mi-
lieu ou à proximité des bois; ils vivent ou plutôt
ils végètent avec leurs Êimilles, aidés par une na-
ture vivifiante et l'aménité d'un climat salubre.
Ils cultivent un peu de maïs, de mandioca, des
haricots, des pastèques, (sandias) dans la saison.
Ils ne peuvent élever beaucoup de bétail, par la
difficulté de se procurer le sel nécessaire à sa nour-
riture. Cet inconvénient , dû entièrement à la
qualité des pâturages est général dans tout le haut-
pays du Brésil , ainsi que dans une partie de la
1 À Buenos- Ayres, j*ai vu les Gauchos reooirir à ce moyen peur
se purger; ils fesaient rôtir de la viande, la saupoudraient de cendre
et la mangeaient, puis après ils buvaient lUie grande quantité d'eau.
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— 409 —
Banda-Oriental ; mais dans cette province, il nj
a guère que sur la Serra ^ et surtout entre le Ja-
guarjr et la Gueauraça que le besoin de sel se fait
impérieusement sentir ; parce qu'il existe dans les
autres endroits une argile limoneuse , salpêtrée ,
appelée b€irro , (glaise) , que les animaux man-
gent arec la même avidité que le sel *. Il serait
Ëicile de remédier à rinconvénient du manque
de sel avec des moyens suf fisans pour en Êiire ve-
nir, soit par la voie de l'Uruguay, etde F Ybicuy ,
soit par celle de Porto- Alégre et du Jacuy ; alors
on pourrait former des établissemens fort avan-
tageux dans ces montagnes pour l'éducation des
bestiaux , des mulets principalement.
Après avoir suivi la vallée , dans la direction
de l'est, l'espace de deux lieues, la route tourne
au sud en gravissant de nouveau les montagnes,
1 Les tenraÏDs où se reooontre cette glaise, sont appelés barrêfos
par les Espagnols, el barreiras par les Portugais. M. Àaguste Saint-
Hilaire dit qu^il en existe dans la proTince de Minas-Geraés et parti-
cnlièrement dans le seriao (désert) j c'est une chose très - importante
pour les estancieros. Les bestiaux de la Serra ont souvent à souffrir
beaucoup d'un insecte connu au Brésil sous le nom de carrapato ; il
est de Tordre des parasites, genre ricinus de G. {ixodes de Latr.) et il
iuconunode les hommes autant que les animaux. En 4834 , il s'était
propagé de telle sorte, qu'il était devenu un véritable fléau ; les
bestiaux en étaient couverts et ils mouraient en peu de jours. On
avait ofTert une forte récompense Si celui qui hrouverait le moyen de
détruire cet insecte.
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— 410 —
alors on arrÎTe sur un nouveau plateau, et Fa»-
pect du pays change complëtem^it. Ou descend
continueUement, l'espace de cinq à six lieuea,
jusqu'à la rivière Jaguary-GuMU* Le scd n'est
plus caillouteux; on ne Toit que duaaUe fin,
blanc comme neige en beaucoup d'^idroits et
rouge dans d'autres; ce dernier est inférieur au
premier, dans la superposition desoouches ^ En
descendant , nous trayersâmes le hameau de Sitnr
Francisco y où il y avait jadis une chapelle et une
petite peuplade de Guaranis, relevant des Mis-
sioffis. Il n'y a phis à présent que dix ou douce
chaumières et trois ou quatre maisons en char-
pente couvertes en tuile rouge. Néanmoins, de
VLony es^x3Lpoi^adores (fondateurs) commençaient
à s'y établir et à cultiver les terres; il y avait
même deux vendus (pulperias), œ qui ne man-
quera pas d'y attirerd'autresmonoefere^desiBon-
tagnes. Ce lieu est convenablement situé sur un
« ^tiuk géologique d'un ravin do 20 pieds de pmfondeiv» wir ce
pialMun de la Serra, Tert9 wriréUre, pravesanl dq déUiiiw de» véeé-
taux, 2 à 3 pieds ; sable blanc ^ fin, compacte, 6 pieds; table rouge, mé-
langé d*argile, 2 pieds ; argile limeneuee ou glaise, 2 à 3 pieds ; une
roche tendre, en /ôrtiia<»09i, d^une Jolie couleur rose, marbrée de jaune,
provenant du mélange des couches de sable rouge et blanc, unii par
un ciment argilo-calcaire en dissolution dans Teau du ravin, fonuait
le fond et s'étendait très-avant. Prés de ce ravin, un ottonticule mar-
neux. Du reste peu de calcaire; tontes les montagnes, les monies isolét
ne m*ont offert que des grès variés en espèces.
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— 4H —
petit plateau y traversé par la route des Missions,
domiiiant une grande étendue de pays^ entouré
de forêts, de ruisseaux et de pâturages; à proid-
mité du Jaguafy-GuazUy afiluent de YYbiciiy^
ce lieu deyiendra bientôt lé marché des hameaux
et des estancias de la Serra des Missions.
A une lieue du hameau de San-Frcmcisco ,
nous passâmes une petite rivière appelée Jisguary-
Miri (petit Jaguary): elle coule sur du sable
blanc et débor4e aux moindres pluies; mais son
peu de profondeur la rend guéable en tout tems.
Le 19, nous avions la Serra <à 7io/re gauche.
Après avoir monté et descendu souvent , tourné
des mornes isolés couverts de forêts sombres,
nous arrivâmes sur la rive droite du Jaguary-
Guazu (grand Jaguary), rivière de troisième or-
dre, dont les environs sont magnifiques; elle
prend sa source dans la Serra ^ vers le nord-est * ,
et va se jeter, après bien des détours, dans IT-
hicujr-Guazu au sud*ouest.
« Â paitir du rio Toropy la Serra fait un gi-and zig-zag en s'écarlant
un peu de la ligne est et ouest ^ vers le nord \ puis elle redescend au
sud'Oitûst, entre le Jaguary ei la petite rivière Guataraça^ en se rami-
fiant et s'étendant beaucoup vers la Banda-Oriental et les Hautes-
Missions. Sa niasse principale, non interrompue , est entre le hameau
de San-FrancUeo et le boq^têrom de SamHa^,
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— 412 —
Le Jaguary était fort bas, heureusement pour
nous, car il eût été difiScile de le passer sans ac-
cident. Dans cet endroit (le passo) il coule sur
un fond de sable et de galet; les bords, ayant
près de vingt pieds d'escarpement sont de sable
blanc à gros grain; la rive gauche semble une
dune , tant le sable y est amoncelé. Malgré l'es-
carpement de ses rives, cette rivière déborda
dernièrement, dans les plaines voisines, à une
hauteur de quatre ou cinq pieds au dessus de
son lit naturel.
Les cailloux roulés et les blocs épars dans le
fond du Jaguary sont tous de grès d'espèces dif-
férentes. Une partie considérable de la rive gau-
che, mélangée d'argile et de sable^ âK)ulée, dé-
tâchée , entraînée au milieu du lit et l'obstruant,
avait déjà pris une consistance pierreuse ; quel-
ques parties même, battues par le& courans,
étaient lustrées ^ Mais ce qui m' étonna davan-
tage, moi , qui cherchais à prendre la nature sur
le /ait y c'est que je retrouvai là, sur la rive droite,
une roche de grès marbré, ou bigarré, seniblable
à celle que j'avais observée en formation Aacas un
ravin de la Serra. C'était, à la superficie du sol,
1 A et B n* iO des échaiitiUoi» déposés au muséuiii.
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— 413 —
un grès quartzeux argilifère tendre, bigarré de
jaune et de ronge, et au-dessous , jusques très-
avants probablement, le même grès^ avec les mê-
mes couleurs, mais très-dur, lustré, et non ai*-
gilifère '.
En face du gué, à distance d*un quart de
lieue , une montagne , isolée dans la plaine ver-
doyante , s'élèye à plus de cent toises de hauteiu*
et parait une immense forteresse élevée pour dé-
fendre le passage et protéger la plaine. Sa forme
est exactement celle d'un cata£dque , pouvant
avoir une soixantaine de toises de longueur, au
sommet, sur une dixaine de toises de largeur,
tandis que les croupes s'étendent beaucoup de
chaque côté, au nord et au sud. La partie prê-
tant face à l'ouest est boisée irrégulièrement et
laisse voir des clairières verdoyantes. La roche.
sN<»dObi8etdO ter. id.
En géologie , le mot roche ne sVmploie pas seulement pour désigner
un amas pierreux très-dur ^ comme on le comprend communément; il
désigne aussi un amas de substance minérale simple , ou ccmposé, de
quelque étendue. L'écorce minérale , ou la partie connue du globe
terrestre se divise en terreins, dont chacun est formé par un certain as-
semblage de couches f ces couches sont composées de masses minéra-
les appelées roches , et ces roches le sont k leur tour de substances
minérales simples. La roche qui contient des substances utiles , telles
que des métaux, est appelée minerai. Les terreins appartiennent h di-
verses formations on périodes, caractérisées par la nature des fos.nl ps
qu'on y rencontre.
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— 4U — .
((jui tt'a paraqvartieuse) miseà nu Ters le som-
m^, (orme une oomiche oocupant toute la lon-
gueur, et est recouTerte , à la cime, par un ta-
pis de gazon toujours Tert. La partie prêtant face
à l'est était une forêt épaisse. Des croupes et du
pied de cette jolie montagne partent en diver-
geant, des ruisseaux et des sources^ ombmgés de
grands arbres^ La plupart des ruisseaux vont au
Jiaguary , après avoir serpenté dans la plaine ;
cette rivière, encfatTant depuis le nord-est jus-
i|n'au sud-est toutes ces prairies , contribue beau-
coup à la beaubé du paysage* Un peu plus loin»
^rers le ^sud^^esit, une autre montagne isolée, de la
même hauteur, ou à«peu-près, quelecata&lq[uey
prt^eiite l'aspect d'un oone afibissé, mais si cou-
▼eit de forêts jusqu'à la cime, qu'il en parait tout
noir.-^ Sur la rive gandie du Jaguari étak alors
une estancia, avec twndbj sur la rive droite,ina£»
à quelque distance de la rivière et sur une autre
colline, une autre estancia couverte en tuile
rouge, fabriquée sur les lieux.
En partant du Boquieron nous avions Ëdt cinq
lieues au nord - est, quatre et demie au sud*
est, et ensuite quatre lieues à Test ; en tout treize
lieues et demie(approximativement), àsxBiHiueron
de Santiago jusqu'au passo du Jaguary-Guaxu.
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— 418 —
On rencontre dans cette localité beaUcoBp de
singes ^u genre ttfouoffe, appelés par les Brési-
liens hugios '. Nous tuâmes un vieux mâle très-
barbu, presque rouge; la femelle que nous
blessâmes, était d'une teinte blanchâtre, comme
celle du hurleur noir; quant au jeune nâle de
moins de deux ans , il variait en couleur depuis
le blanc jusqu'au marron-roux. Nous en retrou-
yâmes fréquemment , dans tous les grands boîs ,
jusqu'à Porto- Alègre , par les 3<y> de kuùt$de et je
puis afiSrmer positivement qu'il y ^en a au sud de
Cûssa-pa^a^ sous la 51^ parail^, ce qui est con-
traire k l'opinion d'un célèbre voyageur, qui
pense que la limite géographique des singes est
le 27^ degré , dans la partie australe du nouveau
cfontinent. J'ai vu, de plus sur XeSmcay^ entre Aio-
Pardo et Pokto-Âlègre, ime espèce de omstiti assee
commune, quoique le froid y soit vif pendant
I C'egt ValfmaU'Owrson {stenior-ursinus) du Muséum. Je n'aipag tu ^
ce hurleur dam la Mission de San-Borja , où Von ne ti*ouve , je crois
4ae!e coraya de Az. : («i^nli^-coraya). Gomme tes carayas,les ^urtans
grlw^nt par bandes au sommet des grands art>res (les cèdres princi-
palement, et poussent, au lever, au coucher du soleil , (t même dans
la jonrtiée , surtout lorsqu'il ^oit ftleuvolr , <les faarlemens épottvni-
tables qui aop[mèntent progressivement comme imc bourrasque de
vent et cessent tout-à-coup pour faire place à un court silence ou à un
gtog^^entsilliiblable k celui d'one Irospe de cochons. On tti*li offert,
chez M. Bonpland , une femeUe de caraya. Elle était d'un gris
blanchAtre tirant sur le jaune paille, dans les 'parties supérieures du
dos.
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— 416 —
ITiîver. Un de mes amis (M. Zambeccary) en em-
porta un Tirant au mois de juin à Buénos-Ajres.
Les coatis sont aussi très-nombreux dans les mê-
mes localités. Les nègres de Porto-Alègre en
Tendent de fort belles peaux, ainsi que de bugios *,
pour des bagatelles.
Les chacaras, les estancias sont multipliées
dans cette localité. Le sol est composé d'argile
jaune et rouge , contenant des parcelles de mica,
J'obserTai dans les rarinsque les grès de formation
récente ainsi que ceux qui n'ont pasencore acquis
la dureté des pierres, se trouTent presque toujours
au-dessus d'im banc d! argile , recouTcrt lui-même
d'un banc de sahle , ou vice-^ersa ; d'où je conclus
que c'est l'infiltration des eaux dans ces substan-
ces qui prépare le ciment nécessaire à leur union
intime, de manière à former un corps compacte,
se durcissant de plus en plus aTCC le tems , et le
grain doit être d'autant plus fin qu'il y a moins
de sable dans le mélange. Je remarquai beaucoup
de grès arénacé, suffisamment poreux pour fidre
des pierres à filtrer ; mais les habitans de ce pays
faTorisé de la nature , n'ont pas besoin de se
donner ce traTail> chaque bois, chaque Talion
i Prononcez bougios ; les nègres les appellent bujus.
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— 417 —
renfermant un ruisseau ou une source d'eau cris-
tallisée, invitant à boire par sa fraîcheur et sa
transparence.
Le SI , le tems était nuageux; le vent, d'abord
nord, passa au nord-ouest, puis à Fouest yers le
milieu du jour et soufila ayec force. La chaleur
devint suiFoquante. Un orage se forma dans le
sud et monta rapidement vers le nord , au-dessus
de la Serra , où il éclata sur les cinq heures du
soir. Alors il plut abondamment ; nous admirâmes
les étonnans e£fets de nuages , fortement conden-
sés, passant comme des colonnes de fumée entre
les pics des montagnes et les forêts dont ils sont
couverts.
Nous passâmes par le hameau de San-Vicente.
Une chapelle , une vingtaine de familles d'In-
diens-Guaranîs, dirigées par un lieutenant brési-
lien, dépendant du commandant de Saô-Borja,
en formaient la population. Ce n'est proprement
quune esianciaj restée par miracle entre les
mains des Guaranis; celle-ci dépendait de la Mis-
sion de San - Miguel. Les herbages y sont meil-
leurs que dans la Serra. A partir du Jaguarj ,
ils ont moins de hauteur, sont plus nomrissans,
paraissent ayoir plus de saveur; on y trouve
27
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— 418 —
probablement des harreiros^ car les bestiau:^ en«
graissent sans le secours du sel. Le terrein est
très-sablonneux, ondulé, les arbres, moins vigou-
reux, sont envahis, de la cime jusqu'au pied,
par des lichens, des mousses lichéneuses et des
plantes parasites.
Entre SaS-Vicente et le Toropy, je commençai
à rencontrer, sur les collines, de nombreux débris
organiques appartenant au règne végétal, à
Véiatfossile. C'étaient des troncs d'arbres siliceux,
dicoPfl^Jonés^ de trois à quatre piedsde longueur.
La route en était pavée , ainsi que de grès et de
galets de silex noir. J'eusse désiré pouvoir &ire
quelques excavations , parce qu'il est probable
que ces collines sont formées, en grande partie,
de débris de cette nature et qu on devait y ren-
contrer des ossemens d'animaux. Je pris plusieurs
beaux firagmens de ces bois , qu on peut voir au
Muséum ^ on en trouve sur une étendue de
plus de quarante lieues. — A la fin du jour nous
airivâmes sur la rive droite du Toropy , rivière
de quatrième ordre ( toujours comparativement
à l'Uruguay ) ; la pluie tombait avec force et le
tonnerre grondait avec fracas dans la Serra , que
nous wions à notre gauche , à distance de trois
ou quatre lieues. Craignant, avec raison, que ces
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— 419 —
pluies d'orage ne fissent enfler promptement la
rivière , nous conseillâmes au Tropero de tenter
le passage ; ce qu^il se détermina à Eure malgré
Tobscurité profonde dont nous étions menacés.
Le passage du Toropy est très-mauvais en tout
tems mais plus particulièrement à la suite des
pluies. Du côté de l'ouest, on traverse un bois
sombre, entrecoupé de saignées profondes et
boueuses avant d'y arriver. Le fond du lit est de
sable mélangé de galet, par places ; la rive gauche,
élevée de douze à quinze pieds , est formée d'un
banc de glaise unie à du sable et, conséquemment,
fort glissante en tems de pluie ^ aussi est-ce un
véritable écueil pour les troupes de charrettes.
Ce fat avec un mal incroyable que nous parvîn-
mes à passer ; on fat forcé de mettre jusqu'à huit
paires de bœufs., et malgré la force qu'ils faisaient,
l'une des charrettes de la caravane versa en mon-
tant; une autre resta embourbée fort long- tems,
ce ne fat que très-avant dans la nuit , et à force
de bœufs , de travaux autour des roues qu'on par-
vînt enfin à la tirer du mauvais pas. 11 plut toute
la nuit; nousétionsdansunétat pitoyable, et pour
comble de disgrâce, il fat impossible de faire du feu.
Ce n'est pas un petit travail que de relever une
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— 4S0 ~
de ces charrettes! il faut d'abord enlever les
cuirs , les &rdeaux de crin ou autres denrées
dont elle est chargée, attacher des cordes au somr
met du toldo (toiture légère , arquée , mais très-
éleyée, dont elles sont couyertes), puis atteler un
grand nombre de boeu& pour la mater ; mais on
ne réussit pas toujours du premier coup.
•
Le lendemain je descendis dans le lit du To-
ropy et je trouvai une grande quantité de fiag-
mens de bois fossiles, roulés, d'espèces variées ;
plus de la moitié des galets étaient de cette na-
ture.
Nous avioils fidt environ neuf lieues, du Ja-
guary jusqu'au Toropy , d'abord au rumb
nord-est , puis est , puis est-sud-est auprès du
passage de cette dernière rivière.
Le 22 , à onze heures du matin nous nous
remîmes en route pour gagner le passage de YY-
hicujf , distant seulementde deux lieues et demie
de celui-ci. Nous eûmes à traverser une plaine
basse , fort marécageuse , remplie d'oiseaux aqua-
tiques. Jamais je n'avais vu tant d'oiseaux réu-
nis, et d'espèces si variées; c'étaient surtout des
ibis , des hérons, des grues ; ce joli héron flûie
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— 48i —
du soleil de Az/ : ( ardea cyanoeq»hala de Lin) :
de6 poules d'eau, le râle géant , des bécassines^
(rhynchées) des vanneaux armés, des canards etc»
Nous chass&mes tout le long de la route , au
milieu des criques, des lagunes et des joncs:
nous tuâmes un catharte aura et trois mandur-
fias couleur de plomb (d'Az. ) *.
On rencontre plusieurs mauvais pas avi^t d'ar-
river à VYIhci^; un, entre autres , qui pourrait
bien passer pour une rivière par sa .profondeur.
•
UYbicuf est ici, une rivière de quatrième or-
dre, venant du nord-est, où elle prend sa source,
au milieu de la Serra. Après avoir coulé, l'espace
de douze ou quinze lieues, parallèlement à la
chaîne de montagnes, elle dirige son cours au
1 Trè»-bien nomin^ vnn , car j'ai <a Ke ten» de Tolwerver aux
Missions , où il est extrêmement commun, et, tous les matins, nous
Papercevions , perché sur un arbre sec, le cou droit, Terticalement
tendu, regardant le soleil et faisant entendre un sifflement prolongé,
doux et mélancolique, semblable à des notes détachées d'une flûte, et
répétés plusieurs fois sur le même ton. Il se tient prés des habitations.
tLamandurria ou curucau, proprement dit, (Tantale alhicollisét
Lin.) est commune aux Missions et dans Tintérieur de cette province.
On Tentend, malin et soir, à une grande distance. Lorsque je chassais
am bords du Camae^a^ je les Toyaia partir des bois, le matin, filer
bien k)in dans les plaines, puis reveqir le soir au même gîte, en
tenant presque toujours le même chemin.
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I
— 422 —
sud-ouest pour se réunir à FUruguay, se grossi-
sant de plus en plus du tribut de nombreux af-
fluens. Il paraît, si j'en dois croire les renseigne-
mens recueillis sur les lieux, que c'est à tort
qu'on désigne cette rivière sous le nom de Tnim
ou miri (mots guaranis signifiant petit ou petite),
car on affirme que c'est la même qui se rend di-
rectement à l'Uruguay, après avoir reçu les eaux
du Toropjr j du Jaguary et d'une infinité d'au-
tres rivières , d'un ordre inférieur , tant du nord
que du sud. Il n'y aurait rien d'étonnant à cela
puisque la chaîne de montagnes (la Serra) est
indiquée sur toutes les cartes ( même sur celles de
Âzara) comme se dirigeant au sud, entre le Ja-
cuy et YYbicuf'TTuri j tandis qu'au contraire eDe
suit les rumbs est et ouest jusqu'au-delà du Ja-
guary. Il y a donc une rectification importante
à faire sur les cartes.
Le passage de VYbicuy est très-facile à eflFec-
tuer en basses eaux, parce que ses rives , toutes
de sable pur, sans mélange de galet ni de pierres
quelconques, sont faciles à gravir.
La pluie de la veille l'avait déjà lait croître
suffisamment .pour nous contraindre à décharger
nos bagages et à les placer au-dessus du toldo de
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— 425 —
notre charrette; nous fûmes heureux d'avoir nos
collections enfermées dans des caisses de fer^
hlanc^ car, dans le cas contraire, elles eussent
souffert beaucoup , Teau étant entrée de deux
pieds dans la charrette. Les bœu& étaient à la
nage. Le jour suivant nous n'eussions pu passer,
parce qu'il n'y avait aucune pirogue pour trans-
porter les marchandises , ce qui eût obligé à at-
tendre la baisse des eaux. On conçoit que c'eût
été fort peu récréatif de rester là comme Gaspard
l'avisé.
Les deux lieues et demie que nous eûmes à
Êûre au milieu des marécages , furent au rumb
sud.
Le 33 fut employé à Êiire sécher les cuirs ,
mouillés pendant le passage , et à camear ( faire
de la viande).
D y avait une estancia à deux portées de fusil
du peissOy sur une colline se prolongeant de l'est
au sud-ouest. La qualité des pâturages augmente
de plus en plus, ils sont très-nourrissans ; le bétail
engraisse vite , le besoin de sel ne se faisant plus
sentir, à partir du Toropy. — Peu de variété
dans la végétation, mais de jolies graminées avec
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— 424 —
de nombreuses sjmanthérées flosculeuses de cou-
leur bleue, des solanées jaunes , des yerbenacées
Meues , parsemées au milieu de la verdure des
prés.
Dans l'Ybicuy, le poisson est abondant^ ainsi
que dans toutes les rivières et ruisseaux que
nous trayersâmes.
Il passe fréquemment des troupeaux de boeu&
et de yacbes que l'on conduit aux chtxrqueadaa ^
dans les environs de Rio-Pardo. Il passa plus de
douze cents vacbes pendant les deux jours que
nous restâmes là. C'est une cbose curieuse à voir
que ces passages : les effets des arreadores (pi-
queurs, conducteurs) se placent dans un cuir,
dont les bords relevés forment une petite nacelle
Éumageant très-bien. Un Indien, ou tout autre,
à la nage , la conduit au moyen d'une corde qu'il
tient à la main ; nous vîmes Êiire ainsi huit voya-
ges de suite au même Indien, sans s'arrêter, sans
qu'il parût fatigué; le trajet était pourtant d'au-
moins quinze toises. Les autres peones passèrent
sur leurs chevaux, à poil nu, prenant la précau-
tion de se laisser glisser le long des flancs du
cheyal, et se tenant de la main droite à la
crinière tandis que de l'autre ils nageaient et
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— 485 —
dirigeaient ranimai en le finappant à la tète.
Quand le passage est difficile, soit par une crue
excessive, soit par un courant tn^ violent , et
qu'un honune ne sait pas nager suffisamment
poujr se risquer, il se place dans le cuir, avec les
effets et une partie des bagages, cela s'appelle
passer en pelota, pai*ce qu'en effet, le cuir relevé
par les bords ressemble à une pelote ; la corde
s'attache à la queue d'un cheval et il passe ainsi
non sans danger, car si le cheval est mauvais na-
geur ou peu docile ou &tigué , la pelote de cuir
court grand risque de s'emplir d'eau ou d'être
emportée avec l'animal. C'est ainsi que périt
malheureusement le docteur Frédéric SÔlowavec
deux de ses compagnons de voyage > en passant
une grande rivière débordée, de la province de
Saint-Paul.
Les environs du Toropy et de l' Ybicuy ne sont
pas , à beaucoup près , aussi agréables que ceux
du Jaguary et du Jacuy ; je ne les crois pas non
plus très-sains. Cependant les montagnes de la
Serra, couvertes de forêts, qu'on aperçoit dans
le nord-ouest du Toropy e|^ nord-est de l'Ybi-
cuy sont d'un aspect imposmt. Tout le pays s'é-
tendant au-dessous de ces montagnes, c'est-à-dire,
à Test, au sud-est, et au sud-ouest, présente de
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— 426 ^■
grandes plaines basses , marécageuses, terminées
par des collines peu élevées , couvertes d'excel-
lent nâtura^es.
lens pâturages,
Les terreins sont d'alluvion , couiposés uni^e-
ment de saUe, de terre limoneuse, de galets
quartzeux, de bois fossilisé et d'argile diverse-
ment colorée; point de calcaire > du moins à la
superficie»
Le 24, nous tuâmes, dans FTbicuy, un jacaré
(caïman) long de sept pieds. Us sont communs
dans toutes ces rivières, et même les lagunes;
quelques uns ont quinze pieds de long ; ceux-ci
tuent des vaches , des chevaux^ des mulets qu'ils
entraînent au fond des eaux en les tenant par le
museau, et quand les membres commencent à
se désunir par la putréfaction > ils en mangent les
chairs.
Le 25 , beau tems, mais orage ux ; vent de
nord , brûlant. Le thermomètre Réaumur mar-
quait à une heure vingt-neuf degrés et demi , à
l'ombre, et au soleil ouarante-six degrés deux tiers.
En route à quatre fluiSes du matin ; rumb nord-
est; suivi la rive gauche de l'Ubicuy l'espace de
cinq lieues dans la [daine marécageuse. Le che-
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— 427 —
min est a£Breux, fi^quemment coupé par des
mares, des fossés profonds et boueax. — Dé-
chargé plusiem*s fois les charrettes pour passer
des ruisseaux débordés, ayant cinq à six pieds
de profondeur. Quand ITThicny débordg, toute
cette plaine est inondée ; on suit alors une autre
route, passant au-dessus des collines vers Test-
sud-est,mais elle est beaucoup plus longue. Nous
mimes sept heures à faire trois lieues dans ces
marécages.
Vers cinq heures du soir un orage qui s'était
formé dans Test, passa dans le nord puis éclata.
Le plus fort de la pluie tomba dans la Serra où
la grande chaleur concentrée la fit à Tinstant va-
poriser, et nous yimes des nuages épais s'élever de
terre et restersuspendus à quelques centaines de
pieds au dessus des forêts. A neuf heures du soir,
il s'éleva un vent du sud assez violent qui balaya
tous les nuages et Tatmosphère resta pm^e et
diaphane.
Le 26, beau tems; le vent, nord-est le matin
passa au nord vers le milieu du jour; alors la
chaleiu* redevint excessive, l'atmosphère se char-
gea de nouveau de nuages épais et il se forma
bientôt *un nouvel orage qui éclata sur les huit
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— 488 —
heures du soir; mais il dura peu, le yent de sud*
est souffla fortement comme la veille.
Après avoir suivi les bords marécageux de FT-
bicuyregpace de cinq lieues au nord-est, la route
tourne à Test , en montant par des coteaux dis-
posés en amphitéâtre , jusqu'à une estancia oit
les voyageurs s'arrêtent ordinairement.
Dans la plupart des estcmcias ou desjaxendag
il y a un rancho ouvert, sans autres meubles
qu'un baril ou une cruche d'eau, une corne ,
une banquette ou deux , et quelquefois , mais ra-
rement, un lit de sangle £dt avec des lanières de
cuir non tanné : c'est ce que les Brésiliens appel-
lent casa dos hospedes (maison des hôtes). Le
voyageur, à cheval ou à pied, s'approche de
l'habitation principale , mais toujours en dehors
des balustrades dont elles sont entourées, et dit
Oh! de casa!... ou bien, le plus ordinairement,
Cristo * / Alors le maître ou un capataz se pré-
sente et dit: pode V. M***, apear (vous pouvez
mettre pied à terre) ou bien, brusquement pode
entrar (entrez) ; mais il y a loin de l'urbanité
« Les Argentins et les Orientalistes disent ave wiaria purit^ma ! et
Ton répond de Tintérieur sin pecado concelnda... Pose v^f, adeltmie,
eaballeroi entrez nonsienr.
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— 4S9 —
des Brésiliens de la proyince de Rîo-Grande à
celle des Orientalistes, surtout sur la route des
Missions à Porto-Alègre. On £dt passer le voya-
geur à la casa dos hospedes et là, il est servi par
un n^re esclave, ou un Indien, sans communi-
quer davantage avec la famiUe de Yestcmciero ou
ànfaxendeiro.
Ici recommencent les forêts, les hauteurs, les
jolis sites, les points de vue étendus; on trouve
aussi très-fréquemment des chaumières sur le
passage.
En route, vers quatre heures.— «Notre manœu-*
vre de chaque jour était, de partir au lever du
soleil, quand on avait pu réussir à rallier tout le
troupeau de boeu& et de chevaux épars dans la
campagne, et de marcher jusqu'à onze heures
ou midi; alors on choisissait un endroit à proxi-
mité d'une source , d'un ruisseau, d'un marais ,
ou d'un bois, pour camper; les charrettes de la
caravane se plaçaient de front sur une même li-
gne, les bœufi étaient lâchés dans la campagne ,
et l'on Êdsait la cuisine pour diner; elle consas^
tait en un morceau d'assado^ avec de la farine
sèche (de mandiocd), ou en un guisado fait dans
une marmite avec de la graisse et de làfarinha
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— 450 —
détrempée. Après le dtner on dormait à Tombre
sous une charrette, jusqu à ce que le fort de la
chaleur fût passé; je mettais cet instant à profit
pour chasser aux insectes ou aux oiseaux, et pour
sécher les plantes recueillies en route. Vers trois
ou quatre heiires on rassemblait les bœu& et les
chevaux, portant tous un nom distinctif; on en-
laçait ceux qui deyaient travailler etl'onmarchait
jusqu'à huit ou neuf heures du soir, pour cam-
per de nouveau et Êiire à souper : nous mangions
ordinairement des feijoes pretos (haricots noirs),
cuits avec un morceau de charque^ et saupou-
drés dans la gamelle avec de \aifarinha. Tout le
monde mangeait au même plat; nous ne buvions
jamais en mangeant , mais après le repas un
nègre apportait un chifre (corne) plein d'eau, et
chacun buvait à la ronde * ; celui qui se fût dé-
rangé pendant le repas pour aller boire eût couru
le risque de se brosser le ventre au retour; car
les animaux de proie ne mangent pas avec plus
de voracité que les Brésiliens do campa. Quelque-
fois nous régalions le tropero d'un morceau de
fromage et d'un coup de cachaça; alors nous
étions bons amis et il nous dpnnait des preuves
manifestes de son amitié par les nombreuses fla-
I Voyez la note K.
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— 451 —
tuosités que son estomac en trayail laborieux
laissait échapper avec bruit : c'est, du reste,
passé en usage dans la bonne compagnie; c^est
l'accompagnement obligé du jeu du cure-dent j
ou de la pointe du/acad (couteau-poignard) qui
en tient lieu.
Le 27, nous trayersàmes le hameau de la Por-
terinhay ainsi nommé à cause d'une ancienne
porte à^estancia , du tems des jésuites, dont on
voit encore des vestiges. Les chétives demeures de
ce hameau ne sont pas groupées ensemble , mais
disséminées à de grandes distances, comme dans
la plupart des villages et des districts de ces
contrées. De ce lieu on aperçoit, dans le
lointain , la chapelle de Santa-Maria da Serra ,
assise sur une croupe du versant austral de la
Serra ; il peut y avoir six lieues de distance dans
l'est. •: ^
Même terrain argileux ; toujours des bois fossi-
les et des forêts multipliées.
28. Tems couvert; vent nord-est, tempéra-
ture douce ; pluie par intervalles.
Nous observâmes des effets d'évaporation ad-
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— 432 —
mirables au-dessus de la Serra , que nous avions
à notre gauche à distance de trois ou quatre Keues.
ToutesIesmontagnesdelaSerra-do- Mar, ouSerra-
Gérai , sont couTertes , dans la partie regardant
le sud et Vest^ de forêts épaisses^ Uparait qu'après
plusieurs fours de chaleurs excessives ces forêts
s'échauffent considérablement , car nous avons
remarqué que les fouies d'orage , qui venaient à
tomber se vaporisaient immédiatement , en s'éle-
vant comme un rideau de gaze dans une décora-
tion théâtrale. Ces vapem^ se condensent bientôt
en nuages épais au-dessus des montagnes et for-
ment de beaux arcs-en-ciel, quand la température
est firoide, mais si la chaleur continue à raréfier
l'air et que le soleil darde de ses rayons brûlans
ces nuages vaporeux, alors ils se résolvent de
nouveau en pluie fine, retombent dans les mêmes
montagnes, forment des torrens, de nombreux
ruisseaux, et contribuent au débordemeat rapide
des rivières et des fleuves. C'est alors ^ve si les
pluies et le firoid durent plusieurs jours, les débor-
demens deviennent considérables et se maintien-
nent long - tems , parce que presque toutes les
collines et les montagnes de ce pays sont com-
posées d'argile, de grès quartzeux, arénacés,
renfermant de vastes réservoirs où les eaux sont
reçues par d'innombrables conduits, en £)rme
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— 45S —
d'entonnoirs (qu'on obserre fréquemment à la
surface du sol) d où l'eau filtre ensuite de toutes
parts pour alimenter les sources. «Tai vu beaucoup
de ces citernes naturelles, découveites par des
éboulemens de terrain, contenant une eau plus
pure que le cristal et inyitant à boire par sa fraî-
cheur. Iln'y a pas de coteau, de colline, de mon-
ticule qui n'o£Ere au moins une source; aussi la
plupart des Talions sont-ils marécageux ou fiin«
geux , donnant naissance à ces esti^ , à ces ba-
nadosj désespoir du voyageur, mais la consolation,
\a. fortune des estancieros de la provitace de Rio-
Grande et de la Banda-Oriental , en ce qu'ils ga-
rantissent leurs pâturages de la sécheresse dont
sont ravagés si souvent ceux du sud de la Plata.
Nous approchions de plus en plus de la &fta ,
qui restait sur la gauche , parallèlement à notre
marche , c'est-ii-dire tantôt est , tantôt nord-est.
Mauvais chemins; la pluie, tombée deux jours de
suite , en les délayant atait laissé des amas d'eau
assez profonds. Une de nos charrettes s'embourba
en passant un bois à une lieue de Santa-Mària.
Le l*"" Mars , nous montâmes une côte pour
traverser la bourgade de Santa-Maria-da-Serra ;
nous étions alors au pied même de la Serra for-
28
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— 454 —
mant comme une grande muraille sombre , des-
tinée à séparer en deux portions à- peu -près
égales , nord et sud , l'intéressante province de
Rio Grande-do-Sul.
La situation de cette bourgade est assez agréa-
ble; les environs sont charmans, passablement
peuplés. L'architecture des maisons est simple ,
mais on voit avec plaisir un toit rose , un peu
relevé et saillant , &ire ressortir la blancheur des
murailles. Les maisons sont en charpente, enduite
d'argile ; il y a plusieurs rues , et une chapelle
fort simple. La population peut s'élever de mille
à douze cents âmes. Presque toutes les maisons
ont un petit jardin renfermant un bois d'oran-
gers * , ce qui leur donne de l'ombrage et con-
tribue à l'embellissementdu paysage. Onremarque
beaucoup d'activité dans cette population cen-
trale de la province : Santa-Maria est le marché
des hameaux d'alentour, comprisentrela Cachefra^
CassorPara , Alegrete , et San-Boija. Il a encore
l'avantage d'être situé sur la route des YerhaHes
> Bans les Missions, les jésuites avaient beaucoup multiplié ks
plantations dVangers; ils s*y sont naturalisés; on en troure partoot*
même dans les lieux inhabités, mais tous ne produisent pas de bon
fruit. Comme Ta remarqué d'Azara, les orangers ne souffrent aucun
autre végétal parmi eux : ce sont les aristocrates du règne végélal.
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— 455 —
et des Missions, et d'être à proidmité d'ime autre
bourgade des montagnes, appelée Saé-Martinhoj
située à environ tix)is lieues de là, sur la Cùna da
Serraj dans le nord-ouest.
A cinq lieues au sud dé Santa-Maria on yoit
une mine d'or en exploitation^ qu'on dit être
très-productive. L'or pur se trouve en grains dis-
séminés dans une roche de je ne sais quelle* na-
ture (quartzeuse, je suppose), qu'on brise à l'aide
de pilons, pour l'en extraire. Il n'y a pas long-
tems que cette mine fut découverte : un estan-
cierOy propriétaire du terreia , marchait et fai-
sait pattre tous les jours ses bestiaux sur l'or, sans
s'en douter le moins du monde , quand un indi-
vidu (hum dîabof) lui révéla un jour ses richesses !
A une vingtaine de lieues plus au sud, près de la
petite ville de Cassa-Paifa, on trouve d'autres mines
d'or en exploitation; celles-ci donnent moins de
travail; c'est une rivière nommée Camacua^ l'un
des afiluens du lac dos Patos^ qui prend là peine de
le détacher et de le charrier avec les sables et gra-
viers de son lit. Une infinité de ruisseaux et de ter-
reins sont aurifères^ dans cette province, mais les
méthodes de lavages sont très-mauvaises et lapou^
dre qu'on en obtient ne laisse pas grand bénéfice
au propriétaire des nègres employés à ce travail;
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~ 456 —
on en perd d'ailleurs la plus grande partie , celle
qui est imperceptible. Avec des machines conve-
nables on obvierait à ces inconvéniens ^
En traversant Santa-Maria-da-Serra ^ je re-
marquai , au milieu même de la route, des por* 1
tions de troncs d'arbres fossiles , ayant siœ pieds
et plus de circonférence, sur une longueur de ,
deux à trois pieds. H y en avait huit ëpars ça et
là, que les liabîtans prenaient pour des pierres
ordinaires. Plus loin , à environ im mille , nous
en retrouvâmes d'autres en fragmens plus petits,
dont je pris des échantillons. Lie terrein dans le-
quel ils gisaient était de Fargile ferrugineuse, '
très-mélangée de sable, mais sans aucune autre
pierre que ces débris du règne organique végé-
tal. Dans ce même lieu, au sud-est de la bour-
gade , sont plusiem^ mornes isolés, assez élevés,
sur Tun desquels j'observai beaucoup de Uocs , i
plus ou moins volumineux , sensiblement arron* |
dis par le frottement des eaux ; c'est, suivant j
> Bans les environs de Cassa-Pava, on troure un banc d'albâtre
gypseus, dn basalte, du grès ronge, du /«rr et grande Tariètè d*antre<
minéraux. Généralement toute la partie sud de la proYince de Rio-
Grande, ainsi que la partie nord de la Banda-Oriental, sont riches en
minéraux. Je dois ce renseignement au docteur Hillebrand, médecin
allemand à la colonie de saà-Leopoldo près Forto-Alègre, lequel a
accompagné quelque tenis, le docteur Frédéric Sillow lors des explo^
rations de ce naturaliste dans la Banda-OrientaL
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\
— 457 — .
M. Cordier, de la witcle endurcie , brunâtre, con*
tenant quelques amandes de calcédoine et de
quartz.
Nous avions £dt à -peu -près seize lieues au
nord-est et à l'est, depuis TThiciiy jusqu'à Santa-
M aria. Nous reprîmes notre route à l'esc-sud-est.
Le 3 nous cheminâmes parmi des forêts en-
trecoupées depâturages nourrissans. Beaucoup de
bêtes à corne, mais peu dliabitations. Perruches,
perroquets, et toucans à yentre roug^e, en grand
nombre. Des lapins {coeDios). — Végétation peu
variée en phanérogames (si ce n^est 'parmi les ar-
bres forestiers), mais grande abondance de cryp-
togames.
En descendant une côte rapide, la lourde
charrette contenant nos bagages versa et tomba
dans un trou ; peu s'en fallut que mon cher com-
pagnon Nouel ne fût tué ; nous l'exhumâmes
difficilement de dessous les caisses, dont les échan-
tillons de bois fossile ne diminuaient certes pas la
pesanteur. La route fait ici de nombreux détours,
à cause de la disposition du terrein , coupé de
vallons profonds, ou couvert de forêts, au milieu
desquelles on a pratiqué le chemin (picada). La
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Serra f toa jours à notre gauche , à distance Taria-
ble de deux à cinq lieues. Terreins argîlo-sablon-
neux ; minéraux rares. — Campé près de Tarrojo
del sol (ruisseau du soleil).
. Le 5 on arrêta pour diner à deux lieues du
Jacufi à la lisière d'un grand bois, traversé .par
un ruisseau. Jeremarquai,pour la première fois,
des £ruits jaunes , de la grosseur et de la forme
d'une petite poire ayant le goût de fi'ambroise.
L'arbrisseau qui les produit est connu dans cette
province sous le nom dUaraça^ il y en a en grande
abondailce dans toutes les forêts peu élevées de
la province. Ce finit a cela de particulier que ,
de même que la duracine à Buenos- Ayres , il ne
fait jamais de mal, quelle que soit la quantité
qu'on en mange. On en £dt aussi des confitures
(dulces) assez semblables à celles de gouyaves.
Au moment où nous nous remettions en route,
un nouvel essieu cassa; ce ne fiit que le lendemain
à cinq heures du soir que nous pûmes arriver
sur la rive droite du Jacuy. Nous avions parcouru
treize à quatorze lieues , en siœ jours , versé deux
fois, brisé trois essieux et embourbé la caravane,
pour nous rendre de Santa-Maria-da- Serra au
passo do Jacuy !
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CHAPITRE XVII.
nraiaixuB os s4lo.vxdbo.
Jacny. — La Caolittra. — Le Butuoaraliy. — La On»>Alte.
Bîo-Vardb. — Le Jaimy Jusqu'à Vorto-Alègre.
Le Jacuy ëuit en basses eaux quand nous y
arriyâmes; dans cet état il j avait encc»^ plus de
dix pieds de profondeur au milieu de son fit ; ses
b(H*ds ont un escarpement de vingt pieds ; la des-
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~ 442 —
cente de la rive droite et la montée delà gauche
sont difficiles pour les charrettes. Ses alentours
sont fort beaux et ne le cèdent pas de beaucoup
à ceux du Jaguarj; couronné à Fouest, au nord
et au nord*est par des coteaux à demi-boisés, il
coule entre de belles prairies vertes, arrosées de
nombreux ruisseaux, ombragées d'arbrisseaux
fleuris , autour desquels voltigent sans cesse plu-
sieurs espèces d*oiseaux-mouches disputant à de
magnifiques lépidoptères le nectar embaumé ré-
pandu avec jNTofusion dans le calice des fleurs. -
Le cours de cette rivière de second oi'dre se
dirige, en cet endroit, de Fouest à l'est; il est
sinueux et rapide ; cependant des bateaux plats
peuvent encore le remonter assez loin. Descen-
dant du nord à travers la Serra il £dt d'abord
plusieurs coudes à l'ouest et à l'est, puis il prend
définitivement sa course au sud-est, à travers
d'épaisses forêts, des bords marécageux, jusqu'à
Porto- Alègre, en passant par les villes de la Ca-
cheira et de Rio-Pardo^ les villages de SarUo-
Amaro^ Fréguésia-Noi^a et les charqueadas. U
s'est grossi dans sa course, des eaux du BcUuca-
rahjrdnRio-Pardo et du Ttiçiuirjr-Guazu du côté
du nord> et d'une multitude de ruisseaux du
côté du sud , jusqu'à ce qu'il contribue lui-même
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— 445 —
à former le Bio^Grande. A l'endroit où nous le
trayersâmes , il est à -.peu - près large conune la
Seine, en Êice des Tuileries '. Le terrain est d'ar-
gile jaune mélangée de sable, il n'y a en cet en*
droit, ni galets, ni débris organiques à l'état fos-
sile ; on ne trouve dans le lit qu^une roche de
hornfeU (petrôsilex corné) d'un brun de foie,
très-chargé d amphibole et fondant en Terre noir
très-facilement *, avec une masse à fleur d'eau ,
de petrôsilex de même couleur fondant difficile-
ment en verre-blanc; cette dernière substance
contient des points limpides de quartz infusibie
et des points d'amphiboleyâ/idora^ en verre noir.
La masse est stratiforme et les tranches perpendi-
culaires au sol , apparemment par le bouleverse-
ment de la roche que la force des courans aura
déplacée.
Le passa du Jacuy est très- fréquenté : c'est un
mouvement perpétuel de charrettes, de chevaux,
de mules, de bœufs, de voyageurs, de marchan-
dises se croisant dans la rivière. Il y aurait lieu
à exercer le crayon d'un caricaturiste, ou la
plume d'un écrivain spirituel dans ce lieu où
tant de scènes grotesques s'offrent au spectateur
1 Soixante toises.
s Déterminé par M. Cordier.
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— 444 —
attentif. Les costumes ou raceoutrement des
Toyageurs nationaux et étrangers, le mélange
des figures noire», blanches, cuiTrées, oUvàtres,
bazanées, les nageurs métis on Indiens accompa-
gnant un trpupeau d'animaux, ceux-ô que le
courant entraîne, ceux-là fidsant d'étonnans ef-
forts pour rallier leurs bœufi ou empêcher les
charrettes de couler ; les longues et étroites pi-
rogues, £dtes d'un tronc d'arbre, passant aTec
la rapidité dn vent arec leurs passagers qœ la
crainte de diarirer tient attentiTcment immo-
biles , ces forêts de cornes s'entrechoquant; ces
immenses cfaarriots couyerts de peaux de bœufi
à demi enfoncées dans l'eau^ suspendus seulemoit
par une legàe pirogue ou une simple bairique
attachés dans leur intérieur ; les six boeufs attelés
que Yarreador dirige d'un bras nerveux ou
d'une Toixde Stentor... • tout cela n'est que l'es-
quisse d'un tableau très - animé, bien digne
de captiver l'attention de lobservateur , car
il passera souvent de l'hilarité que produit une
scène grotesque, à la crainte ou à la douleur d'un
accident tragique. Il n'arrive que trop firéquem-
ment des malheurs dans ces passages de rivières
rapides: ou un homme est estropié par les ani-
maux qu'il s'efforce de ralliera la nage, ou noyé
dans une charrette qui chavire, ou emporté dans
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— 443 —
une pelota. Quant aux animaux il est rare qu'il
n y en ait pas quekpes-iuis d'entraînés par le
courant ou de noyés sous les charrettes*
Nous effectuâmes notre passage sans accident ,
grâces à la longue expérience du tropero, et
nous allâmes camper à un quart de lieue de la
rive gauche pour camear , c'est-à-dire tuer une
yache et fidre du charque.
U est bien f&cheux que toutes ces belles plaines
basses du Jacuy et des autres ririères soient ex
posées à des débordemens fréquens; cela est un
obstacle, jusqu'à présent insurmontable , à leur
culture 9 en ménie tems qu'il oblige les habitans
riverains, possédant des bestiaux, à réunir une
plus grande étendue de terrein afin de pouvoir
retirer les animaux sur les hauteurs pendant les
inondations. Cet inconvénient nuit à la fois aux
progrès de 1 agriculture et de la population. En-
suite, l'ambition des estancieros consistant à
posséder de grands troupeaux comme par exem-
ple cinq mille, dix mille, trente miUe têtes de
bétail^ il en résulte qu^ils cherchent à s'appro^
prier le plus de terrein possible ; aussi n'est-il pas
rare de voir des estancias , surtout dans les Mis-
sions et la partie voisine de la Banda-Oriental ,
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— U6 —
posséder dix, Vingt ou trente lieues, et plus d'é-
tendue! Et s'ils n'obtiennent pas tous ces vastes
terreins à titre de concessions , de la part du
gouvernement, ils achètent de leurs voisins pau-
vres les terres qui les entourent et se délivrent
ainsi de toute concurrence importune. On con-
çoit facilement que cette répartition d'une grande
étendue de pays entre les mains d'un seul indi-
vidu ou d'une seule famille doit retarder consi-
dérablement les progrès de la population. On
répondra peut être à cela que ces grandesproprié-
tés se diviseront nécessairement par la multipli-
cation des &milles; mais combien de siècles
fiiudrait-il, pour peupler commeune province des
États-Unis par exemple , une superficie de plus
de quinze mille lieues carrées que peut avoir la
province de Rio-Grande?... Quand elle n'a en-
core que cent soixante mille âmes depuis plus de
deux cents ans qu'elle est fondée ! !
Le gouvernement Brésilien a voulu, en quel-
que sorte, remédier à ce grave inconvénient
(pour ne pas dire abus) , en rendant ime loi dé-
fendant la concession, au- même individu, de
plus d'une sesmaria ' , àla fois, et, l'étendue de
I TerreÎD inculte.
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la sesmarià fiit fixée à trois lieaes en Ums sens;
mais il parait qu'on ne Tobserve pas rigoureuse-
ment, et d'ailleurs^ comment dépouiller de leurs
droits, sans une injustice criante^ les grands pro
priétaires qui ont acquis et acquièrent encore des
terres?
Par toutes ces raisons, une grande quantité de
sites charmans, de terreins très-fertiles, très-pro-
pres k la culture des céréales, du coton, du su-
cre, du café ou de la mandioca resteront long-
tems encore sans autres habitans que les boQuÊ ,
les moutons, les mules , ou les cheyaux.
Le peu de culture qu'on fait dans les chaccunsy
les/axendas ou autour des estancicis consiste
miiquement, à planter de lainuxndiôca (manioc)
semer du mcas^ des Jeijoes (haricots) du riz et
quelques légumes , le tout pour les besoins de la
Êimille et sans se donner beaucoup de mal. Le
jardin ou le champ cultivé se trouve le plus com-
munément placé au milieu d'un bois , afin, de le
préserver de l'invasion des bestiaux * ; c'est ce
s Four n'avoir pas pris ces précautions, Texcellent M. Bonpland a
perdu toutes les cultures qu'il avait essajé de faire à San-Juan-Miri.
Il a eu d'ailleurs beaucoup à se plaindre de trois Français qu'il avait
amenés de Buenos- Ayres, à grands frais, et qu'il s'est vu forcé de mettre
à la porte.
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~ 448 —
qu'on appelle une roça ou un roçado ( défriché).
Pour cela on se contente de fiiîre un abatis de
grands arbk^es au milieu du moto (bois ou forêt),
d en brûler le pied pour détruire les racines et de
remuer ensuite légèrement la teire ; la nature ,
cette excellente et prévoyante mère, fait le reste.
Tous les travaux d'agriculture se bornent à-peu-
près à cela dans la province de Rio-Grande aussi
bien que dans les autres provinces du riche et
fertile Brésil *. Cependant j'ai remarqué des ex<>
ceptions ; on rencontre quelques roçados mieux
tenus que d'autres et cultivés à la manière de nos
potagers ; inais aussi il &ut convenir que cela est
rare et ne se voit guère que chez les Européens.
Si les bestiaux font peu de l'avages dans ces endos,
il y a, par contre, l'inconvénient des oiseaux^ des
perroquets surtottt, deâ singesr et autres animaux,
auqud il est assez difficile de remédier ; du reste
on s'en oC(;tipe peu *.
Le 13 nous aperçûmes la Cacheira , des hau-
teurs dont elle se trouve dominée et par lesquelles
passSe la route des Missions. C'est une yX^ petite
< Voyez la première et la seconde partie du voyage de M. Auguste
Saint-Hilaire au Brésil.
t Voyez la note M.
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— 449 —
yilie y récemment fondée , située sur une colline
de la rive gauche du Jacuy, non loin du confluent
du Butucarahf. Les maisons, blanchies exté-
rieurement, sont bâties en pierre et en brique,
couvertes en tuile rouge. L'église, d'une extrême
simplicité, n'a l'air que d'une grande maison.
La situation de la Cacheira est assez riante et
très-favorable au commerce d'échange, puisque
sa proximité du Jacuy lui permet de communi-
quer par eau avec la capitale de la province. De
plus , il n'y a que huit lieues par terre, de cet
endroit à Rio-Pardo. D'élégantes gondoles vont
et viennent continuellement de Porto-Alègre jus-
qu'à la Cacheira en passant par Rio-Pardo. Il était
question d'établir très-prochainement un ligne de
bateaux à vapeur depuis la ville de Sad-Pedro
(ou Rio-Grande) jusqu'à cette petite ville, en ser-
vant tous les points intermédiaires.
La pierre dont on bâtit les maisons et les édi-
fices à la Cacheira provient d'une carrière située
dans la partie la plus élevée des collines, où passe
la route des Missions. C'est un grès quartzeux
argilifere, à gros grains , contenant des fragmens
volumineux d'argile bolaire rougeâtre. Il parait
qu'il j a aussi des carrières de calcaire commun
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— 480 —
dans les enyirons , dont on fait la chaux néces-
saire aux constructions.
La plupart des hautes collines a voisinant la
Gacheira sont couvertes de cailloux roulés et de
graviers; elles sont moins boisées que celles de
Santa- Maria, assez élevées au nord, un peu raides,
mais basses et ondulées du côté du sud.
Nous arrivâmes au passa do Buiucarahjr à onze
heures du matin. Cette rivière ayant crû déjà
beaucoup par les pluies du huit et du neuf , et
nous trouvant dans la nécessité de décharger les
charrettes, nous campâmes sur la rive droite jus-
qu'au lendemain. Nous avions fait , depuis le
Jacuy 9 sept à huit Ueues à l'est.
Le Butucarahf est une rivière de quatrième
ordre ; elle a beaucoup de profondeur et de cou-
rant ; elle prend sa source vers le nord, au delà
de la Serra et se dirige au sud par de nombreux
circuits, poiv se réunir au Jacuy, non loin de la
Gacheira. La rive droite àupasso est formée d'une
colline d'argile sablonneuse, très - mélangée de
galets de silex ^ de calcaire et de bois fossile. La
rive gauche est une plaine marécageuse d'^ivi-
ron deux Ueues de contour, formant comme wi
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— 451 —
bassin ovale entouré de collines. Le fond de ce
bassin est du limon miélangé de sable, recouvrant
une roche très-étendue d'argile plastique.
On voit sur la rive gauche une heSle roche de
grès quartzeux argilifère tendre et rubané. Elle
peut avoir quinze à dix-huit pieds de puissance
au dessus de Teau quand la rivière est basse ,
mais elle m'a paru s'étendre beaucoup au dessous.
Elle est stratifiée par couches alternatives roses et
blanches; ces couches sont plus minces et plus
nombreuses vers le bas de la roche que dans le
haut, mais eUes sont si bien marquées qu'on
pourrait compter le nombre des débordemens
auxquels je suppose que cette roche doit sa forma-
tion , et calculer ainsi , approximativement , son
ancienneté. La matière dont elle est composée est
du sable fin uni à de l'argile alumineuse extrême-
ment fine. Élisant pâte avec l'eau et contenant des
parcelles de mica pulvéïiilent qui la rendent
schisteuse. Cette roche , vraiment curieuse , est
meuble dans les couches supérieures,yna&/e dans
les intermédiaires et augmente de solidité k me-
sure qu'elle s'enfonce sous l'eau. Je pris des firag-
mens des couches inférieures présentant assez de
ténacité pour donner des étincdles au choc du
briquet , coramme les autres grès ; je remarquai
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— 4S2 —
aussi qu'elle contient des rognons très calcari-
fères, ce qu'il fait produire à ce grès une eflFerves-
cence dans l'acide nitrique , ou sulfiuîque. Près
de là, en arrière de la maison àxipasseiro était un
banc d'argile rougeâtre un peu micacée et feuil-
letée, s'étendanten couches horizontales. Un rayin
voisin était encombré de cailloux roulés.
Le passage du Butucarahy est encore plus fi*é-
quenté que celui du Jacuy, parce que toutes les
caravanes partant de Rio-Pardo pour l'intérieur
de la province , sont obligées de passer par cette
rivière. — Pendant la nuit les eaux avaient baissé
d'un pied et demi et continuaient à baisser.
Comme le courant est rapide , les débordemens
n'y sont pas de longue durée, et même Teau
baisse par fois au point de permettre le passage à
pied.
On a déjà vu que la manière dont s'opère le
passage des rivières dans cette province , est fort
lente et périlleuse. Il est extraordinaire que , dans
un pays où les forêts sont si nombreuses^ on n'ait
pas l'idée de construire des radeaux ou ponts vo-
lans , de manière à passer les charrettes toutes
chargées ; cela ne coûterait que la main-d'œuvre
et serait bien plus expéditif , puis qu'il n'y aurait
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qu a placer un tourniquet ou cabestan sur la rWe
opposée pour tirer le radeau. Une rétribution un
peu plus forte pour le passage , dédommagerait
bientôt l'entrepreneur et tout le monde y trou-
yerait son compte. Mais la paresse et l'indolence
des naturels sont un obstacle à toute espèce d'in-
novation utile ; Il Êiudrait que des étrangers don-
nassent l'exemple.... Mais alors ! on les accuserait
de dépouiller les crA}les de leur industrie! ! car
il Êiut que l'on sache que les Brésiliens sont aussi
jaloux des étrangers que les Argentins. J'entends
parler, toutefois, des gens peu éclairés, et prin-
cipalement des hommes do campo (les paysans) ;
car il est peu d'hommes d'éducation , dans toute
l'Amérique du sud , qui n'accueille bien les étran-
gers et ne s'empresse d'exercer à leur égard l'hos-
pitalité la plus généreuse. Mais il n'en est pas
ainsi au dehors des villes, où l'éducation des hom-
mes se borne à savoir enlacer ou bouler les ani-
maux avec dextérité , à dompter un chei^ed et à
le monter avec grâce ; ils voient avec peine , ces
honunes à demi sauvages , que les étrangers les
forcent à sortir de leur genre de vie rustique,
pour se mettre au niveau de la civilisation , ou
du moins pour essayer d'y parvenir; ils se res-
sentent, au surplus , de l'esprit méfiant et ombra-
geux des Portugais^ qui ont tenu si long-tems
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— 454 —
leurs colonies fermées aux nations étrangères. A
cet égard j'eus des conversations vraiment cu-
rieuses avec des estancieros.
Nous rencontrâmes au passo do Butucarahj
un jeune Brésilien, (M. Jardin) de Rio Janeiro^
de fort bonne éducation , de belles manières ,
parlant français et espagnol et voyageant pour
connaître son pays. U nous avoua qu'il se trouvait
aussi étranger que nous dans ces contrées encore
barbares. Il suivait une caravane jusqu'à San-
Borja, d'où il devait passer aux autres Missions
de la rive gauche de l'Uruguay ; nous lui souhai-
tâmes beaucoup^de plaisir.
Au nord-est du pctsso , à distance de qilatre à
cinq lieues, est unemontagne boisée, appelée Serra
do Butucarahy , s'étendant un peu k sa base , à
l'est et à l'ouest , formant comme im chahion de
monts élevés indépendans de la Serra-Grande^ et
d'ailleurs placé dans une direction paraUèle à
celle-ci. Vue de loin (on l'aperçoit du Jacuy ),
elle ne parait être qu'un pic très élevé, mais en
approchant on voit que le mamelon du centre se
termine par une plate forme assez grande. Je suis
porté à croire que cette montagne est volcanique,
parce que les moradores du lieu m'ont assuré avoir
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— 455 —
entendu des détonations très fortes dans son inté-
rieur; ils prétendent encore qu'il y a un lac à la
cime, dont les eaux, en filtrant ou en débordant,
produisent des éboulemens qui mettent à nu la
roche qu'elle semble avoir pour noyau ; aussi la
partie supérieure est - elle devenue inaccessible
à cause de sa dénudation. Après les grandes pluies
d'orage , et pendant les gelées , l'eau se trouvant
dans les fissures du rocher en détache des fi:*ag-
mens qui tombent avec fi:*acas ; sa grande hauteur^
ou plutôt son isolement attire le tonnerre * , ce
qui Élit que cette montagne.est souvent foudroyée.
La Serra do Butucarahy contient beaucoup
d'or et de pierres précieuses ; il y a peu de tems
qu'on l'exploitait avec avantage et il s'était déjà
construit un assez grand nombre d'habitations à
Tentour , mais on îat forcé de l'abandonner à
cause des éboulemens dont furent victimes plu-
sieurs mineurs. Les gens de la campagne croient
fermement qu^elle est enchantée (enfeihçada)j
parce que, disent-ils, dès qu'on tente d'y tra-
vailler on entend un bruit épouvantable et les
terres commencent à s'ébouler avec des quartiers
> Je me sers de Texpression vulgaire ; mais il parait, diaprés de
nouvelles observations, que le courant électrique se dirige de bas en
haut et non pas de haut en bas.
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^ 456 —
énormes de la roche du sommet ; malheur à Fm-
prudent qui ne s'éloignerait pas pix)mptement !
il parait aussi que les Bougres , Indiens anthropo-
phages vivant encore dans les forêts de la
Serra-Grande « , ne veulent pas souflfrir qu'on y
travaille et les fréquentes incursions qu'ils ont
£iites ont dégoûté pour long-tems ceux que Tavi-
dite de l'or j attirait.
On m'a raconté, qu'avant que cette mine fut
connue, un individu, étranger, retira du lavage
des terres de la montagne, en moins d'un noiois,
plus de 100 livres d'or pur, et cela sans le secours
de personne ; il s'embarqua aussitôt pour l'Eu-
rope. Ce fidt est très-croyable, et il y a d'autres
exemples de découvertes semblables dans la même
province : on connaît plusieurs estancias traver-
sées par des ruisseaux aurifères; dans d'autres,
on le rencontre dans les sables des lagunes peu
profondes ou sous les touffes d'herbes^ mais les
estancieros se refusent à l'extraction de ce mé-
tal , même pour leur compte, par la crainte d'être
1 Les Bougres sont une tribu de la nation Msilienti9\ ils apparte-
naient consé(iueininent à la grande famille ijuarani , si Tethnographie
ne fait pas erreur. Cependant , leurs mœurs féroces sont bien dilTé-
rentes de celles des paisibles et agricoles Guaranis ?... Au reste ce sont
les sêuh saitvayes restant dans celle province, et l'on a l'espoir de les
voir former une rcduciion lers les frontières de S. Paul.
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— 457 —
dépouillés de leurs immenses terrains. Néanmoins
on cite un estanciero puissanunent riche, qu'on
. suppose faire ku^er en secret, quoiqu'il soutienne
que ses troupeaux fournissent seuls à ses dépenses
extraordinaires.
Le 14 , à midi et demi , nous partîmes du passo
do Butucaraliy. La chaleur était devenue excès*
siye. On suivit le rumb nord - est , quoique
Rio-Pardo restât au sud-est et qu'il y eût une
autre route dans cette dernière direction , mais
il parait qu'elle n'est praticable que pour les che-
vaux.
Après avoir fsiit une demi-lieue dans la plaine
basse , nous reprîmes les collines et les bois. Nous
vîmes de nombreuses fougères , entre autres une
espèce arborescente ayant de quinze à vingt pieds
d élévation , étendant ses feuilles à la manière des
palmiers. Les plantes parasites pendaient de tou-
tes parts aux arbres vigoiu*eux de ces forêts qui
commencent à perdre leur virginité. — Je remar-
quai en passant à la lisière d'un bois , une grande
quantité de feuilles de liseron entièrement dissé-
quées par les fourmis qui en avaient dévoré le
parenchyme; elles laissaient voir parfaitement les
nervures et les fibres de leur tissu. J'admirai aussi
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des lianes monstres entourant en spirale des arbres
très-droits et ornés de lichens tricolores ; des ar-
bres réunis enfidsceau dans leur en£uice, formant
actuellement des troncs gros et élevés , ayant
l'apparence de colonnes caniielées.
En approchant de Kio-Pardo les habitations
deyiennent plus fi-équentes, onyoit des chacaras
mieux cultivées , ombragées par des bois d'oran-
gers et de citronniers.
Le 15 nous passâmes par la Cruz-AUa (la
croix-haute). C'est un hameau assez peuplé à
trois lieues et demie de Rio-Pardo. Là, une roue
d'une de nos charrettes se brisa.
A la Cruz-Alta on trouve un chemin condui-
sant à la Serra do Butucarahf. Dans les environs
du Jacuy, j'avais rencontré un Brésilien de très-
bonnes manières, qui m'avait donné un mot pour
le juge de paix du district do Batucarahy, dans
le cas ou il m'aurait convenu de m'y arrêter. Il
m'avait assuré en même tems> que je trouva:^
là, réunies, toutes les espèces d'animaux de la
province, et sax\jo\xt\eyciguaréténégro (le jaguar
noir) lequel est bien une espèce distincte et non
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— 459 —
pas une variùéy comme oa Fa cru jusqu'à pré-
sent ' .
Le 16 nous campâmes à une lieue de Rio-
Pardo. A mesure que nous approchions de cette
ville nous remarquions avec satisfaction une cul-
ture plus soignée, des chacarM agréablement
situées.
On arrive à Rio-Pardo, du côté des Missions,
par une suite de coUines et de vallons qui ne per*
mettent de l'apercevoir que lorsqu'on en est
très-proche. On descend alors une côte rapide
et l'on traverse une plaine basse d'environ un
demi-quart de lieue , aboutissant à un pont.
Rio^Pardo est située sur la cime et la pente
d'un groupe de monticules dépendans d'une
chatne de collines s' étendant de nord k sud et
allant en diminuant de hauteur, aboutir à la rive
gauche du Jacuy, précisément au confluent de
la rivière dont la ville porte le nom. Ainsi Rio-
Pardo se trouve enclavée par le coiu*s de ces
I Je visitai à la Cniz-Alta, im ravin très-large?, ayant plus de 60 pieds
de profondeur et ne présentant partout que de l'argile rougeâtre unie
à du saMe lui donnant de la solidité. Ce grand ravin était produit par
réboulement de la voûte d'une de ces citernes naturelles dont j*ai parlé.
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— 460 —
deux rivières de manière à former une presqu'fle,
le Rio Pardo la bornant au nord-ouest, à Touest
et au sud-ouest) et le Jacuy au sud, au sud-est,
à l'est et au nord-est.
Des maisons d'un étage (au-dessus du rez-de-
chaussée, bien entendu), blanchies extérieure^
ment, dune architecture gracieuse, couyertes
en tuile ronde et rouge ; des églises sur les points
les plus élevés; des jardins plantés d'orangers,
de bananiers, de cocotiers; des chacaras et des
faxendas bien cultivées, voilà pour le coup-d'œil
de la ville vue des hauteurs de l'ouest.
Sur la droite de la ville , toujours en la regar-
dant des hauteurs de l'ouest , sont trois coteaux
séparés les uns des autres par des arbres et des
buissons [cuctësias et mimosas) portant de jolies
fleurs et enclavant des pâturages verdoyans. Sur
la gauche sont d'autres coteaux plus élevés, plus
boisés , où se remarquent quelques maisons de
plaisance (^quintas) *. Au bas de ces coteaux ,
coule le Rio-Pardo , rivière de quatrième ordre
I Au Brésil une qvinta est un pavillon , une maison de plaisanoe \
une chacara une petite ferme avec jardinages ; une fajunda une habita-
tion avec plantation de coton ou de café et même des troupeaux , et
hum enyenkoj une sucrerie.
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— 461 —
(relativement à l'Uruguay) dont les bordssont très-
boisés; elle est trayersëe par un pont en bois^
porté sur des pilastres en pierre. Puis , entre la
rivière et le spectateur, une plaine verte décri-
vant un demi-cercle , formant un bassin d'envi-
ron une demi-lieue de circuit entourée de coUi-
nes plus ou moins élevées s'ouvrant au nord-ouest
et au sud-ouest pour laisser couler le RÈo-Pardo.
Toutes ces collines sont boisées, principale-
ment du côté du nord et du nord-ouest, où Ton
aperçoit des forêts considérables s' étendant jus-
qu'au pied de la Serra , à une distance de buit à
dix lieues. La partie ouest et sud est couverte de
chacaras et ie/azendas.
Je traversai une de ces Jazandas^ très bien te-
nue, où l'on cultivait en grand, le coton, la
mandioca , le riz , le tabac , le maïs et même des
légumes.
Le sol de toutes les collines avoisinant Rio-
Pardo est argUeux *.
< Ces argiles sont plus ou moins compactes et pierreuses , diverse-
ment colorées , renfermant sur les hauteurs des bancs à'Arkosê à
gros grains fortement cimentés. La couleur dominanle des argiles est
un rose foncé semblable k la roche observée au passo du Buiucnrahy,
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— 462 —
On traverse le Rio-Pardo sur un pont de bois
n Ayant que la largeur d'une yoiture ; il est sup-
porté par des pilastres de quatre pieds d'épaisseur
formant six arches élevées d'euTiron trente pieds.
Ce pont a été construit en 1825 ou 26 par les
prisonniers Argentins et Orientalistes ; mais il ne
durera pas long-tems , les pierres employées à sa
construction n'étant pas de nature à résister aux
grands débordemens de la rivière; les murailles
formant talus sur les deux rives , ainsi que les
parapets sont déjà lézardés par la force des cou-
rans. Les eaux ont surmonté le pont de plus de
dix pieds en 1833. Cependant, les habitans qui
ne sont point accoutumés à voir des ponts ,
croient posséder un monument remarquable,
susceptible de durer des siècles! Den est du pont
de Rio-Pardo comme du Pyrcanen de Buénos-
Ayres.
Le terrein sur lequel est bâtie la TÎUe en eat entièrement fomié ; c'est
encore ce que je crois pouvoir appeler un grès en formation , car îl a
suffisamment de consistance dans les couches les plus inférieures
ponr pouvoir être trille en pknes de divetses grosseors, dont on fait
des murs, ou qu'on emploie avec d'autres pierres plus dures dans la
construction des maisons.
Plusieurs ravins des vallons de Touest renferment de l'argile ocrenae,
jaune et rouge, colorant suffisamment pour tenir lieu de peinture sor
les murailles ; la rouge est schisloïdc et contient des paillettes de
mica , presque imperceptibles.
Au nord de Rio-Pardo il y a , m'a-t-on affirmé, dans une estancia ,
une mine de cuivre non exploitée. 11 parait pourtant qu'elle serait
: productive.
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— 463 —
Quand on est amyéaupont,IaTiUea diqmni;
elle est cachée par la colline , qu'il £3iut graTÎr
ayant d'entrer dans la ddade. Alors elle se pré-
sente bien et fidt naître de suite une opinion &-
ToraUe de sa situation, par l'activité de ses habi-
tans; les principaux conunercans se trouvant
précisément à l'entrée , du côté de l'ouest ; c'est
la ville neuve. On croirait, au premier abord, que
Rio-Pardo est une ville naissante, tant il j a de
constructions nouvelles, mais en avançant du côté
du sud^est, ou Auport^ on reconnaît bien vite
qu'elle est ancienne à la vue des vieilles maisons
basses et enfumées, encore garnies de rotulas
(jalousies) en treillage. Effectivement Rio-Pardo
compte plus de deux cents ans d'existence ; )e
crois que les jésuites y avaient un collège. Elle a
été mal bâtie dans le principe, située dans un
lieu incommode , à cause des grandes inégalités
du terrein; mais on cherche à réparer cette faute
en étendant les rues du côté dunord et du nord-
ouest, points les plus élevés et les plus Êiciles k
niveler.
Les nouvelles maisons sont à un étage, très-
hautes, carrées, percées de beaucoup de fenê-
tres au premier, mais seulement de portes hau-
tes et étroites au rez-de-chaussée, occupé par des
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_ 464 —
magasins et des boutiques. Les anciennes maisons
ayaient des croisées à coulisse ^ garnies d'immen-
ses jalousie^, les nouTcUes ont d'élégantes fenê-
tres cintrées , à deux battans et à grands car^
reaux taillés diversement. On s'occupait du pa-
yage et de Falignement des rues; les nouvelles
ont des trottoirs commodes.
Il y a trois églises bâties sur le plan de toutes
celles du Brésil , c'est-à-dire avec beaucoup de
simplicité. La principale, toute en briques, né-
tait pas encore achevé extérieurement.
On compte cinq à six mille habitans à Rio-
Par do; le nombre des maisons semblerait en
comporter davantage, mais il n'y a comnrané-
ment qu'une seule famille dans une maison , ce
qui donne beaucoup d'extension à la ville.
Le commerce y prospère, parce que ce point
est l'entrepôt des villes et villages du nord et de
l'ouest; de là, partent continuellement des trou-
pes de mulets et de charrettes pom» toutes les po-
pulations de l'intérieur. Les conununications avec
Porto - Alègre sont très-promptes ; le transport des
marchandises lourdes s'opère par des bateaux
pontés de vingt à cinquante tonneaux; les mar-
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— 465 —
chandîses légères 9 d'un petit volume, et les voya-
geurs sont transportés dans de grandes pirogues
armées en gondoles. Ces pirogues, très-élégantes,
sont faites d'un seul tronc d'arbre creusé, longues
de trente-^^inq à quarante pieds ^ et larges de
trois et demi à quatre : quelques-unes ont jusqu'à
quatre-vingts pieds de long sur six à sept de large.
La forme en est gracieuse et commode ; on est
garanti des feux du soleil et de la pluie au moyen
d'un toit plat, occupant la moitié de la gondole
sur l'arrière. Ce toit, d'où pendent de petits ri-
deaux de toile , est supporté par des barrettes de
fer ou de cuivre; le tout est peint de couleurs
vives et tenu avec propreté. Quelques gondoles
ont encore, outre le toit de l'arrière, une tente
festonnée se prolongeant jusqu'à la proue. Il en
part et arrive constamment ; on est d'autant plus
sûr d être transporté avec célérité que , lorsque
le vent n'est pas fiivorable, quatre ou six nègres
à demi-nus, rament sans relâche jom» et nuit.
Le 19 mars , nous nous embarquâmes sur une
de ces gondoles où nous nous trouvâmes un peu
plus à notre aise que dans les chalanas de lUru-
guay.
Du côté du Jacujr , de même que du côté du
50
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— 466 —
Rio-Pardo^ on ne yoit pas la ville, à cause des
hauteurs. Ce qu'on appelle le port,^ ou praia
(l^ge) n'est rien moins que cda, car 1^ rive
gauche du Jacuy étant, dans cet endroit, très-
escarpée, argileuse , et conséquenunent glissante
en tems de pluie, rembarquement ou le débar-
quement des voyageurs et des marchandises est
fort incommode. Je crois qu'il était question de
fiure un débarcadère. Lorsqu'il j a assez d'eau
dans le BkhPardo les navires chargés de marchan-
dises se rendent auprès du pont.
Pendant deux à trois lieues , le Jacuy tourne
fréquemment du sud-est au nord-est; les bords
en sont très-bas et formés de terreins d'alluvions
nouvelles; les débordemens sont fréquens.
A cinq lieues de Rio -Pardo , sur la rive gauche
du Jacuy , il existe une petite carrière de calcaire
grosffler, noirâtre, dont on fait d'assez bonne
chaux. De l'autre bord de la rivière, on extrait
\me pierre meulière grise dont on pave les trot-
toirs et les cours de Rio-Pardo , mais le ciment eti
est si peu tenace qu'on en détache des particules
en marchant, lorsqu'il pleut.
Nous arrêtâmes à k fin du jour au vâlage de
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— 467 —
SaniO'Amaro , à moitié chemin de Porto-Alègre
à RioPardo; il était jadis commerçant, mais il
s'appauvrit maintenant de plus en plus; il e&t
cependant agi^éablement situé sur des coteaux
élevés bordant la rive gauche du Jacuy. On y
remarque une église asse;^ belle et quelques mai-
sons particulières bien construites.
Après avoir laissé sur notre gauche Fregue-
sia^Noi^a, village situé au confluent du Tacuarj-.
Giiazuj rivière de troisième ordre, nous passâ-
mes devant les Charqueadas : sur plus d'une lieue
d'étendue (rive droite du Jacuy) on a fonné
beaucoup d'établîssemens dans le genre des Sala-
deros de Buenos- Ayrcs , mais montés sur im
meilleur pied, aux quels ont a joint la fonderie
des graisses ; c'est-à-dire des graisses proprement
dites , car le suif en branche se pile encore dans
des barrils ou des cuirs et s'expédie ainsi dans les
divers ports du Brésil. Il y a à la Charqueada de
très-belles maisons , solidement construites et or-
nées de jardins ; j'en remarquai une, entre autres,
ayant l'air d'un édifice public, tant elle est vaste.
On voit que ces usines prospèrent , à la manière
dont elles sont tenues et à l'activité qui y règne ;
il y avait alors cinq navires en chargement, pou-
vant porter depuis cinquante jusqu'à quatre-vingts
tonneaux.
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— 468 —
Lors du débordement extraordinaire qui eut
lieu par toute la proTince , à la fin de 1833 , la
Charqueada fixt submergée^ ce qui occasionna
de grandes pertes; mais il y avait fort long-tems
que cela n'était arrivé ; le terrein est d'ailleurs un
peu plus élevé là qu'aux environs.
Le cours du Jacuy est sinueux, tournant sou-
vent de l'est au nord ; il est interrompu par de
longues lies de sable blanc, si basses qu'elles pa-
raissent & peine à fleur d'eau. Des arbres grêles,
peu élevés, couverts de plantes parasites, de
mousses lichéneuses, de longues barbes etc. en
encombrent les bords. Â partir de la Charqueada
vers l'est , les arbres ont un peu plus de grosseur
et d'élévation.
Le 20, vers onze heures , le vent souffla forte-
tement de l' ouest-nord-ouest. Nous arrivâmes à
Porto-Alègreàmidi. Nous avions parcouru trente
lieues portugaises en vingt hernies, mais le vent
n'avait été favorable que pendant six heures.
Quelques lieues avant d'arriver, on aperçoit
Porto- Alègre ; celle ville semble flanquée par des
momes élevés; ils en sont cependant à plus d'une
lieue de distance. Le Jacuy se divise eu deux bras,
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— 469 --
Fun coulant au nord-est et l'autre au sud-est; le
gondolier prit celui-ci comme étant le plus court.
L'intervalle des deux bras est rempli par des îles
cultiyées et habitées, ainsi cjue l'une et l'autre
rives.
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^rmième |)aDCtie.
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des satellites officieux se cliargent du soin de les
répandre aussi également que les intdligences le
permettent; voyez quel ciel et quels sites! c'est
un ciel dltalie ; ce sont des sites et une végéta-
tion de Provence : nous sommes à Porto- Alègre!
Humanisons-nous , essayons de décrire vulgaire-
ment le pittoresque d'une ville du Brésil , dont
le nom, certainement heureux, est cependant
loin de donner ime idée.
A l'extrémité d'une colline venant de Test , sons
le 50™« parallèle de latitude australe et le 34™» de-
gré delongitude occidentale du méridien de Paris,
s'élève en amphithéâtre , sur une pente d'environ
soixante mètres, la jolie petite ville de Porto- Alè-
gre, dont les toits roses un peu relevés et saillans,
se détachent admirablement en couronnant des
maisons blanches, ou jaunes, d'une architecture
simple et gracieuse.
Cinq rivières, apportant le tribut de leurs eaux
fécondes et se réunissant là, pour former le Rio-
Grande-doSid j présentent, en £ace de la viUe,
im vaste bassin, parsemé d'ilesnombreuses , très-
boisées , peuplées d'habitations champêtres. En
arrière de la ville, ou de la colline, à distance
d'une lieue j un chaînon de mornes élevés de
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— 475 —
deux cents mètres (plus ou moins) décrit un demi-
cercle et se dirige au sud , en bordant inégale-
ment le fleuve Tespace de huit à neuf lieues. En-
tre ce chaînon de mornes et la ville, s'étend une
plaine basse , unie , de trois à quatre lieues de
circuit , se trouvant enclavée par les montagnes
du sud, par des coteaux à Test et au nord, et par
le Rio'Grande à l'ouest, lequel, fier du volume
de ses eaux , prend son cours majestueusement
vers le sud , à travers des roches de conglomé-
rats , et va former dans sa course le Lagoa dos
Patos, dont je parlerai dans la suite,
A vrai dire , la position de Porto- Alègre est au
milieu de deux grandes baies séparées par la col-
line sur laquelle la ville est assise : Tune au nord,
formant la rade et le port, l'autre au sud, aban-
donnée en partie par les eaux et formant déjà
comme ime ville-basse embellie par des -jardins ,
des prairies, des usinas, etc. Userait, connue
on voit , très - facile de former une île de Porto-
Alègre en coupant la colline à l'est, et ouvrant
un canal de jonction avec un ruisseau serpen-
tant dans la plaine.
Voulez-vous jouir maintenant d'un spectacle
comme on en donne peu, même Ai Grand-Opéra ?
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— 476 —
rendez-vous sur le point le plus élevé de la colline,
sur la place principale : vous aurez au-dessous de
vous, au nord , (qui comme vous le savez est le
midi de Thémisphère austral) la ville se dérou-
lant en talus ; la rade couverte de navires; les
îles et le cours sinueux des cinq rivières s' éten-
dant exactement comme une main ouverte, dont
les doigts seraient écartés; puis, les maisons de
plaisance bordant en demi-cercle le rivage om-
bragé de la baie, les vallons boisés se prolongeant
parallèlement aux collines du nord-est, iaiVaar^em
ou plaine en arrière de la ville , avec ses jardins,
ses plantations d'orangers, de bananiers, de pal-
miers , de cactus, tous entourés de haies épaisses,
de mimosas jaunes, rouges, violets ou blancs,
presque toujours couverts de fleurs; et encore
au-delà de cette plaine du sud , reposant si agréa-
blement la vue , de jolies maisons de campagne
(quintasj ckacaras^ om fazendas) bien Mties,
pittoresquement placées sur la pente des mornes.
Supposez que vous avez choisi pour jouir de
ce tableau délicieux une de ces bdles journées si
communes sous cette superbe zone, un tems calme
rheiu*e où Zéphire Ëdt la siesta , ce moment qui
transmet au bassin et au fleuve même Fapparence
d'un immense «liroir , ce sera pour vous un pa-
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— 477 —
ïiorama des plus pittoresques et des plus animés.
Tout ce que vous avez vu se double en se réflé-
chissant : les lies et leurs bestiaux^ les maisons et
leurs plantations de la zone torride , les navires à
la voile et une foule d'élégantes gondoles, ba-
riolées de couleurs vives , sillonnant les cinq con-
fluens. Enfin , en reportant vos regards à l'hori-
zon, vers le nord , vous voyez (si vous n'êtes pas
myope), à distance de quinze lieues, la chainede
montagnes de la Serra-Grande^ qu'une atmos-
phère vaporeuse voile en partie, par une coquet-
terie toute féminine , comme pour irriter notre
curiosité.
Sachez qu'on ne jouit pas seulement d'une vue
agréable à Porto-Alègre, on y jouit encore d'une
bonne santé; jamais climat ne fut plus convena-
ble à des Européens. Ce ne sont pas les chaleurs
suffoquantes ^{a^raiia de Rio-Janeiro> les pohade-
ras et les nuits froides de Buenos- Ayres ; c'est un
air tempéré , embaumé , pur et salubre ; aussi les
médecins n'y font-ils pas fortune ! Les pharma-
ciens même y sont réduits à se feire parfumeurs » .
1 MÉTÉOROLOGIE. — Les saisons commencent è être marquées et
à faire sentir leur influence dans cette partie du Brésil ; néanmoins ,
j*ai remarqué une transition brusque entre la chaleur et le froid ; cela
peut s'attribuer à Tinfluence du vent minuano ou pampero (sud-ouest),
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— 478 —
J'ai déjà dit que les édifices , quoique d'une
architecture simple, n étaient pas dépourvus
d- élégance ; ceci s'applique aux maisons de nou-
velle construction. Bâties en briques et en pierre
de taille, elles sont généralement à un seul étage,
jnais très-élevées , d'une forme le plus souvent
carrée , percées d'un grand nombre de fenêtres
au premier , et seulement de portes au rez-de-
chaussée ; celles-ci, dont la hauteur est de quinze
à dix-huit pieds , sont étroites et multipliées ; les
croisées ont aussi beaucoup d'élévation^ elles sont
généralement doubles , à deux battans , cintrées,
à grands vitraux diversement taillés en losange ,
qai après avoir passé sur la Cordillera des Andes du Chili , et traversé
les Pampas^ vient refroidir subitement Tatmosphère. Ce phénomène a
lieu vers la fin de mai ; alors une partie des végétaux ligneax perd
ses feuilles : on peut évaluer au quarts le nombre des arbres forestiers
se dépouillant complètement pendant la saison froide. L*eaa gèle
quelquefois dans les mois de juin et de juiUet.
Voici , du reste , le résultat de quelques observations météorologi-
ques faites pendant mon séjour à Porto-Alègre : les quatre mois sni-
vans correspondent à Taulomne et k nne partie deVhiver.
Mars. -— Vingt-deux jours de beau lems, qvatre jours sébsleux ,
cinq jours d'orage et de pluie abondante. Maximum de chaleur, 25' ijZ-
minimum 12* 1/3 Rr ; vent dominant, £., variable du N. E. au S.-F.
Avril, — Treize jours de beau tems, dix brumeux, jusqu'à dix heures
du matin ; trois jours de pluie fine, quatre jours orageux. Maximum
de chaleur, 23*; minimum 12* 1/4; vent dominant, S.-E. et S.
Mai. — Seize jours de beau tems , sept brumeux le malin, six de
pluie ou vent, deux de forte pluie; maximum de dialenr 22* 1/4 ; mini-
mum 2*; vent dominant S. S.-E.
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en earré, en hexagone ou en octogone. Un balcon
en fer bien découpé, souvent doré, occupe toute
la façade, qudques arceaux légers le surmontent
de distance en distance, pour recevoir, à Fépoque
des chaleurs , une tente festonnée. Le toit , cou-
vert de tuiles rondes , déborde, en relevant à la
manière des toits chinois une corniche bien
sculptée ; cette partie saillante du toit est peinte
en rouge et tranche admirablement sur les .mou-
lures de la corniche peinte en blanc.
Les maisons d'ancienne constructionsont basses,
garnies de croisées à coulisses et de portes à ja-
lousies ; mais depuis que don Pedro l®' fit abattre.
Juin. — Vingt jours de beau tems , cinq de brouillards , quatre de
pluie, un d'orage. Maximum de chaleur 18* et minimum 0. — ^Vent do-
minant S.
GÉOLOGIE.— Le sol de Porto-Alègre, semblable à celui de Monté-
yidèo, me parait être un sol primordial décomposé sur place et modifié
par les cataclysmes des périodes diluvienne et aDuvienne ; ces décom-
positions auraient donné naissance k des terrains tertiaires^ et,
conséquemment, à un sol de transport et de sédiment. Au reste, je
vais tâcher de mettre les géologues à même de se former une opinion
plus précise , en indiquant la nature des roches composant les divers
terrains que j'ai observés aux environs de la ville , et dont j^ai déposé
des échantillons au Muséum de Paris.
Les mornes les plus élevés du sud de la plaine sont formés de mas-
ses volumineuses et de fragmens de petjmatito rosùtre décomposée
(no 46), unis k de Targile ferrugineuse. On voit , avec étonnement ,
sur la cime de ces hauteurs, d'énormes blocs de conglomérats (brèches),
arrondis et durcis extérieurement parle frottement des eaux. U est à
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— 480 —
un jour de mauvaise humeur , toutes les raturas
de RionJaneiro, elles disparaissent aussi, peu-à-
peu, dans les autres villes de Tempire.
Rien de plus désagréable à voir que ces rotu-
lasj espèces de portes ou croisées à claire- voie,
fesant l'ofEce de jalousie: figurez vous une lon-
gue rue garnie de chaque côté par des rotulas^
servant- de retranchement, de parapet, de che-
min couvert {des balcons entiers en étaient gar-
nis! ) et de parasol à de jolis minois... (Du moins
vous aimez à les supposer tels), que vous enten-
dez ricaner à vos dépens sans pouvoir même vous
venger par un regard d'admiration ou de dédain!
croire qu'ils auront été roulés par les courans des hauteurs de f^iamon,
k trois lieues dans Test ; quoique plusieurs Talions profonds interroni-
peut à présent la chaîne qui devait lier ce groupe de montagnes.
Toute la plaine et les vallons situés contre les mornes et la ville sont
composés d'argile limoneuse et d'argile plastique , avec lesquelles on
fabrique beaucoup de tuile ronde, de la brique, et surtout de la pote-
rie d'une excellente qualité ; Porto Alégre est même renommé pour
cette dernière fabrication. — Le rivage et les ravins sont couverts de
graviers et de sables micacés.
La base de la colline sur laquelle est assise la ville, est en partie une
roche massive de pegmatUe d gros grains avec mica k grandes lames
( n. 17 ) , qu'on voit s'enfoncer sous le fleuve, vers rextrémité sud-
ouest de cette colline ; et en partie de gneiss contenant beaucoup de
quarts ( 17 bis. ) La colline entière est composée de débris de quarts
et de Mica , résultant de la désagrégation et décomposition de la
pegniatite n. 17. Cette roche plus ou moins friable ayant plus de dem
cents pieds d'élévation et reposant sur la pegmatite non altérée n. 17,
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— . 481 —
Vous êtes seul dans cette rue, car vous ne
pouvez pas décemment, malgré le haut degré de
votre philantropie, vous croire en société au
milieu de nègres abrutis ^ circulant péle-mêle
avec les boucs et les chèvres dont les rues sont
encombrées; vous vous croyez donc seul avec
vous-même en voyant tout barricadé autour de
vous; eh bien, pas du tout! au moment où vous
y pensez le moins, une immense rotula s'ouvre
pour laisser passer un gros rire bête, puis cette
rotula se referme précipitanunent comme si vous
étiez colporteur du choléra-morbus N'aUez
pas crier à l'indécence , au moins ! N'aUez pas
non plus vous fâcher î On vous rirait au nez sans
est (ra\ersé horizontalement par des filons de kaolin rougeâtre,
((iiartzirère et micacé, provenant de la décomposition du feldspath de
lapegmatite (n. 17). Il y a aussi de petits amas d'aryih bolaire sirati.
forme provenant , vraisemblablement, d'une roche pétrosiliceuse dé-
composée. Le Mica lamelliforme ou pulvérulent est si abondant , si
brillant à la surface du sol, que bien des gens, ti'ompés par l'apparence,
ont cm que cette belle colline contonait une mine d'or ou d'argent.
A quelque lieues dans l'est de Porto- Alègre on exploite un banc de
-porphyre pétronliceus ordinaire, d'un brun rougeAtre clair, en niasse
subordonnée au milieu de la décomposition des autres roches déjà
citées. Il est employé au pavage des rues avec un poudingue composé
de galets agglutinés par un ciment assez dur. La pierre de taille dont
est parée la devanture des édifices est une méiasite rougeâtre ( grès
(|iiarl/.eiiK avec kaolin ) extraite à peu de distance de la ville. £nfin on
trouve encore aux environs, des masses subordonnées au sol de tians-
port de diorite grisâtre à grains fins, contenant très-peu d'cimphibole,
employée, comme le porphyre pétrosiliceux, soit au pavage des rues ,
ao'il aux fondations des édifices.
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— 482 —
cérémonie , car la rate s'épanouit &cileiDent dans
cet heureux climat Passes vite, passez, con-
tentez-vous de maudire en secret la barbarie des
Portugais qui , confinant ainsi leurs fensunes dans
des espèces de harems les rendent si ignorantes ,
si ridicules, que la vue d'un étranger est pour
elles une ombre chinoise, une fantasmagorie !
Tel était pourtant Rio- Janeiro avant rarriyée de
don Pedro , et telles sont encore une infiaiilé de
petites Tilles de l'intérieur.
Il faut se hâter de dire qu*à Porto- Alègre on
n éprouve pas tout-à-fait les n&émes mystifica-
tions ; les Portugais et les Brésiliens n'y sont pas
moins jaloux, il est vrai, qu'à Rio^ à Bahia, à
Feniamboiu*g ou ailleurs , mais leur jalousie ne
Il n*e»ste pas de cakaire aux enTiroiis, àa bumiisob n*« pa {
en découvrir malgré les recherches soigneuses qui ont èlë faîtes du»
ce but. La chaux employée à la oonstruclion d^ maisoiis vient de
Sainte-Catherine , où , Ui même , on ne robtient que de la càlcteatioD
des coquilles de la mer *
L'eau surgit de toutes parts an pied de la oothne ; il sont de creu-
ser de quelques pouces pour Tobtenir abondamaMOty onis on hii pré-
fère Veau du fleuve.
Je n'ai tronvé aucun osaement fossile aux environa de Poalo-Alégra
et je n'ai pas connaissance que d'autres aient été plna henrcoK dans
leurs recherches.
* Cependant le docteur FrMéric SlUow a d^oarert^eB isso^dana k pimijne
de Saiate-CatheriBe , au pied de la S^rm-do'Mmr denz carrîàrei 4a BMriMe de la
plui belle qualité ; l'ane eat du mariire rou$e compacu, et l'avlra ^ i
hlane sacehmroide ( ou ctatuaire ) ; mai* point da calcaivt eoHBwn.
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— . 483 —
se manifeste plus d'une manière aussi choquante.
Le voisinage des CasteUanos ( c'est ainsi qu'ils dé-
signent les habitans des provinces de la Plata)
contribue pour beaucoup à modifier leurs
moeurs ottomanes. Le tems n'est pas éloigné où
les femmes de cette partie intéressante du Brésil
obtiendront la somme de liberté dont jouissent
les Montéyidéennes et les Buenos - ayréennes ;
mais cette heureuse époque n'est pas encore ve-
nue, et, en attendant^ elles subissent toujours le
joug de leurs ennuyeux maris, je pourrais dire de
leurs tyrans domestiques, espèces d'Argus vigilans
qui , non contens de les maintenir dans la plus
honteuse ignorance, les confinent encore dans
im appartement reculé > comme des esclaves de
l'hyménée.... Il est fort difficile d'être introduit
dans ce sanctuaire mystérieux : la sévérité des
maris ne se relâche un peu que lorsqu'un étran-
ger, a{M:ès avoir séjourné quelque tems dans la
ville , prouve par sa bonne conduite , qu'il peut*
être présenté sans danger à la Êunille du brésilien
auquel il a été recommandé , ou dont il a £iit la
connaissance. Alors, le sanctuaire lui est ouvert,
mais il ne doit user de cette faveur insigne qu a-
vec la plus grande réserve, la plus grande cir-
conspection Malheur ! Catastrophe ! à celui
qui trahirait la confiance d'un Argus brésilien...
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_ 484 —
Une volée de bois vert serait le minimum de la
poine encourue par son abus de confiance.
Le caractère ombrageux et excessivement ja-
loux des Brésiliens contribue donc à l'isolement
auquel leurs femmes paraissent être condam-
nées à vivre encore quelque tems. J'en ai connu
d'enjouées, de jolies, d'aimables, de.... j'allais
dire gracieuses, lesquelles n'auraient pas demandé
mieux que d^aUer souvent à la promenade, en
société, et d'embellir, d'animer par leur présence
les réunions d'hommes que je trouvais fort tristes
et souvent insipides , pour ne pas dire maus-
sades.— 0 Voltaire! ô Légouvé! ô madame de
Staël ! Pourquoi vos éloquentes réponses aux sa-
tyres aussi injustes que mordantes des Juvénal et
des Boileau ne peuvent-elles être lues par toutes
les Brésiliennes! Elles en acquerraient du moins
un juste sentiment d'amour-propre, de noble di-
• gnité qui leur révélerait ce qu elles valent , ou ce
qu eUes peuvent valoir , et leiu* bouche ne reste-
rait pas muette quand les lourds sophistes du
gothique Portugal prétendent leur inculquer des
principes réprouvés du monde civilisé '.
1 Voltaire a dit : « La société dépend des femmes. Tous les peuples
qui ont le malheur de les enfermer sont insociables. »
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— 485 —
Porto- Alègre est une vifle toute neuve; elle ne
compte pas plus d'une soixantaine d'années de
fondation; peu avant cette époque son emplace-
ment était couvert de forêts sombres, donnant
asile à des jaguars, des tamanduas, des cou-
gouars et des caïmans; à présent c'est la capitale
de la province de Rio-Grande-do-Sul ou de San-
Pedro ; elle peut avoir douze mille habitans ,
mais elles compte bien quinze mille ames^ à cause
de la population flottante d'étrangers qui viennent
de toutes parts poiu* y commercer temporaire-
ment. C'est surtout dans ces dernières années
qu'eUe a conunencé à prendre un accroissement
rapide, qui va toujours en augmentant : je ne
restai pas peu émerveillé quand on m'assura
qu'il y a deux ans, il s'y bâtissait une maison par
jour!
La ville est aussi régulière que peut le permettre
l'inégalité d'ime colline un peu raide , surtout
▼ers le haut. On s'occupe d'ailleurs, chaque jour,
de niveler le terrein et d'aligner les rues; elles
sont toutes bordées de trottoirs et dirigées vers
les quatre points cardinaux ; celles qui vont nord
et sud sont les moins mgréables à fréquenter, vu
qu'elles sont dans le sens de la hauteur. Celles
qui sont parallèles à la direction de la colline
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— 486 —
iODt plus beUes; deux^enfre autres, la rue da
Praia (de la plage) et celle da Iglesia (de Fégiise)
sont remarquables par le grand nombre de jo-
lies maisons qu'on y voit. La première, tout-à*
Élit dans le bas^ est la plus commerçante; c'est là
que sont les magasins et les principales maisons
de commerce. L'autre est sur le plateau de h
colline: on y trouTe la maison du gouremement
de la province, la trésorerie, Féglise principale,
tous édifices n ayant de remarquable que leur
extrême simplicité* C'est aussi le rendea-yous du
beau monde dans les jours de fêtes civiles ou re-
ligieuses; on y vient jouir de la fraicbeur d'une
beUe nuit et du coup-d'œil encbanteur, dont j'ai
essayé de donner une idée.
Tout-à-Êdt dans le bas de la ville j au bord de
l'eau, on a construit et l'on construit encore
journellement d'assez belles maisons ; ce sont cel-
les du port , exposées par fois à des inondations,
comme il est arrivé à la fin de 1S33; mais un
plan était définitivement arrêté pour £3rmer des
quais ; par ce moyen on espère reculer beaucoup
les eaux et augmenter d'autant l'emplacement
de la ville.
Au bord du fleuve est bâtie la douane, édifice
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— 487 —
carrée solidement constniit, et disposé pour le
plus grand avantage du commerce : de la porte
donnant sur le quai, part une jetée ou môle en
bois, supporté par des piliers en maçonnerie , et
se prolongeant d'une centaine de pas dans le
fleuve , ou plutôt dans le bassin donnant naissance
au fleuve. A l'extrémité du môle est un vaste
hangar où l'on a placé des grues; les navires
peuvent accoster le long de ce hangar pour j
charger ou décharger leurs marchandises. Les
&rdeaux, quelque pesans qu'ils soient, sont
transportés par des nègres dans la cour de la
douane pour j être visités; de là d'autres nègres
(car la race africaine £ùt au Brésil l'office de che-
vaux et de mulets) les transportent à leur desti-
nation. J'aurai occasion, un peu plus loin, de
dire un mot sur le sort des esclaves dans la pro-
vince de Rio^Grande. Des voyageurs qui avaient
été témoins de la barbarie impitoyable des co-
lons finançais et anglais ont pu trouver le joug des
esclaves plus supportable au Brésil; mais moi qui
ai vu les nègres libres , industrieux ^fesant vi^re
les bkmcs, au rang (t hommes enfin, dans la ré-
publique Argentine et la Banda-Oriental , qu'il
me soit permis de trouver leur sort déplorable
au Brésil et de dévoiler l'infamie des Européens
qui n'ont pas honte de pousser l'immoralité jus-
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— 488 —
quà faire encore clandestinement le commerce de
chair humaine!!!... O yénérable abbé de Pradt!
VOUS' eussiez gémi comme moi, en yoyant les
scènes affligeantes dont j'ai été témoin, mais TOtre
indignation, tos gémissemens eussent retenti
comme la foudre parmi ces hommes qui osent se
dire civïUsës , tandis que les miens n'auront , peut^
être, d'écho que dans l'âme de quelques hom-
mes aussi sensibles, mais aussi obscurs que moi*
Il y a cinq églises à Porto-Alègre, un hôpital,
une maison de bienfaisance, un arsenal, deux
casernes et une prison nouyellement construite.
Il y a d'autres édifices publics en prtjet; un plan
a été proposé pour &ire de la plaine , appelée
Vargémj une basse-ville; on y édifierait un mu-
séum avec un jardin botanique. Porto-Âlègre,
deviendra certainement, parla suite, une des
plus belles villes du Brésil et en même tems une
des plus importantes sous le rapport commercial.
L'éducation est fort négligée dans la province
de Rio-Grande, et cela se reconnaît tout d'abord;
les jeunes gens destinés au barreau, à la médecine
ou au sacerdoce , sont envoyés à l'iuiiversité de
5oo-Pai/io (Saint - Paul). Il n'y avait que des
écoles primaîres-élcmentaires à Porto-Alègre, lors
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~ 489 —
de mon passage ; cependant un Portugais d'Eu-
rope (M. Gomez), conjointement avec un jeune
belge (M. Giélis) venait d'établir une école pri-
maire-supérieure ; les talens et le zèle de ces pro-
fesseurs contribueront, je Fespère, à répandre le
goût de l'instruction, trop généralement étoufl^
par une passion effi*énée pour le jeu et la dé*
bauche *.
11 s'y fait quatre ou cinq journaux périodi-
ques entièrement consacrés à la politique : les
babitans de Porto- Alègre, de même que tous
ceux des autres villes de l'empire , sont divisés
en deux partis, celui des Carcanurus* , compre-
nant tous les partisans et défenseurs du gouverne-
ment monarchique, et celui AesfarrupilJias^ ^ ou
sans-culottes*, partisans du gouvernement répu-
blicain. Lesdernierssontenforce, comme partout;
mais cette force ils ne la connaissent pas ; néan-
1 Le vice affreux qoi altira jadis la colère céleste sur Fimpudique
Sodome est avoué publiquement par les Brésiliens !!!
s Prononcez caramourou^.
5 Farroupillas mouillé. Les Portuguais d'Europe, détestés an
Brésil, à cause de leur opposition à la maixlie progressive des peuples,
sont appelés pès de chumbo, pieds de plomb, et à leur tour ils donnent
aux Brésiliens le surnom de pès de cabra, pieds de chèvre.
1 Ce sont les patriotes eux-mêmes* qui se sont donné cette épi-
tliète.
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— 490 —
moins j la majorité des Bréâliens parait être pour
la république. Malhenreufiement ceux-ci même
sont en dissidence entre eux, les uns voulant adop-
ter la forme itnitiurej les autres la forme/édéra'
tipe; ici ï^oîsme, fils légitime de Tignorance et
des petites passions, remplace le patriotisme. La
province de Rio-Grande , pouvant se passer des
autres et leur étant, au contraire, elle, très-utile,
voudrait la fédération, c'est-à-dire l'isolement à-
peu - près complet; les autres de se récrier! ce
qui fait qu'on ne s'entend gu^. Cette difficulté
de s'accorder sur la/orme retardera peut-être le
terme du mouçemenij et amènera probaUement,
l'anarchie entre les répubUcains Bi'ésiliens. Il est
à craindre que, de même que dans la confédé-
ration du Rio-de-la-Plata , l'isolement ne soit
préféré , et que nous n'ayons à compter dix -huit
républiques au lieu d'une*... Ce n'est pas là que
gtt le mal ! c'est dans l'anarchie où peuvent être
entraînés long-tems des peuples dont l'éducation
poUtique n'estpas très-avancée. On ne doit cher-
cher d'autre cause à ces dissidences que celle de
rignorance crasse dont la politique étroite du
Portugal , ou du système colonial ^ a cherché à
envelopper le germe dés sentimens généreux qui
perce souvent chez les Brésiliens, malgré leur
manque de lumières.
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— 49i —
Il n y avait pas encore de théâtre à Porto-Alè-
gre, car on ne peut, sans faire rougir Thalie jus-
qu'aux oreilles, donner ce nom à un vieux ma-
gasin , à demi souterrain, où Ton joue, de tems
à autre, des comédies bourgeoises. Il y en avait
npi en construction , qui sera très-beau , m'a-t-on
affirmé; il esta regretter seulement qu'on ait
choisi le haut d'une rue (a rua do Om^idor) de-
venant une véritable cataracte les jours de pluie.
Je suis £lché de le répéter , mais c'est une vé-
rité qu'il ne m'est pas permis de taire, les Brési-
liennes de cette province ne sont ni belles , ni
gracieuses ; en vain elles se chargent et se surchar*
gent de bijoux, de clinquant, de fleurs, de ba-
gatelles, tout cela n anime pas leur teint, ne
donne pas d'expression à leurs yeux, ni enfin
cet air de liberté dans les mouvemens qui séduit
d'abord chez les FortenM \ On cherche en vain
à lire sur leur physionomie 1 état de leur ame ,
elle n'indique rien, pas même de l'ingénuité;
c'est j en public, une figure à! automate^ rien de
plus; voilà ce qu'en ont fait les Portugais! ... On
dit qu'elles sont tout feu dans l'intimité, pas-
sionnées à l'excès, mais passionnées pour elles
I Les femmes de Buénos-Ajres ; prononcez partégnas, mouillé.
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— 492 —
mêmes.... Ce sont des dédommagemens qu'dles
cherchent avidement.
La grande parure est une robe de salin blanc,
brodée et lamée en or ou argent , souliers et gants
de satin, beaucoup de bijoux; coi£Eure en che-
▼eux avec de dusses fleurs. Le costume ordi-
naire est différent; quoiqu'elles suivent assez vo-
lontiers les modes fi-ançaises, elles aiment surtout
les couleurs tranchantes, les dessins bizarres.
Comme elles sont fort économes et sédentaires,
elles prennent le plus grand soin de leurs effets,
aussi les modistes ne font^elles pas plus fortune à
Porto- Alègre que les apothicaires ! Un chapeau
dure une éternité. Ce sont, au surplus, les mo-
des passées chez nous depuis six ans qui font
merveille au Brésil. J'y ai vu de ces énormes
chapeaux de sparterie et de taffetas, surchargés
de nœuds de ruban ; des manteaux écossais ou
à la dame-blanche, des robes rouges, et autres
monstruosités semblables.
: Les hommes suivent aussi les modes parisien-
nes; ils sont, généralement parlant, mieux que
les fenmies , dans l'ensemble de la physionomie ,
bien qu'ils aient un défaut commun , celui d'a-
voir un nez très long et pointu; c'est une légère
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— 495 —
modification de celui des Portugais, qui l'ont,
eux, plus gros et charnu. Les physiognomonistes
sayent déjà ce que cela signifie.
Les églises sont très-simples et peu fi:^quentées.
Il n'y a plus que des dévotes {beatas) ou les
courtisanes qui conservent encore le costume
noir et la mantille de Portugal, costume d'église,
de rigueur jadis.... jadis ^ vous entendez? Cest-
à-dire pendant ces beaux jours de la Sainte In-
quisition^ où non seulement il ËJlait des inter
prêtes pour prier Dieu, mais encore un costume
particulier. Connue si celui qui créa Adam et
Eve nus comme des vers, s'inquiétait du costume
des pauvres humains !
S'il y a peu de luxe dans les églises, on en
conserve encore beaucoup, par compensation
sans doute , dans les processions extérieures. Les
fêtes do Espiritu santo , (Pentecôte) se célèbrent
avez pompe : c'est comme au tems du concile
de Trente. Les balcons sont garnis de riches ta-
pis de soie brochée, à fi:*anges d'or; les confise-
ries bleues succèdent aux confi:'éries rouges, celles-
ci aux blanches, celles-là aux grises etc., cha-
cune d'elles porte des châsses de saints, richement
ornées; et puis, pendant trois jours, on vend
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~ 494 —
publiquement, à côté die Fëgliseï AtAchapdeiSy
des scapiikures, des poules rdiks, des péiisseries^
des liqueurs etc Vive Rome ! !
La manière dont voyagent les femmes dans
cette proyince, ainsi que dans tout le Brésil, est
assez curieuse : elles ne se font aucun scrupule
d'aller à cal^ourchon comme les hommes, et
pour cela elles portent de larges caleçons sous
leurs robes; de plus elles sont yêtues d'ui^ie lon-
gue redingote, espèce d'amazone quelquefois en
drap bleu, mais ordinairement en indienne à
fleurs où à larges raies. Elles ont pour coiffiire
un immense chapeau de taffetas, de feutre ou
de castor, orné de plumes d'autruche noires et
longues formant panache. Affublées de la sorte
elles ressemblent assez à nos hautes et puissantes
dames de la vieille noblesse de campagne. Et ne
croyez pas que ces Brésiliennes des champs soient
sans une sorte de dignité naturelle, au contraire,
quoiqu'elles ne soient jamais sorties de leur
estanciaj chacara on/axenda^ qu'elles n'aient ja-
mais abandonné leurs vaches, leurs plantations
de coton, ou àejegonsj que pour aller à la petite
ville la plus voisine , et qu'elles soient d'ailleurs
dans la plus crasse ignorance j elles ne laissent pas
que d'avoir, au suprême degré, leurs vanités,
leur sifsceptibilité , leurs airs de hauteur.
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— 498 —
Quand elles se mettent enroyage, soitponr dUer
à la ville, soit pour visiter quelque voisine, ce qui
arrive rarement, elles affectent un grand hne
dans le enhamachement de leur cheval. La bride,
la têtière, le racado, les éperons, les étriers en
forme d'encensoir, tout cela est couvert d'argent
massif. Il faut qu'une femme soit bien misérable
pour n avoir pas au moins la caheceira (têtière),
les estnbos (étriers) et les esporas (éperons) d'ar-
gent.
Les hommes n'affectent pas moins de luxe :
leurs chevaux ont des croupières, des ventrières,
des coUiers, ainsi que tout le reste de l'enhama-
chement couverts de plaques d argent ; ils portent
encore à la main, comme les Argentins , un petit
fouet dont le manche, très-court, est d argent
massif. Le manche et la gahie de leur couteau-
poignard sont aussi d'argent* Le costume des
hommes de k campagne est plus riche que celui
des Gauchos argentins et orientalistes ; il consiste
en de fortes bottes, un large pantalon de velours
bleu-ciel , une jaquette de drap bleu , un ample
manteau de drap et un chapeau à très-larges bords
relevés sur les côtés, et attaché sous le menton
par un cordonnet terminé par deux glands. Beau-
coup portent dans l'été des jaquettes d'indienne
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— 496 —
de couleur et les hommes distingués portent une
redingotte d'indienne, espèce de robe^e^ham-
bre* Tous sont armés, en voyage, d'une longue
épée comme au tems de la conquête et d'une
paire de pistolets, accrochés dans un ceinturon
portant une petite giberne.
Voici le nom des cinq rivières se réunissant en
face de Porto- Alègre , pour former le fleuve de
Rio-Grande : le Jacuy * , le Cay , le Rio-dosSinas,
le Grai^atc^j et le Aac^ (ruisseau). Le premier,
à l'ouest, est la rivière principale; elle forme
comme le pouce de la main ouverte. La der-
nière, au nord-est, forme comme le petit doigt;
celle-ci seule n'est pas navigable pour les grands
bateaux.
Le commerce est actif à Porto-Alègre; j*ai tou-
jours vu une cinquantaine de navires tant na-
tionaux qu'étrangers occuper la rade , indépen-
damment d'une grande quantité de pirogues de
toutes grandeurs , de chalanas destinées au trans-
port des marchandises sur les cinq rivières fecili-
I On a déjÀ va que dans la tongoe des Guaranis, la lettre JK signifie
ri?ière et qu'elle est souvent jointe à un nom caractéristique, ainsi,
Jactiy, signifie riTÎère des Jactis, espèce de fcdsan ; Jaguary^ riTière
du Jaguar, on du Tigre, etc. — Guasu veut dire grand et Miri petit.
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— 497 —
tant si admirablement tes communications ayec
rintérienr.
Le Jacuf (prononces Jacouï) principalement,
est constamment sillonné par des allèges, et d'é-
légantes gondoles occupées au transport des in-
nombrables productions d'Europe, de rAméri*
que du nord, ou des autres prûriâces du Brésil ,
à Bh-Pardo et à ^ Cacheirûy petites villefii sus-
ceptibles de prendre beaucoup d'accroissement ;
la première surtout peut passer pour l'entrepôt
du nord de la prûtince, comprenant la Serra
proprement dite, et lès Missions de lUruguay.
Les navires Européens au dessous de deux
cents tonneaux , ne tirant pas plus dé dix pieds
d'eau, peuvent venir jusqu'à Porto-Alègre*
Il n'y ayait, lors de mon séjour, que trois mai-
sons françaises établies à Porto- Alègre ; une seule
fesait le commerce direct avee la France; une
autre tirait les articles français de Buénos-Ayres
et de Rio-Janeîro, où ils sont, par fois, à meil-
leur marché qu'en Êibrique. La troisième maison
Êdsait un commerce étendu avec les États-Unis;
eUe était tenue par M. Pradd, agent consulaire
français, homme fort estimable et généralement
52
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n
— 498 —
estimé, ce qui est plus rare. Il est yrai de dire
(Puisse ceci servir d'exemple au commim de nos
agens consulaires ! ) qu'il est difficile de trouver
un homme plus désintéressé , plus obligeant , plus
diisposé à rendre Service, que M. Pradel. U n'a
voulu accepter aucun émolument, trait de pa-
triotisme trop rare pour n'être pas divulgué ; il
peut ainsi conserver une noble indépendance.
Mais Qe n'est pas là son plus grand mérite ; sans
faire parade de ses sentimens tout patriotiques, il
pousse le désintéressement, je dirai même la. li-
béralité, jusqu'à ne percevoir aucune rétribution
pom' les di£Férens actes ou signatures qu'on ré-
clame de lui. On le trouve toujours prêt à dé-
fendre nos droits ou nos intérêts près de l'auto-
rité du pays; malgré son titre modeste d'agent
consulaire , il sait se Êiire rendre justice et Ton
respecte notre pavillon.
Voilà les hommes qu'on devrait choisir pour
défendre nos intérêts commerciaux en pays étran-
gers...... Si tous n'avaient pas son désintéresse-
ment , tous pourraient avoir son expérience pra-
tique de la législation , des moeurs, du caractère
de la nation près de laquelle ils sont appelés à
représenter; ils contribueraient ainsi, puissam-
ment, à prévenir les différens entre commer-
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— 499 —
çans ou entre partîculieri, en conseillant, mieux
les uns et les^tres quand ils sont consultés. Cet
hommage rendu aux vertus civiques d'un pa-
triote distingué ne doit pas paraître suspect de
ma part , il suffit de savoir que je n'ai pas Thon-
neur d'être connu de M. Pradel.
La plupart des navires allant à Porto-Âlègre
sont des Américains du nord, des Brésiliens, des
Italiens et quelques Anglais. On voit de tems à
autre un navire français venant de Marseille
ou de Bordeaux , mais il est rare qu'ils fassent de
bonnes affaires, parce que les cargaisons sont
mal composées, les articles de mauvais goût ,
mal assortis ou ne convenait point au pays. C'est
du port de Marseille, surtout, que sortent les
expéditions les plus extravagantes, les plus mal
calculées Leurs vins, leurs salaisons sont d une
qualité détestable.
Ce n'est pas seulement à Porto-Alègre qu'il ar-
rive des cargaisons extravagantes , il en est de
Viême dans tous les ports du Brésil et de la Plata ;
à cet égard il y a beaucoup à dire.
On connaît assez généralement quels sont les
articles * de grande consommation française • au
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— 800 —
Brésil, beaucopp conviennent à Porto-Âl^;re;
cependant, le voisinage des Orientalistes et des
Argentins fait que les goûts des habitans de la
province de Rio-Grande sont en quelque sorte
mixtes ; il &ut donc avoir sëjonmé qudque tems
dans le pays pour le connaître bien, et smtout
ne pas conunettre d'ordres en &brique sans être
muni d'échantillons , de modèles ou de mesures ,
car les meilleures notes , les détails les plus minu-
tieux ne donneraient qu'une idée imparfaite des
goûts et des besoins des habitans.
Ici , comme dans toutes les anciennes posses-
sions espagnoles et portugaises, les nègre» et fmh
Mires sont les gens à'ôfficiOy c*est-à,-direies hom-
mes laborieux , les travailleurs, ceux enfin qui
ont besoin d'exercer le plus leur iniéBigence^ mais
ils ont le malheur d*ètre esclaves et surtout tf être
noirs! — Ce sont nécessairement des truies^ de
vils usurpateurs du nom d'hommes. — Et pour-
tant, ces brutes assurent la subsistance et toutes
les jouissances de la vie à leurs fainéans de maî-
tres ! ! Savez-vous comment ces maîtres, si supé^
rieurs^ traitent leurs esclaves? — Gomme nous
traitons nos chiens î— On commence par les sif-
fler de même ; s'ils n'arrivent pa»à point nommé, |
ils reçoivent deux ou trois soufflets de la main |
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— 501 —
«ielicate de leur charmante maltresse , métamoiS
phosée en pie-grièche^ ou bien un rude coup de
poings un brutal coup de pied de leur grossier
€uno\ s'ils raisonnent, ils sont liés au premier
poteau venu, et alors, le maître et la maltresse
viennent, arec une grande gaîté de cœur, voir
flageller jusqu'au sang ceux qui n'ont souvent
d'autre tort que celui, bien innocent, de n'avoir
pas su deviner les caprices de leurs seigneurs et
maîtres ! ! ! . Heureux eûcore , le malheureux nè-
gre , si son maître ou sa maùresse ne prennent
pas eux-mêmes une corde , un fouet, un bâton,
une barre de fer et ne frappent pas, dans leur
fureur brutale, sur le corps du pauvre esclave,
jusqu'à ce que des lambeaux enlevés de sa peau
laissent ruisseler le sang sur son corps inanimé ! • . .
car, le plus ordinairement , on enlève le nègre
sans connaissance pour panser ses blessures ;
savez-vous avec quoi ? iu^ec du sel et du piment ;
sans plus de soin que pour un animal attaqué de
quelque plaie qu'on veut préserver des vers! On
juge que ce pansement n'est pas moins cruel que
les coups de fouet? Eh bien! j'ai vu ces choses
l'an de grâce mil-huit-cent-trente-quatre ! ! J'ai
vu plus encore. — U y a des maîtres assez barba-
res, principalement dans la campagne, pour
£dre des entailles aux joues, aux épaules, aux
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— 502 —
fesses , ou aux cuisses de leurs esclaves, afin d*j
introduire du ;9/men/. D'autres portent leur fu-
reur firénétique jusqu'au point d'assassiner un
nègre et de le jeter connue un chien dans un
ravin ; et si quelqu'un, surpris de son absence,
s'informe du sort du nègre , on répond froide-
ment : ce il estmort. » {JO JUho dap Murio),
Et jamais on n'en reparle. Il y a cependant des
lois sévères pour ces sortes de crimes, mais comme
l'observe M. de Balzac a les lois n arrêtent jamais
les entreprises des grands ou des riches, mais
elles frappent les petits qiUont€fu contraire besoin
de protection. »
Chaque jour, de sept à huit heures du matin,
vous pouvez assister à un drame sanglant, à Por-
to-Alègre. Rendez- vous sur la plage , du coté de
l'arsenal, en face d'une église, devant l'instrument
de supplice d'un divin législateur, tous verrez
une colonne dressée au-dessus d'un massif de
maçonnerie, et au pied... une masse infonne,
quelque chose appartenant certainement au règne
animal , mais que tous ne poutez plus classer
parmi les bimanes etbipèdes... c'est unnègre!...
un nègre condamné à deux cents , cinq cents ,
mille ou six mille coups de fouet ! ! — Passez ,
retirez-vous de cette scène de désolation ; l'infor-
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— 805 —
tuné n a plus que des membres mutilés qu'on
recomialt à peine sous les lambeaux sanglans de
sa peau flétrie.
Et Ton s'étonne que les nègres se révoltent
contre les blancs ! !. — On a remarqué que les
législateurs des colonies modernes emploient pour
défendre la traite des nègres les mêmes sophismes
qu'ils combattent lorsque les Turcs yeulent légi^
timer la captivité des blancs , mais tous ces so-
phismes tomberont à force d'absurdité... L'aris-
tocratie de la peau tombera comme les autres
aristocraties , patience !
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CHAPITRE XIX.
mmwmom vb iom«o«AX*«BB« — n&A
'oté. — laô-Vraaoîfoo de VaaU. —9e le provînoe tn géoéral.
L
Le village de Viamon * , situé à trois lieues sud-
est de Porto- Alègre, était k capitale de laprcmnce
i Qa e donné à CafêUa (ctfBa) le aamoB de ^mw», pme que
des hauteurs sur lesquelles ce TiUage est siCné, oft aperçoit te» cinq
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— 506 —
quand Porto- Alègre n'était rien y on fort peu de
chose. Primitiyementy la TiUe de Rio-Grande fat
lesiège de hicapitawerie ; elle a joui de cette &Teiir
jusquen 1763 , époque à laquelle on transféra
le gouvemement à CapeUa do Viamon , comme
étant un point plus central ^ U n'y à pas plus
d'une quarantaine d'années que Porto- Alègre est
devenue dèfinitiTement capitale.
 cette époque, Viamon était une petite ville
assez étendue, mais à présent ce n'est plus qu'un
village que désertent les habitans à cause de la
difficulté des communications. On n'en compte
pas plus de cinq cents dans tout son district. Il
est placé au milieu d'un groupe de montagnes
dominant nne grande étendue de pays. On y ar-
rive par trois routes différentes, en passant par
une suite de collines élevées, mais peu boisées.
Le terrein , composé d'une argile rougeâtre, est
couvert de blocs volumineux de ces espèces de
brèches dont j'ai déjà parlé , formant des mas-
ses de figures bizarres, toutes arrondies parle
rivières qui réunissent leurs eaux en face de Porto- Alègre , en fomiant
comme une main ouverte dont le Jacuy serait le pouce et le RiaxA» le
petit doigt. De là est venu le mot vi-a-^ma6 , j'ai vu la main .
I Acette époque leslimileB delà province étaient un peu au-delà dn
Jacuy à SamUhMariit^o^èrra.
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— 807 —
frottement des courans; il y a aussi beaucoup de
fragmens de quartz , de mica et de gneiss. L'in-
dustrie principale est la &brication de la poterie,
de la brique et la culture de la mandioca. La
chapelle est digne d'être Tisitée.
J'ai poussé mes excursions jusqu'au-delà de
Boa-Vista et de la Barrucada , hameaux situés à •
environ dix lieues dans l'est de Porto-Âlègre.
Boa-Y ista est une estancia appartenant au comte
de Rio-Pardo, ancien chambellan, général, et mi-
nistre sous Don Pedro l^i* ; il s'est retiré là ayec
son épouse depuis le départ de l'empereur. Il
possède une tannerie de cuirs , attenante à son
habitation , dirigée par un Français. Jai eu oc-
casion de voir le comte de Rio-Pardo ; j'observai
avec plaisir qu'on ne m'avait point trompé sur
son caractère aimable et bienveillant. II est aris-
tocrate enrouUléy conmie il le dit lui-même , en
bon français , mais il prend son parti en philo-
sophe; il était convenu de se résigner à tout, seu-
lement il attendait en silence \e Messie «.., A
présent il en est réduit à dire, avec certaine secte
israélite :
I En juin 1S34, les partisans de don Pedro , les Catemurva s^atten-
daient à le voir débarquer au Brésil , aussitôt qu'il aurait fini en Por-
tugal.
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— SOS —
tt Bfandits scient ceux qui supputeront les
teins du Messie ! »
Jai remarqué dam les ooUines de k Borrucc^^
des blocs considérables dihfdrate de fer cellulaire,
au milieu d'une argile jaune sablonneuse.
Tout le pays s'étendant à Test des mornes de
y iamon et au nord de Lagoa dos Patos eA en-
tièrement plat y au niTeau de la mer j sauf quel-
ques petites collines sans direction déterminée,
n paraît qu'il n'y a pas plus d'un siècle que les
eaux se sont retirées de la plaine marécageuse de
la Barrucada.
II.
Pour me rendre à la colonie allemande je re-
montai le Bio'dosSinos ^ , rivière de quatrième
ordre , assez profonde , mais tellement sinueuse
que la distance de Porto-Âlègre à Saô-Leopoldo,
qui n'est que de sept lieues par terre , devient
d'environ vingt lieues par eau. De même que le
Jacuy et tous les autres affluens du Rio-Grande,
le Bia^losSinos coule dans un lit de sable et de
terre limoneuse; les bords en sont si peu élevés
1 BÎTière des cloches.
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~ 509 —
qu ils paraissent sans cesse submergés. Os sont
pourtant habités et cultivés ça et là, mais on a
eu soin de bâtir les maisons sur pilotis , ou sur
im écha&udage en bois d'une hauteur de cinq à
six pieds. Le toit de ces petites habitations, cons-
truit en relevant , leur donne Fapparence d'un
pavillon chinois.
Après avoir ramé toute la nuit, le bateau alle-
mand dans lequel nous étions embarqués s'arrêta
dans un parage appelé Très Portos (les Trois
Ports ) ; ce sont tout bonnement trois clairières
au milieu des bois, sur la rive gauche, plus éle-
vée en cet endroit qu'ailleurs. On est déjà dans
la colonie allemande. De ce lieu à Saô-Leopoldo
il n'y a pas plus de deux heures de marche à
pied, tandis qu'en suivant la rivière pour arriver
au véritable port il iaut ramer toute la journée.
Nous préférâmes aller à pied, en chassant, que
de respirer plus long-tems les exhalaisons fétides
du bateau couvert, occasionnées par tme demi-
douzaine de nourrices et je ne sais combien de
bambins mangeant des oranges , des bananes et
autres bonnes choses, dont on se fatigué promp-
tement.
Nous eûmes à parcourir un pays charmant ,
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— 510 —
montueuXy couvert de bois, de prairies, de fer-
mes allemandes, de champs cultivés et arrosé
par une multitude de ruisseaux. Nous gravîmes
des coteaux élevés, couverts d'épaisses forêts à
travers lesquelles on a frayé des chemins de voi-
ture se croisant de toutes parts, en ouvrant des
communications sur tous les points de la colonie.
Après avoir monté et descendu souvent nous
aperçûmes enfin, au détour d'un chemin cou-
vert, le village de Saô-Leopoldo , situé au milieu
d'une plaine basse pouvant avoir deux lieues de
circonférence. Nous nous crûmes en Allemagne.
Je ne pus me défendre , à la vue de cette popu-
lation européenne, d'un sentiment d'admiration,
car je fîis d'abord firappé du contraste que m'of-
fixaient ces lieux, cultivés avec soin , ces chemins
ouverts péniblement à travers les collines, les
mornes et les forêts , ces petites propriétés entou-
rées de fossés profonds ou de haies vives, cette
activité des cultivateurs et des artisans, rivali-
sant à r«nvie pour la ^prospérité commune
avec l'abandon absolu dans lequel les Brésiliens
laissent leurs terres, le mauvais état de leurs
routes , leurs chaumières délabrées, enfin ce
manque d'industrie, cet esprit de gaspillage et
de destruction qui les caractérise, tout aussi bien
que les Argentins.
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— 511 —
Mon admiratkmnefut pas moindre en voyant,
presque sous le tropique, une nation des régions
polaires conservant ses habitudes , ses moeurs, sa
vie active et donnant naissance à une génération
qui doit , un jour , changer la dàce du pays.
Le village de Saô-Leopoldo , appelé aussi la
feitoria ( la factorerie ) est situé, comme je viens
de le dire, dans une plaine basse, au bord et sur
la rive gauche du Bio-dosSnos^ à sept lieues au
nord de Porto-Alègre, De toutes parts, au sud, à
l'est et à Fouest, la plaine est dominée par des
coteaux couverts de forêts. A huit ou dix lieues
vers le nord, passe la grande chaîne de monta-
gnes , la Serra do Mary se dirigeant à Fouest , et
à travers laqueQe les Allemands ont fiayé des
routes admirables , en surmontant des difficultés
extraordinaires. Indépendamment de la chaîne
principale, il existe encore quelques mornes isolés
dans le sud et au centre de la colonie même.
On n a pas trop consulté Fhygiène publique
en fondant la ville dans un emplacement très-
marécageux, qui, aux moindres pluies, s'inonde
et rend les rues mêmes impraticables. On n'a eu
sans doute en vue que Favantage du commerce
et aussi sa grande commodité du voisinage de
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^ SI9 ^
Teau. Au reste, cela prouve que les Allemands
ne reculent devant aucun dwtaole et que le mot
impossible n'a pas plus d'équivalent dans leur
langue que dans la nôtre; ils s'occupaient d'ail-
leurs , journellement, d'élever le teiTein, d'assé-
cher les marais et de détourner les eauic par les-
quelles ils sont alimentés.
n y avait alors à Saô-Leopoldo , environ cent-
cinquante maisons en charpente et en brique y
renfermant une population d'un miDier d'ames,
laquelle doit s'augmenter progressivement^ puis-
que ce village ne comptait encore que cinq an-
nées de fondation. D est habité principalement
par des artisans allemands, teb que menuisiers ,
fi>rgerons, charrons, cordonniers, tailleurs, sd^
liers, ferblantiers etc. , et par des marchands ca-
baretiers, merciers, brocanteurs, tant allemands
qu'étrangers; il y avait plusieurs commerçans
français fidsant d'assez bonnes aflbir^.
La colonie Allemande, dont ce village est déjà
le marché principal, n'occupe encore qu'un
territoire de quinze lieues carrées, mais elle peut
s'étendre beaucoup vers le nord, au^elà de la
Serray parce qu'il ne hii a été tracé d'autres limites
de ce côté que celles mêmes de la province.
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— 513 —
La plupart des colons allemands sont agricul-
teurs. On leur distribue une portion plus ou
moins considérable de terrein , au milieu des fo-
rêts dont le pays est couvert , arec obligation de
leur part d'abattre les bois et d'en cultiver rem-
placement. S'il y a des pâturages autour de
leur propriété, ils en réservent une partie pour
élever des vaches et faire du beurre ou du fro-
mage, qu'ils vendent &cilement à Porto* Alègre.
D'autres Allemands, possédant quelques capi-
taux, ont formé des établissemens plus ou n^oins
importans tels que tanneries, distilleries, scieries
de planches, briqueteries, poteries et autres fabri-
cations, comme celle de la farine de mendioca et
du sucrje produisant déjà un revenu assez fort à
la colonie^ indépendamment du bénéfice des
rapports conunerciaux que l'activité des Alle-
mands entretient avec Porto- Alègre. Le mardi de
chaque semaine est le jour désigné pour porter
à la capitale les comestibles et les produits de
l'industrie de cette petite république.
Beaucoup de Brésiliens , consultant plus leur
intérêt privé que leur inclination, natureUe-
ment jalouse de la prospérité des étrangers,
commençaient à s'établir dans la colonie, en
33
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— 814 —
achetant assez cher des terrains concédés anx
Allemands et que ceux-ci leur cèdent volontiers
par Fespoir de former ailleurs de plus grands
établissemens. L'émulation finira par naitre chez
les Brésiliens, à la vue de tant de difficultés Tain-
cues par des hommes industrieux , ou du moins,
VorgueU national se trouvant intéressé par les
progrès de la colonie , cela doit amener d'heu-
reux résultats pour le pa^s. Déjà une société
d'actionnaires s'est formée pour la construction
d un pont sur le Rio-chs^Sinos ; déjà il était ques-
tion de bâtir des édifices publics , d'ouvrir de
nouvelles routes, de construire un bateau à va-
peur, d'entreprendre enfin des travaux capables
de fomenter l'industrie, de &voriser le com-
merce, véritables sources de richesses et de civi-
lisation des peuples.
Il y a dans le village , une chapelle desservie
par un prêtre catholique, et, à une demi-lieue
au sud-est, dans un hameau appelé la Feùoria
(parce qu'autrefois on y vendait des nègres) il y
a une autre chapelle, desservie par un ministre
de la religion réformée.
Les autorités sont brésiliennes; elles se compo-
sent d'un juge-de-paix donnant audience une
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— 515 —
fois la semaine, et d^un commandant mili-
taire.
Nous fômés reçus par le docteur Jean Daniel
Hillebrand, jeune honune fort instruit, joignant
à beaucoup de modestie les manières les plus ci-
viles, les plus obligeantes. Hambourgeois de na-
tion, mais possédant fort bien les idiomes fran-
çais et portugais, exerçant avec succès la médecine
et la chirurgie depuis plusieurs années , le doc-
teur Hillebrand a gagné la confiance des habitans
de la colonie et ils ont pour lui la plus grande
considération. H la mérite certainement , à tous
égards, par ses connaissances yariées et son hu-
manité. M. Hillebrand s'occupe aussi beaucoup
d'histoire naturelle, principalementd'omithologie
et d'entomologie ; il a acquis ce goût presque pas-
sionné près du docteur Sillo^w (ouSelo) qu'il
accompagna quelque tems. Il nous montra ses
collections , déjà nombreuses , d'oiseaux , d'insec-
tes et de bois utiles; ainsi que beaucoup d'objets
curieux tels que des armes de Bougres y des va-
ses etc. Très-bon dessinateur, il s'occupait à
peindre la collection des lépidoptères de la
colonie ; je fus frappé de l'exactitude du dessin et
de la fraîcheur du coloris de ces charmans insectes.
La colonie Allemande doit être visitée par les
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— S16 —
naturalistes et les amateurs de la beUe nature :
on trouye là toutes les productions de la pro-
vince , dans le règne organique ; jolis oiseaux ,
insectes rares, mammifères étranges, plantes
précieuses; tout se réunit dans cette localité pour
exciter l'admiration des curieux. De nombreux
chemins, frayés au milieu des forêts, permettent
au chasseur de parcourir les environs de Saô-
Léopoldo sans être incommodé par la chaleur,
jouissant au contraire du frais ombrage d'une
multitude d'arbres touffus et d'espèces très-va-
riées.
Presque tous les arbres de ces forêts , encore
bien peu connus des botanistes, ont une pro-
priété particulière ; il en est même fort peu d'in«
utiles * .
Le terrein de la colonie, entrecoupé de hau-
tes collines, de mornes escarpés, de vallons et de
plaines marécageuses, est argileux sur les hauteurs
et sablonneux dans les fonds. Les carrières en
exploitation ne fournissent encore que des grès
tendres , s' employant à la construction des mai-
sons, n parait qu'il y a du calcaire dans quelques
1 Vojei la note N j
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— 51T —
forêts, mais on n'a pu encore en découvcir une
carrière susceptible d'exploitation.
III.
Le fleuve connu sous le nom de Rio-Grande
commence à Porto- Alègre ; il est formé de la
jonction des cinq rivières étalant si majestueuse-
ment leurs eaux devant cette jolie ville. Pendant
l'espace de huit à dix lieues, il coule dans un lit
variable en largeur (depuis trois jusqu'à une
demi-lieue) , encaissé par des mornes affectant
la forme conique et composés de fi^gmens plus
ou moins gros de roches élastiques ou de ces
conglomérats dont j'ai parlé, lors de mon excur-
sion à Capella do Vicarton; ces mornes sont, en
outre, boisés jusqu'à leur sommet, principale-
ment du côté exposé coâ sud. J'ai déjà fait la même
remarque à Tégard de la Serra.
Avant d'entrer dans la Lagoa , le lit du fleuve
est à peine large d'une demi-lieue; les pilotes
redoublent d'attention , car il faut passer si près
des roches que, bien souvent, il est nécessaire
de défendre le navire à l'aide de forts bambous.
Ici s'ouvre le grand bassin ou lac, assez impro-
prement nommé laguna ou lagoa dos Patos. Ce
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— 518 —
lac , séparé de l'Océan par une plage ou des du-
nes de peu d'étendue y appelée praia do estreito
(plage du détroit), forme comme une petite
mer méditerranée de quarante-cinq lieues de
long sur ime largeur yariable. Les mornes abou-
tissent à l'entrée da lagouy et cet endroit porte
le nom de Punta do ltapuan\ ils s'étendent en-
core im peu à l'est et à l'ouest, mais toujours en
s'abaîssant, pour ne former enfin qu'une plage
ou des monticules de sable, retenant à peine les
eaux, souyent agitées, de cette yaste lagune. Les
bords, de même que le fond, sont de saUe pur,
et des dunes de cette substance s'étendent à plu-
sieurs lieues dans les terres. Plusieurs riyières
assez grandes, telles que le (^tUTiociia, le Sad-Gonr
zaho etc., yiennent augmenter la masse des
eaux. U est probable qu'à \a^ époque qui n'est
pas très-reculée ces eaux s'étendaient dans les
grandes plaines basses de Viamon , de Boa-Vista
et da Barrucada.
La nayigation est &cile sur la Lagoa dos Paios
pour des bâtimens ne tirant pas plus de dix pieds
d'eau, chargés en lourd. Il y apparaît quelquefois
des navires de deux cents tonneaux, mais ils sont
forces d'attendre de hautes marées pour naviguer
sans entraves.
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— 519 —
On n'est pas bien d'accord sur le motif qui fit
donner à ce lac le nom de Lagoa dos Patos.
Quelques personnes prétendent que ce fut à
cause de Timmense quantité de ces palmipèdes
qu'on y vit d'abord; d autres, que ce fut en mé-
moire d'une tribu d'indiens appelés Paios , qui
vivaient sur ses rives occidentales et dont quel-
ques géographes ont Êiit mention sur leurs cartes.
Mais l'opinion la plus générale et la plus curieuse
est celle-ci :
ce Les jésuites ayant de grands établissemenl
vers l'Uruguay et sur divers points de l'intérieur,
à une époque où le gouvernement Portugais n'a-
vait pas encore colonisé cette partie du Brésil ,
et les révérends pères se trouvant avoir le plus
grand besoin d'un port de mer, tant pour facili-
ter leurs communications avec TEurope que pour
procurer un débouché aux riches produits de
leurs Missions , ils supplièrent très - humblement
le puissant roi de Portugal de leur concéder la
propriété, à perpétuité, de cette peqitemna lagoa
( très-petite lagune ) pour y élever des canards.
Us obtinrent &cilement ce qu'ils demandaient;
mais il arriva que , quelques années après , le
roi de Portugal ayant fait examiner les lieux, re-
connut 9 non sans quelque dépit , la supercherie
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— 520 —
des révérends. pères. N'entendant pas du tout
être la dupe de Tastuce des jésuites > le gouver-
nement [portugais reprit ses droits à la Lagoa ,
qui, néanmoins conserva toujours le nom donné
par la sainte corporation.
IV.
Nous sommes à trois lieues et demie de Fcm-
bouchure du Rio-Grande, et à soixante de Porto-
Alègre, c'est-à-dire que nous arrivons au princi-
pal port de la province connu sous le nom de
RichGrande. Il y a deux villes réunies sous ce
nom j ( auquel se rattache en Europe l'idée des
durs légers ) partagées par le fleuve , dont la
largeur est ici , d environ sept quarts de lieue ,
L'une porte le nom de Saô-José ou simplement
do Nortej c'est celle de la rive gauche , l'autre le
nom de Saô-Pedroj ou do Sid^ c'est celle de la rive
droite.
La situation des deux villes est non seulement
triste à mourir, mais encore insupportable de
toutes manières; l'appâtdu gain, une déportation,
ou quelqu' intérêt bien puissant peuvent seuls en-
gager à y vivre. Figurez-vous qu on ne palpe là,
par tous les sens, que du sable, du sable... et
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— S21 —
encore du sable ! il ne peut en être autrement^
car ces deux villes sont au milieu des dunes et le
moindre pampero soulève des espèces d'avalan-
ches qui encombrent les rues et ensevelissent par-
fois les maisons basses !
Cependant ces viUes sont conunerçantes, prin-
cipalement celle de la rive droite , où vont plus
ordinairement les navires amvant d'Europe, à
cause des débouchés qu'offre la campagne , voi-
sine de la Banda-Oriental. On juge facilement ,
à l'opulence des habitans , que les affairés sont
bonnes dans cette partie de la province. Il en est,
parmi eux, d'immensément riches, qui ont fait
construire des maisons et des magasins spacieux.
On se formera une idée de ce que ces édifices
ont pu leur coûter quand on saura qu'il faut
tirer tous les matériaux de Porto - Alègre ou
d'autres points plus éloignés de l'intérieur. Ce
qui contribue le plus à la prospérité de Saô-Pc"
dro, c'est Tesprit d'association de ses négocians,
lesquels emploient une grande partie de leur
fortime dans des entreprises d'utilité publique ,
tendant à attirer le commerce étranger, ainsi
qu'à modifier , par des travaux importans , les
graves inconvéniens d'une situation aussi désa-
gréable, aussi peu conunode que celle de leur
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— 52i —
ville. Cest ainsi qu'une société d'actionnaires ,
dirigée par la maison Carrai Forbes et C^, s'est
chargée de Êiire (accuser, au moyen de coûteuses
machines à yapeur, un canal qui permet aux
navires de deux cents tonneaux et plus, de venir
à quai opérer leur chargement et déchar-
gement. Avant la conclusion de ces travaux,
terminés en 1833 , non sans de grandes pertes
de la part de la société , les navires s'arrêtaient
tous à San^Joséj et les armateurs ou les consi-
gnataires avaient ensuite à supporter des frais
majeurs de transbordement et de transport.
Une douane spacieuse a été construite; des
quais ont été laits; un théâtre vient d'être achevé;
un hôtel de ville est en construction, et tout cela,
auxfrcds des négocians de la i^ûlei
Une autre cause de prospérité |RX>gressive pour
Rio-Grande est la p:*oximité àe.Sad-Francisco
de Pcaday ville toute nouvelle, à neuf lieues en-
viron vers le nord-ouest, avec hupielle les com-
munications sont rendues promptes et faciles au
moyen d'un bateau à vapeur, aDant et Tenant
journellement d'un point à l'autre et transpor-
tant des marchandises et des passagers. U y a, en
outre, beaucoup d'allèges, de balandres etc. &i^
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— 525 —
sant constamment ce trajet, ainsi que celui Porter
Alègrc,
La maison Carrol ForbesetC® sollicitait, Tannée
dernière ( 1834 )^ du gouvernement Brésilien,
un privilège de dix ans pour rétablissement de
trois bateaux à vapeur destinés , Fun , à la navi-
gation du Rio-Grande jusqu'à Pprto-Alègre , un
autre à celle du Jacuy jusqu'à la Gacbeira , et le
troisième, à entrer et sortir le$ navires se présen-
tant à la barre du fleuve.
Les deux villes réunies ne contiennent pas au
delà de six mille habitans fixes ; celle de la rive
droite quatre mille cinq cents et celle de la rive
gauche quinze cents. Dans cette dernière il y a
quatre rues principales^ garnies de trottoirs, di-
rigées nord et sud, aboutissant d'un côté au fleuve
et de l'autre à des monticules de sable, au milieu
desquels on rencontre des sources d'eau limpide
et potable.
Dans la ville do Sul il y a trois rues principales,
très-longues, non pavées, mais garnies de trot-
toirs , dont la direction est d'est à ouest afin d'être
garanties autant que possible del'invasion dessa-
bles. On voit avec peine, au dehors de la viUe,
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— 524 —
ces grandes dunes menaçant de Tensevelir comme
une autre Hercnlanum. Il était question de £iire
des travaux de ce. côté pour arrêter Fempiëte-
ment des dunes, mais je crois que le meilleur
moyen sçrait encore d'y planter des arbres , tels
que des espinilloSy des nandubais, descoro/uiaûoa
tous autres se plaisant dans les terrains sablonneux.
Les édifices, publics et particuliers, sont bâtis
dans le goût et la forme de ceux de Porto- Alègre ;
il y a de superbes maisons, à trois étages > avec
balcons en fer et Êiçades en pierre de taille.
La douane principale est à Saô-Pedro , mais il
y a une administration subalterne à Saâ-José où
les navires peuvent s'arrêter, si cela les arrange
mieux. Ceux destinés pour Porto-AJègre, ou qui
en reviennent, s'arrêtent à Saâ-José^ pour j
prendre un pilote. Il existe de nouveaux régle-
mens, publiés en langues nationale, anglaise et
fi^nçaise , concernant Tordre de station à obser-
ver dans les deux rades ; trois navires de guerre
sont chargés de les feire exécuter.
L'embouchm^e du Rio-Grande est obstruée par
une barre ou banc mobile de. sable, qui en rend
l'entrée assez diflîcile pour des navires tirant plus
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— 525 —
de dix à onze pieds d'eau. Pendant la nuit , un
feu placé sur la rive droite, et s'apercerant à
quatre lieues de distance, indique l'entrée du
fleuve. Pendant le jour, des payiUons de diverses
couleurs, hissés au sommet du phare, indiquent
la quantité d'eau dans le canal , et la direction à
suivre. En juillet de Tannée dernière cette direc-
tion se trouvait être du nord-est au sud-ouest^ pour
entrer; un autre canal vient de se former ^nsud^
mais il ne peut encore y passer que des bàtimens
de huit pieds d'eau et au dessous.. Du reste il y a
toujours des pilotes expérimentés à l'embouchure
du Rio-Grande, pour conduire les navires jus-
qu'à l'une des deux villes, et si ces navires sont
destinés pour Porto-Alègre , de nouveaux pilotes
les guident à travers la Lagoa dos Patos.
Je ne dois pas omettre de dire qu'il y a à Saâ-
Pedro deux imprimeries, deux journaux poli-
tiques et une petite bibliothèque, composée en
grande partie de livres français. En fait de langues
étrangères, on y apprend de préférence le/mwfow,
comme dans tout le Brésil et les provinces de la
Plata.
V.
Sad-Francisco-de-Paula est une charmante
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— «46 —
petite ville, ne comptant pas plus d'une dizaine
d'années d'existence, et qui, pourtant, riyalise
déjà avec Porto-Alègre par l'activité de ses habi-
tans, Fimportance de ses transactions commer-
ciales et le grand nombre d'édifices qu'on y âève
journellement.
Sa situation est sur la rive gauche du Rh-Saâ-
Gonz€dm , à une lieue et demie de Fembouchure
de cette rivière dans la Lagoa dos Patos , entre les
ruisseaux (arrcyos) Pelotas et Pelado.
La position de Saâ-Fr€incwo-de-Paula est tout-
à-Êût agréable^ car la campagne qui Fenvironne
est très- fertile, bien cultivée, arrosée de ruisseaux
boisés, et cette ville est précisément bAtie sur
une colline dominant tout cela. Les rues sont
droites^ bordées de larges trottoirs; on voit fiici-
lement qu'il y règne la même émulation qu'à
Rio-Grande pour Faccroissement de la cité nais-
sante, la construction d'édifices remarquables et
en général pour tout ce qui peut contribuer à
embellir la Ville, favoriser le commerce et attirer
les étrangers. Il y a un fort joli théâtre, vérita-
blement élégant et commode. On ne comptait
encore qu'une imprimerie Fannée dernière, mais
il y avait plusieurs journaux politiques. La popu-
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— 5Î7 —
latîon s'âevait déjà de sept à huit mille habi-
tans.
Il est facile de préroir que, dans peu d'années,
ce sera la seconde viUe de la province et peut-être
aussi la plus commerçante ; car , toute la partie
sud, depuis Sad-Gabriel (au centre) jusqu'à la
Plata, et même la frontière nord-est de la Banda-
Oriental, sont approYÎsionnées par Sad-Francisco-
de-PauIa, tandis que Porto-Alègre approyisionne
le nord , à partir du Jacuy, y compris la Serra et
les Missions d'Uruguay ; mais cette partie, quoi-
que beaucoup plus peuplée que l'autre, n'est pas
aussi riche , les estancias tlj étant pas aussi mtd-
tipliées à cause de la mauvaise qualité des pâtura-
ges, le grand nombrede forêts et Fînégalité du sol.
Joignez à ces élémens de prospérité, pour Saô-
Francisco - de - Paula , l'ayantage inappréciable
d'être située sur le rio San-Gonzalvo faisant com-
muniquer la laguna Merimarec celle dos Patoset
permettant ainsi le transport par ecoê des produits
de la campagne voisine , des terrains neutres et
de la partie sud - est de la Banda - Oriental. Ite
plus, les bords de cette rivière San-Gonzalvo sont
«couverts de charqueadas ou saladerosy enrichis-
sant leurs propriétaires à tel point qu'ils ont formé
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— 528 —
le projet de &îre creuser, à leurs/rais, un canal
plus profond que la rivière ( dont Tentrée est
obstruée par des bancs de sable ) , de manière à
permettre aux navires de haute-mer d'aller di-
rectement à Saô-FranciscO'de-Paula.
Un bateau à vapeur, construit dans l'endroit
même , parcourant neuf milles à l'heure et por-
tant des marchandises aussi bien que des passa-
gers, va et vient journellement, de Saô-Francisco-
de-Paula à Rio-Grande, en passant par laicidade
do Norie , ou Saô- José. Il était fortement ques*
tion d'en construire un second pour faire la
navigation de Porto-Âlègre.
Saô-Francisco-de-Paula est à cinquante-deux
lieues de Porto- Alègre , neuf de Rio-Grande-do-
Sul et à douze de l'embouchure du fleuve.
Maintenant, jetons un coup-d'œil rapide surla
province en général.
VI.
* La province de Bio^Grande a été surnommée
do-Sul ( du sud ) pour la distinguer d'une autre
province du Brésil, appelée Rio-Grande^o-Norte,
laquelle se trouve placée entre Parahyba, Ceara,
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6t rOcéan. •*— An Brésil, on donne plus particu-
Uèrement à la proyince de Rio-Grande-do-Sul le
nom^ plus bref, de SadPedro. — Ses confins sont,
an nord, la proyince de Saô-Paulo (Saint-Paul) ,
autrefois San-Vicente, dont elle est séparée par
le Rio^Curùîba ou Yguazu\ à Touest, par le Par
rana qui la sépare de Fétat du Paraguay , et par
VUntgiugr, seryant de limite ayec Corrientes,
Tune des proyinces de la confédération Argen-
tine; au sud, par la BandorOnental, dont les
liimtessontleJaguaronetle Cuarey^ et parles ter-
rmns neutres s'étendant au sud et à l'ouest de la
Laguna Merim; enfin, à l'est, par l'Océan atlan-
tique et la petite proyince de Santa-Catharina ,
laquelle s'étend fort peu au-delà de la Serra-do-
Mar.
Le territoire de Saâ-Pedro^ dont la superficie
peut être éyaluée à quinze mille lieues carrées,
se diyise en cinq comarcas ou arrondîssemens,
ayant pour chef-lieux Porto- Alègre (capitale)
RiO'Pardo, Bio-Grande^ Piratinim et Saô-Borja.
Ces cinq comarcas se subdiyisent en onze
districts , lesquels comprennent les viUas (pe-
tites yilles) de Bio-Pardoy Patrulha, ViUa-Noi^a-
dorCacheira^ Saô-Laiz-da-Leal-Bragança^ Saâ-
Francisco ' de -Paula ^ Piratinim^ Saô-José-do-
5i
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— S30 —
Norte, OS^Bom-Jesiis-do'Triumpho, Cassa-Pas^Hj
Alégrétéy et Jaguardo. Il y a, outre ces viïlasy
une grande quantité de pwos (bourgades) et de
freguesias (paroisses) dont les principales sont Sad-
Leopoldo ^ Viamon^ la Barrucada^ Freguesia-
Nway Santo-Amaro ; Saâ-Gàbriel^ Bagé, Sonia-
Maria-daSerra^ Saô-Martinhoy Itcujuy et lespeu*
plades des Missions , dont San-Borja est devenit
le che^lieu. Ce sont autantde Termo^ ou justices.
Dans chacune des comarcaslXy a une camano
(municipalité) et un Owndor ou Oydor; c*est un
juge en seconde instance, duquel on appelle aux
cours souveraines deBahiaou de Rio- Janeiro,
nommées Relaçoes. Les juges de paix sont plus
spécialement chargés de la police des iermos.
En 1834, on évaluait la population totale de
la province à 160,000 habitans; les Allemands
entraient pour un dixième dans cette évaluation.
La nouvelle colonie de Saô-Léopoldo, seule, en
comptait huit mille ; il est vrai que l'on compre-
nait sous la dénomination d! Allemands , des émi-
grés de toutes nations; mais quelque faiUe que
soit la population allemande, eu égard au nombre
des Brésiliens, elle a, néanmoins, une grande im-
portance morale, en ce que son eicemple ne peut
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— S31 —
manquer de stimuler , tôt ou tard , le caractère
apathique des Brésiliens. Dès à présent, elle a fait
tout ce qu'on était en droit d'attendre d'elle , et
les améliorations introduites dans les arts et la
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— 332 —
lente de Fancieii continent. Les plantations de
yignes ont eu le plus heureux résultat dans la
colonie allemande, et je ne doute pas qu'un jour
Tiendra où cette heureuse province exportera
d'excellent yin dans les autres ports du Brésil. Je
suis même étonné qu'on n ait pas déjà tiré parti
des collines de Porto-Alègre pour la culture de la
vigne. Le thé devrait aussi dédominager ample-
ment des essais qu'on pourrait tenter pour le
propager sous ce parallèle , puisque le sol est ici
moins élevé qu'à Saô-Paulo ' . — ^Le thé de VAmé-
rique du Sud (l'herbe du Pai-aguay), est l'objet
d'uji grand commerce dans lés Hautes-Missions,
surtout depuis que les relations ont été interdites
avec le dictatorat.
J'ai remarqué que les nombreux cactus-nopal,
qui croissent naturellement. dans les plaines sa-
blonneuses de y iamon, Boa-Vista et la Barrucada,
étaient couverts de cochenille sylvestre, dont on
pourrait tirer parti; mais il faudrait qu'en cela
La culture du thé de la Chine, fait d'assez grands progrès au Brésil.
Indépendamment de la récolte qui se fait an jardin botanique de Bio,
il s'en recueille encore dans les provinces de Minas ^ sao-Paulo et Santa-
Catharina. Mais c*est surtout dans celle de SnrVPaiiIo, que celte culture
a pris le plus d'accroissement; il en a été récolté en i83S, plus de
cent arr^as. (d472 kilog.)
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— 535
comme en tout autre chose , des étrangers don-
nassent l'exemple.
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— 534 —
mandent que des bras et des capitaux pour être
exploités avec utilité. H y a ensuite une foule
d'industries lucratives à créer, soit pour le coin*
merce intérieur , la consonunation locale , ou
Texportation^ • Les artisans laborieux sont certains
d*y être bien accueillis , et pour peu qu'ils aient
quelques fonds et de l'intelligence , ils peuTcnt
compter sur un brillant avenir. Malheureusement
il n'arrive que trop souvent qu'on part d'Europe
avec des idées d'ordre, de travail, d'économie , et
qu'une fois en Amérique on se dégoûte trop fiici-
lement, à la simple vue des difficultés résultant,
nécessairement, de l'idiome , des coutumes , des
préventions nationales, de l'ignorance de la va-
leur des choses , du ridicule attaché à la qualité
à^étranger nouvellement débarqu^j et enfin, de la
législation , des mesures de police, etc. On aime
TcàeaiLJeterhTnancheaprèslacognéey quechercher
à surmonter ces obstacles , très-naturds , mais qui
n'ont qu'un tems ; car deux ou trois années suf-
fisent à un homme intelligent pour se mettre au
courant de la langue , des usages et coi^umes
d'un pays , et c'est alors qu'il peut espérer d'hêtre
amplement dédonunagé du tems perdu ou de
ses premiers sacrifices.
1 Voyez la note O, reUtire aux poids et mesures , aux monnaies,
aux droits de douane elc.
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— 858 —
La province de Saô -Pedro est digne defixer l'at-
tention des capitalistes, comme de tons les hom-
mes qu'une fortune adverse oblige à s'expatrier.
Ses destinées sont certainement brillantes et si les
plans de navigation au moyen de la vapeur , sur
ses principales rivières , viennent à se réaliser , )e
ne fais aucun doute que sa population ne prenne
an accroissement rapide ; le gouvernement bré-
silien parait d'ailleurs fermement résolu à proté-
ger toute espèce d association étrangère ou na-
tionale, ayant pour but des entreprises com-
merciales , des colonisations ou des exploitations
industrielles '.
Quant au caractère des Rio-Grandenses y il se
ressent naturellement du genre d'industrie au-
quel ils se sont adonnés; il est chevaleresque
conune celui des Orientalistes et des Paulistes ;
■ En 1834, il s'est formé des sociMis d'actionnaires pour la naTÎga-
tion intérieure sur les fleuTes du Maranhon ou Amazone , le San-
Francisco et le Bio-Doce. Des lignes ont dû s'établir entre Rio-Janeiro,
les divers points de la côte du Brésil et mène la Plata. Une circons-
tance vient encore favoriser ces entreprises ; il a été découvert en
1833 , par un Anglais , dans la province de Santa-Catharina , une
mine de houille (charbon de terre) de la meilleure qualité et d*une
exploitation facile. Elle se trouve à dix ou douze lieues à Touest de la
petite ville Laguna. — Je crois que c'est dans les environ* de cette
mine de houille, que le docteur Frédéric Sillow, a découvert du marbra
rouge compact et du saccharoïde . — Cela indiquerait bien des terrains
primitirs ?
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— 536 —
leurs longs démêlés avec les Ârgentiiis les ont
rendus guerriers, et ils ont donné plus d'une £>is
des preuves de courage, quand ils ont eu le ha-
sard d'être commandés par des généraux expé-
rimaités. Ce sont, certainement, avec les Pau-
listes, les meilleurs cavaliers du Brésil. Ds sont
également amis des institutions libres et endiou-
siastes de la cause des peuples. L'hospitalité est
encore, chez le plus grand nombre, une Tertu
qu'ils pratiquent généreusement.
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— 540 —
j*ai visité Montéyidéo, Rio-Grande, Porto-Alè-
gre; j'ai entretenu des relations avec Valparaiso,
Rio- Janeiro, la Véra-Cruz et la Havane ; j'ai suivi
la marche de nos a£&ires à rextërieur, et j'ai
acquis, non sans rougir de pudeur nationale,
l'humiliante certitude, que notre commerce est
infiniment inférieur à celui des autres nations
maritimes, nonseulement dans les lieux que f ai
yisitës, mais encore (et je ne crains pas un dé-
menti) sur tous les points du continent améicainî
On ne conteste plus , ou l'on n'o^e plus contes-
ter l'utilité du commerce en général, c'est déjà
un grand point , un commencement de progrès
en économie politique i aussi, lagriculture et Tin-
dustrie manu&cturière commencent-elles à res-
sentir les heureux eflFets de la pix>tection que le
gouvernement, et les capitalistes^ ont accordée,
dès ces dernières années , à celles des branches
du commerce qui ont semblé devoir hâter le bien-
être et la prospérité nationale : je veux parler du
commerce intérieur et d'importation. Mais il est
deux autres branches non moins intéressantes ,
essentiellement liéesau progrès des manu&ctureSi
et vice versé ^ le commerce ezrf^neur et èLCxpor-
tation.
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— 541 —
Les économistes et les meilleurs publicistes de
notre siècle , ont reconnu que le commerce exté-
rieur est \e grand pwot des richesses publiques,
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— 542 —
encore de la sagacité j du jugement et de Yins^
truction.
Quelquefois , à yoîr les immenses préparatifi
qu'on iait en France au moment d'expédier un
nayire pour l'Amérique, on croirait vraiment
qu'il s'agit de l'expédition des Argonautes, et.que
quelque nouvelle toison d'or doit être le résultat
in&iUible, le prix attaché à l'audace, au courage,
au génie d'un moderne Jason. — On pourrait
croire , du moins, que l'armement et l'opération
sont montés d'après des données positives y des
connaissances approfondies du pays qu'on veut
explorer. — Point du tout : un intrigant , de ceux
dont fourmille l'Amérique, est arrivé avec des
notes fraîches; il a presque vendu, dit-il, le char-
gement à l'avance, avec bénéfice de cinquante,
de soixante , de cent pour cent même, sur &c-
ture; les retours sont prêts, c'est une affiôre ma-
gnifique ! ... Du secret, messieurs ! ! ! Mais surtout
hâtez-vous.
Un honnête armateur^ trop crédule , auquel
l'intrigant voyageur a bien voulu accorder la
préférence de ses notes ^ donne dans le panneau.
Il n'est pas bien sûr (l'armateur) que le point
indiqué soit dans l'Amérique du nord ou celle
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— 543 —
du sud, mais peu importe, c'est VàSEàire du capi-
taine et du subrécargue.
L'armateur, plein d'espérances, Ta donc en-
voyer son nayire dans un pays qu'il connut tout
au plus pour l'avoir vu sur la carte que lui a ou-
verte le vofctgeur; il va &ire une école dont il
ne profitera pas, parce que, si l'opération tourne
à mal, comme on peut s'y attendre, il se gardera
bien de renvoyer son navire sur le point où il a
essuyé des pertes. Si son bâtiment revient de
Buenos- Ayres ou de Rio, avec cinquante pour
cent de perte, il l'enverra peut-être en Califor-
iiie ; s'il revient de Valparaiso ou des ports du
Pérou, il l'enverra au Brésil ou bien au Mexique,
ou bien encore, à la pêche de la baleine!
Nouvelles écoles. — Dites -moi, de bonne foi, si
ce n'est pas là ce qui s'est pratiqué, ce qui se
pratique encore le plus généralement en France?
— Pourquoi ne pas suivre un pays?... Pourquoi
ne pas profiter de l'expérience acquise?... Quel-
que mauvais que paraisse un marché , après en
avoir pris une connaissance certaine, s^it par soi-
même, soit par son capitaine (qu'il est toujours
bon d'intéresser), soit par le géreur ou subrécar-
gue, ou même par ses correspondans, il est
impossible que ce navire ne &sse pas des affaires
Digitized^y LjOOQiC
— ut —
passables. Les navires dont les armateurs ont
montré de la constance ^ ont fini par enrickir
leurs propriétaires, en même tems qu'ils ont
fomenté nos rapports avec les divers points qu'ils
exploitaient. Voyez la Claudine à Rio-Janeiro, le
Phaétouy de Saint-Malo, à Montevideo, YHermir
nie et le Parûgr/oy-àBuénos-Ayres, leurs capitai-
nes se sont acquis une réputation justement mé-
ritée dans ces contrées. — Qu'en est-il résulté? —
Leurs cargaisons se sont vendues à l'arrivée, à
de très - bons prix , parce que c'était presque
toujours des conunandes faites à l'époque du
départ. Les passagers attendaient avec impa-
tience leur retour, afin de leur accorder la préfé-
rence.
Mais d'ailleurs , sachez bien , qu'intérieur ou
extérieur, d'importation ou d'exportation, le
commerce spécial est le plus utile , le plus profi-
table. Les marchandises sont meilleures , mieux
assorties , moins chères lorsque chaque commer-
çant se consacre à une seule branche de covranerce
et quû mit tm pays. Cette spécialité est aussi
utile au commerçant qu'au consommateur ; plus
facilement familiarisé avec une seule branche
d'industrie, il connaît mieux les chances de gain
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— o45 —
et de perte , les prix , les qualités , les lieux où il
faut s'approyisionner, les lieux où il peut rendre.
Comme il achète et Tend davantage, et plus fré-
quemment, il peut acheter et Tendre à meilleur
marché , le bénéfice pétant le même ; et comme il
▼end plus vite , il n a point à craindre les pertes
qu'entraînent l'avarie des marchandises, les chàn-
gemens de saison, les variations du goût et de la
mode, aie commerce sptfciid augmente les chan-
ces de gmn et diminue^ s'il ne les détruit^ les
chances de perte. »
Les expéditions les moins aventureuses qui se
soient faites, sont celles de Bordeaux pour le Mexi-
que , le Pérou et le Chili, parce qu'elles ont été
dirigées par d'anciens habitans de ces pays; aussi
ont-elles été couronnées de quelque succès. Mais
du Hùire et de Marseille,. on ne voit arriver au
Brésil et à Buenos- Ayres, le plus ordinairement,
que de pauvres pacotilleurs , lesquels se ruinent
en partie; parce que, d'une part, ils achètent
fort cher et à terme, et que de l'autre ils sont
obligés de vendre au plus vite pour remplir leurs
engagemens et conserver leur crédit. 11 arrive
que, tôt ou tard, ces infortunés le perdent et
sont réduits à végéter en Amérique, jusqu à ce
35
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— 546 —
que le sort prenant pitié de leur triste, existence,
y mette enfin le terme '.
Il n'est pas moins yrai que c est à cette classe
d'iiqmmes, qu'on peut appeler malheureux^
puisqu'ils passent la moitié de leur yie dans les
privations inouïes de longs et pénibles voyages, i
travers les déserts les plus sauvages , ce n est pas
moins, dis-je, à cette classe infortunée, mais
active, que la France doit le peu de commerce
qu'elle a fait jusqu'à présent dans l'Amérique du
Sud. ... Ce sont les pacotilleurs qui , les premiers,
y ont transporté nos marchandises manu&ctu-
rées ; ce sont encore eux qui entretiennent et
alimentent ces vastes contrées.... Ah! combien
de grâces ne doit-on pas à ces pauvres Français ,
exportateurs de nos articles de luxe, de nos su-
perfluités, de nos drogues ^ dans les provinces les
plus intérieures, les plus reculées du Brésil, de
la Banda-Oriental et du Rio-de-la-Plata!... 11 en
est de même de ceux qui parcourent les divers
points de la cote ; les uns et les autres sont expo-
1 «Les Français, dit J. J. Rousseau, ont presque toi^ours qnrique
▼ue dUntérètdans leurs voyages ; mais les Anglais ne vont point cher-
cher fortune chez les autres niions , si ce n'est par le comment
et le8 mains pleines ; quand ils voyagent , c'est pour y verser leur ar-
gent', non pour irivre d'industrie ; ils sont trop fiers pour aller ramper
hors de chez eux. m
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— 547 —
Ses à mille dangers , miUe privations qui ne sont
certes pas compensés par les modestes bénéfices
qu'i
1 ils font f
C'est du port de Marseille que sortent les ex-
péditions les plus mal calculées; rien n'égale l'ex-
travagance des armemens de la Provence. Là ,
on a la facilité de pouvoir se faire, instantané-
ment, un fond de chargement avec les vins;
aussi, on en use hardiment! Mais tout ce que les
Pix)vençaux exportent au Brésil est d'une qualité
détestable: leurs vins ne sont point potables;
leurs salaisons (cornichons , anchois, olives etc.)
sont mal soignées, se gâtent promptement, parce
qu'ils économisent jusque sur la force du vinai-
gre; les bouteilles ou pot-hans , contenant leurs
fruits à leau-de-vie, sont fidts de manière qu'à
peine ils peuvent se tenir debout, il est même
assez rare qu'en les débouchant le goulot ne casse
point, tant le verre est faible et mince. En un
mot, tout sent, dans ce pays, la parcimonie ;
aussi , sur cinquante pacotilleurs de Marseille al-
lant au Nouveau-Monde, il en reste au moins
quarante-huit qui n'ont plus les moyens de re-
tourner dans leur patrie. Pour peu qu'on ait
séjourné quelque tems dans l'Amérique du Sud,
on doit reconnaître l'exactitude de ces assertions.
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— 548 ~
— Bordeaux , s'il n'y prend garde, s'attirera bien-
tôt un pareil reproche, car on yoit journellement
diminuer les bouteilles de ses vins en -caisse.
Je suis obligé d'établir uu fait positifs quelque
humiliant qu'il soit, pour pouvoir arriyer à une
conclusion péremptoire : c'est qu'on ne compte
presque pas de maisons respectcAks * parmi le
commerce français dans toute l'Amérique du sud,
tandis qu'on en compte un gi^nd nombre de
toutes les nations.... Cela yient, probablement,
de ce que les capitalistes français aiment trop à
voir leur argent autour d'eux, et que s'ils se dé-
cident à s'en séparer , ce n'est qu'à une prime
exorbitante. Chez nous, il est encore des gens
qui se figurent, bêtement, que tout ce qui est sur
mer est perdu. — Il faut alors renoncer aux af-
faires; car sans capitaux, point de crédit, et
sans crédit point à*€iffaires possibles. On pourrait
peut-être trouver l'origine de ce préjugé dans les
grandes pertes que les armateurs ont éprouvées
dans les opérations mal dirigées; dans celles qu'ils
ont eu à supporter quand leurs navires ont été
pris sans déclaration de guerre, et aussi dans le
i Ce mot ne fait pas aUii$ion au caractèi-e privé des négocians; 3
doit s^en tendre , dans le sens qtill a depuis long-tenis , du crédit de
leurs ooMiMms, lanlen Fratice qu'à rétranger.
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— 549 —
peu de confiaoce que , géuëralement pariant , le
commerce a dans notre marine militaire , la-
quelle, au reste , (soit dit en passant) ne se croit
pas toujours obligée enrers les marchands!... Si
ce n'est pour le setvice du roi!!!. —En un mot ,
tous les détenteurs de fonds, ainsi que les nëgo-
cians riches , reculent dcTant les grandes opéra-
tions maritimes ; s'ib y entrent , c'est toujours
ayec la certitude que , quoiqu'il advienne , ils ne
perdront rien; ils s'arrangent en conséquence;
mais ils s'arrangent mal, car leurs prévisionssont
le plus souyent déçues , par une consécpience
naturelle de leurs vues étrcHtes.
Le vice dcmiinant , en France , est de rouloir
jouir du prëaait. En principe pliilosophique on
a raison ; mais en matière de commerce cm a
grand tort. Le propriétaire d'un navire nouvd-
l^iient lancé à la mer prétend le gagner à son
premier ou deuxième voyage ; des bénéfices de
dix à quinze pour cent sont regardés avec dédain
pour une affiûre de cabotage , et si Ton parle
d'une âlFaire de long-cours , il en faut de plus
considérables ! Quand des armateurs se décident
à charger un navire richement , ce n'est pas tou-
joursde leurs deniers que la cargaison est achetée,
ils exploitent souvent la crédulité publique , ils la
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— 550 —
font par actions. Ken entendu qu ils se re&enrent
la faculté d'acheter la cargaison en France et de
yendre celle de retour, toujours moyennant la
conunission. Notez, de plus, qu'ils fixent le fret
de leur navire au taux le plus âevé ! —-Ces gens-
là ne devraient jamais perdre , dira-t-on ? U est
certain que tout leur passe par les mains, et
quelques-uns s'arrangent de telle sorte qu'il leur
reste toujours Xefret de lem* navire, liquide^ mal-
gré toutes les pertes possibles. Cette manière
d'opérer ne peut faire que des dupes, et pourtant,
ce sont là les grands moyens de nos principaux
armateurs français, sauf quelques exceptions
Quand verrons-nous donc prendre à notre com-
merce extérieur une direction plus digne d'une
nation aussi instruite , Iscientifiquement parlant ,
et aussi grande que la nôtre ?
U résulte de ce genre d'affidres , qu'on se dé-
goûte , que le commerce extérieur languit et que
les articles de grande consommation sur lesquels
nous avons encore l'avantage , conune les soieries^
finiront par être réduits, si les Lyonnais n'y pren-
nent garde, par les fabriques établies en Suisse et
en Allemagne , parce qu'elles travaillent sur une
plus grande échelle et plus méthodiquement que
nous. Déjà la Suisse et l'Allemagne font beaucoup
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— 541 —
dans cet article aux Etats-Unis, au Mexique, au
Brésil, à Buénos-Ayres, et nul doute que leurs
afïaires n augmentent dans la même proportion
sur d'autres points
Il est incontestable que les produits de indus-
trie française sont variée presque à Tinfini et
réunissent la qualité de la matière et Y élégance
des formes; mais beaucoup de ces produits ne
peuvent rivaliser de prix avec ceux des Anglais,
des Allemands^ des Sardes et des Américains du
Nord; tels sont : lafeuence oomnmne, làpoteriej
la tapisserie^ les rubans ^ les c/u^atÀx de paille j
les drops, les étoffes de hmcj les cotons JUésy les
^^ojfes de coton pur et mélangé^ les toiles ^ ïhor-
logerie^ Yébénisterie^ la carosserie^ Isiboissellerie,
la vannerie ^ne^ les fers et ferrages^ la couteUerie^
la quincaillerie^ l^Jabricatiori des armes blanches
et armes à feu , excepté les armes de luxe , les
glaces , les cristaux, les toUes.peintes , les instru-
mens de musique, les sai^ns blancs de Marseille,
les papiers à écrire, la tabletterie et la toumerie.
Notez bien que ce sont là, précisément, les
articles d'encombrement , et conséquemment les
plus favorables à la navigcUiony-ei, en outre ^
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— Sd2 —
ceux qui sont les phis demandés^ les plus tuSes
dans r Amérique du sud, où les besoins yôc/JCB^ ,
qui ne peuvent naître que d'une grande civiUsâ-
tiou , ne se font pas encore spjDitir suffisamment
pour procurer de bien grands débouchés aux
articles suivans, seuls capables de soutenir encore
la concurrence étrangère : la porceliùne de Sèvres
et de Paris, quelques Aiticles de chapeSerie, les
soies et soieries j quelques étoffes Itères en laine,
les châles de Paris, Lyon, Nîmes, Saint-Qocntia,
la bonneterie, les toiles Jines, les hatisêesy les
Knans, les gazes , les tulles, la broderie, Ibb ou-
yrages de mode de Paris, les dentelles, les gomts,
Vqffinage, tirage et battage d^orei ^m^mt, les
o%iA^n%ges en bronze, Yor/ètrerie (en plaqué), la
bijouterie fine et Ênisse, les insimmens de phy-
sique et de mathématiques de Porâ, kyoâîBme,
en pierres fines et en strass, le» ^Htsgie» de Rngles
et de Laigle quand eBes sont soignées, les pointes
fines de Paris, les €xrmes de luxe, les pa|Meiis de
tenture de Paris> la typographie, la grwure, k
lithographie, les produits €himi4pms, la tannerie,
corroierie et mégisserie {n^eeaœ cirés et maaiOMs
maroquinés) de Paris et de Nantes, Isl parfumerie,
la librairie, enfin les vins et eaux^de-vie.
Certes, il y -a dans celte variété de produis
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— 555 —
d'industrie française, de quoi alimenter un com-
merce d'échanges assez. riche et assez productif»
mais tout cela fait peu d'aaicomhrement (sauf '
les yins et eaux-de^rie), et sans encombrement »
point de nat^igaiion morcAourfe... -^J'indiquerai
plus loin les ressources du Hayre, de Bordeaux
et de Marseille pour procurer instantanément à
leurs navires xmfomk de chargement encom^
hrant : passons, au préalable, à lexamen des
causes qui ont pu, et peuvent encore retarder
Tessôr de notre commerce extérieur.
II.
C'est dans les arts et les sciences « surtout , que
la France a cru trouver ses titres de gloire , les
plus solides; c'est par eux, en efiPet^ qu'elle est
devenue une grande nation ^ qu'elle a réparé ses
pertes» cicatrisé ses blessures, et qu'elle se oon«
sole de ses malheurs; mais ne pourrait-elle pas
aspirer à d'autres succès ?.•• Son immense popu--
lotion^ s'accroissant rapidement, dans une pro»
gression étonnante, se nonrrira-t-elJe de gloire?. . •
— On n a vu jusqu'à présent que des écrits chan-
tant, prônant les louanges des Français, soit sous
le rapport des armes, soit sous celui des sciences
et des arts! ! ! ... Je veux bien croire que sous ces
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— 5»4 —
rapports nous sommes ou moins les égaux , si nous
ne sommes point supérieurs aux autres nations ;
' mais il ne &ut pas que l'encens nous enivre jus-
qu'au point de nousfaire croire ^upérieursen/ou^.
Sous le rapport camunerdal^ du moins, ce serait
une turpitude que vouloir nous mettre au rang
des autres puissances maritimes : les Allemands,
les Sardes même , sont bien au-dessus de nous!...
On s'étonne peu, du reste, de la lenteur que
met notre commerce à prendre un essor digne
de la France, quand on vient à réfléchir qu'une
partie des préjugés des dix-septième et dix-hui-
tième siècles (existant encore parmi ce qu'on ap-
pelle la noblesse) ont dû nécessairement exercer
leur influence méphitique , sur les gouvernemens
qui se sont succédé depuis Louis xiii jusqu'à ce
jour , au point de refuser au commerce toute es-
pèce de protection. On lit> sans en être trop sur-
pris, dans les Mémoires «attribués à une femme
d'esprit , qui hantait les boudoirs et les salons des
cours de Louis xiv, Louis xv et Louis xvi , ces
phrases méprisantes pour le commerce et Vindus-
triej et qu'on doit pourtant r^arder comme la
traduction mm^ des idées de la cour de France :
a Les Normands sont aux autres
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~ 5^5
Français ce que les Anglais sont au reste des Eu*
ropéens.... On me dira tout ce qu'on voudra sur
les bienfaits du négoce et le génie du commerce^
c est tout ce que je connais de plus vil et de plus
bas/ >>
« Je disais toujours à ce bon M. Turgot que
Joseph vendu par ses frères arait été le premier
exemple et le modèle de toutes les transactions
commerciales ^ ».
Sans chercher à venger les Normands d'un
rapprochement qui leur ferait honneur , suivant
moi, s'il était exact ^ je répoudrai à la noble
marquise, pour faire un contraste avec les idées
rances qu'on ose encore reproduire au dix-neu-
vième siècle :
Que la gloire des armes ne donne à l'analyse
du philosophe, que du sang innocent^ du sang de
pauvre, versé à grands flots pour assouvir la so^
de gloire des rois, dfes conquéranset des grands;
i Souvenirs de la marquise de Créquy. — Tome 1, p«§;e 44» édition
de d$34. — Je relève ces phrases insolentes et ridicules , parce qu'on
ne peut trop signaler au mèpria des hommes sensés ^ les maximes ré-
trogriides qui , présentées avec esprit , ont une induenœ funeste dans
la 1 te lancée et s'étendent bientôt à la vie politique.
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— 856 —
Que la gloire Itttémire n'offre qu'encens, fa-
mée qui s'évapore ;
Mais que celle de Vindusirie et du commerce
laisse dans le creuset la vraie pierre philosophsde,
avec des germes féconds de çwUisaiion !
Qu on y pMnne garde ! X orgueil est un mal
contagieux chez les nations cmlisées-*^ Sous ce
rapport seul on pourrait dire « il ny a plus de
Pyrénées ! » L'Espagne et le Portugal 9 ces deux
pays si nuls à présent , ont eu comme nous, et
bien avant nous, leur orgie de gloire : ils se sont
reconquis, en expfulsant les Maurest ils ont envalii
leurs voisins et une partie de l'Allattagne;
Charles^QuùU^ le Napoléon de l'Espagne, a rempli
le monde de sa gloire et de sa puissance^ > !....
Mais les Espagnols et les Portugais oMjait plus
que de subjuguer des peuples , ils ont découvert
des mondes l Les noms d'Efnmamielj de Ferdi-
nand et d' Isabelle retentiront étemdOement, des
bords fertiles du Gange, jusques sur le fient sour-
cilleux des Andes ! — Comme nous, les Espagnols
se sont enivrés de leurs succès ; ils ont voulu en
jouir comme un grand seigneur jouit de sa for-
tune ils ont tout dépensé en luxe, et n ont
» Voyez VHisioire de Charles-Quint, par Bobertson.
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rien réparé par l'mdustrie. —Qu'en est-il résulté ?
-— La misère, V abjection, ï avilissement , et, par
dessus tout, un orgueil démesuré, d'autant plus
ridicule, qu'inspiré par les succès de ses ancêtres j
la génération actudle établit dle-mênse un con-
traste qui iait ressortir sa nullité.
N'a-t-il pas été reconnu, en principe philoso-
phique et politique, que les fik n'héritent pas plus
des yertusque des crimes de leurs pères?.». Eh
Inen ! ce même principe est applicable auT na-
ttons : une nation n'est qu'une grande &miUe ;
or , les générations actuelles ne peuvent pas re-
vendiquer la glotrç de leurs ancêtres, si ellet n'ont
rien £dt elles-mêmes pour la justifier cette
gloire appartient à l'histoire géi^iérale des peuples,
le grand juge des héros , des princes et des na-
tions. La génération nouvelle, prétendant à l'hon-
neur de figurer, en lettres brillantes, sur le livre
des immortels doit elle-même tailler la plume qui
enregistrera Ses titres ii l'admiration des races
fotures! Ce principe admis, on avouera, avec
moi, la main sur la conscience , que notre géné-
ration n'a pas lieu de &ire ostentation de sa
gloire....
Les progrès de la raison, delà philosophie , les
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Tues philantropiques des peuples font espérer
qu'ils chercheront enfin , désonnais j leui's titres
de gloire ailleurs que dans Vexterrnination de
leurs frères : une palme inunort^Ue , un hymne
de louanges, entonné par tous les peuples du
globe , doit être la sublime récompense de la na-
tion qui aura contribué le plus à la civilisation
de FAfrique et des Deux-Indes. Pour palrrenir k
ce noble but , le commerce et un puissant, un
irrésistible auxiliaire : les Nord- Américains, les
Anglais , ne font-ils pas des miracles avec cet
agent ciTilisateur? Les regarderons -nous avec
la stupidité de l'Espagne et du Portugal ? Mar-
cherons-nous toujours à leur remorque? ....
Cest en Tain qu'on perd son tems à crier
contre les ministres^..* vainement on objecte-
rait éternellement que le gouvernement gène
ou n'encourage pas le commerce et Findustrie ,
qu'il ne les ^utient point au dehors. — Ce
ne serait pas ime nouvelle! — On peut répondre
à cela <( qu'il n'a paru au Brésil , au Mexique ou
à Buénos-Ayres aucune frégate de guerre de Ham-
bourg , qu'il n'y a jamais eu de station suédoise ,
ni piémontaise, ni hollandaise, et que, cependant,
ces nations font plus d'af&ires que nous , tandis
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que nous avons certainement plus de facilités
quelles pour étendre et ramifier notre com-
merce. » — Qu on ne se méprenne pas sur mon
intention ! — Je ne prétends point disculper le gou-
vernement des torts qu'on peut avoir à lui re-
procher ; je ne veux qu'établir unjaù incontes-
table ; mais je vais établir aussi un autre &it non
moins positif: c'est que notre nation ne connaît
pas encore la valeur des mots industrie^ corn-
mercey navigation, et que, conséquemment, il
faut travaiUer activement à lui fidre comprendre
ce qu'ils peuvent sur sa destinée^ au lieu de
perdre son tems en remontrances , qu'on est
convenu de dédaigner. Il fiiut lui persuader , k
cett ation spirituelle, mais trop Jutile^ que
^ jtrie sera désormais la métropole réelle des
^nies, le commerce le seul roi des mers ;
i< que la meilleure confection et le meilleur mar-
« ché créeront un monopole commercial, contre le-
(c quel viendront se briser irrésistiblement tous
fc les monopoles politiques de Tunù^rs.
L'expérience a dû prouver que les gouverne-
mens paternels qui se sont succédé depuis Fem-
pire, n'ont jamais compris, non plus, nos intérêts
commerciaux ; l'un a accordé une protection
spéciale à l'agriculture, un autre a essayé, en td-
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— 560 — .
ionnani, de donner l'imptilsion à rîndiistrîe,
mais aucun n'a paru comprendre que le com-
merce extérieur et à^exportation pouvait seul as-
surer le succès de leurs tcntatiTCS. Ainsi au lieu
de meridfer auprès du gouTemementune protec-
tion qu'il a toujours refusée, je crois que le com-
merce doit y mettre plus de digniié: il est tems
que le monde mdiutriel^ en France, sorte des
langes dans lesquels On le retiendrait toIod-
tiers jusqu'à l'âge de décrépitude. La marine la
plus naturelle à suivre pour obtenir du pouvoir,
des lois, ou des mesures propres à dcnmer l'im-
pulsion, serait de charger les ckamhreg de com-
merce d'attirer inceêsamment et ausn ënargiqœ-
ment qu'il est donné de le fidre dans l'état actuel
de notre organisation politique, Tattention des
chambres législatwes sur ce grand agent de pros-
périté puUique. Si nos législateurs comprennent
bien toute Tétendue de leur mandat, 3s sauroni
jGûre connaître Au pouvoir exécutif leur vohnté
ferme et constante^ de protéger noire com-
merce à Textérieur , par tous les moyens mis en
usage (avec tant de succès) par les autres grandes
nations maritimes y et le pouvoir exécutif se
verra bien forcé de &ire des traités de commerce
et de navigation avec les peuples qu il a trop
loog-tems méprisés j au détriment de nos intérêts
les plus chers.
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Le vu%aire n'a pas précisément tort qnaind ii
répète qoe F Aiigleterre est le pe^s des im^entions :
û est fûndé dans son jugement par le résultat
briHaiU; qui Fâiloiaità Juste titre.:. Que hxi mu-
porte, au &iit, que tel chimiste, tel mécœm^
cien y tel ingénieur français ait fait une découverte
carpdbled'opérer une révolution dans Findustrie ,
le commerce ou la navigation si> par défaut d'ap-
ptication y par Fincurie d'un gouvernemiSBft qui
n a pasi su comprendre toute son impoftance ,
cette découverte doit rester ensevelie dans Fou*
Uî le plus complet.... Que lui importe! du mo^
ment qa'mn axrtre gouvernement^ ou une autrt
natiofiy ee qui revient au même, (puisque les na*
tiens sont devenues solidaires des fidts et g^tes
de leurs gouvememens) accueille avec enthonn-
siasme et reconnaissance cette découverte utile,
ne doit-elle pas acquérir des titres à Fadmiration,
k la gratitude de tous les peuples de la terre?...
Et n^a-t^e pas Inen mérité la gloire de Fintveii-*
tion?.* . "^ L'inventeur àppartient-il au pays qui
Ta renié?^. . -«-^ Td est le bon e^it du gouverne-
ment de la Grande-Bretagne,, qu'il Êivorise toute
innopaiion utile à tindustrie... et tel est le génie
des Anglais, tel est celui des I^ord*Américains
qu'ils laissent rarement sans application , sans enr
eofurugementy les heureuses découvertes que font
56
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— 862 —
accidentellement Un autres peuples, soit dans les
arts, soit dans les sciences... Ces réflexions pour*
raient nous conduire loin , car elles font naître
de profondes méditations!... Mais revenons à
notre spécialité.
Dans les ports du nord de la France, on man-
que d'objets d'encombrement ; pour &ciliter le
prompt chai^ement de nos navires, le gouTer-
nement et surtout le commerce devraient encou*
rager les fabriques deJajrencCf de chapeaux^ de
hière^ àeferrtiges^ les verreries y etc., etc , encore
&udrait-il que ces fiibriques fussent rapprochées
des points d'embarquement , car, comment pour-
rions-nous jamais lutter avec les Anglais, pour
tous ces articles , si leur fabrication a lieu loin des
ports, lorsque chez nous les moyens de transport
sont si coûteux, et que chez nos voisins ik ont
de â grandes &cilités, s(Ht par leurs canaux, soit
par leurs chemins en fer,, leurs machines à va-
peur? Voilà un des points principaux sur
lequel on doit jeter les jeux attentwemeni. Je 1 ai
déjà dit: sans articles di encombrement y point de
nwigation marchande. Voyez les Nord- Améri-
cains, ils apparaissent sur tous les points du globe,
parce que leursyonise^, leurs cotons , leurs meur
blés, leurs genièinres sont des articles précieux
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— S63 —
pour former à l'instant vaij&nd de cargaison;
la promptitude avec laquelle s'opère une expédi-
tion leur évite de grands frais d'armement, et
leur permet de renouveler plus souvent leurs
opérations "*
Il faut bien se persuader que des articles d'en-
combrement ne doivent donner qpLjmfret , dans
ce siècle où tant de monde navigue; mais quel
autre pays que le Midi de la France devrait
avoir un commerce de navigatioil plus étendu ,
plus actif? lui qui possède les vins, eaux-de-i^ie,
huUe, sai^on^Jhâts secs j et, à sa portée, tous les
produits de l'Italie , de la Grèce, de la Turquie
et même de la Russie!.. — La grande exporta-
tion de nos vins de Cette et Marseille se fait plus
particulièrement par navires étrangers notam-
ment anglais et sardes. — Pourquoi nos arma-
teurs n exploitent-ils pas ce genre de commerce ?
Leur serait-il plus difficile qu'aux Anglais de le
faire ?. — C'est encore une suite de notre ainditéj
qui fait qu'aucun d'eux ne veut se contenter
1 Bordeaux et Marseille ont des vins et des eaux-de-viê pour facili-
ter un chargement. Le Havre a des carreaux, des vinaigres^ àesplan»,
ches de sapin du Nord , dont on tire un bon parti à la rivière de la
Plata. Mais Dieppe, Dunkerque, Nantes, Saint-Malo, etc., on| peu
de ressources.
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d'un simple fret j tandis que les étrangers s*en con-
tentent. Les Anglais ont-ils les Tiyres à meilleur
marché que nous ?-*«- Non. — Paient-ils moins
leurs matelots ?~- Au contaire.-^ Mais ils sasfeni se
contenter d un fret. Aussi ^ qu'arrive-t^il? onles
Toit Êdre une grande partie de la navigation et
des expéditions de la Méditerranée , pour oe qaï
est de liquides et finiits secs, tandis que nous y
qui sonuues sur les lieux , nous ne frisons rien.*.
O doloe farniente m Croyez -moiA ne nous en
prenons qu'à notre extrême incurie , et surtout
au manque ^esprit d'association; c'est à cdft,
principalement, qu'on doit attribuer le peu d'ac-
tivité de notre commerce maritime.
Voyons quels peuvent être les moyens d'agran-
dir nos afiEàires à rextériem*.
III.
Je ne dirai pas que pour obtenir un résukat
avantageux, pomr augmenter l'exportation de
nos marchandises manu&cturées, il devient ur-
gent de mettre, spontanément, nos fabriques sur
un plus grand pied, ce qui, cependant, aurait
d'heureux résultats ; mais rimperfcetion de nos
machines , la routine de nos artisans , le défiiut
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d'une éducation spéciale potir l|i da^seindusIneUe^
en général , seraient autant d'obstacles à un pro-
grès im/it^£iar; c^ Tiendra^ il &ut ï espérer^ Q»ec
le reste. Ce qu'il y a de mieux à fiûre, dans Fétat
actuel de notre &brication , est de s^appliquer
darantage à fiibriquer au goût du pq^s pour
kqud nous exportons , et ne pas nous entêter ^
suivant notre sotte coutume, k Tonldir soumettre
les nations à nos goûts.
En fiât de fidirication les Anglais sont grands
wuàtres : on Ta d'ailleurs juger que k génie du
eomunerce n'exclut pas chez eux la ruse mercaU'»
file.... une étoffe, un dessin, unelbmie inveiités
par des febricans français , allemands on italiens
fixnt-ils fortune en Amérique ? -— . Les anglais les
imitent anssitât. *-« Une nation obfcîent-^le une
TOgue méritée dans un genre de Mnrication? -*«
Les anglais emjdoient tous leur» moyem àla sap
planter; ils vont plus loin, ils poussent l'exactitude
et la prévoyance, jusqifà iàiprimer sur leurs
pièces de ntoussetîne le nom de nos meilleures
fibricans français, tds que KoechUn Jrires,
SMumberger^Grosfean , Ch. Mieg et O. *^ Les
Anglais ont vraiment un tact étonnaiit en aflEôres* »
t Au Brésil et k Buénos-iAyres on appelé cela entendre la Bibla.
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— 866 —
Je ne les en blAme certes pas ! Je demanderai
plutôt pourquoi nous ne les imiterions pas , et
pourquoi nous serions plus scrupuleux à Fégard
de leurs Êdnicans les plus connus ?.. Il est certain
qu'en afiaires , en fabrication surtout , on doit
mettre de coté Foi^eil national et ne pas s'a-
charner à encombrer un pays, comme cela nous
loriye trop souyent, d'articles qui ne lui plaisent
pas. Ce n'est pas toujours le bon qui Êdt fortune;
les peuples ont des goûts bizarres, originaux, des
caprices j si Ton yeut, qu'il faut sayoir flatter;
aussi les anglais ont-ils le bon esprit d'imprimer
de très^riches dessins sur des étoffes excessit^emeni
communes f parce qu'ils sayent bien que le dessin
fera yendre l'étoffe.
J'ai déjà fait remarquer que les nouyeaux états
de l'Amérique du Sud, le Brésil et les prorinces
^i/?»e^duRio^e-la-Plata, principalement, n'a-
yaient pas fsiit encore assez de progrès dans la
ciyilisation européenne pour assurer xm. grand
débouché à nos articles de luxe et d'industrie
parisienne. Les Anglais ont parÊiitement compris
cela, aussi sayez-yous ce qu'ils ont fait ? Ils se sont
emparés de l'industrie des indiens Pampas et
AraucanoSj de celle des habitans du Tucuman et
de Corrientes , en fabricant et perfectionnant les
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— 567 —
ponchos A lesgergas * , dont il se fiât lux si grand
commerce dans rA^oërique du Sud !••. et ilsont
si bien réussi qu'on ne veut phis porter que des
ponchos inglese^.
11 se fait à Buénos-Ajres et au Brésil une très-
grande consonunation dé satKm ; on aurait le
droit de s'attendre à Toir Marseille approyision-
ner ces pays-là, surtout depuis que Finvention de
la soude fiictice permet de fid>riquer à meilleur
compte; eh bien , point du tout , nos scu^ns de
Marseille ne peuvent pas riyaliser de prix arec
ceux d'Esp€igne ! et les Anglais , les Nord-Amé-
ricains trouvent encore le moyen d'introduire
d'immenses quantités de savons jaunes^ àesu^et
ée résine a...
n y a des gens en France, de ces gensoimêglés
par la prévention, de ces gens stationncures qui
s'extasient encore devant nos draps à'Elbet^y de
Sedan et de Loimers; eh bien! qu'ils apprennent,
qu'à l'étranger on nen i^eiU pAs. —'Pourquoi? —
On a comparé les draps firançais et anglais , à-
peu-près de prix égal, et Ton a toujours trouvé
que les nôtres n'avaient pas le moelleux ^ la sou-
I \€jez au clKiMtre XIV de mon Voyage TexpUcation de ces tennca^
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— 868 —
pkêse des auib^s, et de ptus» une griouk diffi-
renoe dans le poil. Le dmp angiw est parftîiff
ment bie» fowft# et le n^tre a le poil trop long.
Mais en admettant que nos draps soient sufi-
rieurs ^ ou en est donc TaTanlage pour la Fiance,
si leur Àbricatiou ne doit fournir qa'4 la oqii-
senoMtîon intà^eunif..* Appliquon^iapus, avant
Unit) il rmdi$^ de prix awec ïétrmgcr»
Quoiqu'il soit bien érid^nt qn^ les diapi
anglais aient l'avantage du mo&kmif de hlég^
retéf delasouplesse et de Vi^j^arenoe^ nous pour
rions peitt-étre lutter dans c^oitaines qualités^
se &bnqueat en Picardie; mais il fiMt hmm
nos prix; mais il &ut des couleurs oonéViiflMn
pour lepcrjfs dans lequel on les exporte. Pour cek
comme pour tous les articles, en geiiëndt oa ne
doit se présmter en £ibrique, que muni d'QdbMir
tiUons. '^^ Arrivons au fait.
Le moyen qui me paraîtrait le plus sûr, poar
lutter avec avantage contre Tëtrangert smût, »
je ne trompe, d'établir, à l'instar des Anglais «t
des autres nations commerçantes, des nuisons
succursales dans les différens ports de T Amérique
dépendantes de celles de France , lesquelles se-
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— 560 ~
raient tenues de faire passer coatinisdlemeiit des
échamiMont et des modHes de marchandises à
ùtmqaer dans le goùi et les besoins duntomerU^
De leur côté, les maisons de France derraient
fiûre une avance de fosds, aa^oinbevif , demoi*
tié ou deux tiers à un taux modéré (3 ou 4 p. %
par exemple) avec la condition expresse que les
marchandises fassent convenables pour tel ou td
point del'Amértqne. D résnltenât de cette &cilité
ao6(xdée au figJirieant que celui-ci augmenterait
' son traTaS, que notre exportation s'augmenterait
aussi et qu'alors on s'ap[diquerait davantage à
fidre les marchandises au goût de Tétraiiger, Les
fiifarioans, en outre, seraient libres de cette nral*
titndede(pTianj^O(>ifiinÛM9it]Mv«9, qui exigent
d'eux des remises énormes lorsqu'ils leur procu-
rent la vente de quelques marchandises, des
escomptes de huit^ de dix pour cent pour les
soieries et d'un tas de petites vcderies auxquelles
il leur eât assez difficile de se soustraire, tant que
les ailaires continueront à se traiter en France
sur le pied actueL Je crois que si capitalistes»
banquiers ou armateurs fiançais ne prennent pas
ce parti, on ne doit pas espérer d'améliorations
importantes dans nos affidres à Yextérieur.
Les pacotSIeurs , tout en rendant service à
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— 8Ï0 —
quelques fiduriques^ sont réellemenft, et par le
fiât de leur peu de moyens, \ejîéau de notre
commerce. Bien qu'on doi^e leur rendre grftoes
pour les efforts qu'ils ont fidts, les services qu'ik
ont rendus, on ne peut s'empêcher de reconnaitre
qu'ils sont, dans l'état actuel des choses^ im
obstacle au progrès y à l'impulsion qu'on doit
s'attendre à yoir prendre au commerce fiançais.
Comment, en effet, pourrions - nous préteadce
jamais lutter avec les nations riyales qui &hri-
quent nos mêmes articles , si, diez ces nations, '
ils sont euToy es directement parlefiihricant?On
conçoit que ce dernier peut se contenter de son
bénéfice comme fabncani , tandis que nos pa-
cotilleurs sont obligés d'dïtenir à la fois le béné-
fice dufàhricant.i celui âa commissionnaire j et
le leur en sus ! U résulte tout naturellement de
ce mode d'opérer que le pacotilleur doit Tendre
au moins yingt pour cent plus cher que le fiJuri-
cant pour obtenir un léger bénéfice , et qu'une
nation étrangère qui fabriquerait dix pour cent
plus cher que nous pourrait cependant vendre au
même prix, le fid>ricant envoyant directement.
Une des grandes plaies > de notre commerce
1 Je dis «110 des grandes plaies de notre commerce , car la princi-
pale , la plos considérable de tontes , est , sans contredit , notre mam-
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~ 871 —
est donc dans rexportation de nos marchandises
parles pcÊCOiUleurs y et le remède , qui parait le
plus sûr, serait dans raiponce qu'on ferait aux
fahîicansy sons là garantie que la marchandise
s^a coT^orme aux modèles ou échantillons cane--
ricains. An nioyen de cette avance, le fabricant,
àssiuré d'un prompt débouché, se contentera
d'un bénéfice moindre, et la &cilité que lui ac-
corderont, nécessairement, ces capitaux étran-
gers, fera que, très^probablement, il s'intéres-
sera lui-même dans les opérations dont le succès
serait peu douteux de cette manière»
Comment d'ailleurs pouTons-nous espérer d'a-
grandir nos affiiires en Amérique, si nos envois
ne sont pas continus? Au Brésil, à Montevideo ,
à Buénos-Ajres , il se passe souvent trois, quatre
et même six mois sans qu'il arrive un navire
français * ; de manière que dans l'intervalle des
arrivages, s'il existe quelques-uns des articles Êi-
briqués par les autres nations, ils les écoulent
nécessairement, quoique inférieurs, et les mar-
v€ns sygtèiM de douanes, qui , en multipliant les restrictions , les pro-
hibitions à Tinfini , met nécessairement des entraxes aux progrès des
manufactures.
1 Ou bien, tout-à-coup, il apparaît à-la-fois quatre ou six navires
du même port, se faisant la concurrence et encombrant les 'Hendtu
d^articles qu*ils offrent au rabais, par la 'nécessité de faire les retours.
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— 572 --
chands et les oDnsommateiin s'huhituent k lenr
usage; ce qui fiât qw les nôtres ne sont poinfc
aussi recherchés quand ils amrent de noo^ean ,
et qu'enfin nous perdons la vente, parce qu'il n'y
a^ pas eu d'envoi» successifii. Le remède à cet autare
mal serait daas les dépôts cantitmeb^ bien a{çit>-
yisionnës, bien assortis, moyemâint des avances
au &faricant.
Voilà pour la part des diligatioiis des anna-
teurs; examinansmaintenanttbrièveaient, qa'dles
peuvent être celleii du gowfememeiU et qud »s^
téréi puiss€mi il peut avoir à fisnrmîser notre com-
merce dans. l'Amérique du Sud.
On sait déjà que \Aménque a sur Xlnde l'avan-
tage d'avoir fourni à l'Europe un commerce actif;
elle a contribué plus que toute autre partie du
monde à augmenter sa population , à accroître
sa inchesse et à développer sa puissance, tout en
recevant de l'Europe les germes féconds de la ci-
vilisation, les lumières bienfesantes de sa religion
et les prodiges de son industriel Mais c'est peu
que tout cela , l'émancipation des anciennes co-
lonies espagnoles et portugaises, leur constitution,
I Voyez la Nouvelle Géographie de M. Adrien Balbi : du a
en Amérique.
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— 573 ~
de fait et de droit , en Aats r^iMicains , doit
exercer une bien antre influence sur les états
monarchiques de l'Europe ! La décrépitude de
de cdle-ci ne lui permet plus d'imposer des lois
aux jeunes nations qui, à peine dani^Fâge de pu*
berté, prétendent déjà paraître virUes... EOesne
fondent plusieurs droits au respect des uatioiDsdu
▼ieux-monde, leur puissance politique^ sur Tap-
pareilimposantde la/brce, trop souvent employée
en guise de bonnes raisons par nos vieilles mo-
narchies ; elles invoquent leur droit , et si leur
droit est méconnu, eDes protestent haute-
ment, à la face du ciel et delà terre, contre la
violence qui leur est feite... Lliistmre enr^stre
fidâement leurs protestations énergiques^ et le
tems se charge de la vengeance !
Dès 1831 le gouvernement de Buénos-Ajres a
déclaré formellement qu*ïl naccueillerait aucune
cammunicaiion dipJontatique , ou commerciale ,
ds lapart dun n^ociateur qui se présenieraii à
mainamtéef ousanslesformàUiésçouhiesparh
droii des gens. » L'Angleterre et les États-Unis
ont respecté cette déclaration! ils se sont em-
pressés de reconnaître la validité des principes
qui Font dictée, en fidsant, \e&premierSj un traité
d^amihéj de ctnmnerce et de na$ngaHon avec la
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— 574 —
République Argentine. Ils ont traité cette nation
A' hier ayec la même dignité, les mêmes égards
qu'ils eussent employés enyers la nation la plus
bkisonnée la plus aristocraiisée par les siècles.
Leur politique admirable ne s'est pas bornée à
cette seule alliance, ils en ont &it aussi avec
d'autres états républicains.
La conséquence la plus immédiate de cette
sage politique a été d acquérir un droit incon-
testûbleklsL protection de leiir marine marcliande
par la manne militaire. Les étrangers ayant un
prétexte plausible pour se présenter à main armée
dans les stations de l'Amérique du Sud, cekdàe
veiller à Vexécution des traités y ces nations amies,
que leur fiûblesse matérielle rend ombrageuses,
ne se croient plus offensées de la présence des
bàtimens de guerre.
Mais qu'est-il arrivé de l'obstination du gou*
yemement firançais à ne vouloir pas reconnaître
ïindépendance des nouveaux États, ou à le fiiire
tardivement? — On s'est aliéné peu-à-peu l'affec-
tion, l'esprit sympathique de ces peuples; leurs
gouvememens ont exercé des vexations envers
les commercans français; des mesures arbitraires
ont été adoptées envers nos compatriotes, et nos
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— 575 —
considsf nos agens d'affaires n'ont rien pu dire,
rien pu fiûre pour s'y opposer, ils n'ayaient pas
comme les Anglais nn traité de 'commerce à irwo-
4pMer!.... Alors, nos officiers de marine militaire,
obligés d mtervenir, ou l'ont fidt brutalement^
ou Font ùit maladroitement^ sauf quelques ex-
ceptions, comme dans l'afiaire de VHerminie où
nos agens diplomatiques ont montré de la dignité.
Toutes ces mesures yiolentes , l'espèce de mépris
qu'on paraissait affecter pour des peuples déjà
aigris par leurs luttes intérieures, ont singulière*
ment refix)idi le vif désir qu'ils pouvaient avoir
de fiàire un traité d'alliance avec nous. M. Man-
derille a vainement tenté de disposer les^ esprits à
la sanction d'un acte si important pour le pro-
grès de notre commerce à Buenos- Ayres; il n'a
pu y réussir. — M. Vins de Pessac sera peut-être
plus heureux.
Quand une perspective de prospérité continue
s'ouvre pour Mor^ei/ie, par les nouvelles cultures,
la civilisation, les progrès mercantiles de l'Bgypte
et d'Alger ;
t. En 18S29, M. Cornette de Venancourt, à Tinstigation de M.
Mandeville, brûla en une nuit tous les navires de guerre appartenant
à la République Argentine!
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— 576 —
Quant, aa contraîre^ celle du Bmnre est
cée de âe rétrécir par le& pas gigiGintesque deFûi^
dusttk deê Nord- AméncaiiiSj yisaùL à s'afiBranchir
de ce qu'îk appellent) à tort ou k taison, un
frîbi^ â Pàrûnget; que nos cofomef ne foonii-
ront pins un aliment il notre Davigation par le
transport eHcombnmi des soctes.
Quand Bordeaux a^touJi espoir de voir loigmeit-
ter ses riches transactions avec les Indes-Orientales
et le Mexique. — Ne deTÎent-il pas urgent pour le
Hm^ de former de longue mèdn des rekiôons ami-
cales avec les peu{des de f Amérique du Sud?.^. Ia
nullité de leur industrie mamifacturière, les pro*
grès, au contrairey de leur industrie agricole et
pastorale, que noii^;ioiiPoiMeiic(>i<riagie^ nousas-
sureraient long-temi des débouchés ayanlageuxj
si, à l'exemple d'autres nations, nous avions le
bon esprit de flatter leurs goûts , Jaire rwStre
leurs besoins, les aider par nos capitaux et mért^
ter leur préférence par des traités di amitié. Nous
sympathisons déjà par nos mœurs, nos modes,
nos usages, nos idœs^ pourquoi ne pas mettre
en jeu ces puissans véhicules pour établir des re-
lations profitables aux uns et aux autres? En por-
tant sérieusement nos vues de ce côté , nous pou-
vons contribuer puissamment à rétablissement
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— 377 —
d'institations propres à défelopper les principes
fondamentaux d^ économie politique^ cette belle
science née de la civilisation et ignorée encore
des anciens colons espagnols.
<c Ily a, en commerce comme en politique j
des révolutions à étudier ou à prévoir, a dit, il
y a peu de tems, un écrivain '; des progrès à
faire, comme conséquence ou comme préi^oyance
de ces révolutions. Autrement on se laisse accu-
ler^ et quand viendrait le moment de se re-
mettre en ligne avec les nations les plus avancées
on tromperait toutes les places prises . Les princi-
paux peuples commerçans marchent rapidement,
et si l'on en était encore à ces vieilles jalousies ,
à ces haines d'une autre époqpie , il y aurait à
croire que les idées de liberté commerciale et de
J'ratemité dintéréts ne sont jetées sur la voie que
pour amuser les moins clairvoyans pendant que
les autres cheminent. » Ces réflexions judicieu-
ses s' appliquent parfaitement à mon sujet, et
j'aime à croire qu'on ne m'en voudra pas de les
avoir reproduites.
Eniin je termine ces considérations en laissant
\ Voyez le Journal du Havre, du 25 juin 1836, ou le Moniteur du
Commerce de la veille.
37
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— 578 —
à une plume plus eittvcée, plus instruite que la
mienne , le soin de rectifier ce qu'elles peuvent
contenir d'erroné , ou de suppléer à ce qu'elles
ont d'incomplet. En finissant ^ j'invite les négo-
cians à ne point perdre de vue que le œmmerce
repose sur trois grandes bases , dans l'état de ri-
▼alitë où Fa placé la civilisation : la meilleure con-
fectiony h meilleur prix , et les débouchés Us plus
nombreux.
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NOTES.
A. page 5.
A l'occasion de cette espèce d'horoscope tiré d'après les
signes certains de ce qu'on appelle vulgairement la eràmoi'
copie , on ne sera pas fâché , je pense , de cette note sur la
philosophie du docteur GaU.
Elle diffère , dit l'auteur du précis analytique du système
de ce savant physiologiste, de celle des autres philosophes
tels que Kanty Condillac^ Loche, Malbranche, etc, en ce qu'elle
est toute empirique, qu'elle repose immédiatement sur des fiiits
fournis par l'ohservation et l'expérience , et qu'elle n'est
nullement le produit de l'imagination, ni le résultat d'hy-
pothèses gratuites. Il démontre par des faits incontestables
et admet comme principes , les propositions suivantes :
i^ Que les penchans et les facultés des hommes et des
animaux sont innés,
29 Que leur exercice, quelque soit d'ailleurs le principe
auquel on les rapporte, est soumis à l'influence des condi-
tions matérielles eiorganiques»
30 Que chacun de nos penchans , de nos sentimens, de
nos talens et de nos facultés, a, dans le cerveau, un siège
particulier et déterminé, et que le développement de ces
diverses parties , qui forment comme autant de petits cer-
veaux ou d'organes particuliers, se manifeste à la surCaioe
de la tète par des protubérances visibles et palpables : de
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— 5«2 —
sorte que, par Texamen de ces protubérances, on peot re-
connaître les dispositions propres à chaque individu.
4'' Enfin , que les diverses combinaisons et les différens
degrés d'énergie qu'admettent ces organes donnent lieu à
l'immense variété des aptitudes que nous observons dans
les êtres sensibles ; et que la liberté morale dans l'homme
est d'autant plus forte , que les fiicultés supérieures sont
plus actives et qu'elles ont été flw perfeeUotmées par nos
AÎMh rhowme ne naît pa« table ras$, suivant que l'avaient
pensé plusieurs philosophes , mais avec des CicaUés déter^
minées susceptibles de recevoir par Véé»$at¥m des déve-
loppemeps considérables. Ces facultés «ont mm$ an rap-
port avço le monde extérieur par les sens , qui ne sont
qu'qn moyen de communication ; elles seules peuvent ap-
précier, jugw 0t connaître les oliôets , nous en fournir des
idées et )qs soumettre à l'empire de la raison. La plupart
de ces facultés sont communes aux animaux et à l'homme.
Quelque» unes appartiennent plus spécialenient 4 ce der-
nier , et relevait éminemment au-dessus des premiers.
Chei les uns et chez l'autre» ces Acuités sont toujours en
rapport avec l'énergie du cerveau , et il importe de ne
point négliger cette circonstance lorsque l'on veut appré-
cier leurs effets. Par ces facultés, l'homme, comme les
animaux , est soumis à Tempire immuable des lois de la
eréation ; mais chez lui la raison » qui est hi conséquence
nécessaire de quelques unes qui lui sont propres* commu-
nique à la plupart de ses actions une moralité qui les rend
plus ou moins punissables ou méritoires^ selon les circons-
tances qui les accompagnent et les moi^ens snyloyô par le
U^iMevr pour Us perfectionner.
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— 88S —
B. p. 39.
Il y a peut-être moins de pratiques ridicules dans la re-
ligion Anglicane que danslaaOtre, mais le peuple Anglais
est-il moins superstitieuiL que les autres peuples?— -Et
qui entretient cette supertition? — Leurs élections
sont plus populaires qu'en France ; le vote est plus étendu;
mais comme Taristocratie des nobUs (je dis aristocratie
des nobles , parcequ'il en existe une , aUleun , des fUbéim»^
non moins dangereuse) , est puissante en richesses et en
droitff, qu'elle a de grandes prérogatives, elle exerce
toujours assez d'influence pour que le fea^U, proprement
dit 9 ne domine pas dans la chambre basse. — La presse
est libre , il est yrai, c'est aussi la plus grande liberté des
Anglais ; mais encore , la puissance des Tories achète
souvent les journalistes, vrais guides de l'opinion. —
Enfin le droit abominable , immoral , de primogénitare ,
n'existe-t'il pas encore? Le clergé anglican n'est-il pas
tout-puissant? Ne prélôve-t-il pas des taxes et des dîmes?
Qui vojadrait jouir à présent en France de cette liberté si
prônée des Anglais I... Ce que nous avons à envier à l'An-
gleterre, ce n'est plus $a liberté , c'est le trident de Nep-
tune , c'est son étonnant génie du commerce.
G. p. 67.
On commence à reconnaître les eaux de la Plata à
vingt-cinq lieues au large ( celles de l'Amazone vont à
quarante. )
a Lorsqu'on a atteint le parallèle de 34® et qu'on n'est
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— 384 — .
n'est pas bien sûr de sa latitude, il est prudent de recoD-
naitre le cap Santa- Maria; on peut le faire sans danger. On
aperçoit alors une côte moins basse que celle dn Rêo-
Grande-de Saô-Pedro, et l'on dislingue, dans rëloignemenf ,
des terres assez élevées. En prolongeant cette côte, on
prend connaissance des CastiUos^ flots très-découpés et
arides, au sud desquels, à petite distance, se trouve l'îlot
de Palmarones , couvert de cactus. On peut mouiller avec
des vents de sud-ouest à Fabri des Castillos , mais il faut
remettre à la voile dès que les vents passent à Test ou au
sud-est.
(( Entre les Castilios et le cap Santa-Maria (entrée du
Rio de la Plata], est une grande plage terminée par deux
autres ilôts et un grand nombre de rocbers, ces flots for-
ment avec le cap un mouillage pour les petits navires. On
en trouve le plan sur la carte de la côte méridionale du
Brésil, dressée par M. Barrai, commandant la gabare
l'Emulation,
« L'Ilot de la Pahma (un de ces flots), est sans végéta-
tion, et l'Ilot de Jtiiui, le plus rapproché du cap, est couvert
de cactus comme celui de jPa/morofie^; cette ressemblance
a fait prendre quelquefois la Bahia-Falsa (la grande plage
en question), pour l'entrée du Rio de la Plata, et a causé
des naufrages.
cr Le cap SantOrMaria est reconnaissable aux îlots de la
Paloma et de Tuna et à une dune de sable située à peu de
distance dans le sud-ouest. On voit, dans le nord, à quatre
milles environ, sur une légère élévation, une estanda
(grande ferme du pays où l'on élève des troupeaux de
bœufs et de chevaux), entourée de plusieurs parcs , formés
par des pieux élevés (corrales).
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— 58S —
or Pour peu que les vents soufflent de la partie du sud-
est, la mer est très-grosse sur toute cette côte. Cela provient
autant du gisement de cette terre que de Tinégalité des
profondeurs de la mer, surtout sur les parallèles de SS^ et
de 33^30'.
«r Pour éviter les dangers que présente la côte située au
sud du Rio-Grande, il convient de s'en tenir à une dîxaine
de lieues, et de s'assurer , par la sonde , qu'on est sur des
fonds portés sur la carte. On remarquera qu'à mesure
qu'on s'approche de terre, la sonde rapporte des coquilles,
du sable et peu de vase *.
Si l'on est certain de sa latitude on peut entrer sans
crainte et chercher à reconnaître File de Lobos , située
presque en face de Maldonado. Ayant reconnu cette ile ,
ainsi nommée à causé de la quantité de loups marins
qu'on y trouve, on se dirigera sur celle de Flores située par
3Ap 57' sud et 58° 16' 34." ouest. Elle est à onze mille
nord-ouest 1/4 ouest de la pointe saillante du banc an-
glais, écueil trés-dangereux , qui nécessiterait un feu flottant
de nuit et un pamllon de jour. On a établi dans l'île de Flo-
res un phare, dont le feu tournant et à éclipses , est allumé
depuis le i^ janvier 1828. La partie la plus élevée de
l'île , sur laquelle est placé ce phare est de 63 palmes
(47 pieds 1/4) au-dessus du niveau de la mer. La hauteur
delà lanterne , plus celle de la tour, forment ensemble
75 palmes (56 pieds 1/4) , si l'on y ajoute la hauteur du
point le plus élevé de l'île , on aura la hauteur totale de
l'édifice, qui est de 138 palmes ** ou 103 pieds 1/2.
* Annales maritimes. 1833.
** La palme a neuf pouces. — Voyez le Guide des Marine pendant
la natyigation nocturne*
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— 586 —
Le feu de Flore$ s'aperçoit à douze mOlefl de dûtance,
lorsque le tems est clair. Ces diverses recounaissaBoes sont
très-nécessaires pour éviter le banc Àngktà , sur lequel ou
peut être porté par les courans » ou la dérive du navire p
si l'on marche au plus près du vent d'ouest ou de nord*
ouest. Dans ce cas , ainsi que dans celui où les vents de
nord et nord-est régnent 9 il est plus prudent de passer
entre les deux îles et la c6te. Si , au contraire , le vent
souffle du sud-ouest, du sud, du sud-est ou de Test, on peut
passer entre les lies et le tuinc Anglais.
Le vent de sud-ouest , connu sous le nom de pompera,
se trouvant par trop violent» il est prudent de ne pas entrer
dans le fleuve et l'on doit même en sortir si Ton n'a pa
gagner le mouillage de Montevideo ou du Maldonado *.
Do reste les capitaines européens, praticiens de oe
fleuve, le redoutent bien moins que la Manche ; car depuis
son embouchure jusqu'à Montevideo , il n'y a que le banc
Anglais à craindre et encore est-il très-Caicile à éviter en
reconnaissant les îles de Lobos et de Flores ** .
Il se trouve souvent des pilotes à Tile de Lobos on à
celle de Flores pour conduire les bàtimens à Montevideo.
Mais ces pilotes de Montevideo sont pearesseux ; ils aiment
mieux toucher un demi-pilotage, qui leur est toujours dû,
que d en gagner un entier en s'exposant.
Après avoir passé Flores on aperçoit le C^rro de Monté-
vidéo. C'est un morne de forme conique, situé en face de
la ville, de l'autre c6té de la baie , à la cime duquel on a
* Cette dernière rade est sûre , même pour des vaisseaux de ligne.
** U faut cependant beaucoup de sunreiliaace de la paît des officiers
parte que les coiu^ns portent sur le banc.
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— 587 —
pincé un fm9l, élevée de 450 pieds au-dessus du niveau
de la mer: ce fanal était garni de lampes avec réflecteurs;
il était mal entretenu et ne s'apercevait pas d'aussi loin que
celui de Flores ; mais il parait que le gouvernement a fait
demander un appareil pour le remplacer.
Pour se rendre à Buénos-Ajres , il £aiut plus de précau-
tions, mais encore il n'y a pas plus de risques à courir, si
Ton a soin de prendre un pilote à Montevideo.
Presque en &ce de Montevideo , sur la côte de Buénos-
Ayres» commence un banc qui va jusqu'à la petite rade
de cette dernière ville ; on le nomme Banco Indh. Un autre
banc occupe le milieu du fleuve • en laissant un canal pro-
fend entre lui et Ylndio^ puis un autre canal entre sa partie
nord et la côte de la Banda-Oriental ; c'est le Banco OrUz.
On suit l'un ou l'autre canal selon les vents. Un autre
petit bane existe encore au milieu du canal formé par
Vlnih et VOrtiz ; c'est le banco Ckico.
La carte i'Aizpuruaj ainsi qne celle de M. Barralj indi-
quent parfieiitement tout cela , avec les rumbs à suivre,
suivant les vents , et les brasses d'eao en baute et basse
mer. Mais le plus sdr est toujours de prendre un pilote à
la pointe est du banco Indio (si on ne l'a pas pris à Monté-
vidéo), où se tient constamment mouillé un petit bâtiment
appartenant à la société des pilotes de Buenos* Ayres, lequel
aert aussi de feu flottant.
D. p. 68.
Parana-Goazu (prononcez gouaçou). Le root forana,
dans la langue guarani, signifie grande rivière^ et n'est sans
doute , qu'un diminutif de para, mer. Ce mot se retrouve.
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— 588 —
sous la forme un peu corrompue deparacay dans les ha-
gaes maypure et tamanaque, qui, comme le prouvent beau-
coup d'autres analogies , ne sont que des dialectes da
guarani (Al. D'Orb. Voyage dans VAmécique méridkmaii).
E. p. IH.
a JaséÀrtigmf dont la vie entière n'a été qu'un tissa
d'horreurs, fut la cause principale des malheurs qui ont
accablé pendant dix ans les provinces du Rio de la Plata.
Issu d'une bonne famille de Montevideo , il passa sa jeu-
nesse parmi les contrebandiers et les brigands. Le gou-
vernement espagnol, afin de détruire ces bandes, prit le
parti de le nommer lieutenant de chasseurs, et ce fut en
cette qualité , qu'il poursuivit ses anciens camarades. Lois
de la révolution il se fit patriote, et se signala dans la
guerre contre les Espagnols et au siège de Montevideo.
Elu chef de la Banda<Oriental, il alluma le feu dévorant
de la guerre civile. Il attaqua Buénos-Ayres , envahit TEn-
tre-Rios, souleva Santa-Fé, arma les Indiens sauvages du
Grand Chaco , et désola le Paraguay, par des actes inouïs
de cruauté. Ses drapeaux étaient le refuge de la lie de l'es^
pèce humaine. Brigands , assassins , pirates , voleurs ,
déserteurs étaient également bien venus de lui; aasri la
marche de ses troupes , était-elle marquée par le carnage
et la désolation. 11 provoqua les Brésiliens qui ne deman-
daient pas mieux que d'entrer en guerre ; enfin le résultat
deneuf années de son gouvernement, fut la ruine com-
plète de la Banda-Oriental, pays jadis si florissant, la
dévastation des autres provinces et la démoralisation de
tout un peuple ; sans compter les suites plus éloignées de
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— 589 —
ce régime désastreux, parmi lesquelles on peut compter la
guerre de Buénos-Ayres ayec le Brésil. Ou doit cependant
à la vérité d'ajouter, qu'abandonné à lui-même, Artigas
n^ eût jamais poussé aussi loin la férocité; mais il était
entouré de scélérats dont il dépendait en partie. Le plus
infâme de tous, était un moine de la Merci, nommé
Manierosa , qui faisait auprès de lui les fonctions de secré-
taire et de conseiller privé, et qui étoufEaiit dans son ame
tout sentiment d'humanité... Et que dire de ces hommes
qui, spectateurs tranquilles, ont fomenté de loin ces
troubles, uniquement pour satisfaire leur cupidité! C'est
ainsi que des négocians de Buénos-Ayres, anglais, fran-
çais et américains du nord, ont coopéré efficacement à
tous ces désastres, en pourvoyant Artigas d'armes et de
munitions, et qu'ils ont fondé leur fortune sur la destruction
de plus de vingt mille familles*! t..
« Vers le milieu de Tannée 1820 , un des lieutenans
d' Artigas, (non moins Camneux par ses crimes) nommé
Ramirez, qui se trouvait dans la province d'Entre-Rios ,
marcha contre son chef à la tête de huit cents hommes de
cavalerie , des plus intrépides ; il le battit dans plusieurs
rencontres, le força de se retirer avec les débris de son
armée dans les Missions détruites et s'empara du gouver-
nement.
<K Artigas, suivi d'un millier d'hommes, se présenta,
en septembre 1820 , sur la rive gauche du Parana , vis-à-
vis de la Mission d' Ttapua, occupée par un poste de Para-
* Ces détails sur la vie politique d' Artigas sont empruntés à Tinté-
ressant ouvrage de MM. Rengger et Lonchamps , ayant pour titre :
Essai historiqvê sur la révolution du Paraguay, etc.
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— 590 —
guays , et fit demander au dictateur un refuge pour lui et
toute sa troupe. Celui-ci y envoya aussitôt un escadron de
cavalerie, ayant ordre de faire passer la rivière aux fugî-
tifs, avec la précautiott néanmoins de n'en admettre qu'on
certain nombre à la fois. Artigas passa le premier , et une
partie des siens le suivit; l'autre, composée d'Indiens,
anciens habitans des Missions détruites , préféra se
retirer dans ces ruines pour s'y établir de nouveau. Le
général fut conduit sous escorte à la capitale , tandis qu'on
dispersait ses compagnons d'armes dans les campagnes.
Plusieurs de ces derniers, ayant perdu l'habitude du trt-
vail , voulurent continuer leur genre de vie , c'^t-A-dire le
brigandage ; mais il ne tardèrent pas à être saisis et fusil*
lés. Artigas, après avoir passé quelques jours dmis une cel«
Iule du couvent de la Merci , où le dictateur l'avait fiut
loger , fut envoyé , sans avoir pu , malgré ses vives solli-
citations , obtenir une seule audience , dans le village de
Curuguaiy » à quatre-vingt-cinq lieues au nord-est de l'As-
somption t d'où il ne pouvait s'échapper que par on désert
du cètédes Portugais, fuite qu'on n'avait nullement à
craindre, après les cruautés qu'il avait commises enven
cette nation. Le dictateur lui assigna une maison, de
terres et 32 piastres par mois (168 fr.), cequi était son an-
cienne solde de lieutenant de chasseurs , et donna ordre
au commandant du cercle de lui fournir du reste tout ce
qui pourrait lui être nécessaire , ou seulement agréable ;
et de le traiter avec la plus grande considération. Il sem-
ble que, depuis lors, Artigas ait voulu expier , do moins
en partie , les forfaits dont il s'était souillé. A l'âge de
soixante ans il cultiva lui-même ses champs , et devint le
père des pauvres de Guruguaty; illeur distribuait lamajeort
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— 591 -r
partie de ses récoltes , épuisait sa solde à les soulager , et
prodiguait aux malades tous les secours dont il pouvait
disposer. Le dictateur , de son côté» en admettant au Pa-
raguay un de ses plus grands ennemis » et en lui assurant
une existence honorable , voulait , comme il s'est exprimé
lui-même , respecter les droits de Thospit^ité , si bien |
connus des babitans du Paraguay. Ainsi finit la carrière I
politique d'Artigas *. d
F. p. 155.
L'organisation scientifique de TUniversité de Buénos-
Ayres est celle-ci.
1^ Les études sont divisées en Études préparaUAreê de
UUret et sciences et en Études de hmUeS'facultés.
2o Les études préparatoires , dénommées de lettres et
sciences , embrassent seulement, quant à présent , les ma-
tières suivantes : idiomes latin , français et anglais ; phi-
losophie; les sciences physico-mathématiques et les élémens
de physique expérimentale. On remet à un autre tems
l'établissement d'une chaire de chimie, d'histoire, de litté-
rature et de rhétorique.
3^ Les études détiommées hautes-facultés sont celles des
sciences sacrées , de jurisprudence , de médecine , de chi-
rurgie et des sciences exactes.
La faculté des sciences sacrées comprend les matières
suivantes : théologie purement dogmatique ; droit canoni-
que public et privé, concilié avec le civil ; écriture sacrée;
histoire ecclésiastique.
* Voyez TouTrage déjà cité.
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— 592 —
La faculté de jurisprudence comprend le droit civil; le
droit publie et des gens ; le droit public et privé ecclésias-
tique , concilié avec le civil , et les élémens d'économie
politique.
Les facultés de médecine et de chirurgie embrassent les
matières smTantes : répétition de physique expérimentale ;
préparations pour Tanatomie et la physiologie ; hygiène ;
pathologie générale ; thérapeutique et matière médicale ;
médecine et accouchemens ; infirmités d'enfans et de
femmes; principes de médecine légale.
La haute faculté des sciences exactes comprend les ma-
thématiques, la physique expérimentale et la chimie.
Les ouvrages adoptés pour renseignement des diflerentes
sciences sont les suivans-^ études préparatoires — latin, dans
les trois classes : conférence» de 'Valdme$o , grammaire de
Homero , Nepotœ^ Quinte-Curce , Omde et Selectœ de Cicéron.
Français : grammaire de Chantreau;Fénékn. — ^Anglais :
la nouvelle grammaire de WiUiagn Caeay — Philomethp et
le nouveau testament anglais.
Philosophie : le cours A'Alcortay ou de Pena.
Physico-mathématiques : don AveUno Diaz,
Physique expérimentale * : Despretz et le traité d'élec-
tricité dynamique, par Denon-Ferrand,
Sciences Sacrées,
Théologie dogmatique : Gmeiner»
Ecriture Sacrée : Wouiers.
* Uestimable M. Mossotti, professeur de physique k Buénos-ÀyRs ,
et de plus astninome , s'est vu forcé d'abandonner comme les autres
ce malheureux pays. 11 est maintenant à Bologne.
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^ _ 593 —
Droit public et privé ecclésiastique : Gmeiner,
Histoire ecclésiastique : Chneitier.
Eloquence Sacrée : le cardinal Maury,
Morale pratique : Echarri.
• Jurisprudence.
Droit civil : Alvarez. Instructions du droit royal d'Espagne.
Droit public et des gens : ReynevaL
Droit public et privé ecclésiastique : Gmeiner.
Economie politique : MUl.
Médecine.
Anatomie , Maigrier. — Physiologie , Magendie. — Ma-
tière médicale, Alibert. — Hygiène, Rostand. — Pathologie
générale. Caillot. — Nosographie chirurgicale, Richerand.
— Nosographie médicale, Pinel. — Accouchemens , ma-
ladies d'enfans et de femmes , Capuron. — Médecine lé-
gale , Foderé.
Sciences exactes.
Géométrie descriptive et ses applications, V(Uet.
Principes d'architecture, topographie et ses applica-
tions. Hachette.
Calcul infinitésimal, Lacroix. — Mécanique, Poisson.
— Composition de machines, Hachette,
Physique expérimentale, Despretz, et le Traité d'électri-
cité» par Denon-Ferrand. — Chimie, Thénard,
Un article spécial du règlement de l'Université porte
que les maîtres obligeront les jeunes gens à acheter ces ou-
38
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— 594 —
Yrages, et que seulement dans le cas où ils ne pourraient
pas les obtenir» il leur sera permis de recourir à récritufe,
parce que les leçons se donneront tw les ouvragei imprimét.
La commission qui fut chargée, en 1833 , de proposer
le nouveau plan d'organisation de TUniversité était com-
posée du docteur Zawdeta, de VtUenHn Gomez et de Vicente
Lopez, trois citoyens honorablement connus des personnes
qui ont suivi les phases de la révolution de Buénos^Ayres.
G. p. 166.
Draiis d'ItnporUUion à Buenos- Ayre$.
Toutes les marchandises non désignées ci-dessous paient
17 pour cent de leur valeur sur place.
Le vif-argent. — Machines. — Instrumens d'agriculture,
de sciences et d'arts. — Livres. — Gravures. — Peintures.
— Statues. — Imprimeries. — Laines et peaux pour fabri-
ques, — Étoffes de soie. — Broderies d'or et d'argent avec
ou sans pierreries. — Montres. — Joaillerie de toute es-
pèce— Charbon de terre. — Plâtre. — Chaux. — Pierre à
bâtisse. — ^Briques. — Planches et bois. — Joncs et roseaux
paient 5 pour cent.
Les armes. —Pierres à Fusil. — Poudre. -«- Goudron. —
Brai. — Cordage. — Soie brute et manu&cturée. — riz,
paient 10 pour cent.
Le sucre. — Herbe maté. — Thé. -«-Cacao. — Caft.—
Et comestibles en général , paient M pour cent.
Les meubles. -^ Glaces. — Voitures. *- Cabriolets et
leur garniture. — Selles et harnais. — Hardes et habits
confectionnés. •— Liqueurs. — Baux -de - vie. — - Vins. -*
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— 595 —
Vinaigres. — Bière. — Cidre et tabac, paient 35 pour
cent.
Quand la valeur du blé n'excède pas 6 piastres par fa-
nègue , les droits sont de 4 piastres par fanègue ; n'excé-
dant pas 7 piastres, sont de 3 piastres; et quand elle est
de plus de 7 piastres , 2 piastres ;
La farine paie 9 piastres de droits , quand sa valeur
n'excède pas 45 piastres par quintal; 7 pia^es, quand
elle n'excède pas 60 piastres et 5 piastres quand sa valeur
est de plus de 60 piastres.
Le sel paie une piastre par &nègue ; les chapeaux de
laine , soie, ou poil , chacun 13 piastres. Outre les droits
ci-dessus mentionnés , chaque colis de toute espèce paie
4 réaux de magasinage à la douane , et les marchandises
de gros poids 4 réaux par arroba,
N. B. Sur les cargaisons de liquides provenant de l'au-
tre côté de la ligne , la douane fait un rabais de 10 pour
cent pour coulage , et de 6 pour cent sur celles provenant
de ce côté-ci de l'équateur.
Toute cargaison à consignation paie pour contribution
directe 4 piastres par mille sur valeur de place » dont le
montant est augmenté sur les lettres que tire la douane
pour le remboursement des droits. Le règlement se fait
partie à 3 mois , partie à 6 mois de terme.
I>roiU de transit.
Les articles d'importation paient à leur débarquement
la cinquième partie des droits qu'ils auraient k acquitter
pour leur introduction dans la province.
Les articles réembarqués paient deux pour cent sur les
valeurs de la [)Iace.
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— 596 —
On accorde vingt-cinq jours pour le débarquement et
six mois pour la réexportation , qui se comptent l'un et
l'autre depuis le jour de l'arrivée du navire.
DrùU9 ^EœportaHan.
Tous les produits de la province de Buénos-Ayres et
de celles de l'intérieur qui ne sont point désignés ci-des-
sous y paient 4 pour cent sur leur valeur de place.
Les cuirs de chevaux. — Mules. — Vaches. — Bœu&et
veaux mort-nés, une piastre chacun.
Les viandes salées qui s'exportent sur navires natio-
naux. — Les grains. — Vivres et biscuit. — Farine. —
Laine et peaux de mouton. --< Toute peau corroyée.—
Les ouvrages manufacturés du pays, ne paient aucun
droit.
L'or et l'argent, 1 pour cent.
Ceux des droits ci-dessus qui se paient à la valeur, sont
calculés d'après le prix des marchandises estimées par des
personnes à ce qualifiées et assistées de deux négocians im-
partiaux. Il existe un tarif où les articles sont plus dé-
taillés.
La marchandise est estimée , et les droits se perçoi-
vent en monnaie courante de Buénos-Ayres , laquelle est
en ce moment en piastres de papier et en réaux de cukrt.
8 réaux de cuivre valent une piastre papier; 7 piastres
3 réaux 1/2 papier , valaient, en juillet 1834, une pias-
tre forte d'Espagne, et 120 piastres de papier équivalaient
à une once d'or ou quadruple d'Espagne ; ce qui donnait à
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— 597 —
la piastre papier une valeur de 69 cent. 16 centièmes de
centime. ( L'once évaluée à 83 francs. )
La monnaie effective est de 17 piastres le quadruple
d'or et de 8 réaux argent la piastre.
Les comptes se tiennent en billets de banque nationale ,
qui sont la monnaie courante.^
Rapport des poids et mesures.
La pesée de cuirs salés est de soixante livres, et celle de
cuirs secs de trente-cinq livres. — Le quintal est de cent
livres, ou quatre arrohas de vingt-cinq livres espagnoles.
— Cent livres égalent cent quatre livres anglaises et quatre-
vingt-douze françaises. — Cent vares égalent quatre-vingt
douze jardes anglaises et soixante-douze aunes françaises.
— Une vare contient trente-six pouces espagnols et trente-
deux pouces français. — Il existe une différence de 3 pour
cent entre la vare espagnole et celle de Buenos- Ayres. — -
Le pied anglais est de 9 pour cent de plus que celui de
Burgos, et le pied français de 15 pour cent.
H. p. 274.
FRAIS DE PORT A BUÉNOS-AYRES.
A l'bntbée.
Navires Étrangers. Nationaux et Anglais.
P«. n. P». rx.
Par tonneau 1 » Par tonneau. ...» 6
Visite de santé. ... 12 » Visite de santé. . . 6 »
Règlement du port. . 1 x> Règlement de port. 1 j»
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— 598 —
A LA 80AT1B.
Par tonneau 1 j»
Visite de santé ... 12 b
Par tonneau. ...» 6
Visite de santé . . 6 »
DroiU de rôle ... 12 •
N. B, Les navires qui ne chargent ni déchargent ne
paient que la moitié des dro'ls» et déplus la visite de santé
à l'entrée et le certificat à la sortie.
%l9* AddUion depuii le i^ août 1833. — Les navires
qui entreront et sortiront de la rade intérieure , payeront
90 piastres de pilotage , ceux à trois mâts , et 50 pias-
tres, ceux à deux mâts , quand même ils ne demande-
raient point de pilote.
TAHIP »B n&OTAOS
Poor la rivière de la Plata.
Depuis le cap
Depniile cp
Depuii Hn-
de Ste- Marie
Ste-lUri.«tle
UfiU» ju-
sssiî."'"-
capStA.toiDe
iuqa'à Bd<-
noi-Ayrei.
qa'i U£Me
.M-Ajre.
r. t.
». ».
f. I.
Tirant 20 p.
de Burgos.
720
900
1140
19
600
780
1050
18
544)
660
960
17
480
570
840
16
430
480
750
15
360
420
660
U
300
360
570
13
240
270
m
12
»
210
240
4S0
11
D
180
210
360
10
»
150
180
300
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N. B, Tout navire tirant plus de dix pieds sera oblifé
de prendre un pilote à la sortie , et dans le cas où il ne
voudrait pas l'admettre , il paiera la moitié du pilotage
désigné dans le , tarif ci-dessus. Il paiera de même la
moitié du pilotage à l'entrée quand sur la proposition d'un
pilote, et après la manifestation du tarif ci-dessus» il aura
refusé de le recevoir à son bord.
Prix deifreU en iSH'
France 80 f. et 10 p. 0/0 par 900 kilog.
Angleterre liv. st. 4 1/2 et 5 p. 0/0 par 2240 liv.
RioJaneiro, 3 réaux et 5 p. 0/0 par quintal.
Havane 7 réaux et 5 p. 0/0 par quintal.
Méditerranée, ps. f. 17 et 10 p. 0/0 par 2000 liv.
Les Etats-Unis , 3/4 cent et 5 p. 0/0 par livre.
Pacifique, psf., 15 et 5 p. 0/0 pour 2000 livres.
N. de l'Europe, liv. st. 5 et 5 p. 0/0 par 2240.
MARCHANDISES DE GRANDE EXPORTATION
A BUENOS- ATRES.
Cuirs de bœuf, salés.
Crin long.
. » secs de 30 liv.
a mélangé.
D » de 28 »
Cornes de bœuf.
» ]> de 22 à 25
0 de Tache.
D de cheval.
Mules.
» de veau mort-né.
Viande salée.
» de mouton avec laine.
Plumes d'autruche.
» de veau.
D noire longue
Peaux de loutre.
D blanche.
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— 600 —
Plumes courtes. Sel de Patagooie.
0 de chinchilla. Suif brut.
Laine de mouton. » fondu.
Peaux de vigogne.
/. p. 375.
Les Brésiliens ont enlevé à la Banda-Oriental, Ion de
l'occupation injuste du territoire de cette république par
leurs troupes , plus de 4»000,000 de têtes de bétail, qu'ils
ont introduites dans la province de Rio-Grande, cominele
constatent les registres de la firontière. Voici à cet égaid
deux faits curieux : avant 1817, la aq^iùmerie géiiérdi ie
Rio-Grande, appartenant au Brésil, n'avait que treiie
établissemens de salaisons {duarquead(u) et maintenant elle
en a plus de 2001 Avant l'occupation des Portugais, la
Banda-Oriental abondait en troupeaux plus que tout autre
province de TAmérique , maintenant les Brésiliens qui
l'habitent sont forcés d'amener du bétail de leur territoire
pour former des estaneias.
{Esquineê Mêtoriques et tfolîM^.)
K. p. 430.
Les Brésiliens, habitans de la campagne, ne boivent
jamais en mangeant. Après le repas, l'un des convives, à
défaut d'esclave, va puiser de l'eau, avec une corne
( cMfre), dans un baril ou dans une source placés à proxi-
mité de Fendroit où Ton mange; il boit d'abord, puis,
remplissant la corne , il la présente à un autre convive
qui, à son tour, doit la remplir et la faire passer à ub
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— 601 —
autre. S'il y a des esclaves , ou des domestiques , ce sont
eux qui remplissent la corne » dans laquelle ils boivent
eux-mêmes. Cette coutume de boire seulement après avoir
mangé , était générale parmi les tribus indiennes de tout
le Brésil , du Paraguay et de Buenos- Ayres.
L. p. 322.
Les soldats en campagne , tant dans les provinces de la
Plata que dans celles de Rio-grande , Santa-Catharina et
Sa6-Paulo » sont à la fois fantassins et cavaliers ; c'est-A-
dire que l'infanterie peut devenir cavalerie et mce-verêâ.
Mais il est vrai d'ajouter que la eaoalerie, forcée de devenir
infanterie^ n'est plus à redouter , car ces hommes qui ma-
nient le cheval avec tant de dextérité , qui sont capables
de tout brtioer à cheval , ne peuvent s'habituer à marcher
et deviennent , à pied , les plus vils soldats du monde.
Les soldats de cavalerie n'ont pas comme en Europe ,
un cheval à l'allure duquel ils s'habituent et qui devient
bientôt docile par les manœuvres qu'on lui fait répéter
souvent. Dans ces immenses plaines où les chevaux abon-
dent y on en prend fort peu de soin , et l'habileté des ca-
valiers [ginetee] a bientôt dressé un cheval à la manœuvre,
queiqu indomptable quU soit. Un corps de cavalerie a tou-
jours deux troupes de chevaux à sa disposition, celle
qu'on monte» et celle qui est destinée aux relais; celle-ci
est deux ou trois fois plus nombreuse que celle du corps
de cavalerie; elle marche en avant.
Quand on veut faire changer de cheval aux soldats , on
rassemble les chevaux ëpars , on forme un cercle autour
d eux , quelques soldats s'avancent un lazo à la main, des
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— 602 —
officiers déûgnenl les chevaux qu'on doit enlacer, puis , à
mesure que cette opération se fisit, chaque soldat vient,
la bride et le mors en main , prendre le cheval qu'on lai a
destiné. Il arrive qudqurfois , le général étant de bonne
humeur, qu'on les laisse choisir au mflieu du roito. Cest
souvent un cheval indompté, fiiisantdes sauts effirayans.
donnant des ruades, se cabrant et mettant le désordre
parmi la troupe ; mais le soldat , sans s'émouvoir , saute
dessus, le fait galc^ier jusqu'à le Citigoer, le ramène, le
fait manœuvrer avec les autres et ne lui donne de r^Kis
que lorsqu'il se laisse guider sans impatience.
Ce qu'il y a de curieux encore c'est que tous les che-
vaux, quelque nombreux qu'ils soient, portent un nom
caractéristique, et quoique beaucoup paraissent se res-
sembler , il y a pourtant des différences de teintes dans
le poil , des taches y une attitude , un regard particulier
qui suffisent au gmêcho pour désigner et nommer son che-
val au milieu d'une troupe de vingt mille autres. 11 y a
plus , il le reconnaîtra à distance d'une lieue , et il dira ,
même en voyant des cavaliers poindre à liioriaon: celui-ci
est un étranger , celui-là est un paiêano ( compatriote. )
M. p. 448.
L'industrie des animaux parait croître en raison de la
paresse et de la nonchalance des humains ; c'est ainsi que
dans ces grandes contrées de l'Amérique du sud , où les
hommes croupissent dans une apathie intolérable, des
myriades d'abeilles , de fourmis , d'insectes de toute es-
pèce se forment des habitations étonnantes par la bizarre-
rie de leur structure , par leur grandeur et leur solidité ,
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— 605 —
eu égard à rextréme petitesse des êtres qui les construi-
sent. Les pyramides d'Egypte , les tours de Babylone , les
murailles de la Chine, les monumens de TAmérique cen-
trale , ne sont rien en comparaison des édifices des four-
mis I II m'est arrivé, la première fois que j'ai tu des plai-
nes immenses couvertes de grandes buttes d'argile, hautes
de trois , de cinq et même dix pieds, de croire que je me
trouvais au milieu d'un camp d'Indiens; c'était tout sim-
plement une république de fourmis I
Combien de fois me suis-je arrêté, frappé d'admiration,
en considérant Tordre , la régularité , l'industrie que dé-
ploient ces atomes de la création pour parvenir à leur but,
s'assurer une subsistance qu'eux auui paraissent condam-
nés A gagner à la êuewr de leur froni!.... Qui pourrait voir
avec indifférence , sans interroger sa rainm , une fonrmil-
lière occupée tout entière à transporter, souvent k des
distances considérables, les comestibles qui doivent com-
poser l'approvisionnement d'hiver de cette nombreuse &-
mille? Que d'harmonie I que de poésie 1 1 dans rette longue
procession de molécules organisées transportant, sur une
route frayée par elles au milieu des pierres, des broussail-
les et de mille obstacles , les unes , des fragmens de pé-
tales de roses, les autres , des lambeaux de parenchyme
de feuilles de liseron , dix fois plus grands qu'elles , et les
déposant , avec un ordre admirable, dans leurs souterrains,
pour recommencer de nouveau !...
N. p. 516.
J'ai vu chez le docteur Hillebrand plus de trente espè-
ces de bois utiles, tous de la colonie allemande ; il ne m'a
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— 604 —
été possible d'en réunir que dix-huit échantillons , que
M. Benjamin Delessert n'a pas jugés indignes de figurer
dans son cabinet botanique. Je vais indiquer leurs noms bré-
siliens et leurs propriétés connues. M. Aug. St-Hilairepouire
peut-être les reconnaître et les rapporter à la classification
scientifique.
VIpèprHo ou noir, ïfyè branco ou blanc, et l'J^ propre-
ment dit . sont des bois très-durables et d'une utilité géné-
rale. Le Tajuba ressemble au citronnier ; il teint en jaune
et s'emploie en ébénisterie à cause de sa légèreté et des
beaux reflets de son vernis.
La Ctmellaburra, la CatMa do brqo , la CanMînhaf sont
des bois légers s'employant en menuiserie et en charpente.
Le Gvaiabeira est un joli bois d'une teinte rose , à tex-
ture lisse et compacte, un peu léger, très-propre à l'ébénis-
terie.
Le Cedro termMo ou rouge, le Ceiro fpranco ou blanc ,
sont des Cèdres d'Amérique dont on connaît déjà les qua-
Utés.
L'Uba est un bois à tissu serré» dur , pesant, très-dura-
ble : propre au charronnage et à la construction des na-
vires.
Le Sobreji est un bois asseï joli , d'un blanc tirant sur le
jaune et d'une utilité générale.
VAtiçiea est brun , assez léger, recherché principale-
ment pour la charpente.
Le Canjerana est rouge, léger, d'un tissu poreux , mais
cependant convenable à Tébénisterie à cause de sa cou-
leur ; il reçoit d'ailleurs assez bien le vernis.
Le Cabriuba improprement surnommé amarMa ( jaune )^
puisqu'il est d'une teinte grisâtre , est d'un excellent usage
en charpente et en menuiserie.
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— 605 —
VAnieira est jaune , veiné de noir, prenant très-bien le
vernis y mais employé plutôt en charronnage et en char-
pente qu'en ébénisterie à cause de sa pesanteur.
Le Santa-RUa est encore un beau bois, propre à Tébé-
nisterie. Son écorce fournit un tan très-estimé des tan-
neurs.
VAraçaj l'un des meilleurs bois d'ébénisterie est aussi
recommandable par son écorce servant aux tanneurs , et
par son fruit savoureux.
Le Toauba, est un arbre de moyenne grandeur dont l'é-
corce est un drastique très-fort, expérimenté par le doc-
teur Hillebrand.
Le Pmheiro (sapin araucaria) dont le fruit est appelé
pinhao (prononcez pignaon) , a été décrit par Azara. J'en
ai rapporté des graines qui ont très-bien développé leur
germe singulier ; j'ai Tespoir de les voir croître dans plu-
sieurs jardins des environs du Havre.
J'aurais voulu donner un^aperçu des plantes phanéro-
games, les plus communes, composant la flore de la pro-
vince de Rio-Grande-du-sud; j'avais pour cela compté sur
la complaisance de M. Guillemin , conservateur des col-
lections botaniques de M. Delessert , mais ce travail labo-
rieux n'a pu être prêt à tems ; je me contenterai de faire
connaître les genres et les espèces de cryptogames rap-
portés par moi et classés par le savant M. Bory de Saint-
Vincent :
FOUGERES. (Pterû Juss. Filices Smith).
Anemaphyllitidis, Sw. Pterispedaiaf Lin.
Anémia Hirsula, Sw. Pteris coUma, Raddî.
»%
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— 606 —
Anémia ftUva j Spr. BUehnum BroiUiense, Spr.
PoUffodiumcrasiiiolium, Lin. BUehnuim OeddenUUe, Lin.
Polypodwm oUies , Lin. CheiUmiei dmgaia, Sw.
PUapeUif anffmtifolia , Humb. Ckeiiantes mierofieri$ , Sw.
AtpiiÎMm cortoommi» Spr. Adkmthum cofittiuvenerii^ L.
Aspiémm molle , Sw. Adianthum affine , Spr.
D^fiarium]l^antagineum, Bory.
MOUSSES {Politnchum Juss.: JMuict div. aut.)
Brium iruncorum, Brid. Nékeera miâedata, Brid.
Lona frtcAomy(rtan, Brid. Jun^ermonûi teot{^,Schreib.
lêoiikeewim petUasHehum, Br. /un^amumitia cooiluftafa, Hook
LICHENS (Usnea, Juss. Licheneœ Hof/).
Hypochnus rubrocinctus, Per. Borrera kamtchoHcay Spr.
/rà{ttim[esp. méconnaissab. ] Borrera thrulUtf Aeh.
Cenomyce cinerea, Ach. I/imM strigosa, Pers.
Pcsrmelia perkUa, Acb. CT^mea ««mtntMiay Bory.
Parmelia caperata^ Ach. l/<n«a Barbota, Ach.
Les lichens et les mousses sont des environs de Porto-
Alègre et de San-Leopoldo ; les fougères sont de toute la
province, depuis l'Uruguay jusqu'à la capitale.
Les animaux de Rio-Grande-du sud sont les mêmes que
ceux du Paraguay, de l'intérieur du Brésil et de Cayenne;
il devient donc inutile de &ire connaître tous ceux que
j'ai rapportés. Je vais seulement donner la nomenclature
des lépidoptères , comme pouvant intéresser quelques en-
tomologistes. On en sera redevable à l'estimable docteur
Bois-Duval.
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— 607 —
ORDRE DES LÉPIDOPTÈRES.
Famille des Diurnes^.
Papilio
Lycophron.
HélîcoDÎa
Phlycto.
—
Pirithous.
Danais
Gilippus.
—
Cleotas.
Argynnis,
VaniUœ.
^
Pandrosus.
Cethosia
Julia.
—
Protodamas.
Cybdelis
Maja.
—
Polydamas.
—
PhsBsila.
—
Agavus.
Nympbalîs
Isidora.
—
Perrhebus.
—
Seraphina.
—
Evander.
—
Blumfieldii.
Pieris
Limnoria.
—
Traija.
Callidryos
Cypris.
—
AmphiiDOche
—
Evadne.
Pavonia
Batea.
—
Eubule.
—
Cassis.
—
Argante.
Morpbo
Laertes.
Erycioa
Morissei *.
—
Menelaus.
—
Paridion.
Biblis
Thadana.
Eubagis
ArtemoD.
Cethosia
Pherusa.
Thecla
Arrogeus.
MeliUea
Janthe.
—
Sîmaethis.
—
Fia via.
Peridromia
Feronia.
Libithea
Carioenta.
—
Ferentina.
Hesperia
Xaotîppe.
Héliconia
Phylis.
—
Phidios.
—
Lysimnia.
—
Amiclus.
—
Eucrate.
—
Polygius.
—
Olesto.
—
Orion-
—
Callo.
—
Tarchoii.
1 Espt»ce nonTetle, B. D.
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— 608
Uesperia.
Corbulo.
Hesperia.
Lafrenayi.
Thrasibolus.
Cethosia
Dido.
Proteus.
Vanessa
Lethe.
Rhizophaga.
—
Huntera.
Mercator»
—
Larinia.
Myg.
—
Amaldiea.
Exadeus.
Heterechroa
IsabeUina *
Phyleas.
—
Cytherea.
Palpalis.
Catogramma Pyramas.
Zephodes.
—
Gandrena.
Xanthaphes.
—
Irma.
Bonfilsii.
—
Hydraspus.
FamiUe des Créjpuieulairet,
Sphinx Viiis. Macroglossa Tantalus.
— Labniscœ. Glaucopis Stictica.
— Ello. , — Incendiara.
FamiUê des Nochames.
Crossus
Tigrinas.
Lithosia
Omatrix.
Bombix
—
Jadas.
Jo
Hameralis.
Erebus
Hypnoîs.
Homoptera
Ditrila.
—
Odora.
Ophnisa
Geometra
Pardalaria
Callimorpha.
Dichroa.
Boarmia
Brasiliaria
—
Cruenta.
Tinea
^ Espèce nouTelle, B. D. — De San-Leopoldo, comme la première.
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— 609 —
O. p. 534.
1 quinial brésilien est composé de 4 arrobas de 32 liv.,
Boit 128 liv., équivalaat à 117 démi-kilog. français» ou
129 1/2 liv. anglaises. — Le rapport des livres françaises
aux livres brésiliennes, est de 8 & 9 p. ^/o.
1 €arroba de 32 liv équivaut à U 1/2 kilog, ou 30 1/3 liv.
de Hambourg.
1 alqueire de blé pèse 65 à 75 livres brésiliennes.
i pîpe de Lisbonne contient 128 galons anglais.
Les étoffes se vendent à la yarda anglaise, à la vara por-
tugaise ou au covado.
i06 varoê ) ^00 aun. deFr. ou 128yardas.
[ donnent \ 170 d» de Brab. ou 207 aunes
172 ««««to.) ( l/4deHamb.
100 varas équivalent à 92 aunes françaises.
100 covados a à 58 1/7 a
Tous les draps de laine et soierie^ se vendent au covado.
Les articles anglais et cotonnades se vendent à la tforda ou
à la vara, suivant convention.
N. B. On vend sur 170 covados, et on paie les droits
de douane sur 172.
La monnaie courante est en ce moment en cuivre :
1 Fatagon^ (Patacao, piastre ou dollar du Brésil ) en cui-
vre , de 960 reis , se compose de 3 pataeas , la pataca de
4 reaies , le réal de 4 vinlen$ et le vintem de 20 rets.
On compte encore en cmxadas et en UsUms, La cruzada
vaut 400 rets. — Le Ust(m 100 reis. VnedoNa vaut 12,800
reis.
n circule des vintens , des deux et des quatre vintens.
Le change varie souvent , il était à mon départ de
39
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— 610 —
Porto-Alëgre à 66 pour cent de prime ; c'est-^-dire qu'an
patagon argent de 960 reit , coûtait 1584 reis en cuivre.
Les meei (quadruples) valaient 26,600 reis les Espa-
gnoles ou de roêtro , et S&»800 les Chiliennes ou de la Pa-
Irta.
Une loi venait d'abolir le cuivre » pour le remplaeer par
des coupons de banque ; mais la manière de coaqpter sera
toujours la même et il circulera long-tems des 2 et 4 Am-
iens en cuivre pour fiiciliter le change des monnaies.
L'or et l'argent monnayé sont d'une sortie libre.
L'or en poudre , calculé de 22 à 23 karats valait de 3000
à 3>200 reis l'octave ( 1/8 d'once ou gros. )
Les droits de douane sont les mêmes dans la province
de Rio-Grande que dans les antres provinces du Brésil ;
c'est-à-dire 15 pour cent sur évaluation fixée par la Pauta,
avec un pour cent d'accessoires. Il est £icile d'ailleurs deae
procurer un tarifa Paris.
A Porto-AIègre , les cuirs se vendent à la livre. Les plus
légers pèsent 78 liv. ; les plus lourds 29 à 30 liv. ; et le
poids commun est de 23 liv. ; mais à Rio-Grande, ils sont
plus lourds , on peut même s'en procurer d'aussi beaux
qu'à Buéoos-Ayres , en donnant des ordres à l'avance. —
Le prix était , en juin 1834 , de 53 à 55 cent., la livre
portugaise.
Les ventes se £ont généralement au comptant » mais on
ne doit calculer les rentrées intégrales que dans la courant
de deux mois.
L'usage des earreoÊMC (pavés) commence à s'introduire
dans cette province. Il en a été apporté à Rio*Grande par
YÉUêô de Saint-Malo et ils se sont vendus promptement.
€e serait d'une bien grande ressource pour le Hai>re si cet
article prenait là autant défaveur qu àBuénos-Ayres.
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— 611 —
Pour la Dayigation de RioGrande ou de Porto-Alègre ,
comme pour celle de BoéDOs-Ayres , il faut des navires
dont le tiranC d'eau n'excède par 10 a il pieds, ehargém
hurd. Il &ut encore , si Ton tient à ne pas perdre de place
dans l'arrimage^ que la cale ait 23 1/3 à 23 pieds de large,
afin de pouvoir y placer deux longueurs de cuirs en tra-
vers.
Je vais donner un dernier conseil , par supplément à
mes eontidératùmi sur l'état de notre commerce en Amé-
rique:
On se plaint beaucoup, avec raison , de la manière dont
se font nos emballages, et en cela même , nous sommes
contidérablsmmi arriérés; en voyant arriver un eolù de Pa-
ris , on ne se douterait jamais qu'il sort de chez une grande
nation, qui opérait naguères sa deuxième révolution glo-
rieusel Ceux qui transmettent des ordres en fidiriques n'ont
pu encore faire comprendre aux &bricans , ou aux eommii-
sûmnaires chargés de l'emballage , que les eolù ne sont pas
arrivés à leur destination quand ils ont débarqué à Rio , à
Buénos-Ayres, à la Vera-Cruz ou à Valparaiso ; ils ont sou-
vent un espace de cinquante , de cent , de deux cents , de
cinq cents lieues à parcourir par terre , à travers des mon-
tagnes, des marais fangeux ou des fleuves débordés; ils
ont à passer alternativement d'une charrette , dans une
étroite pirogue , ou dans un simple cuir, delà sur le dos
des mules , ou sur la tète des hommes, ou sur des bran-
cards.... Il faut donc qu'à la zoUdité, les caisses ou colis ,
joignent encore le mérite d'être portatifs et d'un arrimage
facile , quelque soit le moyen de transport employé. Il
y a déjà un siècle que les Anglais ont compris cela.
11 faudrait donc que les étoffes fussent pliéés en long
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— 612 —
pour faciliter les emballages et les transports. Il faodrait
encore que les pièces fussent iouUs égàUs , d'une même
mesure , non pas en otnies (encore moins en firaeÉûmt Jt au-
nes, comme il arrive maladroitement à nos fabricau
routiniers) mais en yarda$ (yards Anglais) mesure adop-
tée dans toute l'Amérique*. Ceci s'entend desétoflfesde
laine et de coton ; car les soieries doivent être mesurées ea
awnes'y mais tocyours d'un aunage égal et sans fractions.
De cette manière , les pièces se trouvant toutes d'une ma-
sure égale , toutes pliées en long et les caisses contenant
toutes le même nombre de pièces , avec la carte d'édian-
tillons au-dessus, il est clair qu'on obtient déjà le grand
avantage d'être expédié promptement en douane , et d'y
pouvoir vendre si cela convient. Ensuite on satisfiiit l'a-
cheteur , qui voit d'un seul coup-d'œil , sans être . forcé de
£iireun calcul minutieux y quelle peut être l'importance
d'une facture. Enfin en expédiant des caisses solides, de
petite dimension, plutôt, tondues que larges, on rend on
véritable service aux négocians de l'intérieur, en leur
procurant les moyens de transporter avec beaucoup plus
de facilité et d'économie , des marcbandises qu'ils hésitent
souvent à acheter , à cause de la difficulté du transport.
Et d'ailleurs on donne une plus haute idée de la sagacité
de nos fabricans ou de nos commissionnaires en mati^
d'emballage.
* dOO yards équivalent k 78 i/4 aunes.
100 aunes équivalent k 12S yards.
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TABLE.
Introduction ,
Départ du
de la PI
Le Rio de
Monté vidé
La Banda-
CHAPITRE V.
Revue chronologique des évènemens si
la Banda-Oriental, depuis la découv(
1834
/^«T A V^VPV^Vk'n «TV
Départ de
en rade (
cette vill(
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— 616 —
CHAPITRE Vn.
BuÉNOs-ÀYUts. — Description de la viU«. — Ses édi-
fices publics et particuliers. — Sa population. . • 137
CHAPITRE VUI.
Buénos-Atbbs. — LaBoca. — Barracas. — Les Pam-
pas.— Suite de la description de la ville 173
CHAPITRE IX.
Buenos- Atees. — Police. — Gouvernement 197
CHAPITRE X.
Buknos-Atrbs. — ^Etatsocial.-r Mœurs. — Coutumes. 233
CHAPITRE XI.
Buenos- Atbbs. — Industrie. — Commerce. — Na-
vigation 263
CHAPITRE Xn.
Hevue chronologique des événemens survenus à Bué-
nos-Ayres , depuis sa fondation jusqu'en 1835 . . 279
CHAPITRE Xni.
Ubuguay. — Ile de Martin-Garcia. — La colonia del
Sacramento. — Las Vacas. — Las Higueritas. —
Las Vivoras. — Santo-Domingo-Soriano. — El
Gualeguay-chu. — El riocon-de-las-GalIinas. . • 295
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— 617 —
CHAPITRE XIV.
Ukdgday. — Paysandu. — La Calera-de-Barquin.
— ElSalto 311
CHAPITRE XV.
U
- ^j%M.mM-M^\fmj%H9 Ajvo vtii^/mvKa*
nés Missions. — Départ pour l'intérieur. — La
Guaïaraça. — Alegreté. — Le Boqueron de Santia-
go.— Cima-da-Serra. — ^Le Jaguary. — Le Toropy.
— L'Ibicuy-Miri. — Santa-Haria-da-Serra. — Saô-
Martinho. — Cassa-Pava. — Arrivée au Jacuy . . 391
CHAPITRE XVn.
Intêbieur de Sao-Pedro. — Le Jacuy. — La Ca-
cheira. — Le Butucarahy. — La Cniz-Alta. —
Rio-Pardo. — Le Jacuy jusqu'à Porto- Alègre . . 441
CHAPITRE XVIII.
Porto-Albgrb. — Description physique et politique. 473
CHAPITRE XIX.
ENVIRONS DE PoRTO-AlÈGRB. — Db LA PROVINGE EN GÉ-
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— 618 —
NiAAL. — Capella-do*ViaDioii.— La colonie alle-
mand de Sa6-Leopoldo.— La Lagoa dos Patos.
— Riofirande oa Saô-Pédro. — Sa64o8é. — Sa6-
Francifico de Paida. — Province en g^iéral. . . 605
CoNSiBÉEATiONS guF Félat du eommerce français à
l'extérieur , et principalement au Brésil et au Rio
de laPlata. — Etat de notre commerce extériem*.
— Causes contraires à ses progrès. — Moyens (tto-
pres à lui donner un nouvel essor 539
Notes 581
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tfrrota.
Page 22, ligne 21, listx : Saô-Pedro.
— â3, — 47, Uses : des Brioschi.
— 43, — 18, {m0x .* les addes , les fruits juteux etc.
— 48, — 5, lises : pat une biiaiTe disposition de nuages.
— id. — 24, lises : Paridité disparaît.
— 73, — 4, lises : arroyo de Solis.
^ 85, — il, lises : ou des nuages de poussière salissent tout
dans l'intérieur des maisons , on des doaques affectent
Podorat.
— 87, — 23, lises : est évaluée à 15,000 âmes.
— 93, — 26, lises : Tacwtrembo,
— 96, — 6, lises : si je dois en juger.
— 97, — 13, lises : ainsi que les vents de nord et de nord-
ouest.
— 101, -*- 4, lises : San-Carlos.
— id., — 13, lisez : quelques ranchos.
— 112, — 6, lises : bourg de Mercedes.
— id., — 18, lisez : elle évacua le pays.
— 125, — 19, lises : el practieo.
_ 139, <_ 4^ lises : el Fuerté, el CaHldo.
— 142, — 27, lises : guerra de recursos.
— 163, — 2, lises : et du paso de Burgos.
— 161, — 21, lises : M. Cadmio Ferraris.
— 235, — 27, lises : en gros et en détail.
— 243, — 13, lises : Montevideo.
— 267, — 12, lises : Quinoa et de yuyo Colorado.
— 269, — 24, lisez : faire le tassao.
— id., — 25, Zi«0£ .' langue quichua.
— id., — 26, lises : corrompu de Chharqui.
— 273, — 25, lises : Bermejo.
— 302, — 20, lises : à dix lieues de las Higuéritas.
— 305, — 6, lises : jusqu*à VA rénal.
— 314, — 25, Usez : et Valcaldia.
— 317, — 4, lisez : Paysandu est le chef-Ueu d'un des neuf
départemens.
— 323, — 18, lisez : sur Tépaule gauche.
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330, — 24, lisez : d'animanx antèdiluTiens.
333, — 24, liseM : de U classe des aqua^ûfères.
334, — 6, liêêM : Le Yataï est etc.
id., — 9, 2m0s .* Le Garoiidaï.
id., — 29, liseg : fonné par contraction.
337, — 15, lisêz: El Tigre (le Jaguar. )
339, — 27, Usez : le jacana commun.
345, -^ i, lisez : islas del herrero ^.
id., — - 15, lisez : {caemarynchos nudicollis).
349, — 17, lisez : les gallinacés.
360, — 3, lisez : des gallinacés.
362, — 15, lisez : En sortant de chez lui nous vîmes etc.
375, — 24, lisez : J.
382, — 28, lisez : genre tatou.
387, — 25, lisez : { Crotophague^major ) .
388, — 11, lisez : dairiére escarpée.
406, — 24, lisez : des géoles , rognons cristallins etc.
414, — 19, lisez : sur une colline
415, — 6, lisez : Quant aux jeunes mAles de moins de don
ans , ils variaient en couleur depuis le brun jas<iu*aa
marron-roux.
417, — 1, lisez : d*eau cristalline.
442, — 23, lisez : Butucarahy.
452, — Tt, lisez : ce qui fait produire etc.
461, — 13, lisez : la partie ouest et sud-ouest.
544, -* 2, lisez : les lieux où il peut vendre.
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